Canada

Remerciements

  • Merci Gaston, Nicole & Stéphanie,
  • Merci Marc, Magalie, Odalie & Michel,
  • Merci Chantal, Shawn, Alexandre & Mathieu,
  • Merci Marie-Claude, Christian & Raphael,
  • Merci Ginette, Julien, Amélie & Grégoire,
  • Merci Luc & Annie,
  • Merci Françoise, Aurore & Olivier,
  • Merci Pierre,
  • Merci Yvon, Lucie, Luc, Isabelle & Zacharie,
  • Merci Amrane, Salima, Celia & Amelys,
  • Merci Majid, Fouzia, Benoit, Nadia, Meryem & Kamil,
  • Merci Halim & Lina…
  • Mes regrets à celles et ceux qui n’ont pu hélas, venir,
  • Mes regrets à celles et ceux que je comptais voir mais n’ai pu contacter,
  • Merci à toutes les personnes rencontrées lors de ce séjour de rêve,
  • Merci à tous citoyens canadiens, tous dignes d’estime et de respect,
  • Merci à toutes celles et tous ceux qui nous ont servi, pour leurs torrents de sourires,
  • Merci au Canada dans son ensemble, Pays noble et grand , un des laboratoires de notre probable futur…

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 Le royaume de la forêt

L’imposant aéronef ronronne de toute la puissance tranquille de ses énormes réacteurs. Tout à coup, il frémit légèrement : il délaisse la mer et commence à survoler la terre ferme.

A son bord, en bonne place, l’homme des hauts-plateaux semi-désertiques du Nord de l’Afrique allonge le cou et regarde par le hublot. Il est tétanisé par le spectacle qui s’offre à lui et en reste béat. Il marmonne quelque laude aussi imparfaite qu’admirative car 11.000 mètres plus bas, éclatante sous la lumière du soleil, la terre canadienne propose sans pudeur le spectacle de sa luxuriante végétation, baignant dans les eaux calmes d’une infinité d’entrelacs lumineux, de rivières, de fleuves et de lacs, éparpillés dans l’immensité végétale, comme un collier de perles mêlées à des fils d’argent, rompu sur un tissu de velours vert-foncé. L’homme pense même un instant que cette abondance est l’effet optique de quelque jeu de réflection répétant à l’infini la même image mais ce n’est bien sûr pas le cas et c’est bel et bien la réalité qui s’étale là, sous ses yeux …

 Aéroport de Montréal

L’aéroport de Montréal grouille de monde et les files d’attente, de contrôle et de fouilles diverses sont interminables. Les temps sont inquiets et ces contraintes sont une sorte de chambre de décontamination, un lazaret nécessaire pour éloigner la peste de la méchanceté et de la haine.

Appuyés à la balustrade de la zone sous douane, deux de mes amis, plus que chers à mon cœur, accompagnés de la femme de l’un d’eux, nous accueillent chaleureusement et prennent en charge nos impedimenta.

Je suis muet et ne répond que mollement à leurs questions, sur un ton monocorde et comme absent. Heureusement, ma volubile compagne supplée ce mutisme que mes amis comprennent et prennent pour ce qu’il est, de l’émotion.

… 19 années que ces amis et tant d’autres ne cessent de m’adresser des invitations – quasiment sans discontinuer, mais en vain, car je refuse de demander un visa pour accéder à quelque pays que ce soit pour avoir le privilège d’aller y dépenser mon bon argent. Je comprends bien toutes les raisons qui rendent cette mesure nécessaire, mais j’estime que ce n’est pas à moi de faire le moindre effort pour prouver que je suis un citoyen honnête et pacifique, respectueux de la morale et de la loi. Et voici qu’enfin, je puis répondre à ladite invitation sans avoir eu à effectuer l’infamante démarche … Je suis donc en paix avec le monde et si je suis songeur c’est simplement que je pense bien naïvement que …

Quand les hommes vivront d’amour, Felix Leclerc, Gilles Vigneault, Robert Charlebois

Nous roulons à travers une suite infinie de quartiers résidentiels dont les caractéristiques les plus marquantes sont l’espace entre les maisons, la propreté, le calme et le silence. A quoi donc ressemble un clackson au Canada ? Les voitures en sont-elles équipées ? Le saurai-je un jour ?

villa hauts montréal

Nous nous arrêtons devant une bien belle maison de briques et de bois. C’est le logis de l’un de nos hôtes et de son épouse. Nous descendons y prendre un rafraîchissement et nous reposer un instant. Nous y saluons un Zacharie né quelques jours auparavant et lui présentons les salutations et les vœux d’un petit ange de l’autre bout du monde. Nos amis nous annoncent le programme qu’ils ont établi ensemble, bien aéré comme je le leur ai demandé pour me permettre de gérer sans mal mes contraintes de tous ordres. Puis, nous abandonnons l’ami montréalais et son épouse, et reprenons notre route car nous allons dans la région de Québec à quelques heures de voiture de là.

Habitat individuel québec

Cette route est une suite ininterrompue de bois, de maisons coquettes et espacées, toutes blanches, et de ponts franchissant des rivières… Les noms des bourgades, des villages et des villes fleurent bon la Vieille France : Repentigny, Berthier, Trois Rivières, Ste-Anne, la Pérade

st marc

Nous nous arrêtons pour diner– pardon, souper, à St-Marc-des-Carrières. Portions énormes, nourriture très saine mais sans chichi. Fruits rouges à profusion. C’est la saison. Merveilleux ! Je compte bien en faire une cure…

 Pont Rouge Québec

Sans la moindre fatigue, sans l’ombre de la monotonie, nous arrivons enfin chez notre hôte. Il habite une bourgade du nom de Pont Rouge. Un village québécois type : Des maisons éparpillées dans les bois, une placette avec une église, une école et d’innombrables aires de jeux et de sports, un commerce général, un supermarché de fruits et légumes, quelques commerces spécialisés … Le tout est pimpant, accueillant, avenant et calme… Aucune excitation, aucune nuisance sonore…

Ma Cabane Au Canada – Line Renaud

La maison de l’ami est l’archétype de cet habitat, tout de quiétude et de tranquillité. Nous nous installons dans une vaste pièce donnant sur … le bois avoisinant…

Cinq heures de sommeil suffisent à requinquer nos corps fatigués par le long voyage, la veille et l’émotion. La table du déjeuner – le petit-déjeuner de nos tropiques, est surchargée de mets étranges pour nous : cottage-cheese, bagels, confitures de fruits rouges, sirop d’érable, sucre d’érable, beurre d’érable, lait, beurre, miel, fromages divers, y compris des pâtes molles, jus de fruits à profusion… Je me permets de demander si par hasard ma sacrosainte huile d’olive avait droit de cité en ce Septentrion et elle jaillit du garde-manger. Elle est américaine et parfaitement honnête. Tout est frais, bon et profus.

Cimetière privé

Nous demandons avant toute chose à aller nous recueillir sur la tombe d’une amie disparue et qui ‘’dort son sommeil sous une humble pelouse’’… Le petit cimetière – privé- est, comme on peut le voir,  ouvert, au bord de la route, sans aucune grandiloquence, aucune statue, aucun faste. Il est constitué de quelques pierres simples, arasées dans le sol, de bouquets de fleurs dans de modestes pots et de panonceaux de bronze, également arasés dans le sol. Le tout est reposant, parfaitement entretenu et digne… Nous y faisons connaissance avec quelques écureuils tout étonnés de voir les étranges étrangers que nous sommes. A notre approche, ils ne se sauvent guère. C’est tellement inintelligent d’avoir peur des étrangers. Ils sont normalement une source d’enrichissement, non ? Nous nous recueillons un instant avant de poursuivre la découverte de ce Monde Nouveau …

Chute Montmorency

Ainsi, sans Big Bang, en empruntant simplement les larges voies du magnifique et généreux réseau routier, nous allons nous repaître du spectacle d’une ‘’soupe originelle’’ d’une violente beauté :

La Chute Montmorency

Cette chute d’eau est située à l’embouchure de la rivière Montmorency, à l’endroit où elle se déverse par le rivage en falaise dans le fleuve Saint-Laurent. D’une hauteur de 83 mètres, elle est la plus haute de la Province du Québec et dépasse en hauteur de trente mètres les Chutes du Niagara même si elle est bien moins large et imposante. Nous y restons plusieurs heures, escaladant quelques- unes des 487 marches, essuyant les paquets d’embruns de l’eau bouillonnante, respirant à pleins poumons cet air 100 fois pur, riant, résistant à la poussée violente du souffle de l’eau, nous moquant des innombrables ‘’touristes’’ perchés tout là-haut qui se contentent de voir sans ressentir… Lorsque nous décidons de partir, nous sommes, c’est le cas de le dire, lessivés, comme ivres d’avoir respiré tout cet air ‘’trop pur’’…

Nous prenons le chemin du retour, à savoir une de ces larges autoroutes qui quadrillent le pays. Puis nous décidons d’emprunter un petit chemin de traverse qui coupe … une forêt … touffue et vert-foncé. Celui-ci nous amène à un village minuscule dont tous les habitants sont des cultivateurs. Le ‘’BIO’’ connaît un grand succès au Canada et l’ensemble de ce village s’y est mis… La personne chargée d’établir nos menus décide de ’’faire son marché’’ ici, dans ces minuscules cabanes en bois qui proposent chacune une dizaine de caissettes de produits divers… Elle prend quelques tomates, une grosse courgette et une botte de carottes. 27 Can$… no comment

C’est de cette très riche bombance que nous décidons de diner – pardon, de souper …

L’énorme fatigue accumulée ne tarde pas à nous envoyer au pays des songes.

 Chutes Chaudière

Le lendemain, nous décidons d’aller visiter d’autres chutes, les Chutes de la Chaudière, qui elles, sont hautes de 35 mètres. Elles sont les dernières et les plus importantes chutes de la Rivière Chaudière. Ces chutes se retrouvent à l’extrémité nord du cours d’eau, lequel coule sur 185 Kms jusqu’au Saint-Laurent.

Les Chutes de la Chaudière

Quoique moins spectaculaires à cause de la modestie de leur hauteur, elles sont imposantes par leur largeur et le désordre de leur bouillonnement. Tout est prévu pour s’en approcher de très près et avoir l’impression que l’on est Richard Wagner dirigeant l’exécution de l’une de ses énormes symphonies. Les bois alentours sont pleins de surprises et leur faune et leur flore sont passionnantes à découvrir…

Autoroute Québec

Nous remettons à Wagner sa baguette et quittons ce Bayreuth du Nouveau Monde pour nous diriger vers la ville de Québec… Mais où est Québec ? Où se cache cette ville ? Il n’est pas évident de répondre… Nous voyons bien des panneaux annonçant que nous en traversons les banlieues l’une derrière l’autre, mais pas âme qui vive ni la moindre pierre de construction. Seules d’immenses avenues arborent fièrement leurs noms : Robert Bourassa, Felix Leclerc, Cliche, Duplessis, Henri IV etc. Sinon, rien, ni à droite, ni à gauche ni en bordure de route. Le lieu serait-il vide ? Ah non, tout de même, nous croisons d’autres véhicules… Puis tout d’un coup, une vaste place apparaît, bordée de commerces divers. Puis à nouveau ce que j’appelle vulgairement les bois, des maisons individuelles, des avenues extra-larges, une place et ainsi de suite.

Cageux

Le Quai des Cageux

Nous longeons maintenant le Fleuve Saint-Laurent et arrêtons notre véhicule dans un décor de carte postale : eau, verdure, allées impeccablement tenues, peu de monde et soleil éclatant, pour découvrir le Quai des ‘’Cageux’’… sur la Promenade Samuel de Champlain :

Le Canada a bâti sa prospérité sur le bois. Une grande partie de sa production sylvicole a été exportée durant des siècles principalement vers la Grande Bretagne. Les arbres étaient coupés dans tout le pays et regroupés dans certains ports pour être exportés. Le transport non-maritime se faisait en ‘’confiant’’ les arbres coupés aux cours d’eau. Mais pour les ‘’garder’’ et en discipliner la navigation, on avait recours à des ‘’cageux’’, ou ‘’cageur’’ et autres draveurs – du verbe anglais  »to drive », conduire, ouvriers qui confectionnaient, faisaient ou conduisaient des trains de bois, sans attache entre les troncs, et les dirigeaient exactement comme un berger dirige des moutons. C’était un travail assurément très physique dans lequel ces hommes risquaient leur vie par mauvais temps. A l’emplacement du port fluvial et maritime, même s’il ne reste plus rien de matériel, les Canadiens ont érigé une espèce de musée ou tout cela est raconté, avec force illustrations et croquis.

Après cette visite, longue ballade paisible et reposante au bord de l’eau. Puis nous reprenons notre véhicule pour aller, quelques collines plus loin, vers le centre de la ville de Québec, nommé affectueusement ‘’Le Vieux’’ pour ‘’Le Vieux Québec’’

Place Royale Québec

Nous y sommes accueillis à l’entrée, par Sa Majesté le Roi Soleil en buste, sur la Place Royale, la plus ancienne place d’Amérique du Nord, dit-on !

La Vieille Ville est propre et n’arrive pas à dissimuler sa richesse. Les commerces sont achalandés, les rues inondées de soleil et les gens souriants. Une ambiance irréelle me donne l’impression de visiter quelque phalanstère idéel ou l’homme réapprend à vivre en société d’une autre manière. Profusion de sourires, de politesses et comme d’invitations au partage…

Nous nous attablons pour déjeuner – pardon, diner … Portions gargantuesques, infinité de condiments, de sauces et d’ingrédients divers. Je fais de mon mieux pour comprendre les questions que l’on me pose et à la vérité, ce n’est pas toujours simple…

  • Bonjour, Ça va bien aujourd’hui ?
  • Un apéro pour commencer?
  • Quelque chose à boire?
  • Soda… D’accord, régulier ou diet ?
  • Au verre ou une bouteille ?
  • Voici le menu, aujourd’hui notre soupe du jour est…. et le plat du jour est…
  • J’amène de l’eau en revenant.
  • Vous avez fait votre choix ?
  • Votre viande, vous la désirez saignante, medium ou bien cuite?
  • Un café? D’accord, allongé ou régulier? Avec ou sans sucre? Crème ou lait? Noir?
  • Vous désirez une seule facture ou des factures indépendantes?
  • Vous payez comment? Carte de crédit? Carte de débit? Comptant?

Québec depuis

L’après-midi, nous nous rendons dans le magnifique penthouse du frère de notre hôte, à deux pas des quais du Port de Québec, et y prenons quelque repos. Sa terrasse est un mirador exceptionnel qui nous permet de comprendre la topographie de la ville… Dans le même champ, nous avons la mer et le gros de la vieille ville où trône le prestigieux Hôtel Château-Frontenac.

L’après-midi est consacré à la visite à pied du Vieux Québec… Tout est intensément humain, proche, impeccablement entretenu et … vrai…

Et voilà qu’au détour d’une rue en pente, je me retrouve nez à nez avec un vieil ami. J’ose montrer la photo de notre rencontre …

Félix Leclerc

Lorsque nous retournons à notre base-vie, à Pont-Rouge, nous sommes fourbus de saine fatigue.

quelques fromages canadiens

Tout juste le temps de grignotez quelques bouchées de pain au fromage qui me permettent de vérifier qu’effectivement, l’industrie laitière canadienne s’est juré de tailler des croupières à son aînée française et avec entêtement et application, investissement et sérieux, elle produit maintenant des fromages de toutes sortes et de qualité plus qu’honorable.

Le lendemain, toute la journée est consacrée à la confection d’un repas marocain avec des produits authentiquement marocains achetés dans une boutique spécialisée de Québec… Ma concubine organise un atelier, officiellement pour enseigner cet art à nombre de dames qui veulent acquérir les secrets de notre séduction gastronomique, en vérité pour rire, blaguer, échanger et être ensemble …

Nous accueillons l’équipe de Québec-ville, et les Outaouais dont nous n’avons pas vu les membres depuis de nombreuses années. Quel plaisir, cette jeunesse qui s’épanouit, sourit et avance dans la vie. Nous fondons de plaisir à l’idée d’être leurs hôtes dans quelques jours …

Les Montréalais ne sont pas là car nous les voyons et demeurons chez eux à partir de demain, pour plusieurs jours…

Le menu de notre repas  »ethnique » est classique :

  • Salades diverses
  • Tagine de viande aux pruneaux
  • Tagine de poulet au citron
  • Couscous à la viande de bœuf

Je ne sais si c’était bon, mais en tout cas, cela fut consommé…

Au bout du bout de cette nuit chaude et chaleureuse, la séparation fut moins pénible que prévue, toutes les personnes présentes promirent et jurèrent qu’elles inscrivaient immédiatement la destination Maroc dans la liste de leurs intentions de voyage…

Demain, nous laisserons donc cette magnifique région de Québec, pour celle de Montréal.

Si Dieu nous prête vie, aucun doute possible : nous y reviendrons et la prochaine fois, ce sera pour un séjour beaucoup plus long et pas forcément en été car c’est par ce rappel météorologique que les  »rabat-joie » ne cessent de tempérer mes dithyrambes et de calmer mon enthousiasme…

mo’

… à suivre…