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Amoureux dévoré par la passion, un coup de foudre vous a pulvérisé, carbonisé : vous n’en pouvez plus ; il vous faut réagir, déclarer votre amour, le clamer et faire que l’on y réponde !

Vous n’êtes pas trop loin de Fès ?

Alors une seule adresse :

  1. Hôtel Le Mirage, Tanger
  2. Hôtel Palais Jamaï, Fès
  3. Hôtel La Mamounia, Marrakech
  4. Hôtel Casbah du Toubkal, Imlil
  5. Hôtel La Gazelle d’Or, Taroudant

 

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La Dame de vos pensées est aujourd’hui une gourmande de la vie. Alors, si vous aspirez à ce qu’elle vous prenne pour Pierrot, ne mégotez pas. Soyez généreux et, si vous n’êtes pas en mesure d’user de largesses matérielles, du moins devriez-vous être éblouissant de culture. Mais attention, pas d’étalage …

La culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale
Françoise Sagan

Raclée, elle n’a et ne donne effectivement aucun goût, mais large et congrue, rapidement, elle n’est plus à la portée de toute une chacune. Je vous conseille quant à moi, d’essayer la transculturalité (je mets toujours en italiques mes néologismes circonstanciels) car c’est l’outil le plus sûr pour forcer le respect, voire l’admiration et provoquer l’étonnement, voire l’intérêt. Qu’est-ce que la transculturalité ? Tout simplement la communication ou le passage entre des cultures différentes. Evidemment, si déjà entre vos langues vernaculaires, vous vous traînez péniblement, à taquiner la citation et à réciter le madrigal, vous passerez irrémédiablement pour un plouc. N’est pas Claude Hagège qui veut. Mais si en plus de deux ou trois langues maternelles vous maniez honnêtement celles que l’on parle au-delà de vos frontières septentrionales et méridionales, orientales et occidentales, on vous regardera avec envie et admiration, supposant avec raison que vous êtes un  »honnête-homme » version 21ème siècle, un Monsieur qui, par délicatesse et urbanité parle la langue de ses voisins. A vous-même, le jumping linguistique vous procurera un plaisir indicible et élargira le monde sous vos pieds. Mais pour l’heure, revenons à votre bergère.

Cette bourgeoise a certes accepté de vous suivre à Fès, jusqu’au fond d’un harem désaffecté, c’est un fait, puisqu’elle est là. Seulement, comme toutes les petites filles de riches, sa carte-mère a été bidouillée pour lui faire monter l’échelle des valeurs à l’envers. La bourgeoise peut n’avoir aucune culture mais s’en pique généralement. Il n’est pas impossible, hélas, que vous entendiez de sa bouche des horreurs et des propos indigents, mais que vos chastes oreilles ne s’en formalisent point. En avant toutes, cap sur la culture, droit devant !

Vous êtes au Palais Jamaï, construit au début du XXème siècle par un grand du Royaume qui en fit sa demeure. Le bâtiment est constitué, après rénovation par de pendables bétonneurs, d’une bâtisse d’une navrante banalité même si l’on y a mis du zellige à profusion. Fuyez ce parallélépipède sans âme pour vous réfugier dans une de ces incroyables suites-pigeonniers, constituées principalement d’escaliers menant d’un niveau à l’autre. Ces multiplex étaient les espaces privatifs des concubines du seigneur des lieux. Par leurs fenêtres meurtrières, elles apercevaient la ville et avaient l’impression d’en sentir le coeur et d’en goûter la liberté. La vue est grandiose, théâtrale à souhait : l’on est en surplomb de la mythique Médina de Fès.

Pour le fond sonore, procurez-vous, de grâce, une musique de circonstance, celle qui sera à même de magnifier votre nécessaire discours, dont, rassurez-vous, je m’occupe plus bas … Mais laissez au grenier de votre mère-grand  »les slows qui déchirent », les mélodies mièvres et cucul (attention, adjectif invariable). Non, ni Adagio d’Albinoni ni Lettre à Elise dont j’espère au moins que vous savez qu’il s’agit d’une pleurnicherie d’amoureux éconduit, donc de mauvais augure. L’équivalent de  »Ne me quitte pas » … Ben c’est vrai, imaginez un gars disant à une nana : » je serai l’ombre de ton chien »… L’est sûr de coucher sur le paillasson, le soupirant canin ! Je ne parle même pas des insipides  »musiques d’ambiance », genre  »supermarché » ou  »aéroport ». Non, vous êtes un homme, que diable ! Osez un chant par exemple ! Un bouleversant chant de Tamawayt, féminin et a capella ! L’odalisque en tremblera si vous le lui servez au crépuscule ou, bien mieux, un potron-minet d’automne, à l’heure mystique et grave où le soleil ourdit encore en secret une révolution prochaine.

C’est sur ce parchemin rugueux mais tout de même hospitalier qu’à la première occasion, assis près d’elle sur l’un des bancs du riche jardin où gazouillent les oiseaux et les jets d’eaux des fontaines, vous déposerez un poème de circonstance, arabo-andalou, riche et capiteux, un quatrain dodu comme une caille de saison, qui piquetterait le silence bleu-nuit de la ville céramique.

 

Si je pouvais changer en étoiles

Tous les baisers que je garde pour toi,

Tu ressemblerais, ma Princesse aux cent voiles,

A ce ciel de paradis qui nous sert de toit

Anonyme.

Ce quatrain aussi grenadin qu’anonyme peut vous paraître un rien trop loukoum et vous pouvez parfaitement préférer autre chose. Je vous suggèrerais alors d’oser une pointe d’élégie, toujours des mêmes eau et provenance. Une suggestion ?
La femme ne tient pas particulièrement à être la seule dans la vie d’un homme, mais elle fera tout ce qui est possible, et même impossible, pour être sa favorite.

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Tasbib : poème ‘’prétexte’’. forme poétique répandue au 7ème siècle et dans laquelle la femme apparaissait comme un être dangereux par ses armes terribles : la beauté, la grâce et surtout la coquetterie. Le poète s’en défie et s’en plaint à longueur de vers.

Muwashaha : composition poétique à rimes et mètres multiples propre à l’Espagne musulmane dont les premières références écrites remontent au 9ème siècle.

Garcia Gomez : Emilio García Gómez, 1905 – 1995, célèbre arabisant et traducteur espagnol

Lévi-Provençal : Évariste Lévi-Provençal, 1894-1956, Islamologue considéré comme le chef de file de l’islamologie française, il fut le spécialiste incontesté de la question musulmane dans l’Espagne médiévale.

El Kasri : Mustapha El Kasri né en 1923 à Casablanca est poète et traducteur. Il a notamment traduit en arabe Paul Valéry, Charles Baudelaire et St John Perse !…

 

Bien, voyons voir, … audace mais bon goût, bien sûr…

Non, non, pas un ‘’tasbib’’, généralement violent, souvent un rien vulgaire (1) .

Je verrais plutôt une ‘’muwashaha’’, (2) tout de même plus élégante. Je vous propose celle-ci :

Cual tímido ciervo
mi amada es bella.
Sus hermosos ojos
robó a la gacela.
Duna es luminosa
con palma de perlas

Popular.

Ma bien-aimée est belle
Comme une biche craintive
Elle a dérobé à la gazelle
Ses yeux si beaux
La dune est enguirlandée
De palmiers de perles

Populaire

Je l’ai traduite à contre-cœur car il s’agit déjà d’une traduction de l’arabe vers l’espagnol, dûe à Garcia Gomez (3). Je vous conseille de vous abstenir de faire le traducteur, même si votre belle ne parle pas la langue de Cervantes, car la poésie est bien plus belle servie en VO, même si l’on doit en donner un  »abstract » dans la langue d’expression avant ou après la déclamation. Sauf, évidemment, si vous êtes Maurois, Levy-Provençal (4) Gomez ou El Kasri (5).

C’est là précisément que je vous abandonne. Vous enchaînerez alors vers votre improvisation personnelle qui devra, je le répète, provoquer en elle un délire fantasmagorique ou elle tiendrait le rôle cruel, sublime et préféré de toute femme vivant sur cette terre : non pas être la seule -comme le croient les jeunes filles impubères – mais oui, la favorite.

Je conclurai donc ce passage à Fès par l’énoncé du second principe dont vous devez, Messieurs, vous persuader, même s’il bouleverse vos connaissances en matière de psychologie féminine. Et même si je sais bien que je vais être honni et vilipendé, voué aux gémonies etpendu haut et court sur quelque Place de Grève pour cela, je le dis avec solennité et certitude car j’en puis donner mille preuves :

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