C’est avec une fierté non dissimulée que je clame haut et fort que je ne suis issu d’aucune race pure. Je suis le produit d’une harira dans laquelle ont été fondus plusieurs caractères, plusieurs traits, plusieurs qualités, plusieurs origines, plusieurs particularités qu’en vérité, je me perds à dénombrer.

Mesdames et Messieurs les ’’Bons Aryens’’, les ’’Porteurs de  Particule’’ et autres ’’codes-barrés’’, je suis au regret de vous informer que moi, je trimbale, brodé sur les écharpes soyeuses de mon acide désoxyribonucléique, tout un arc-en-ciel de couleurs qui fait de mes chromosomes un nuancier chatoyant et que si je suis d’une race réellement pure, je ne doute pas qu’il ne puisse s’agir que de la race des hommes de bonne volonté, simple, fière, une, ondoyante et diverse.

Cela n’empêche nullement que comme tout le monde, je me suis amusé à blasonner pour m’élire à la dignité de chantre dévoué de la race humaine et, habile forestier, faire pousser mon arbre généalogique. Tout ceci pour mieux vous comprendre, pour mieux me comprendre …

Mon regretté père taquinait ma mère et, chaque fois qu’il était confronté ou victime de l’entêtement de la chère Dame plus femme que femme, il lui disait qu’il l’excusait en lui rappelant l’influence du généreux passage de ses aïeux par le monde des Gnawas. Elle répondait alors, péremptoire : J’ai toujours raison, pourquoi veux-tu que je perde mon temps en conjectures inutiles ?

La moitié de mon âme vient de la noble descendance de Masmod,  second fils de Barnos, ancêtre des Branès, Berbères Rifains arabisés du Nord de Taza au Maroc, guerriers émérites dont certains furent envoyés en Afrique Sub-Saharienne, dans cet ensemble précédemment et tour à tour dénommé Empire du Ghana, puis Soudan Occidental et qui était notamment et principalement constitué du Niger, du Mali, du Sénégal, du Ghana et de la Guinée – avec pour mission de convertir à l’Islam les habitants de ce ’’Pays des Noirs’’, les Gnawas (Iguinaouen, Ghanéens, Guinéens) comme disent les Berbères.

Ils en revinrent avec de la main d’œuvre, des traits de caractère, de la musique, des chants, des danses et un incroyable métissage qui semblent avoir fait de cette émigration tout un courant de civilisation, ne ressortissant pas seulement de l’esclavage, puisqu’ils ne sont pas tous noirs, arabes ou musulmans. Et oui, il existe par exemple, au Maroc et plus précisément à Essaouira, des Gnawas berbères et des Gnawas juifs du fait de la présence de communautés berbères et juives dans cette ville.

Les Gnawas sont à l’origine nomades, ce qui a grandement facilité leur implantation à travers toute l’Afrique du Nord et jusqu’en Egypte ou on les appelle Zar. En Tunisie, ils sont Stambali et en Algérie, Diwane.

http://www.gnawa.eu/Histoire.html

http://www.riadessaouira.fr/maroc/essaouira/hotel/riad/gnawas-essaouira.html

Outre leur haute spiritualité et leur incroyable don pour la musique sacrée qu’ils ont portée à l’incandescence, les Gnawas sont réputés pour leur entêtement et leur refus prudent d’entrer dans un processus dialectique duquel ils ne sont pas sûrs de sortir victorieux.

C’est donc cela qu’ont pris d’eux mes ancêtres maternels avant que de revenir se fixer à Fès, s’illustrer diversement dans le cours de l’histoire et enfin me donner pour maman, une beauté à la peau d’albâtre …

  1. http://www.dailymotion.com/video/x28po9_mahmoud-guinia_news?search_algo=2
  2. http://www.axelibre.org/musiques/gwana.php

Cette beauté proverbiale avait, toute sa jeunesse durant, rêvé d’épouser, c’est-à-dire en termes de l’époque, ’’d’être prise pour épouse’’ par un Oriental. Elle n’a jamais cessé de jurer – apprenez Mesdames à ’’réduire’’ les hommes, qu’en fait, elle cherchait mon père, un homme grand, beau, raffiné mais surtout pas un gentillet qui l’eût, disait-elle, prodigieusement ennuyée. Lorsque par l’entremise de parentes dignes de foi qui avaient aperçu la blanche colombe aux bains, mon père, accompagné de mes grands-parents s’en alla demander sa main, ’’on’’ raconte  qu’elle était au premier étage, scrutant de derrière un moucharabieh le séduisant jeune au discours si calme, si assuré qui parlait si respectueusement à son père, mon grand-père maternel, brave commerçant qui ’’faisait’’ comme nombre de ses concitoyens dans l’import-export et s’était spécialisé dans une origine carrément folklorique pour l’époque : l’Italie – ce qui lui valut de se voir offrir la nationalité italienne, récompense très mitigée et qu’un de ses fils paya même cher par la suite… On raconte aussi – et mon père le rapporta mille fois, qu’elle osa sortir de derrière sa cachette de bois ciselé et se pencha par-dessus la balustrade, manquant de tomber au beau milieu du patio ou chantait une fontaine et gazouillait son beau prince…

Mais d’où venait-il, ce beau prince, si distingué, si différent ?

A l’extrémité orientale du Maghreb, tout près de l’autre pôle cultuel et culturel,  ’’Kairouan’’, Sousse, Monastir et Moknine forment une tiare fabuleuse à Jemmal, très modeste foire aux chameaux ou mon père a vu le jour. Comme déjà dit ici même, c’est le fief de la sainte Oum Ezzine El Bouhlia http://wp.me/p62Hi-1Dh, une mystique soufie qui y créa une zaouia, c’est-à-dire une école religieuse ou l’on accueille étudiants et voyageurs.

http://www.dailymotion.com/video/xd59wz_3la-bab-darek-om-zine-el-jemmalia_webcam

Le patronyme indique que la famille paternelle, vient d’El Milia, dans le Nord-Est algérien, comme le montre la carte ci-dessus. Elle s’est installée là, dans ce rugueux Sahel Tunisien et y a fait souche.

A partir de là et en attendant de pouvoir produire des preuves et documenter cette probabilité pour en faire une certitude scientifique, j’expose une hypothèse – à forte présomption de véracité, toutefois. Pour entrer dans le monde merveilleux de la recherche généalogique, écoutons avec attention le dit d’un démographe, spécialiste des migrations, Kamel KATEB chercheur à l’Institut national d’études démographiques (INED) en France. Ses recherches portent notamment sur l’histoire des populations des pays du Maghreb et de leurs migrations.

’’ L’émigration algérienne, 1830-1914"

Eléments de l’article ’’La gestion administrative de l’émigration algérienne vers les pays musulmans au lendemain de la conquête de l’Algérie’’  

Kamel Kateb in "Population, 52e année, n°2, 1997"

"L’Algérie fut, de tous les territoires conquis par la France…, l’un des rares où la métropole eut une véritable politique d’installation massive de colons européens – français, espagnols, italiens… Le territoire n’étant pas vide – environ 2 millions d’habitants en 1830, les 500 000 colons arrivés entre 1830 et 1896 se sont trouvés en concurrence avec la population indigène pour l’occupation des terres cultivables. Certains administrateurs prônaient ouvertement une politique d’expulsion des Algériens, voire d’extermination. Par ailleurs un mouvement d’émigration plus ou moins spontané s’était développé, principalement en direction du Maroc, de la Tunisie et du Proche Orient…

Est-il possible d’évaluer l’importance numérique de ces migrations ? Il ne semble pas qu’il ait existé de comptabilité, ni en Algérie, ni en France, ni dans les pays d’accueil, qui aurait permis une telle évaluation. La correspondance échangée entre les préfets et le GGA (Gouvernement Général d’Algérie), ou entre ce dernier et les commandants militaires … permet néanmoins de s’en faire une idée. En effet, ces correspondances traitent des demandes d’autorisation d’émigration faites par les indigènes, ainsi que des demandes de rapatriement, et donnent des listes nominatives des personnes concernées et de leur famille… Des rapports étaient demandés quand les mouvements prenaient l’apparence de véritables exodes. L’ensemble des correspondances et instructions concernant le sujet qui nous intéresse est conservé dans les Archives centrales de l’Algérie, série H et HH du Gouvernement général.

Il s’agit plus précisément des cartons 9H99, 9H100 et 25H22 pour l’émigration vers la Tunisie …

Tous ces documents sont disponibles au Centre des Archives d’outre-mer à Aix-en-Provence…

L’émigration vers la Tunisie

… L’occupation de la ville de Bône (1831) a entraîné l’installation de plusieurs familles de cette localité dans la région de Bizerte. Plusieurs tribus ont amorcé des mouvements d’aller-retour pendant toute la période des combats et des insurrections. La Régence de Tunis semblait intéressée par l’installation de ces tribus qui cultivaient des terres et payaient des «sommes considérables d’impôts ». En 1855, l’administration signale 300 familles de trois tribus, soit plus de 1 500 personnes ; en 1856, 200 tentes de Mascara (plus de 1 000 personnes) et en 1860 plus de 300 tentes (environs 1 500 personnes). Ces chiffres montrent le caractère massif de l’émigration et sa nature : il s’agit de tribus ou fractions de tribu qui émigrent en emportant leurs biens, c’est-à-dire essentiellement leur cheptel et leur campement; les listes nominatives établies par l’administration française donnent la composition familiale en même temps que le nombre de bêtes (moutons, bovins, caprins, chevaux, chameaux, etc.). Les autorités françaises ont d’ailleurs accusé en 1874, à tort ou à raison, les Tunisiens d’une propagande «habile et malveillante» pour inciter les indigènes à émigrer.

…Quand ils existent, les chiffres diffèrent considérablement selon qu’ils sont établis en Algérie ou par les services consulaires (français) en Tunisie : ces derniersévaluaient en 1876 le nombre des Algériens à 16 600, alors que le GGA donnait à la même époque le chiffre de 6 973 personnes, et ceci avant les fortes migrations de la fin du siècle.

Trois types d’émigrés prirent le chemin de la Tunisie :

  • ceux qui bénéficiaient d’une autorisation et sollicitaient une immatriculation au consulat de la République française,
  • ceux qui s’y installèrent clandestinement,
  • et ceux qui – surtout après 1881, transitèrent par la Tunisie sur la route de Tripoli, de l’Egypte et du Moyen-Orient.

Si l’on en croit certains rapports, les causes de départ vers la Tunisie furent surtout économiques. Les émigrés algériens y trouvaient des conditions de vie plus avantageuses qu’en Algérie, et l’imposition y était moins lourde…

… Beaucoup d’Algériens émigreront aussi pour des raisons politico-religieuses, refusant de vivre sous un gouvernement non-musulman, bien que la France ait pu obtenir des autorités religieuses du Caire et de la Mecque des fetwas – sentences rendues dans le cadre du droit musulman, permettant aux Musulmans d’Algérie de vivre sous une autorité autre que musulmane.’’

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1997_num_52_2_6448

Les ancêtres paternels semblent avoir été d’habiles oléiculteurs de la région d’El Milia qui se sont expatriés pour une raison ou pour une autre. Mille questions se posent auxquelles il va falloir répondre, mais je crois sincèrement que je tiens le bon fil. Mes premières et très provisoires conclusions sont que les Régions d’El Milia dans le nord-est algérien et de Jemmal dans le sahel tunisien eurent tout au long des 15 derniers siècles, des relations intenses et passionnées. Mes ancêtres étaient très probablement des Berbères donc. La tribu souche semble être celle des Ketâma :

’’L’histoire (les) représente … comme une tribu remuante, indisciplinée et dissolue. Aussi divers gouvernements africains saisirent-ils avec empressement toutes les occasions de les éloigner et de les disperser.

… Au XIIIe siècle, on voyait encore, sur les bords du Nil, beaucoup de ruines provenant des édifices démolis par les guerriers de cette tribu.

’’Les documents que l’histoire nous a conservés sur la participation des Ketâma aux mouvements qui agitèrent l’Afrique durant le moyen âge prouvent combien, dans l’appréciation du génie et du caractère berbère, il faut tenir compte des différences profondes qui existent entre les différents peuples de cette race.’’

’’ Ibn Khaldoun en a abondamment parlé et dit qu’elle était  l’une des plus importantes branches des Baranis, (nota : Branès, déjà cités supra) ’’Issues des tribus Amazighs ou berbères, historiquement connues au Maghreb arabe, et qui, selon les généalogistes berbères, descendent toutes de leur ancêtre ’’Bornes Ben Kotem’’ (nota : Barnos déjà cité supra)’’

http://el-milia.over-blog.com/article-29471979.html

Tout ceci est bien approximatif. Les béances sont autant de dangereux nids de poule, mais je me sais assez rigoriste pour ne rien accepter qui ne soit parfaitement étayé et bâti. Alors je sais ce qu’il me reste à faire : C’est bientôt la rentrée scolaire et je compte bien user encore quelques fonds de culotte devant mon pupitre, à naviguer, à lire, à fouiller, à rapprocher, à étudier et à réfléchir.

Néanmoins, une fois le travail fait, je suis souvent dévoré par le rêve et distrait par la poésie, je souris aux anges et m’encourage à lire le résultat comme s’il était rédigé à l’aide d’idéogrammes ! Mouna Hachim, anthropologue, écrivain et journaliste me souffle que : "D’importantes fractions des Ketâma se sont établies anciennement au Maroc où leur nom est encore notoire dans le Rif central près d’Al Hoceima." …  

Et la boucle se referme … mon intrépide et amoureux père est en fait venu rechercher, 12 siècles après, dans ce Rif mythique, sa blanche cousine pour en faire sa princesse et ma mère …

mo’

http://youtu.be/UjAVhg8LZEI

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