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Amoureux dévoré par la passion, un coup de foudre vous a pulvérisé, carbonisé : vous n’en pouvez plus ; il vous faut réagir, déclarer votre amour, le clamer et faire que l’on y réponde !

 

Vous n’êtes pas trop loin de Marrakech ?

Alors une seule adresse :

 

  1. Hôtel Le Mirage, Tanger
  2. Hôtel Palais Jamaï, Fès
  3. Hôtel La Mamounia, Marrakech
  4. Hôtel Casbah du Toubkal, Imlil
  5. Hôtel La Gazelle d’Or, Taroudant

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En allant à La Mamounia, vous aurez mis toutes les chances de séduction de votre coté. Mais attention, l’endroit est dangereux car entre le prince et le misérable, l’artiste et le faussaire, l’interlope et l’Interpol, le pétrolier et la pétroleuse, la distance y est faible. Show-biz et show-off y brouillent facilement la vue. Alors fuyez d’emblée les salons affétés et leurs serveurs obséquieux pour aller au fond des choses et du jardin et procéder à vos ablutions par l’enivrante fragrance du jasmin, de l’oranger et du chèvrefeuille.

 

Il le faut, car l’héroïne du jour n’est pas commode : blessée par quelque glissade de jeunesse et s’étant convertie dans la réussite sociale, elle a besoin d’espoirs mirifiques pour accepter d’entrouvrir son huis, fermé depuis bien longtemps, et qui jamais ne s’ouvre au géomètre de hasard, comme dit Léo Ferré ni au visiteur d’un soir, comme dit l’autre. Elle décortique tous les signes, croit à l’astrologie et calme ses rêves inavoués par la pratique du taIshi. Elle n’admet pas de ne pas comprendre et lorsqu’enfin elle a l’assurance d’avoir déminé le champ, il lui reste encore à vaincre ses propres défenses : c’est une inquiète-type ! Oh, pas méchante pour un sou, mais cérébrale à l’extrême, ce qui est bien pire. Et là, son cas est aggravé par sa stupéfiante beauté. Alors, votre tempo courtisan doit être soutenu pour que son étonnement soit continu. Enfin, lorsque quelque peu honteuse de vous avoir fait tant languir et infligé mille épreuves, elle semblera s’ameublir, gardez surtout vos bonnes manières et, pour la déculpabiliser, aidez-la à théâtraliser la cérémonie de sa reddition.

 

Pour abriter le doux aveu, vous aurez loué une des petites villas perdues entre les roses et les bigaradiers et fuirez ainsi, le corps central de l’hôtel et ses communs lassants. N’oubliez pas un seul instant que c’est ‘’zéro faute’’ ou … la Chute d’Icare ! Comprenez aussi que votre adversaire, en cette délicate partie, est le temps mort qui lui permettrait de se rétracter. Ne doutez pas qu’elle le fera aussi promptement qu’une anémone de mer troublée ravale ses tentacules. Pour ravir cette craintive beauté, logos à outrance et surtout pas de pathos.

 

La séduction suprême n’est pas d’exprimer ses sentiments, c’est de les faire soupçonner.

Barbey d’Aurevilly

 

Je vous vois venir ! Vous voudriez que je vous aide en vous suggérant un poème opportun ? Soit ! Voyons voir ! …

– Est-elle vraiment belle ?

– Oh oui !

– Mérite-t-elle le nec plus utra ?

– Si fait, si fait !

– Enfin, dites-moi, jeune homme, vous ne galéjez point, n’est-ce pas ?

– Que nenni, mon bon Monsieur !

– Toutes ces précautions pour vous dire que ma suggestion est magique, et que toute femme qui n’a eu à ses pieds un soupirant déclamant ce sonnet peut dire qu’elle n’est pas aimée et ne connait rien à la flamme masculine. Que de ce pas et ce lisant, elle fasse scandale et porte l’affaire au plus haut ! Qu’elle retourne chez sa maman et le lui confie et qu’ensemble, elles aillent en demander compte à son papa ! Que dites-vous ? Qu’il ne sait pas lire ? Et vous pensez que l’excuse est valable ? Détrompez-vous !

– J’ai compris, mon bon maître, de grâce apprenez-le moi !

Il s’agit du Sonnet de Felix Arvers qui est considéré comme l’un des plus beaux poèmes de la langue française et je m’en vais vous le dire tantôt.

Mais revenons pour l’heure à votre belle. Vous promenant dans les jardins de la Mamounia, au crépuscule, accompagné par les lointaines rumeurs de la ville et le froissement des ailes des innombrables papillons, sans la regarder mais en rougissant (arrêtez de respirer deux minutes, résultat garanti), dites-lui que vous voudriez lui offrir un poème jamais dit à personne avant elle. Cette banderille plantée, confortez votre avantage et invitez-la à abandonner aux pensifs pontifiants, les poncifs de l’analyse et du raisonnement. Promettez-lui que si elle ouvre ses cinq sens aux lieux et au poème, sans doute s’entrouvrirait pour elle, la porte de l’enchantement. Dites-lui qu’elle est troublante comme Alice à la porte du Pays des Merveilles. Et puis, après une longue inspiration, la regardant une dernière fois comme quelqu’un qui se jette dans le vide, déclamez !

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Si je n’avais pas peur de vous vexer, j’accolerais au texte une partition pour vous dire comment déclamer, où mettre les accents, quel ton adopter, laquelle des voix utiliser car la voix compte toujours plus que le livret dans l’échange verbal sentimental. J’en parle abondamment ailleurs dans ce blog. Bon, maintenant, voici quelques explications sur le sens du poème :

 » Marqué par le destin, le poète se situe dans la tradition courtoise de dévouement absolu à la Dame. Cette femme appartient à un autre monde, celui de l’idéal inaccessible. Cet ange, qu’il faut garder des souillures par la réserve et le silence, devient alors muse inspiratrice et objet d’art sous la plume de son amant. Le poète transmue sa douloureuse passion en vers lyriques et élégiaques, afin d’immortaliser celle qui l’a inspirée. »

Je ne partage absolument pas ces explications  »officielles » et  »traditionnelles ». Pour moi, c’est une exagération romantique du genre de celles de Musset une certaine Nuit d’Août où il dit sans rire :

Ô Muse ! que m’importe ou la mort ou la vie ?
J’aime, et je veux pâlir ; j’aime et je veux souffrir ;
J’aime, et pour un baiser je donne mon génie ;
J’aime, et je veux sentir sur ma joue amaigrie
Ruisseler une source impossible à tarir.

L’était pas avare d’exagération, Tonton Fred , hein ?

Quant à vous, donnez les explications que vous voudrez, selon vos estimations sur le niveau de votre George … mais faites-le en marchant dans les allées du jardin, en caressant délicatement les fruits pendants, en redressant les feuilles rebelles, en écartant les pétales rutilants et les tendres sépales, en vous penchant pour humer les parfums délicats et en fronçant les sourcils de temps à autre en souriant, comme Darwin agréablement surpris par une trouvaille naturaliste. Donnez-vous à voir. Les hommes ne savent pas jouer de leur sensibilité et c’en fait de tristes nigauds. Pour le ton, choisissez la tendre guimauve ou le fier chardon, mais soyez surtout d’une grande aisance.

La troisième leçon tire à sa fin : Il est l’heure de choisir la phrase à retenir. Aujourd’hui, je l’emprunte à un homme de l’amitié duquel je ne rougirais pas, Monsieur de Talleyrand dont les nombreuses disgrâces furent largement compensées par une phénoménale intelligence.

Les femmes pardonnent parfois à celui qui brusque l’occasion, mais jamais à celui qui la manque.

 

Il suffit ! Il n’est pas question que je vous fasse l’affront d’en dire plus. Je finirai simplement par cette boutade – exemple de provocation de ce maître bien aimé, expert en séduction, le Chevalier de Seingalt, prénommé Giacomo Girolamo

Dépêchez vous de succomber à la tentation avant qu’elle ne s’éloigne.
…Casanova…

mo’

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