Le Voyage à Paris

Le voyage, l’arrivée, la première arnaque

J’ai envie de revenir !

Après un vol tranquille et plutôt agréable, nous avons atterri à Paris, la Ville Lumière avec un léger retard en début de soirée. Soir de Paris, bien sûr, qui commence au soleil ponant, à savoir vers trois heures et demie ou quatre heures de l’après-midi.

Les mesures de sécurité sont draconiennes et les pioupious qui en ont la charge, bien nerveux. Ce soir là, ils sont tous blondinets et bien rasés. Ils tiennent de drôles d’armes, plus grandes qu’eux, et sont vêtus de tenues de camouflage XXL dans lesquelles ils flottent, d’ailleurs. Ça fait drôle, on dirait un film dans lequel l’accessoiriste était un peu torché. Parmi eux, de temps en temps une blondinette qui à l’air méchant et qu’on verrait bien découper avec délectation et en rondelles du mâle, pour prouver qu’elle en est et qu’elle en a… Certain qu’elle doit étêter les poulets et non les égorger !

Mon passeport  »diplomatique » est un véritable sauf-conduit qui me livre les clés de Lutèce sans trop de problème pendant que les pauvres frères faisaient la queue impeccablement, comme jamais ils ne l’ont faite chez nous, en se fendant même de sourires généreux aux douaniers, policiers et à tous les gardiens de la République Française.

Un temps infini pour récupérer les valises qui sont scannées méticuleusement. Puis, ben voilà ! Débrouillez-vous. Comme cette fois-ci je ne suis pas descendu au Ritz, nulle limousine ne m’attendait. Zéro taxi non plus ! Alors j’ai dû me rabattre sur les transports en commun dont je raffole, partout dans le monde. Ce sera la navette Roissy – Montparnasse. Elle existe, mais devinez quoi ? – Elle est en grève ! Je jure que c’est vrai. La puissante centrale syndicale des conducteurs de bus automatiques de cet axe stratégique pour l’avenir de l’humanité demande pour ses adhérents un 32èmemois de salaire, des gants fourrés et une prime de risque contre les engelures, plus bien sûr, des ajustements salariaux ! Alors, que faire ? Ben d’après un préposé aussi aimable qu’un pot de chambre, faut aller à un autre point cardinal et de là bas prendre un taxi ou le métro ou crever, pas son problème. OK, ne réfléchissons pas, car il n’y a plus de vol pour retourner au Pays ce soir même et puis… j’ai à faire à Paris, ou affaire ? Je n’insiste pas, n’est-ce pas ? Vous savez, c’est sur ?Bon, si vous voulez gagner une sucette en forme de Tour Eiffel…

Après un voyage de 40 minutes je suis aimablement déposé dans un endroit que je ne connais pas, nuitamment avec cette odeur particulière de Paris : celle des gaz d’échappement. Pas un seul Si Mohammed, pas une ‘’Lalla 3afak’’, pour m’aider à trouver mon chemin. Juste une borne-carte lumineuse qu’il faut être polytechnicien pour lire. Je ne le suis pas, alors je comprends que dalle. Je prends donc un taxi pour me rendre à mon hôtel et après une dépense avoisinant le prix d’une voiture au Maroc, me voici rendu à Montparnasse, Monparno pour faire cool, dans une grande avenue, devant un petit hôtel *** propret et mignon, comme je les aime.

Avant d’accéder à l’hôtel, j’entre dans l’épicerie attenante pour acheter une bouteille d’eau grand format car les petites des minis-bars m’énervent. Une lubie ! Pas grave… Derrière le comptoir officie un ‘’Djerbien’’ très certainement  »né-élevé en France » car il a l’allure d’un gitan, cheveux noirs abondants, ondulés et brillantinés, prémolaires en or, trapu, grosse bague également en or au petit doigt, mâchant chewing-gum et fumant en même temps. Il s’entretient avec une péripatéticienne à l’accoutrement inouï qui doit bénéficier de sa protection depuis peu… Langage châtié et des manières princières, un pur plaisir ! Il vilipende je ne sais trop quelle corporation en disant à la dame de petites jupe et vertu :  »Ouais, ouais, j’sais, c’est tous des cans » avant d’ajouter, philosophe :  » Eh ouais… Qu’est-ce tu veux, c’est comme çà »… J’ai enfin droit à une interrogation de son menton, pour savoir ce que je veux. Il me sert avant de faire à la Duchesse du Bois de Boulogne une démonstration de ce que c’est qu’être un homme : Il me demande sans broncher 6 €. Non, vous n’avez pas la berlue, j’ai payé une bouteille d’eau en épicerie à Paris 6 € chez un Djerbien. Pour les indigènes des autres contrées du monde, c’est ce que dans mon Pays, gagne un citoyen honnête, père de famille nombreuse, après avoir cassé des cailloux pendant 8 heures en plein mois d’août, par 43° de température … Décontenancé et ne pratiquant pas l’Euro au quotidien, je paie et m’en vais, sans la moindre réaction, pendant que Pépé le Moko tire une calée voluptueuse en regardant Betty Boops.

L’accueil à l’hôtel est d’une meilleure qualité. L’officer on duty – grandiloquence pour désigner l’employé de service- est un beau gaillard antillais lisant un livre en arabe tout heureux d’accueillir ma  »haute personnalité » dans l’établissement. Je remplis ma fiche et reçois toutes les consignes nécessaires pour me bien comporter dans cet honorable établissement. Puis je suis invité à me contorsionner dans un ascenseur aussi vaste que l’intelligence d’un sous-off de carrière – lajoudane, chez moi. On me propulse vers le 4ème étage, dans un couloir encore plus étroit. Le corps de profil comme pour la garde d’escrime, bras gauche en l’air en arc de cercle et bien dégagé en arrière, j’arrive à faire mouche de la dextre, c’est-à-dire introduire la clé dans la serrure et ouvrir la porte de ma suite. En fait de suite, c’est surtout une fin … car aussitôt entré, aussitôt sorti. La personne qui m’accompagne est invitée à respecter un code de conduite très stricte : demander son passage en klaxonnant à chaque déplacement dans les 4,92 mères carrés de la chambre et de la Salle de Bains. La malle arabe obligatoire dans ce genre de déplacement – pour rapporter les cadeaux, car nous Marocains, ne voyageons que pour rapporter des cadeaux, a du mal à trouver sa place, en équilibre instable entre le micro-bar et la nano-télé…

Bref, la fée de mon  »logis » range tout et me recommande surtout de m’abstenir de tout un tas de choses qui généralement caractérisent le simple fait de vivre ! Soit ! Je promets d’obtempérer et regrette pour la seconde fois déjà mes aises orientales … Nous descendons sur la pointe des pieds pour ne pas faire couiner le parquet et nous en allons diner dans un restaurant sélectionné par Célestine, mon escort-girl,grâce au concours de plusieurs guides gastros … et bien nommés, vous allez le voir.

Là, je n’ai déjà plus tellement envie de raconter car la scato est pas mon fort. Mais voici tout de même le bilan : 90 € pour un petit en-cas composé principalement d’une sauçaille au plomb à moins que ce ne fut du béton armé dans laquelle pleurait à fendre l’âme un pauvre petit poisson sans papiers, extrait de son frigo où il coulait une retraite pépère depuis des lustres sans rien demander à personne, légumes albinos et fadasses. Pas de dessert. Un simple café. Ne fut-il jusqu’au café qui fut d’une navrante insipidité. Ah si, tout de même, reconnaissons-le : l’eau avait le gout d’eau.

Je me trainai jusqu’à l’hôtel, gérant au mieux mes lourdeurs et embarras divers et regrettant, Ô combien sincèrement, ma soupe spartiate de vrais légumes de vrai soleil.

Nous fûmes accueillis par le même veilleur antillais qui s’avèra être un Musulman fraichement converti et qui annonça compter sur mon immense science théologique pour progresser dans le chemin de Dieu.

Mes balades.

C’est le troisième voyage que je fais en France et pendant lequel la pluie a été aussi rare qu’au Maroc. Nous avons dû en avoir au maximum 2 mm en 8 jours !…

C’est curieux, mais là-bas, ils ont la même télé que nous, au Maroc. Ah ça oui, j’ai eu tout le loisir de m’en apercevoir ! Levé comme chez nous à 4h30 – 5 heures, il me fallait patienter jusqu’à l’heure du p’tit dej, 7h00, sans déranger les colocs et sans la précieuse piscine qui m’accueille tous les jours que Dieu fait à 5h30 au Pays. Donc je regardais la télé sans le son ! Ben je confirme, c’est la même qu’au Maroc. Pareil : Euronews, LCI ITélé etc. Ils ont même A2, Fr3 et Arte, figurez-vous ! Mais nous, on a en plus RTM et 2M. A cette heure matinale, il n’y a, Dieu soit loué, que des nouvelles brutes de décoffrage, genre dépêches d’agences, non encore gâchées par les élucubrations des puissants spécialistes invités. Cela vous épargne leur génie, leurs idées policées, leurs shows navrants et leur esprit médiocre. Que de l’info. Que des faits. C’est super.

Puis, le p’tit dej. MON repas de la journée ! Jamais au lit dans un hôtel. Je descends car j’ai besoin d’observer mes contemporains tant qu’ils sont propres et pas encore abrutis. Oh, je sais bien qu’un con est con 24 heures par jour, donc même à 7 heures du matin, mais je donne une nouvelle chance à tous mes congénères à chaque coup de l’ardoise magique : la nuit. Et je garde toujours, de mon long passage dans un commerce nocturne, – ne riez pas, je n’ai jamais été DJ, ni barman, ni autre chose lié au plaisir, mais mareyeur : poissonnier, quoi ! – une tendresse particulière pour le peuple de la nuit. Il y a quelque chose de beau et de si fragile qui fond dés potron-minet…

Puis, ablutions faites et beauté refaite, je m’élance à la conquête de Lutèce, après un très Rastignac :  » Paris, à nous deux ».

Je déambule sans but précis, comme j’aime à le faire, attiré seulement par l’esthétique des rues, ou la poésie de leurs noms. La Rue de la Gaité, ses petits théâtres; Bobino est là, entre autres; un petit théâtre italien; d’innombrables restaurants asiatiques, un belge, un cantalou du Cantal ! Ne pas confondre avec cantaloup le melon côtelé ! Et le féminin de cantalou du Cantal ? Ben cantaloue, tout simplement. Mais le commerce dominant dans cette rue qui bâtit sa gloire au début du siècle dernier sur le music-hall, c’est maintenant le cinématographe licencieux. Un commerce normal, un ciné cochon, un commerce normal, un truc-shop. Les accès desdites officines sont cachés par un rideau cramoisi et crasseux, censé dérober à la vue des passants honnêtes, les fleurs vénéneuses du 7ème art. – Circulez, y’a rien à voir, ou alors entrez, après une furtive vérification pour vous assurer que personne de votre connaissance ne vous a vu pénétrer dans l’un de ces temples du cul –
turel.

Puis, au bout de la rue, je traverse le Bd Edgar Quinet, je débouche sur l’interminable Rue de Rennes. Les commerçants mettent en place les soldes, alors obéissant aux instructions, je me retiens d’acheter quoi que ce soit… Puis, au milieu de cette longue artère, je vois la plaque d’une rue chère à mon cœur : La Rue des Saints Pères, qui abrita longtemps le siège du Canard Enchainé, journal satirique paraissant le mercredi et dans lequel j’ai trouvé mes plus illustres professeurs : Jérôme Canard, Dominique Durand qui n’était autre que … Jeanne La Canne, le saviez-vous ?, Audouard, la Comtesse, Fressoz, Moisan, Breffort, Bacri, le terrible Morvan Lebesque et tant d’autres que j’ai honte de ne pas citer, car les plus belles plumes du siècle écoulé ont écrit pour Le Canard. Allez sur ce site, vous serez étonnés.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_journalistes_du_Canard_encha%C3%AEn%C3%A9 .

C’est en quelque sorte l’une de mes Grandes Ecoles… La rue est pleine de commerces d’antiquités, d’objets d’art, de librairies précieuses, le tout très haut de gamme, pas trop de clinquant. Des adresses prestigieuses et quelques boutiques de confection de luxe. Elle mène vers les quais et les ponts de la Seine…

De là, à droite, après un passage par ‘’le Quai Conti’’ je me suis engouffré rapidement dans la Rue de Buci, en priant pour que ce soit jour de souk, euh pardon, de marché… Mais qu’importe, dans ce périmètre magique, j’aime tout, tout est beau tous les jours, à toutes les heures et regarder ne coute pas encore trop cher. J’y oublie le temps car je me récite toute la poésie  »urbaine » que je puisse connaitre, depuis Villon jusqu’à Prévert en passant par Verlaine, Baudelaire, Apollinaire, Rictus, Cendrars, Desnos, Carco, Aragon, et un tas d’autres…  »Seul, dans l’intimité de mon manteau » comme n’a pas dit Saint John Perse- lui, avait dit ‘’ Seul dans l’intimité de mes genoux’’, je déambule en chantonnant ce qui est un véritable scoop. Je suis bien, je dévore les petites vitrines pleines de choses bizarres, d’aquarelles originales, d’objets venus d’ailleurs, de dessins étranges, de livres anciens, de céramiques rares, d’objets sans identité ou incongrus en ces lieux…

Mes enfants me manquent ; j’ai envie de parler et ils sont mon auditoire préféré et le meilleur, bien sur. Le Palais de la Monnaie, la Rue Guénégaud qui fut un temps la loge de ma capiteuse et galante jeunesse, et voici la grand’rue. Non, le charme risque de disparaitre, pas d’impatience, je retourne dans le fouillis des petites rues et me perds à nouveau, pendant des heures, guidé par un seul ordre du jour, celui qu’imagina Alcofribas Nasier pour certaine Abbaye : ‘’Fais ce que voudras’’. Aucune contrainte ! Comme j’ai voulu ma vie, en payant cette liberté inconditionnelle un prix pour lequel je suis souvent objet de moquerie. Puis, l’heure avançant et la famine me poussant, je finis ma journée par une céleste nourriture dans une immense librairie très connue. Trois heures non-stop de fouissage pour trouver trois livres, des grimoires peu commodes que je recherche depuis des années… Aucun intérêt pour quiconque autre que moi. Je prends alors le chemin du retour vers Montparno, à pied bien sûr, chantonnant, rompu de fatigue, mais heureux… Je reviendrai demain, bien sûr… Il me reste tant à faire…

Le soir, hélas, nouveau diner supplice : cette foi-ci, l’on nous accueille avec des quasi-engueulades chez l’un des plus prestigieux écailler de Paris. On nous offre une table que de mon temps l’on appelait ‘’guéridon’’ et des fauteuils je ne vous dis que cela, que de mon temps l’on nommait ‘’tabourets’’ ou bout-à-cul … Quant à la situation du guéridon, de mon temps on appelait ça un passage, maintenant, je ne sais plus. La foule, le bruit, l’inconfort, l’arnaque, les prix démentiels et … les noms à la noix de coco – tiens, très à la mode actuellement, ce fruit, dans la gastronomie française – et nouvelle session de management des lourdeurs, aigreurs et autres fadeurs … Mais pourquoi supporter cela vous demanderez-vous, en êtres logiques ? Et bien, on ne vit pas seul, mes chers, et l’escort-girl qui m’accompagnait est assez capricieuse sur ce point : elle voulait « faire » les meilleurs restaurants de Paris. Elle fait l’effort de me faire manger sain toute l’année, je peux bien faire celui de la laisser manger malsain une semaine par an… Alors bouffons !

Les Soldes

L’on me contraignit à acquérir des valises gigognes (une petite dans une plus grande, dans une plus grande, pour rapporter de Paris tous les biens éternels et rarissimes que nous étions supposés en rapporter. En effet, la seconde semaine (ou décade ?) de ce mois, ont lieu, en la ville lumière, les grandes soldes annuelles annoncées avec force publicité et marketing agressif…

L’on m’interdit donc d’acheter quoi que ce soit avant, car c’eut été dommage :  »

Mais ça ne va pas, non? Tu vas voir, aux soldes, ce sera à moitié prix  » !…

Ok acquiesçais-je régulièrement, discipliné car ignorant en la matière. La seule chose que je sache – et qui est bien réelle, hélas, c’est que chaque fois que dans ma vie, j’ai voulu profiter de promotions, rabais,  »discount » etc. j’ai tout perdu, jusqu’à un gros billet aérien circulaire où j’avais commis le crime de ne pas savoir que toutes les compagnies ne travaillent pas en pool et où je me suis retrouvé coincé dans un aéroport européen inconnu et joyeux comme la porte d’une prison, en train de téléphoner à mon agent de voyage au Maroc en le menaçant d’abréger sa vie à mon retour s’il ne me sortait pas du mauvais pas ou il m’avait mis  »pour me faire gagner 3 francs et six sous » ! Tout ceci, sous l’œil très suspicieux, polaire et inquisiteur de la police de ce pays … Il m’en sortit, heureusement pour lui. Bref, ces trucs ne marchent jamais pour moi mais je sais aussi que je ne fais pas l’effort nécessaire pour en obtenir le résultat. Bref, pas resquilleur ni combinard pour un sou, ni même assez amoureux de l’argent pour faire le moindre effort pour l’épargner, j’estime que comme l’eau stagnante, il ne tarde jamais à sentir mauvais. Tel suis !

Enfin, le grand jour arriva, mais pour ma part, j’avais déjà calculé que les rabais des soldes devaient être de l’ordre de 70%, au moins, pour ramener les prix à un niveau simplement acceptable. Ma première visite fut pour un grand magasin, le plus grand de tous. Tout est là, en quantité, en qualité, en originalité, en tout, mais au niveau des prix … oh, je suis fatigué rien qu’à l’idée d’avoir à en parler. C’est proprement démentiel. Que voulez-vous que je vous dise ? Pas un mouchoir de poche qui soit accessible au portefeuille de l’honnête citoyen de nos tropiques. Rien !

Voici un exemple : Il est une forme de veste que j’affectionne particulièrement : c’est le caban breton. Une veste 3/4 en lainage épais que je rachète régulièrement. Le dernier commençant à se défraichir, je décidai d’étudier son remplacement. J’allai vers le plus sobre et le plus classique, comptant comme toujours sur ma plastique apollinienne pour en atténuer l’austérité. De plus, un pic triangulaire jaune, planté dans l’épaule, annonçait un rabais de 40%. Excellent me dis-je ! Je demandai à l’essayer et une accorte demoiselle parfumée au tuyau d’arrosage me servit de geisha en me souriant d’abondance. La petite parisienne dans toute sa splendeur : pas vraiment belle mais mimi comme tout, enjouée, souriante, un peu maniérée mais agréable et vraisemblablement pas candidate à un Prix Nobel. Il m’allait bien ce caban… et je m’y sentais si bien que je me tutoyais en me regardant dans la psyché installée devant moi pour recevoir mon image sublime de Gregory Peck en Capitaine Achab dans Moby Dick. Prononcez Akab pour ne pas faire de moi un herboriste du Bled. Puis, tirant sur l’une des manches pour vérifier mes aises, j’aperçus, pendouillant à un bouton, une étiquette de prix qui me fit perdre l’équilibre… que je repris en m’appuyant contre le présentoir ; puis, prétextant que, ben non, aux entournures ce n’était pas tout à fait cela, j’allais voir autre chose, d’autres marques, je reviendrais etc. je pris mes affaires et mes jambes à mon cou et quittai prestement l’étage où mes yeux avaient vu le graphisme suivant : 1.040 €. Un caban ! Une veste simple, grossière, une veste d’humble marin, un kilogramme de laine ! Bon, moins 40%, ça le ramène à 624 €, mais … vraiment, ils sont fous ces Gaulois ! Avant d’écrire ce chapitre, je me suis précipité dans le dédale des ruelles de ma ville et je l’ai acquis à … dites voir ! … ben même pas : à 1.350,00 Dh soit 120 … Le même! Je le jure ! OK, je ne fus certes point servi par une fontaine d’Eau de Cologne mais par un tarzan hirsute et à la fragrance musquée et je vais devoir ajouter le prix d’un pressing de principe, mais l’objet du désir est le même…

J’ai donné force détails pour cette tentative d’achat-là, mais tout ce que j’ai approché durant ces deux journées de soldes fut de la même eau. Ah oui, j’ai vu à Saint Germain, chez Monsieur Giorgio truc, en super-solde, un jean pour homme, délavé, déchiré, et recousu au genou gauche soldé à  »seulement » 240 ; le premier prix, dument biffé étant de 350 € ! Plus de 2 fois le SMIG marocain alors que le smigard marocain aurait certainement honte de porter cette guenille rapiécée. J’ai surveillé soigneusement une promo chez un chausseur qui vendait les chaussures par 2 paires. Avant les soldes, elles étaient proposées à 295 les 2. Pendant les soldes, chacune avait repris sa liberté et valait 145 toute seule. Soit 290 et un rabais réel de 5 € pour les 2 paires. J’ai vu en deux points différents de Paris la même paire de chaussettes pour hommes – pas des chaussettes basses appelées ‘’sockets’’ qui sont le degré zéro de l’élégance comme vous le savez certainement – soldée à 19,50 et ailleurs, vendue normalement à 6,90 . La même marque et je m’y connais croyez-moi, en cette matière ! Les manteaux  »mettables » commencent à 1.200 et vont jusqu’à 3.000. Attention, sans luxe aucun, bien évidemment ! Les cravates, ces bouts de tissus devenus parfaitement inutiles valent, elles, si elles sont mettables, au bas mot 60 €, un mois de salaire d’un ingénieur du textile en Chine … Vous ne croyez pas qu’y ait quelque chose de déglingué partout en ce bas monde et pas seulement à Elseneur ?

J’ai arpenté Paris en tous sens et je pense pouvoir dire en toute modération que les prix y sont entre 3 et 4 fois supérieurs à ceux du Maroc, toutes denrées et tous services confondus. Ah oui, j’ai oublié le tarif  »blanchisserie » : un gilet 8 , deux changes : chemises, chaussettes etc. 65 € !

Pour les achats, qu’on ne me raconte pas de bêtises sur  »le chic parisien » et autres idées de 1920. La mondialisation vous a équarri cela de belle manière. Donc aller  »faire les soldes » à Paris, laissez moi rire. J’en ai fait 100 démonstrations différentes à mon escort-girl et je dois être convaincant et véridique tout de même car elle est revenue, sans un sou rassurez-vous, mais sans avoir acheté un seul chiffon, s’étant rabattue sur le rayon minaudière …

1.Je fais des achats

Taxis prohibitifs, repas aux additions exorbitantes, prix d’hôtellerie insensés et menus frais imbéciles se partagèrent l’essentiel de ma trésorerie mais pas la totalité. Je décidai donc d’affecter le reliquat quasi complet de mes liquidités au budget  »culture » et au budget  »gastronomie ». Je précise de suite que le budget gastronomie est en fait pour moi un budget  »Recherche & Développement » puisque la bouffe est mon métier. Voici donc ce que Messieurs les douaniers de l’aéroport de retour se sont étonnés de trouver dans mes bagages :

Cela va être bien bref mais commençons par la culture :

– Librairie : 120 € : livres divers
– Disques : 59 € : 3 CD de Major Holley …

Et voilà! Pas méchant, n’est-ce pas ? Maintenantla gastronomie :

– 10 bouteilles d’huile d’olive: pour comparer avec la production familiale (nous produisons l’une des meilleures huiles d’olive du monde, catégorie Huiles Ardentes, aux Aït Sadden, ma terre bénie). Les bouteilles achetées sont un échantillon représentatif de l’huile d’olive disponible en France ; les prix varient de, asseyez-vous, vous risquez une syncope, 100 € les 75 Cl à 6 € le Litre. Française, italienne, espagnole, portugaise, grecque, libanaise, tunisienne, chilienne, israélienne. De marocaine, point !

L’un des braves gabelous de l’aéroport marocain m’a demandé, sourire gêné et air intrigué par ce cinglé qui allait jusqu’à Paris pour acheter de l’huile d’olive :

– Euh, … c’est … vraiment de l’huile ?

Ils trouvèrent également ce que je considère comme un trésor : 1 boite de sardines d’Espagne acquise à : Allongez-vous, car même assis, vous ne tiendrez pas : 9,80 €. Je vais organiser une caravane pour la montrer, à titre payant bien sûr, à mes amis conserveurs du Maroc. Une autre boite de sardines à ‘’seulement’’ 4,80 € et enfin une dernière  »soldée » à 3,50 … J’ai trouvé des sardines marocaines mais je ne les ai pas achetées, elles étaient trop bon marché !

Pour amuser mes nouveaux amis douaniers attroupés autour de moi, je leur ai montré le trésor : la dite boite de sardines à 2000 réaux,  »rials » soit à 100 Dirhams. Ils interrompirent la fouille des bagages des autres passagers et se rameutèrent – et oui, rameuter est pronominal ! – tous autour de la  »chose ». QUOI ? S’égosillèrent-ils en cœur, 10.000 francs – en fait, des centimes – une boite de sardines ? Conciliabules, froncement de sourcils, proposition d’en référer au chef, d’établir un rapport, peut-être mêmed’appeler les Affaires Economiques, sait-on jamais ? Jusqu’à ce que le plus jeune, quasi imberbe, ose me poser laquestion quitue:

Tu vas les manger ?

– Mais non, eus-je envie de lui répondre, c’est pour me faire des galons, mais j’eus des doutes sur sa capacité à établir le lien culturel entre le galon et la sardine.

Très professoral, je leur expliquai à tous, déplorant qu’il n’y eut point de tableau et de craie, que j’avais acquis la chose pour la montrer à nos industriels ! Et je leur fis la démonstration suivante : Voyons voir, en laissant les pauvres Gaulois gagner leur vie derrière nous, on leur fait la boite à 50 Dirhams. Donc la sardine peut nous rapporter : 10.000.000 (caisses, nos exportations annuelles) X 100 (boites par caisse, quantité normalisée) X 50,00 (Dirhams la boite, moitié du prix constaté à Paris) = 50.000.000.000,00 Dh … On torche la dette extérieure en un trimestre avec notre brave poisson du pôvre… Ils étaient émerveillés et prêts à voter pour moi dans le cadre de n’importe quelle élection ! Puis, le plus futé s’approcha, me prit par le bras et en aparté, il me demanda le plus sérieusement du monde, entre grands dirigeants de la planète :

– Mais, s’il te plait, je voudrais te poser une question si tu le permets :  »Pourquoi on le fait pas ? »

Conclusion

Des amis charitables et adorables, surtout parmi les dames, me proposent leurs carnets de bonnes adresses parisiennes pour la prochaine fois. Une espèce de guide des achats… Hélas, mes amis et mes chéries, je ne vais pas à Paris pour acheter quoi que ce soit d’autre que des  »chaussettes hautes » que l’on appelle curieusement  »bas », simplement parce que je n’en trouve pas ici, quelques livres et disques qui n’ont pas de marché au Maroc et surtout pour voir ce que les Gaulois consomment et que nous pourrions leur vendre… Je n’achète qu’au gré de mes promenades et de mes humeurs ici comme ailleurs. Je n’ai pratiquement aucun besoin pas plus que je suis capable de me refuser quoi que ce soit dont j’ai véritablement envie. Je rajeunis dites-vous ? C’est sans doute cela.

Malgré mes critiques, je vous assure que ce voyage à Paris fut tout simplement merveilleux : de superbes ballades, de longs tête à tête avec Mosalyo, de magnifiques retrouvailles avec des amis d’enfance…

Au plan  »gastronomie », mises à part les effroyables épreuves plus avant décrites, de merveilleux moments : Un temps fort dans ‘’l’atelier d’un Prince de la Gastronomie’’ chez qui tout est aérien et où, à la sortie, on est tout simplement heureux et incapable de dire ‘’ce qu’il nous a fait pour cela’’ ; plus modeste, un restau provinciale de la Rue de la Gaité, avec une cuisine vraie, généreuse et fraiche ; dans l’obligatoire ‘’italien’’ du même quartier un incroyable plat de spaghetti aux champignons, et une consommation tout à fait déraisonnable de cuisine japonaise : délicate, fine, simple, délicieuse. Mais je dois à la vérité de dire que le Moment Gastronomique majuscule de ce voyage fut un souper dans un restaurant thaïlandais non loin de la Place Gambetta. Que ce fut bon ! La magique utilisation de la citronnelle, des calmars en une nage si simple, des crevettes comme à peine bouillies, un bouillon clair, transparent et légèrement parfumé, un riz délicieux sans aucun masque, bon par lui-même. Un repas sans aucune fausse note, parfait de bout en bout et de plus arrosé d’une fontaine de sourires de leurs bien jolies et gracieuses demoiselles. Un moment de bonheur, pourtant si simple et pas plus cher que le show-off, l’usurpation et l’abus tarifés !

Dans mes librairies de prédilection, j’ai vu beaucoup de jeunes et de moins jeunes, tous âges confondus, communiant dans les chapelles du savoir et de la culture… Dieu ce que cela manque chez nous, qu’une vraie librairie, riche et diversifié !…

Chez mes disquaires de référence, j’ai fui autant que possible (et ce ne fut pas toujours possible) les grandes surfaces et autres mégastores car l’accueil ne me convient pas, la surveillance inadmissible, les vendeurs pressés par l’obligation de rentabilité et analphabètes 4 fois sur 5.

Il n’y a plus d’âme dans ces supermarchés de la culture et je dois dire que si personnellement j’aime que le service soit discret et pas collant, j’abhorre le principe de l’interlocuteur caissier en bout de linéaire …

J’ai gardé la meilleure anecdote pour la fin, bien sûr. Anecdote est peut-être un mot léger mais je vous demande de le pardonner ! Avec quelques amis, nous étions une belle tablée de 7 ou 8 personnes bien décidées à sacrifier à de vigoureuses anthestéries, le dico doit être bon sinon vous ne trouverez pas le mot ! lorsqu’une convive fut prise d’un malaise, avant consommation de toute nourriture, mais au lourd passé nutritionnel ! Un spectacle pénible qui fit que le restaurateur exigea qu’on appelât les pompiers comme l’exigerait la loi. Je fus des accompagnateurs de la dame –étrangère – aux urgences d’un grand hôpital. A l’entrée, dans une ambiance feutrée et apaisante, on lui demanda simplement son nom, son prénom et une carte d’identité et elle disparut de 22 heures à 02 heures. Elle réapparut vêtue de neuf, avec un dossier médical complet, analyses de toutes sortes et radiographies diverses, le tout accompagné d’une véritable dissertation médicale. On nous informa qu’elle avait été victime d’un virus gastro-entérique en ballade à Paris. On nous appela un taxi et nous souhaita bonne santé et bonne nuit. On nous demanda pour toutes ces analyses et la mobilisation de plusieurs médecins : 0 ! Pour un service médical qui est certainement le meilleur du monde, dans un cadre d’une propreté immaculée et dans une discipline spartiate. Le lendemain, la dame retourna rendre les vêtements dont on l’avait vêtue – blanchis, bien sûr – et aussi pour remercier les médecins. On lui dit qu’elle n’aurait pas dû se déranger en précisant que personne ne venait jamais ni remercier ni rapporter des vêtements…

Ailleurs, en d’autres pages, si vous êtes sages, je vous raconterai ma sortie en boite, selon un spécialiste averti très proche, ‘’LA’’ boite, la boite mais pour l’heure, j’arrête …

J’ai fait un beau voyage, dans une ville mythique, Paris, capitale d’un grand et merveilleux pays, la France.

6. Conclusion de la conclusion

Ne nous départons – incroyable, hein que  »se départir » se conjugue comme partir ? – jamais de l’humour, cette immense pudeur de la vie… Alors, je laisserai le dernier mot à un journaliste de la fin du 19ème, devenu célèbre pour ses bons mots. Henri de Rochefort :

’Le grand avantage des provinciaux, c’est qu’après avoir admiré Paris, ils peuvent le quitter.’’

http://fr.youtube.com/watch?v=3ahbE6bcVf8&eurl=http://7.gmodules.com/ig/ifr?url=http://www.google.com/ig/modules/youtube_videos.xml&nocache=0&ifpctok=-31851123

mo

Publicités