
Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir. Etre seul, comme l’enfant est seul…
Rainer Maria Rilke
L’autisme est un trouble omniprésent du développement affectant les fonctions cérébrales. Il empêche l’organisation et la compréhension de l’information transmise par les sens. Il provoque un repli sur soi et peut affecter gravement les interactions sociales :
Troubles de la communication verbale et non-verbale ; Troubles des relations sociales ; Centres d’intérêt restreints et/ou des conduites répétitives.


http://www.lepapotin.org/default.asp?LINK=textesParoles&ID_TOPIC=88
Le PAPOTIN, un journal pas comme les autres
Depuis plus de 15 ans, l’hôpital d’Antony (Région Parisienne) est à l’origine d’une initiative hors du commun : la fabrication d’un journal par des patients souffrant d’autisme ou d’autres troubles de la communication. Ce “journal atypique” baptisé Le Papotin offre à ses rédacteurs une fenêtre sur le monde.
Les 11 commandements énoncés par l’équipe d’encadrement- s’adresser au public ordinaire,
- défendre l’accès à la culture pour tous,
- fuir la discrimination positive,
- rechercher la dignité et la reconnaissance sociale des jeunes,
- refuser la compassion,
- transmettre la parole autonome des journalistes atypiques,
- réaliser des interviews de personnalités connues des Papotins,
- découvrir les autres avec les reportages culturels et politiques,
- montrer les similitudes entre les humains,
- ne pas cacher l’insolite des uns et des autres et enfin
- ne pas utiliser le matériel clinique et les diagnostics.
Le Papotin est une initiative de Driss El-Kesri, rédacteur en chef du journal, et de Gilles Roland-Manuel, médecin chef de l’hôpital d’Antony. Driss El Kesri est Marocain d’origine (Meknès) , prof de lettres. Il propose une approche originale et digne de l’autisme. Par sa délicatesse, son tact et son approche respectueuse, il a rallié à la cause des ‘’Petits Princes du Silence’’ des dizaines de personnalités aussi diverses que Jacques Chirac et PPDA que Marc Lavoine et le Docteur Assouline, que le comédien Frédéric Diefenthal et le navigateur Vincent Beauvarlet.
On en reparlera dans la seconde partie de cet article, la semaine prochaine.
Mo’ vous contera aussi une affreuse histoire, non pas pour vous faire pleurer –vous pleurerez, c’est sûr – mais pour vous ouvrir le cœur !… Pour l’heure, appréciez les paroles des petits princes du silence, drôles, profondes, toujours sincères et émouvantes bien sûr, mais parfois carrément bouleversantes …

http://miseenabyme.blog.tdg.ch/archive/2009/02/01/dossier-autisme-1.html
Autoportrait
Je suis un individu plein d’intelligence, d’imagination et de capacités. Plein d’atouts, plein d’avantages. On m’a dit que j’étais un soleil, et d’après les apparences, je suis quelqu’un de merveilleux. J’admets quand même ces atouts, mais je n’en viens pas à dire que je suis merveilleux : je ne parviens pas à exploiter ces capacités et c’est dû à mon syndrome. Conclusion : J’ai des chances et des privilèges et c’est lié à ma nature, même si c’est grâce à mon syndrome. Mais grâce à mon syndrome, j’ai gâché plein d’occasions.
Nathanaël (1) 
De l’Amour
L’amour parental
Pensées :
C’est l’amour le plus maladif dont on ne se remet jamais parfaitement.
Les enfants sont les fruits de la chair. Ils viennent de soi.
C’est comme si c’était ta chair, ta peau, tes poils, tes os, ton foie : on doit les aimer comme nous-mêmes. Pas plus, pas moins !
Il ne faut pas que ça aille au sacrifice de soi, de sorte que s’il y a un choix, il serait impossible à faire !
L’amour qui lie deux individus de sexe opposé
Pensées :
En premier, le but est d’aimer
Et le reste suit.
Nathanaël(1)

Blues
Je perds la boule. Je perds la tête. Je pète les plombs.
C’est pas bon !
Je ne suis pas débile.
C’est mon style !
Je ne suis pas malade, juste en pleine forme enrhumée.
Je suis dans la panade. Je fais une cascade.
Je crois que le monde va s’écrouler.
Je n’ai pas envie de couler.
Je botte en touche.
Je gobe une mouche et je dessouche !
Je me sens bien dans ma peau et mal à ma peau.
J’ai envie de dormir.
Laisse-toi pâlir !
Anaïs and Co(1)

A quoi çà sert les mots
Il y a ceux qu’on oublie sur une étagère et qui prennent plein de poussière et ceux qu’on met au musée des Invalides.
Il y a ceux qu’on aime :
musique, vieille voiture, chat, souvenir,
gros ventre, cristallin, arbre à frites,
jour de mon anniversaire, sapristi.
Stéphane (1)

Réforme de l’Enseignement
Ma réforme de l’enseignement, si j’étais ministre de l’Education Nationale :
- Jusqu’à 15 ans, les enfants ne feraient qu’apprendre les choses essentielles : Le français, l’orthographe, le calcul, les langues étrangères et la philo ; tout le reste, c’est pour ceux qui en ont envie.
- Je séparerais les classes : il y aurait des écoles de 6°, des écoles de 5° etc., pour éviter de mélanger les grands avec les petits, ça serait moins dangereux, moins contagieux. Les gosses de 10° sont contaminés par la violence des grands. Avant on séparait les garçons et les filles, on a mis du temps à comprendre que c’est ridicule.
- Je ferais comme Mao Tsé-toung, un petit livre rouge sur les exercices de philo à partir des petites classes : les élèves apprendraient des bons mots du style : un mort est un drame, un million de morts, une statistique…
- L’école à proprement parler commencerait le plus tard possible, vers quinze ans. Maintenant à 20 ans, ils sont au chômage. S’ils entraient en apprentissage à 15 ans, ça retarderait leur arrivée sur le marché du chômage : entre vingt et vingt-cinq ans, c’est dangereux de tourner en rond.
Carole(1)

Le Rêve
J’ai fait un rêve
J’ai fait un bon rêve
Et après un petit rêve.
J’étais tout seul dans mon petit rêve :
Je bois mon café à la maison,
Je fais mon lit ce matin
Et le soir je me lève tout seul
Moi et mon petit rêve
Et nous partons en vacances en Suisse.
Mon rêve me plaît
Ça me plaît de rêver
Je rêve de moi
Et au matin, je ne peux pas me lever.
Aleksandar(1)
Casser l’enfermement
La Résurrection
Je suis très tracassé par la résurrection
J’ai très peur de la vie
J’ai très peur de ma vie
J’ai très peur de la mort.
La fée des médicaments est morte.
Je voudrais retourner dans les âges que j’aime
Pour ne plus avoir peur.
François. (1)

3 comments
Comments feed for this article
octobre 20, 2009 à 5:15
mosalyo
Première relève, courrier abondant. Beaucoup de remerciements immérités, bien sûr…
- Clo Clo la Tulipe, qui dit qu’elle s’occupe d’enfants autistes et que c’est gratifiant au possible…
- Zahra de Casa qui dit qu’elle a cessé de travailler pour accompagner pleinement un petit Soufiane dont elle dit qu’il est la passion de sa vie …
- Agathe de Malines (Belgique) qui remercie et dit que notre pays qu’elle connait bien est hélas modeste en la matière, et qu’il faut réveiller les consciences …
- Claire de Perpignan qui adore le titre de l’article et demande le droit de l’utiliser pour baptiser une association. Je lui réponds que rien ne me ferait plus plaisir et honneur…
- Estelle de Perpignan également qui est une lectrice assidu du Papotin …
- Gérard de Pauillac qui a 3 enfants dont une petite Princesse Silencieuse, et avoue à sa grande honte qu’elle est sa préférée…
- Najia de Rabat qui refuse ”les écoles spécialisées” et toute forme de ghetto ! Tout le monde ensemble, avec une aide pour les enfants autistes…
- Saadia également de Rabat qui conjure de ”juste changer le regard”…
…
octobre 23, 2009 à 4:28
Camal
Je ne sais quasiment rien de l’autisme mais suis convaincu qu’il ne s’agit pas d’une maladie, tout au plus d’une différence … La norme est toujours la règle édictée par la majorité et, les majorités, elles ne sont bonnes qu’à définir le “sens commun”, le “bon sens” : le progrès et la lumière ne sont jamais leur œuvre, loin s’en faut ! Viendra un temps où ces “voix” inaudibles ou inintelligibles seront entendues aussi fort et aussi clairement que celles des plus grands poètes.
Il y a quelques années, Ruggero Raimondi (sans doute le meilleur ténor qui précéda l’énorme Pavarotti) avait donné une interview inoubliable ; cet artiste d’exception, la vie semblait lui avoir tout donné, une gloire planétaire, de beaux enfants, la fortune, un charme craquant, une intelligence vive, du bonheur à profusion, et une grande force. Puis, sur le tard et issue d’un nouvel amour, une petite fille “handicapée” avait fait irruption dans cette existence ultra privilégiée ; et le bel Italien pleurait de bonheur en expliquant aux vrais autistes que sont la plupart des téléspectateurs, qu’il n’avait jamais autant aimé et que cette enfant l’avait fait “naître” en lui faisant découvrir le vrai sens de la vie …
J’ai longtemps, longtemps réfléchi à ce qu’il avait essayé d’exprimer, en m’imaginant à sa place : loin des foules stupides et grégaires, quelle extraordinaire expérience ce doit être de pénétrer au coeur de ces êtres à part, sans savoir s’ils sont fragiles, inaccessibles ou invulnérables.
Des cas de prodiges stupéfiants sont d’ailleurs de plus en plus souvent rapportés à travers le monde par les publications spécialisées.
Courage à toutes celles et à tous ceux qui, néanmoins, subissent les regards imbéciles et la méchanceté ambiante.
octobre 23, 2009 à 6:49
mosalyo
Je pense que tu reviendras dans quelques jours au pupitre car bien sûr nous pensons la même chose, mais tu verras que mon invitée surprise, plus connaisseur, elle, ne dit pas non plus autre chose. Je raconterai aussi une histoire que tu connais bien… Bref, tu verras…
Pour l’heure, bravo pour l’exemple qui me touche d’autant que l’angoisse de la première paternité, je l’ai connue comme tout le monde, je pense. Et la question de savoir quelle serait mon attitude si j’avais un enfant différent, au bout de 9 mois moins 1 jour, je m’y suis répondu avec une conviction inébranlable et sans nuance : Ben je l’aimerai encore plus !
Mo’