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Elle est belle, grande, et son regard est un hublot donnant sur tous les mystères de l’Orient. Le simple fait qu’elle soit là est un cadeau des cieux. Il vous faut vous surpasser et n’économiser rien ! Bernard Palissy à la veille de sa fabuleuse découverte, brûlez vos meubles et vos antiquités. Le jeu veut le feu. Enlevez la belle et à Taroudant l’invitez !

Taroudant, dernières paroles de la ville et premiers motus du désert ! La Gazelle d’Or, 30 ‘’cottages’’ perdus dans un immense parc-orangeraie de 100 hectares et un incroyable jardin boisé à l’envi. Oubliez tout ce que vous savez de l’hôtellerie et du luxe et préparez-vous à vivre quelque chose d’exceptionnel.

La belle à séduire connait le Salto Chico en Patagonie, et le Larrache en Atacama, le Singita en Afrique du Sud, le Waka Di Ume, à Bali, et autre Kanuhura dans les Maldives. Autant dire qu’elle sait ce qu’est un lieu d’exception car aucun de ces établissements n’est clinquant ni d’ailleurs, abordable au commun des mortels.

Et bien La Gazelle d’Or soutient la comparaison grâce à son site incroyable : c’est une porte du désert installée dans une oasis luxuriante … Mais n’ayez crainte, c’est en fait une simple maison maure mi-végétale, mi-minérale, avec un décor tout juste exagéré dans la sobriété pour ne pas vous permettre d’oublier que vous êtes là un invité et non le maître … Et c’est ce point précis qui révèle que la gestion de ‘’la maison’’ n’a, en fait, rien d’arabe.

La capiteuse andalouse est une aristocrate qui va vous faire souffrir pour la mériter : avec elle, son naturel et ses aises, rien n’est gagné d’avance, c’est mieux de le savoir. Au plan de la culture, elle vous étonnera par son éclectisme de bon aloi, les perles de sa culture, sa mémoire prodigieuse et ses innombrables souvenirs qui révèlent la richesse de sa vie.

Je vous laisse.

Non ? Je vous ai fichu la trouille ?

Je comprends ! OK je reste encore un petit peu !

Bon, pendant qu’elle défera son bagage et se rafraichira, demandez que l’on vous selle, des pur-sang le plus fougueux de tous … Il faut qu’elle vous voie le chevauchant lorsqu’elle reviendra. Elle vous trouvera beau, mais ne chantez pas victoire : beau en tant que signe dans l’espace, qu’élément de décor. La journée entière doit être consacrée à la nature : parlez et écoutez et n’abordez rien qui puisse la brusquer ou l’obliger à une intimité incongrue pour l’instant. Elle voudra se reposer, elle voudra rester seule, elle voudra parler à la lingère et au palefrenier, à la standardiste et au cuisinier. Que votre présence près d’elle soit rare et recherchée. Au contraire, échappez-lui jusqu’à percevoir dans son regard un voile de tristesse, celui qui ombre de beaux yeux ignorés.

Un crépuscule à la Douanier Rousseau finira par arriver. Vous allez entrer en scène. Vous chantonnerez ce dernier hommage à Henri Salvador, et si vous ne voyez pas pourquoi, et bien faites moi confiance, cela vous donnera du courage :

Dans la jungle, terrible jungle
Le lion est mort ce soir
Et les hommes tranquilles s’endorment
Le lion est mort ce soir

Tout est sage dans le village
Le lion est mort ce soir
Plus de rage, plus de carnage
Le lion est mort ce soir

L’indomptable, le redoutable
Le lion est mort ce soir
Viens ma belle, viens ma gazelle
Le lion est mort ce soir

http://fr.youtube.com/watch?v=kMnbqVRydc4

A partir de là, Irresistible séducteur, mon semblable, mon frère, je vous abandonne. Sois sage, le tombeur, et ne te tiens pas tranquille. Tu réclamais le soir, le voici, il descend. Alors, fuyant des hommes la multitude vile … n’hésitez pas à lui prendre le bras doucement pour conduire la Belle chaloupant vers un endroit dégagé du luxuriant jardin et, pour dire en grande confidence, que le lieu est bien la synthèse de toutes vos contradictions. Cette eau dans le désert, ces fleurs, sa beauté, votre trouble, le besoin d’écriture et de stabilité… Et c’est alors que vous lui direz connaître un poème très fort dont vous lui proposerez la seconde partie, la première étant par trop violente. Vous l’inviterez à s’asseoir sur un banc bleu, couleur du velours de la nuit et la regardant droit dans les yeux, vous direz en la fixant ‘’Je lis ton corps et me cultive’’ de Nizar Qabbani, le poète syrien, merveilleusement traduit par Mustapha El Kasri :

O toi être étonnant
Comme un jouet d’enfant
Je me considère comme homme civilisé
Parce que je suis ton Amant,
Et je considère mes vers comme historiques
Parce qu’ils sont tes contemporains.
Toute époque avant tes yeux
Ne peut être qu’hypothétique,
Toute époque après tes yeux
N’est que déchirement ;
Ne demande donc pas pourquoi
Je suis avec toi :
Je veux sortir de mon sous-développement
Pour vivre l’ère de l’Eau,
Je veux fuir la République de la Soif
Pour pénétrer dans celle du Magnolia,
Je veux quitter mon état de Bédouin
Pour m’asseoir à l’ombre des arbres,
Je veux me laver dans l’eau des Sources
Et apprendre les noms des Fleurs.
Je veux que tu m’enseignes
La lecture et l’écriture
Car l’écriture sur ton corps
Est le début de la connaissance :
S’y engager de la connaissance :
S’y engager est s’engager
Sur la voie de la civilisation.
Ton corps n’est pas ennemi de la Culture,
Mais la culture même.
Celui qui ne sait pas faire la lecture
De l’Alphabet de ton corps
Restera analphabète sa vie durant.

Dés les premiers vers elle prendra mille postures pour boire vos paroles et finira par avancer tendrement la main vers votre visage. Et là, si une larme pouvait éclairer la matité de votre visage, vous seriez le phénix des hôtes de ces sables ! Il serait bien étonnant que la Belle n’en fasse pas autant et, selon votre sincérité, ne frappe les trois coups en vous disant, souriant et promettant, pleurant et implorant à la fois :

 »Il y a des larmes d’amour qui dureront plus longtemps que les étoiles du ciel. »

Charles Péguy

Mo’

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