… DEUXIEME SEMAINE …

Qui partira le dernier

L’infime partie du genre humain qui possède une capacité de penser supérieure à zéro, ne doute plus guère que notre genre ne va pas tarder à tirer sa révérence et rejoindre les mystérieux abysses du néant. Cela s’accompagne de différentes manifestions :

  • Les incurables marchands du temple font commerce de cette peur et proposent des solutions aussi pitoyables qu’inutiles,
  • D’audacieux fictionnistes ont la prétention de penser que nous pourrions empêcher notre propre extinction,
  • Notre histoire quant à elle, confirme que nous sommes répartis en deux groupes : ceux qui ne voient là qu’exagération de Cassandre et ceux qui acceptent l’annonce, mais noient le problème dans un océan d’indifférence-inconscience, estimant n’avoir pas voix au chapitre et qui subissent la vie comme glisse l’eau sur le plumage des palmipèdes… Ils savent, eux, que nous sommes mortels et que nos milliers d’années de spéculation n’ont en fait pas servi à grand-chose…

Paul Jorion

Paul Jorion, anthropologue et sociologue, chroniqueur et blogueur, est connu du grand public pour avoir fait certaines annonces fracassantes, notamment celle par laquelle il révéla le premier la crise des ‘’subprimes’’.

Il vient de publier un ouvrage au titre familier mais d’autant plus inquiétant : ‘’Le dernier qui s’en va éteint la lumière’’. Dans cet ouvrage-essai, il fait une description forte et réaliste du genre humain, de ses grandes forces et de ses immenses faiblesses. Il voit là, à juste titre, la condition sine qua non pour renverser la tendance qui nous conduit, si nous ne réagissons pas immédiatement avec la plus extrême vigueur, droit vers l’extinction.

Le sous-titre est édifiant et dit tout : ‘’Essai sur l’extinction de l’humanité’’. On y explore les raisons qui mènent les humains à leur perte et le constat est alarmant. Il voit très bien une guerre nucléaire avant la fin du siècle. Il en dit :

‘’D’ici la fin du siècle, nous constaterons une réduction massive de la population mondiale. Nous nous trouvons actuellement dans une crise proche de celle de 1914. Et je crains que notre espèce ne se serve des solutions classiques pour la résoudre. Et si nous venions à engendrer un conflit mondial, cela me parait très improbable qu’on n’utilise pas d’arme atomique’’.

Qui doit-on accuser de notre perte, mise à part notre sempiternelle incurie ? Selon l’auteur, trois domaines principaux vont nous mener à notre perte : l’environnement, le système financier et la robotisation.

réchauffement planète

L’environnement

Pierre Jorion affirme que :

  1. ‘’Les scientifiques et climatologues, même les plus optimistes, estiment que même si nous maintenons une hausse de 2°c d’ici la fin du siècle, ce sera une vraie catastrophe. Or nous semblons plutôt nous orienter vers une hausse de 3° ou 4°. Même en considérant qu’on tienne nos engagements, ce que l’on n’a jamais réussi à faire, les catastrophes semblent inévitables, et les prochaines générations connaitront des ouragans dans l’Atlantique, El Nino pourrait s’arrêter, le niveau des mers augmentera, etc.’’…
  2. … ‘’ L’exemple de la COP 21 est symptomatique. Nous nous moquons des traités. Nous sommes très doués pour les faire, mais jamais pour les mettre en œuvre ».
  3. « Les “survivalistes égoïstes”, qui pensent que tout ira mieux s’ils se mettent au vélo et entretiennent leur potager sont dans le déni… La solution ne pourra être que collective et économique. Il faudrait investir massivement et mettre tout le monde au travail au service d’un objectif mondial ‘’…

finance

Implosion du système financier

L’anthropologue est tout aussi inquiet en cette matière. Il affirme que la situation s’aggrave chaque jour davantage et note qu’

  • …‘’En 2012, les 1 % les plus riches des États-Unis ont pris 120 % des richesses’’
  • …‘’Notre modèle économique est tel que nous sommes obligés de faire de la croissance. Sauf que cette croissance ne tient absolument pas compte de ce que l’on appelle ‘’les externalités négatives’’, comme par exemple la pollution ou la crise environnementale. Par-dessus le marché, nous tenons à notre État-providence, mais nous l’avons fait reposer uniquement sur cette même croissance’’

 

  1. …‘’ Une finance bien gérée, c’est le système sanguin de l’économie, c’est vital. Une seule de toutes les fonctions de la finance est véritablement létale, c’est la spéculation. Or le péché originel est d’avoir fait entrer la spéculation dans l’économie en 1885. Pour filer la métaphore, la spéculation est une ponction sanguine. Fatalement, si vous ponctionnez trop, vous risquez de faire face à quelques problèmes’’…

…‘’Le système financier actuel espère seulement revenir à une situation identique à celle d’avant 2008, ce qui est totalement absurde’’

robotisation

La robotisation de la société

La robotisation est un phénomène extrêmement rapide et les innovations techniques semblent nous échapper.

  1. …‘’Nous demandons de plus en plus aux robots et ordinateurs de prendre en charge des problèmes que nous avons nous-mêmes créés. Il y a un exemple frappant, c’est la Bourse. Aujourd’hui, le nombre de tâches effectuées par les machines est effrayant, vous pouvez quasiment allumer le robot, le faire mouliner toute la journée et clôturer tranquillement le soir sans vous être occupé de rien. Le problème, c’est qu’une partie du système tenait au fait que les erreurs humaines s’annulaient entre elles. Les robots faisant moins d’erreurs, le système peut continuer sa fuite en avant sans être freiné par l’Homme’’…
  2. …‘’ On ne cherche plus de la vie, mais des civilisations perdues. Trouver dans l’espace des êtres ayant besoin d’eau et d’air semble compliqué. On cherche donc des êtres ayant été un jour intelligents au point de maîtriser l’atome et s’étant éteints, laissant derrière eux des machines « intelligentes » qui leur survivront. Cette idée est l’aveu que nous avons lancé le processus de deuil de notre propre espèce’’…

http://sciencepost.fr/2016/04/lanthropologue-paul-jorion-avons-lance-processus-de-deuil-de-propre-espece/

L’incurie humaine continue sur un rythme ‘’sostenuto’’

‘’Selon l’ONG Global Footprint Network, l’humanité a consommé la totalité des ressources que la planète peut renouveler en un an. A compter de ce mercredi 2 août 2017, l’ensemble de la planète vivra « à crédit » jusqu’au 31 décembre prochain.

L’information anxiogène du moment : mercredi 2 août marque pour la Terre le « jour du dépassement ». En d’autres termes, « à partir de cette date, l’humanité aura consommé l’ensemble des ressources que la planète peut renouveler en une année », écrivent Global Footprint et le WWF dans un communiqué commun. Pour ses calculs, Global Footprint prend notamment en compte l’empreinte carbone, les ressources consommées pour la pêche, l’élevage, les cultures, la construction et l’utilisation d’eau.

En 2016, le « jour du dépassement » était intervenu le 3 août. Même si le rythme de progression s’est un peu ralenti depuis six ans, cette date symbolique « continue inexorablement d’avancer : cette journée est passée de fin septembre en 1997 au 2 août cette année », relèvent les ONG. « Pour subvenir à nos besoins, nous avons aujourd’hui besoin de l’équivalent de 1,7 planète », précisent-elles.

Encore possible d’inverser la tendance

« Le coût de cette surconsommation est déjà visible: pénuries en eau, désertification, érosion des sols, chute de la productivité agricole et des stocks de poissons, déforestation, disparition des espèces. Vivre à crédit ne peut être que provisoire parce que la nature n’est pas un gisement dans lequel nous pouvons puiser indéfiniment », soulignent le WWF et Global Footprint.

Les émissions de gaz à effet de serre « représentent à elles seules 60% de notre empreinte écologique mondiale », rappellent-elles. Selon les deux organisations, « des signes encourageants » indiquent cependant qu' »il est possible d’inverser la tendance ».

Malgré la croissance de l’économie mondiale, « les émissions de CO2 liées à l’énergie n’ont pas augmenté en 2016 pour la troisième année consécutive », relèvent-elles. Selon elles, « cela peut s’expliquer en partie par le développement important des énergies renouvelables dans l’électricité ».’’

http://lesinfos.ma/article/524623-Le-D-Day-le-jour-o-la-Terre-a-commenc-vivre-crdit.html?utm_source=NL_lesinfos.ma&utm_medium=email&utm_term=Sciences&utm_campaign=

Le poids des mots, le choc des photos

Dernier ‘’attendu’’ de notre exposé, une information aussi impressionnante que terrifiante :

Des chercheurs de l’Université de Washington, aux Etats-Unis, cités par le quotidien Le Monde, sont en effet parvenus à mettre au point une intelligence artificielle permettant de convertir des fichiers audio en mouvements de bouche extrêmement réalistes. En d’autres termes, ce nouvel outil permet tout bonnement de mettre n’importe quel discours dans la bouche de n’importe quelle personne filmée en train de parler… A travers cette nouvelle technologie, c’est également la question récurrente de la véracité des sources, de la diffamation et de la crédibilité des informations véhiculées sur la toile qui se pose en creux. Si nous commencions progressivement à nous sensibiliser aux « fakes » en images, il semble désormais primordial d’interroger davantage la source d’une information, de développer et aiguiser son esprit critique, sans consommer les « news » et les prendre pour argent comptant…

Deux pans de la morale humaine tombent ainsi en ruines : la recherche de la vérité et le besoin de preuve avant toute condamnation !… Alors est-il seulement possible d’imaginer la force de nuisance d’un tel outil entre les mains des totalitarismes qui fleurissent à travers monde ? A l’heure où s’installe, dans certain bureau ovale, l’archétype de toutes nos tares réunies, qui moque l’environnement, promet plus de profits aux financiers et n’a aucune vision –en tout cas déclarée- en ce qui concerne la robotisation du monde ?

Parole aux optimistes

Bryan Johnson

Pour l’honnêteté et la sérénité du débat, après avoir informé que les adeptes du Trans humanisme et de l’humanité augmentée n’ont jamais été aussi proches de voir leurs attentes se réaliser ! Tandis que des entrepreneurs cherchent des moyens d’améliorer les capacités neuronales de tout être humain, d’autres passent le cap de la recherche et testent d’ores et déjà des puces implantées sous la peau pour réaliser des opérations quotidiennes au travail.

« La prochaine frontière est dans nos cerveaux » au sein duquel « des milliers de millions d’Everest sont à découvrir si nous les débloquons » ! Enthousiaste, le jeune entrepreneur américain Bryan Johnson, âgé de 39 ans, confie au magazine Wired sa volonté d’améliorer les compétences neuronales de nos cerveaux. Dans le sillage de nombreux chantres du Trans humanisme, Bryan Johnson estime également que notre cerveau est largement sous-exploité et que l’humanité pourra offrir encore bien plus si elle était équipée d’un appareillage d’amélioration et de stimulation de ses capacités cérébrales…’’

http://lesinfos.ma/article/523030-Humanit-augmente-Trs-bientt-une-puce-dans-nos-cerveaux-celle-dans-nos-mains-est-dj-l.html?utm_source=NL_lesinfos.ma&utm_medium=email&utm_term=Sciences&utm_campaign=

Qui sera donc le veilleur de notre nuit ?

Pour enthousiastes que soient ces efforts, ils en sont aux balbutiements et l’on est en droit de se demander s’ils relèvent du progrès scientifique réel ou de la curiosité médiatique télévisuelle… En attendant, la question de l’imminence de la fin de la vie sur Terre demeure.

Mais alors, si la cause est entendue et que les querelles concernant le calendrier et les échéances du grand ban final ne sont que chipotages de scientifiques barbus, parmi les quelques huit millions d’espèces eucaryotes vivant sur la planète Terre, à laquelle reviendra la tâche d’éteindre la lumière ? Laquelle sera la dernière à y vivre ?

Peut-être aurons-nous le temps de combler les béances existant dans la connaissance de toutes les espèces vivantes, mais pour l’instant, l’être vivant le plus à même de remporter cette course à la longévité est une sorte de ver de moins d’un millimètre de longueur dont le portrait, tiré au microscope à balayage électronique donne la bien peu esthétique image suivante :

rmazzottius

Ce polochon disgracieux, qui mesure tout de même son millimètre de long et ressemble plus à une vieille besace de cuir qu’à un champion de quoi que ce soit, est un tardigrade, c’est-à-dire étymologiquement quelqu’un qui se déplace lentement. Il est affectueusement appelé ‘’ourson d’eau’’…

Et quelles qualités exceptionnelles font de notre champion ‘’SURVIVOR’’ ? Eh bien justement sa résistance exceptionnelle à la pénurie de l’élément sans lequel nous pensons que la vie est impossible, voire inconcevable : l’eau !

Mais c’est loin d’être tout. Voici les douze performances naturelles du tardigrade, toutes plus incroyables les unes que les autres :

    1. Il peut vivre en hibernation plusieurs millénaires, grâce à sa capacité d’entrer en cryptobiose, ou arrêt total du métabolisme : totalement inactif, l’individu devient presque indestructible et immortel.
    2. Il peut vivre plus de 30 ans sans eau ni nourriture,
    3. Son habitat s’étend du Sommet de l’Everest au fond de la Fosse des Mariannes,
    4. Il peut vivre à des températures supérieures à + 150°Celsius et inférieures au zéro absolu, soit -273,15°Celsius,
    5. Il supporte des pressions allant de 0 atmosphère à plus de 1.200 atmosphères, lorsqu’on sait que la pression normale au sol sur terre est de 1 atmosphère,
    6. Il supporte de façon exceptionnelle la promiscuité puisqu’un litre d’eau peut contenir 12.500 tardigrades,
  • Il est capable de dessécher son corps à 99%,
  1. Après s’être desséché, il est capable de revenir à la vie en se réhydratant doucement,
  2. Il semblerait qu’il pourrait résister à la disparition du soleil et à la stérilisation totale de la Terre,
  3. Le tardigrade est le seul être vivant ayant la faculté d’entrer dans un état proche de la non-vie, durant lequel son activité vitale devient presque indécelable en s’abaissant à 0,01 % de la normale.
  4. Le tardigrade présenterait également une exceptionnelle résistance à des salinités extrêmes, et à de nombreux produits toxiques, grâce à une réponse immunitaire appelée chimiobiose, réponse à de hauts niveaux de toxines environnementales,
  5. Il peut se placer en état d’anaérobiose, c’est-à-dire qu’ en cas de nécessité, il pourrait décider de se passer d’oxygène…

De la belle ouvrage, n’est-il point ? En transposant ces incroyables dons à l’être humain, nous obtiendrions un cocktail de Survivor, Musclor, Superman, Spiderman et de quelques autres prodiges…

Mais tout cela est d’un navrant réisme. Où donc est le rêve ? Où est la poésie, où est le charme, où est l’amour ?

C’est par cela que nous finirons en révélant comment, avec qui et dans quelles positions, le tardigrade ‘’sombre dans le stupre et la fornication’’ pour se reproduire. La séquence est d’une grande audace et n’eut été le devoir d’informer complètement … :

La femelle tardigrade, comme toute bourgeoise de ce bas-monde, change sa garde-robe à intervalle régulier : elle mue. Elle en profite alors pour pondre et elle dispose ses œufs sur certaines parties de son corps. Le mâle, fortement attiré par cette chair nue et lascive, s’y vautre en s’enroulant autour d’une extrémité de sa compagne. Elle, flatté par cet hommage qui la rend toute chose, se met à lui caresser le ventre jusqu’à en obtenir l’éjaculation qui fécondera ses œufs…

il est l'heure

A quand l’extrait d’acide désoxyribonucléique de tardigrade en ampoules buvables, en pilules ou en injections ? Il faut y songer.   Vite, le temps presse car déjà, sur les pavés de nos cités et dans la poussière sourde de nos routes résonnent les pas métronomiques de l’ourson d’eau qui avance, agitant sa crécelle et informant qu’il est l’heure !…

mo’