2 sketches & 1 devis

sur l’importance de

la communication & du rire

 

1° L’élan spontané

L’angoisse suppose le désir de communiquer.

Georges Bataille, In L’expérience intérieure

Image du film Birdy (1985)

Drame d’Alan Parker avec Matthew Modine

La scène se déroule dans la chambre d’un hôpital psychiatrique où est enfermé un jeune schizophrène. La porte s’ouvre et la mère du patient apparaît. Fou de joie, le jeune patient se précipite sur elle pour l’embrasser. Sa mère prend peur et a un mouvement de recul. Son fils, percevant sa réaction, s’immobilise. La mère lui dit alors avec un ton de reproche :

« Alors mon chéri, tu ne viens pas m’embrasser ? »

Mais le mal est fait : le refus de communiquer, aggravé par le reproche, a déclenché une crise chez le jeune homme.

 

2° Le recours à l’humour

Le rire, c’est une des seules façons, quand on est dépassé intellectuellement par quelqu’un, d’arriver à communiquer avec lui. Edouard Baer, Extrait de Studio magazine – 04- 2005


Faqih, noble citoyen palestinien, a deux épouses et donc deux familles, l’une réside à Bethleem et l’autre à Naplouse. Il divise très justement et pieusement son temps entre l’une et l’autre, ce qui l’oblige à passer moult barrages isaréliens, les fameux points de contrôle ou, en anglais, ‘’checkpoints’’…

Commentateur sportif à la station de télévision locale, il possède un indéniable don d’imitation.

Un jour, alors qu’il se rend à Jérusalem, il est arrêté à l’un de ces barrages par des soldats qui ne veulent pas le laisser passer. Il a alors l’idée de génie de se glisser subrepticement dans son rôle d’imitateur. Grâce à un hébreu parfait, il se met à singer chacun des soldats israéliens présents, tout en assénant, dans une imitation impeccable d’Ariel Sharon, « Nous faisons tout ce qui est possible pour rechercher la paix entre nous et les Palestiniens ». L’embarras général face à ce culot se transforme irrépressiblement en hilarité générale, quand il passe de Sharon à Arafat : « Jérusalem est à nous, et si ça ne vous plaît pas, ben tant pis! ».

Après qu’il a répondu à quelques unes de leurs « special requests« , les soldats le laissent passer. Faqih comprend alors qu’il a une opportunité en or de ‘’vendre de l’humour’’ pendant l’Intifada. Le succès est tel qu’il abandonne le journalisme et se lance dans la comédie.

Il se rend compte qu’en faisant rire les gens, il peut faciliter la communication entre soldats israéliens et Palestiniens et atténuer la tension dans certaines situations.

Les imitations de Faqih couvrent tout le spectre politique du Moyen-Orient, de Saddam Hussein à Arafat, Sharon, Hussein de Jordanie, Oussama Ben Laden… Et pourtant, il reste obstinément apolitique…

3°) Le devis

Parler, et à plus forte raison discourir, ce n’est pas communiquer… c’est assujettir.
Roland Barthes, Extrait de Discours au collège de France

 

 

 

La communication prend peu à peu la place qui est logiquement la sienne dans la société : la première. Chacun de nous est à la base un homo communicans puis, à partir de là, il se nuance en homo informaticus, numericus, economicus, aesthéticus, sapiens, habilis, futuris et même sexuel.

De nombreux psychologues, philosophes, sociologues et scientifiques de toutes disciplines se réunissent régulièrement pour réfléchir ensemble sur la communication, ce qui les amène à s’intéresser à la relation entre communication et santé : le déficit communicationnel engendre maladie, frustration, déviance etc. annoncent-ils ! Cela parait évident et facile à admettre pour autant que nous ne niions pas notre nature grégaire.

 

Il est assez simple d’admettre cela, mais, et c’est le principe même du progrès, on a cherché à ‘’exploiter’’ le phénomène et l’on est arrivé assez vite à prôner le rire dans la communication (1) car le rire est en fait un échange intense. Lorsque l’on rie avec quelqu’un, l’on partage avec lui et ce partage est lourd de sens.

De fil en aiguille, des entreprises ont intégré le rire et l’humour dans les valeurs à même de produire richesse et progrès. Elles découvrent qu’on peut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux et que le travail sera même de bien meilleure qualité lorsqu’il aura été fait avec plaisir plutôt que par obligation.

Tant et si bien que c’est maintenant une tradition chez les Anglo-saxons, voire une politesse, que de démarrer une allocution par un trait d’esprit. Ce n’est pas le cas en France ou au Maroc ou les plaisanteries sont souvent incomprises ou perçues comme des attaques. Au nom du respect, un collaborateur sera très difficilement autorisé à plaisanter avec son patron… de même d’ailleurs qu’un fils avec son père. Or l’humour s’apprend dès l’enfance.

N’est-ce pas une preuve que l’humour soit mieux accepté dans les secteurs où la créativité est le moteur même de l’entreprise ? Dans les autres, la crispation et la sinistrose sont systématiquement confondues avec le sérieux car, pense-t-on, ils éloignent le spectre terrifiant de la « fitna » (2).

C’est un outil efficace de développement personnel, de productivité, de créativité, tout autant qu’instrument de persuasion. Les professionnels de la vente le savent bien : les très bons vendeurs ont généralement le sens de l’humour. Enfin le rire rapprochent les personnes et atténue les effets néfastes de la rigueur des structures de l’entreprise et de sa division naturelle en différents territoires : hiérarchie, fonctions, services.

L’humour a aussi une fonction sociale essentielle. Lorsque des membres d’un groupe rient de la même chose, ils développent un sentiment communautaire. L’humour devient alors vecteur de valeurs communes, de complicité. Au niveau relationnel, il réduit l’agressivité entre collègues. Il contribue à une meilleure convivialité, à un esprit d’équipe. Il améliore l’ambiance de travail sans pour autant pousser à la désinvolture. Il peut aussi servir de point de départ à une discussion plus sérieuse, sans dramatisation.

On peut allonger sans fin la liste des vertus de la communication orientée ‘’rire’’ et ‘’humour’’ : de grâce, si le sujet vous inspire, ne vous gênez pas pour le faire.

 

Fama

(1) ‘’L’humour est le plus court chemin d’un homme à un autre’’, Wolinsky, caricaturiste.

(2) ‘’Fitna’’ : grand désordre. http://fr.wikipedia.org/wiki/Fitna

 

Publicités