Le visage hâve, le teint grisâtre et les traits tirés par cent jours et cent nuits de travail intense pour réaliser cette merveille de blog d’une folle complexité, je regarde le résultat : un écran lumineux couvert d’une perse composée de cases vides parfaitement imbriquées selon une maçonnerie étrange. Ne sachant qu’y faire et qu’en faire, je décide de m’en aller, quelques icônes plus loin, jouer à Tetris pour oublier mon désarroi.

https://mosalyo.wordpress.com est né, mais j’en suis plus embarrassé qu’heureux car il provoque en moi des questionnements à la pelle et une tempête sous mon crâne à coté de laquelle, celle d’Auguste dans Cinna est une humeur de pucelle. Jugez plutôt :

  • Et si tous ceux qui, depuis des dizaines de mois, ont encouragé cette création, n’étaient qu’amis naufrageurs, plaisantins flatteurs ou malveillants farceurs, me dis-je ?
  • Me faudra-t-il, à l’heure ou ma toison compense largement le dégel du Kilimandjaro, souffrir l’affront des gémonies, ajouté-je ?
  • Et si j’ennuyais, angoissé-je ?
  • Allons voyons, me ressaisissé-je (2) alors ! J’ai plus d’un tour dans mon sac, que diantre ! Ne manié-je point l’arme fatale, l’arme suprême, l’arme de destruction massive de la bêtise humaine ? L’humour, pour ne point la nommer ?
  • Par ailleurs, renchéris-je pour finir de me convaincre, je n’ai nulle prétention, alors qui serait assez bête et méchant pour m’attaquer ?
  • Enfin, soliloqué-je, ne suis-je point maître en cet art aussi martial que nippon, le ‘’ronsen’’ (3) où d’une main armée d’un simple mannenhitsu (4), l’on se défend et pourfend ?
  • Oui, me rétorqué-je sans pitié, mais l’agression peut être sournoise ! L’on tentera, par exemple, de me mitrailler d’une pluie de fautes d’orthographe, de me dérouter en parsemant mes pages des onomatopées néanderthaliennes de l’écriture phonétique actuelle, de m’écraser sous le compresseur de lourdeurs syntaxiques, de m’abattre d’uppercuts syllogistiques ! Je tremble d’épouvante car l’on pourrait également m’affamer en me nourissant du langage plat du jour, riche de 10 mots à la somme ! Y survivrais-je ?
  • Par ailleurs, me torturé-je à nouveau : auditoire choisi, auditoire choisi, c’est bien beau, mais m’amuserai-je longtemps à jouer au gars d’Elseneur répétant à tue-tête ‘’to blog or not to blog, j’attise the question ?’’

Mais enfin me rabroué-je, tout à coup ! De grâce, que cesse cette lassante jérémiade ! N’as-tu point honte, vaniteux que tu es ? Essaie donc, avant de geindre ! Et même si ce n’est pas sur, c’est quand même peut-être ! Alors, foin de précautions et ’à Dieu vat’’ (5) !

Cette admonestation me calme !

Le deltoïde bandé, la respiration mesurée et la démarche Maccione , je m’avance maintenant vers vous, sûr que mes puissants messages, longtemps réservés à un aréopage élitaire, sauront vous intéresser.

Et pourtant l’angoisse, ce bourreau sans merci, point à nouveau et je me surprends à fredonner, de guerre lasse, la chanson de l’éfrit (6) qui va aux moules et, ce soir comme tous les soirs, rentre chez lui à Knokke le Zoute, le coeur en déroute …

 

Mo’

 

 

 

(1) Fiat Lux : Que la Lumière Soit . Ordre divin qui créa le monde.

(2) ressaisissé-je : Alors ? faute ou pas faute ?

(3) ronsen : (mot japonais) art de la polémique, du débat

(4) mannenhitsu : (mot japonais) porte-plume, stylo

(5) A Dieu vat : Ce ‘’t’’ tout à fait incorrect aujourd’hui existait en ancien français. Cette expression vient du langage de la marine http://monsu.desiderio.free.fr/curiosites/aller3.html : lorsque les marins n’avaient plus aucun contrôle sur leur bateau, ils essayaient de le placer ‘’vent debout’’ (Prononcer “vent de boute”), c’est à dire vent dans le nez. Une fois debout à la lame (vague), il présentait son étrave (nez, avant) à la mer, à la vague, au danger. Ils (les marins) s’en remettaient à Dieu pour le pilotage et cet abandon des commandes était signifié par le commandant par cette phrase tout à fait officielle et technique de ‘’A Dieu vat !’’. Les Arabo-musulmans utilisent d’abondance une expression identique chaque fois qu’ils estiment prendre un risque ou une option comportant une part d’inconnu : ‘’3ala Barakati Llah.’’

(6) Efrit : mot bien français signifiant ‘’mauvais génie, dans les légendes arabes’’… (définition des dicos). En arabe littéraire, le mot 3afrit peut signifier : fin, hardi, habile, démon, génie puissant et malfaisant, diablotin…

Publicités