horreur et damnation

Illusion : Frantz Fanon

Qui donc a osé écrire ce qui suit, en 1961, au beau milieu de la période des ‘’Trente Glorieuses’’, années qui furent une révolution, certes silencieuse, mais porteuse de changements économiques et sociaux majeurs, qui ont marqué le passage de l’Europe, quarante années après les Etats-Unis, à la société de consommation ?

‘’…Les États impérialistes commettraient une grave erreur et une injustice inqualifiable s’ils se contentaient de retirer de notre sol les cohortes militaires, les services administratifs et d’intendance dont c’était la fonction de découvrir des richesses, de les extraire et de les expédier vers les métropoles. La réparation morale de l’indépendance nationale ne nous aveugle pas, ne nous nourrit pas. La richesse des pays impérialistes est aussi notre richesse… L’Europe est littéralement la création du tiers monde… ‘’

C’est Frantz Fanon, psychiatre et essayiste martiniquais, né en 1925 à Fort de France et mort, sous le nom d’Ibrahim Frantz Fanon, en décembre 1961 à Washington, aux USA. Il est l’un des fondateurs du courant de pensée tiers-mondiste. Durant toute sa vie, il a cherché à analyser les conséquences psychologiques de la colonisation à la fois sur le colon et sur le colonisé. Dans ses livres les plus connus, il analyse le processus de décolonisation sous les angles sociologique, philosophique et psychiatrique.

JP Sartre

Frantz Fanon est connu surtout pour être l’auteur d’un des plus célèbres best-sellers traitant de la question de la fin de la colonisation. Il s’agit d’un essai intitulé ‘’Les damnés de la terre’’, paru quelques temps avant sa mort, en 1961. Cet écrit doit peut-être plus sa notoriété à sa préface qu’à son contenu car elle a été rédigée par Jean-Paul Sartre, 1905-1980, écrivain et philosophe français leader du courant existentialiste, dont l’œuvre et la personnalité ont marqué la vie intellectuelle et politique de la France de 1945 à la fin des années 1970.

L’écrit comporte cinq chapitres traitant de la violence, de la grandeur et des faiblesses de la spontanéité, des mésaventures de la conscience coloniale, de la culture nationale et enfin de la guerre coloniale et (des) troubles mentaux. 

Ces cinq chapitres sont disposés comme les strophes d’un poème. L’écriture est appuyée sur le propre vécu de médecin psychiatre de l’auteur au contact des déshérités. La compréhension recherchée va au-delà de l’argumentation et se concentre sur des thématiques précises.

‘’La Violence’’ est la principale et première thématique. Elle serait, lit-on, la clé de la décolonisation. Le titre de l’ouvrage est d’ailleurs tiré du chant révolutionnaire ‘’l’Internationale’’. Le propos est que le colonisé doit redécouvrir le réel ‘’mitraillette au poing’’.

‘’L’homme colonisé ne se libère que dans et par la violence’’

Le combat mené par Frantz Fanon était dirigé principalement contre l’Europe : ‘’le bien–être et le progrès de l’Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres de Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes’’. Il préconise une nouvelle redistribution des richesses et demande aux impérialistes de rendre ce qu’ils ont pris.

La pensée de Frantz Fanon est révolutionnaire, tiers-mondiste mais aussi humaniste. Son combat n’a pas visé seulement la libération de l’homme noir ou du colonisé. Il cherchait essentiellement à libérer l’homme. Le racisme lui est étranger ‘’Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur de rechercher en quoi ma race est supérieure ou inférieure à une autre race’’ ‘’il n’y a pas de mission nègre, il n’y a pas de fardeau blanc : un seul devoir, celui de ne pas renier ma liberté au travers de mes choix’’.

Frantz Fanon fut un homme qui s’est interrogé : il n’a pas cessé de réfléchir à un ‘’vivre ensemble’’. Il a souhaité que le colonisé ‘’décolonise l’être’’ et pas seulement les structures administratives ou politiques. Pour lui, l’être humain accède à l’universel à partir de sa différence et non de son particularisme. La mort du colonisé et celle du colonisateur naissent d’une seule logique, celle de la création d’un homme nouveau.

L’essai s’achève sur cette phrase :

‘’Pour l’Europe, pour nous-même et pour l’humanité, camarades, il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf.’’

Texte énergique et décapant, mais tout de même plus calme que ladite préface signée de Jean-Paul Sartre et qui elle, n’hésite pas à prendre parfois l’allure d’une justification de la violence extrême :

‘’ Car, en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds.’’…

… ‘’ Nous trouvons notre humanité en deçà de la mort et du désespoir, il (le damné de la terre) la trouve au-delà des supplices et de la mort. Nous avons été les semeurs de vent ; la tempête, c’est lui. Fils de la violence, il puise en elle à chaque instant son humanité : nous étions hommes à ses dépens, il se fait homme aux nôtres. Un autre homme : de meilleure qualité.’’…

… ‘’ Vous savez bien que nous sommes des exploiteurs. Vous savez bien que nous avons pris l’or et les métaux puis le pétri des “ continents neufs ” et que nous les avons ramenés dans nos vieilles métropoles. Non sans d’excellents résultats : des pals des cathédrales, des capitales industrielles ; et puis quand la crise menaçait, les marchés coloniaux étaient là pour l’amortir ou la détourner. L’Europe, gavée de richesses, accorda de jure l’humanité à tous ses habitants : un homme, chez nous, ça veut dire un complice puisque nous avons tous profité de l’exploitation coloniale. Ce continent gras et blême finit par donner de ce que Fanon nomme justement le “ narcissisme ”. Cocteau s’agaçait de Paris, “ cette ville qui parle tout le temps d’elle-même ”. Et l’Europe, que fait-elle d’autre ? Et ce monstre ‘’sur européen’’, l’Amérique du Nord ?’’ …

En fait arrêtons-là les citations, il faut lire l’essai et sa préface.

Quant au texte de l’essai lui-même, il est maintenant dans le domaine public et accessible à partir de ce lien :

Les Damnés de la Terre ; Frantz Fanon, (1961), éd. La Découverte poche, 2002. Texte intégral

Si l’on ne désire lire que la préface, en voici l’adresse :

Les Damnés de la Terre ; Frantz Fanon (1961) Préface à l’édition de 1961 par Jean-Paul Sartre http://1libertaire.free.fr/Sartre1961Fanon.html

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Désillusion : René Dumont

René Dumont

Hélas, tout au moins en ce qui concerne l’Afrique, l’ivresse des indépendances ne trompa guère certains observateurs avertis : arriva en librairie, un an après ‘’Les Damnés de le Terre’’, en 1962, un autre ouvrage qui eut un grand retentissement : ‘’L’Afrique noire est mal partie’’.

Ce second ouvrage est dû à René Dumont, professeur d’agronomie et grand connaisseur du Continent Africain.

En voici un rappel signé à Alain Faujas, du Monde qui publia dans l’édition du quotidien du 26 juillet 2008, ce qui suit :

… ‘’Oh, la belle polémique que déclencha René Dumont … en affirmant et en déplorant, dans  »L’Afrique noire est mal partie » en 1962 que cette zone des tropiques n’était pas près de se développer ! En pleine euphorie des indépendances, ce professeur d’agriculture comparée à l’Institut national agronomique (INA) osa dire que l’Afrique faisait fausse route en singeant ses anciens colonisateurs.

Le livre fut interdit illico par une bonne partie des jeunes Etats d’Afrique francophone. Son auteur fut même cité à « comparaître » devant les étudiants de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France  … Ils lui dirent, raconte-t-il dans ses Mémoires« que je n’avais rien compris, qu’ils allaient faire la révolution. Ce qui résoudrait tous les problèmes« .

Avec passion, René Dumont prend la défense des paysans tropicaux, « vrais prolétaires des temps modernes », notamment en Afrique, où « l’homme noir se trouve enfermé dans le cercle infernal d’une agriculture sous-productive, réalisée par des hommes sous-alimentés, sur une terre non-fertilisée« . La faute à qui ? Aux crimes de nos ancêtres blancs qui ont déporté des dizaines de millions d’esclaves en Amérique, organisé l’abomination du travail forcé et inoculé l’alcoolisme. A l’économie de traite qui a permis aux colons de s’enrichir à trop bon compte et assuré durablement la prééminence du capital commercial sur le capital industriel. A l’outrecuidance technocratique de ceux qui ont privilégié sur des terres fragiles la mécanisation et les cultures d’exportation, alors que la houe traditionnelle, la daba, et le mil auraient dû être préservés dans un premier temps.’’

Les Noirs – ou plutôt leurs élites – en prennent aussi pour leur grade : « La principale industrie des pays d’outre-mer est l’administration », persifle-t-il. Et de recenser un député pour 6 000 habitants au contre un pour 100 000 en France.

Il dénonce le système foncier, la dot, la gérontocratie, les marabouts qui, chacun à leur manière, entravent la productivité du paysan africain et son « accession progressive à l’économie d’échanges ». Il veut que les élites de la fonction publique acceptent une baisse de leurs salaires. Il pourfend les termes de l’échange qui détournent vers les pays riches la plus-value des matières premières africaines. A l’évidence, il est séduit par les socialismes naissants et (apparemment) austères au Ghana, au Mali, en Guinée et en Zambie.

Les idées de René Dumont ont marqué des générations d’agronomes et de spécialistes du développement. « Son diagnostic est toujours valable, affirme Olivier Lafourcade, ancien directeur pour l’Afrique occidentale et centrale à la Banque mondiale. Relever la productivité agricole de l’Afrique demeure d’actualité, car en quarante-cinq ans, on n’a pas fait grand-chose en la matière ! » Le futur candidat à l’élection présidentielle de 1974 sous les couleurs écologistes pointait déjà sous l’agronome. « Avant tout  le monde, il a mis l’accent sur l’importance de l’eau et la nécessité de se soucier de l’environnement, poursuit M. Lafourcade. Certes, sa vision très socialiste du développement le poussait à faire trop confiance à l’Etat, mais il a été le premier à promouvoir l’organisation des producteurs et à souligner le rôle essentiel des femmes dans l’agriculture vivrière.

Les plus jeunes aussi s’inspirent des analyses de René Dumont. Ainsi, Roger Blein, consultant auprès d’Etats et d’organisation d’agriculteurs d’Afrique de l’Ouest, qui a découvert le livre dans les années 1980. « A son époque, on fermait les yeux sur la corruption et la gabegie en échange des matières premières et des débouchés de l’Afrique subsaharienneexplique-t-il. Or, la Chine est en train de renuveler ce pacte détestable qui explique une partie du décrochage de l’Afrique par rapport au reste du monde.« 

Mais la victoire posthume de René Dumont, c’est la Banque mondiale qui la lui a apportée sous la forme d’un mea culpa en bonne et due forme. En octobre 2007, un rapport de la Banque a reconnu que l’agriculture avait été « négligée », depuis vingt-cinq ans, comme facteur de développement, alors que 75 % des populations les plus pauvres habitent les zones rurales. Son président Robert Zoellick a donc décidé que l’argent de la Banque privilégierait désormais l’accès à la terre, l’accès à l’eau et l’éducation des paysans. Exactement ce que préconisait l’agronome le plus célèbre de France.’’

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Horreur et damnation : Mawuma Koutonin

Mawuma Koutonin

Dans cette Afrique, 14 pays sont obligés par la France, à travers le pacte colonial, de mettre 85% de leurs réserves à la Banque Centrale de France sous le contrôle du ministère des finances français. Jusqu’à maintenant, ces pays africains doivent encore payer la dette coloniale en France. Les dirigeants africains qui refusent sont tués ou victimes de coup d’état. Ceux qui obéissent sont soutenus et récompensés par la France grâce à un style de vie somptueux, tandis que leurs populations endurent la misère et le désespoir.

Un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête à se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par année…

… Voici les 11 principales composantes de la poursuite du pacte de colonisation depuis les années 1950 :

1 . La dette coloniale pour les avantages de la colonisation par la France

2 . Confiscation automatique des réserves nationales

L’ancien président français Jacques Chirac a récemment parlé de l’argent des pays africains dans les banques en France. Voici une vidéo qui parle du système d’exploitation français. Voici une courte transcription de l’extrait : “Nous devons être honnêtes et reconnaître qu’une grande partie de l’argent dans nos banques viennent précisément de l’exploitation du continent africain”.

3 . Droit de priorité sur toute ressource brute ou naturel découvert dans le pays

4 . Priorité aux intérêts et aux entreprises françaises dans les marchés publics et constructions publiques

5 . Droit exclusif de fournir des équipements militaires et de former les officiers militaires des pays

6 . Droit pour la France de pré-déployer des troupes et intervenir militairement dans le pays pour défendre ses intérêts

7 . Obligation de faire du français la langue officielle du pays et de la langue pour l’éducation

8 . Obligation d’utiliser l’argent de la France coloniale le FCFA

9 . Obligation d’envoyer le rapport annuel France du solde et de réserve

10 . Renonciation à entrer en alliance militaire avec tout autre pays, sans autorisation par la France

soldats africains

11 . Obligation de s’allier avec la France en situation de guerre ou de crise mondiale

Rappelons que … ‘’Plus d’un million de soldats africains se sont battus pour la défaite du nazisme et du fascisme pendant la seconde guerre mondiale.’’ Même si, de façon grotesque leur contribution a souvent été ignorée ou minimisée, jusque par ceux qui en ont le plus profité ! (cf. le film ‘’Indigènes’’…)

Pour finir cet édifiant tableau, un exemple chiffré qui donnera le vertige :

… ‘’La France a fait payer à Haïti l’équivalent moderne de 21 milliards de dollars de 1804 à 1947 ( près d’un siècle et demi ) pour les pertes causées aux marchands d’esclaves français suite à l’ abolition de l’esclavage et à la libération des esclaves haïtiens !’’.

D’après Mawuna Remarque Koutonin

http://www.siliconafrica.com/france-colonial-tax/

http://www.collectifmap.org/

https://www.facebook.com/dossou.gaglozoun

Prologue

Peut-être avez-vous une petite faim et voulez-vous manger votre chapeau d’indignation et de rage face à la monstrueuse mauvaise foi et à l’ignorance crasse de l’écrasante majorité des gens choqués par le retard de l’Afrique, à la tête desquels manifestent bruyamment celles et ceux qui se plaignent de  »l’invasion » de la France par les Africains ? Alors lisez ceci :

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‘’Something is rotten in … our world !…’’

mo’

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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