E-mail : Courrier devenu électronique, mais pas plus intéressant pour autant.

 

Luc Fayard
In, Dictionnaire impertinent des branchés

 

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Cela vous choquerait si je vous disais que l’efficacité de la communication passe par les émotions ? C’est pourtant vrai ! En voici la preuve par l’absurde : Nous pensons communiquer clairement nos émotions dans nos e-mails. Or souvent, quel que soit notre talent épistolaire, il n’en est rien.

 

Au moment où nous écrivons nous sommes animés par des émotions qui nous persuadent de notre capacité à communiquer efficacement par e-mail. Nous croyons inconsciemment que le destinataire de notre message voit le monde de la même façon et nous recevra, nous et nos émotions, cinq sur cinq. En réalité, il ne reçoit que des mots (en l’absence d’intonation, de gestes, d’expressions faciales qui seraient des indices) et il est lui-même dans un état émotionnel peut-être tout à fait différent.

 

Comme le destinataire a tendance lui aussi à croire inconsciemment que l’expéditeur voit le monde de la même façon, il est aussi trop confiant dans sa capacité à interpréter les émotions que ce dernier a voulu communiquer dans son message. D’où de multiples incompréhensions …

 

Ce problème de communication provient du fait que nous pensons que l’autre est comme nous et qu’il ressent les choses comme nous. Cette distorsion intervient à chaque fois que nous sommes en relation avec quelqu’un, que ce soit en face à face, au téléphone ou par e-mail. Mais elle revêt une importance particulière dans le cas de l’e-mail pour plusieurs raisons :

-L’e-mail a la force de l’écrit et l’instantanéité de la parole mais sans droit de réponse immédiat<!–[endif]–>

L’e-mail est une missive électronique qui peut avoir la force d’un missile.<!–[endif]–>

L’e-mail ne permet pas de se raccrocher à d’autres indices des émotions (gestes, intonations, postures corporelles) ; les emoticons tentent tant bien que mal d’y remédier.

Il convient donc plus que jamais, dans les courriels, de “peser ses mots”. L’individu a intérêt à être conscient de l’impact que peut avoir la communication par e-mail et pourra différer l’envoi d’un message important le temps de prendre toutes les précautions textuelles pour s’assurer que son message sera bien interprété. (relire en fait et deux fois, plutôt qu’une)

 

En résumé, l’e-mail est un concentré des difficultés que l’on peut avoir à communiquer avec les autres, quel que soit l’environnement. Ceci donne un écho tout particulier à la phrase d’Alain (Emile-Auguste Chartier, dit Alain, philosophe et pédagogue, 1868-1951) : “Ce qui est étrange de l’étranger, c’est qu’il n’est pas moi”.

 

 

Ceci dit, ne crions pas haro sur le courriel. Il conserve toute son utilité. Le problème, c’est qu’il est source de malentendu. Faire passer l’humour est particulièrement difficile, avec le risque que ça tombe à plat. Notons que même en face à face, il est une forme d’humour très délicate à manier : l’”humour à froid”, consistant à dire des choses très décalées sur un ton tout à fait normal. Quelque chose d’assez british, eh bien, quelquefois, ce n’est pas du tout compris. Il est bien souvent nécessaire de renforcer le trait d’humour par un gros clin d’oeil (physique ou au moins par l’intonation) pour se faire comprendre…

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Mais ? Pourquoi me regardez-vous ainsi ? Je ne vise personne en particulier !…

 

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