beaute.jpg

 

D’après l’un de mes dicos, un mannequin c’est : ‘’ une pièce de bois ou d’osier, ou une femme présentant des vêtements sur elle ; un homme sans caractère … ‘’. J’en déduis déjà que la femme qui rêve d’être un cintre et l’homme qui rêve d’être une chiffe molle ne sont donc pas à priori des modèles à suivre. Mais malgré cela, combien d’entre nous ne rêvent-ils d’en avoir la triste beauté, l’allure plus photogénique qu’esthétique et les mensurations relevant davantage de la manipulation génétique que de l’étalon de référence ! Et pour y parvenir, que d’artifices ! Que de sacrifices !

 

Autrefois, pour cela, les candidates à la beauté se faisaient tout à la fois nutritionnistes, phytothérapeutes et esthéticiennes : elles apprenaient les vertus du concombre sur les paupières, de la tomate sur les joues, des œufs dans les cheveux, du citron dans les yeux et du sucre in the cake !

Rien de bien méchant, ça occupait même les longues matinées du week-end et transformait la gynécée en atelier de magie. Oui, bon, ben tout ça, c’est le passé, car aujourd’hui, une techno-science nouvelle apporte beauté et bonheur aux dames pas franchement canons : la chirurgie plastique …

Je ne parle pas de la ‘’réparatrice’’, mais de l’autre, la dite esthétique. Pour m’instruire, j’ai avalé des tonnes de doc spécialisée, et j’ai appris de ces choses, mais de ces choses !… Voici ce que m’ont confié les hommes du lard :

plastique-6.jpg
Les cicatrices psychiques laissées par le simple fait de se croire laide marquent à jamais la personnalité
Joan Rivers

Les candidates à la chirurgie plastique sont pour eux des plaignantes. Normal au fond, puisqu’ elles déposent plainte contre XX et XY …

plastique-3.jpg
Si une laide se fait aimer, ce ne peut être qu’éperdument.
Jean de La Bruyère

L’envie de changer d’apparence physique nait toujours au moment de l’adolescence – âge de l’acné des songes – qui n’est pas une période de sérénité à proprement parler, même si cette envie peut ne s’exprimer que bien plus tard. Elle provient de désordres personnels plus ou moins importants, qui font des plaignantes des déviantes, candidates à ce qui est un type de crime sado-maso…

plastique-2.jpg
Il n’y a si laide marmite qu’elle ne trouve son couvercle.
Miguel de Cervantès

Le profil psychologique type des plaignantes est le suivant : personnes exagérément préoccupées par l’apparence, hypersensibles, anxieuses, quêtant l’attention, introverties, agressives, ayant des problèmes parentaux, conjugaux et sexuels aggravés par des tendances dépressives et auto-dévalorisantes…

plastique-9.jpg
Il suffit de dire à une femme laide qu’elle est belle,
elle ne deviendra peut-être pas belle,mais elle deviendra jolie.

Prosper Mérimée

Profil social : 80% de riches désœuvrées et de professionnelles se servant de leur physique, comme les actrices, les artistes de variétés et les artistes dont la spécialité n’est reconnue que par le percepteur. Dans seulement 20% des cas, il s’agit de chirurgie réparatrice.

plastique-7.jpg
Si le visage est le miroir de l’âme, alors il y a des gens qui ont l’âme bien laide.
Gustave Flaubert
Selon le changement souhaité, les candidates avouent des choses très différentes, inconsciemment comme dirait Tonton Sigmund, et la signification n’est pas triste, je vous le garantis. Écoutez cela :

  • Vouloir faire modifier son nez – rhinoplastie – trahit en fait l’envie de  tuer son père. Probablement parce qu’on n’a jamais pu le piffer
  • Vouloir se faire refaire la poitrine, – mammoplastie – c’est attaquer directement sa mère et essayer de la détrôner auprès du père.
  • Vouloir se faire lifter ou aspirer les graisses sous-cutanées – dermoplastie – c’est manifester sa haine de soi-même, de son entourage et du monde. Cette catégorie inclut la lutte volcanologique comme l’abrasion des cratères, tratères(1) et autres crazèmes(2).
  • Vouloir se faire épaissir les lèvres – lippoplastie – c’est euh … avouer   sa nymphomanie car ainsi, on fait la moue tout le temps.
  • Vouloir se faire dépigmenter la peau et lisser les cheveux c’est vouloir laver la faute de ses parents car la peau et les cheveux sont notre carte d’identité et informent sur notre origine.
  • Vouloir se faire modifier les oreilles – auriculoplastie – c’est vouloir cacher une libido un peu trop généreuse car l’organe de l’ouïe est une des zones les plus érogènes du corps humain.(3)
  • Et enfin, vouloir se faire réparer le fermoir du précieux diamant, c’est évidemment révéler sans ambage la nostalgie d’un paradis perdu, type « Jurassic Park ».

Voilà ! La leçon est terminée. Nous pouvons passer aux TP.

La première démarche à accomplir lorsqu’on veut accéder à la beauté par la chirurgie, est évidemment de choisir the specialist. D’ici ? D’ailleurs ? – Nous sommes certes assez bien pourvus en officines spécialisées maintenant, mais il est sûr que nombre d’entre vous préfèreront toujours aller se faire tendre ailleurs. Ou que vous alliez, le scénario reste le même : le code de déontologie fait obligation à l’homme de l’art d’essayer de vous dissuader en récitant une incantation normalisée dont le texte est le suivant :

‘’ Bonjour ma p’tite Dame, vous savez, ça peut être traumatisant, mais vous, vous êtes forte et décidée je le vois bien, alors signez là, à demain, à jeun, c’est payable d’avance, en espèces, merci, au revoir. Suivante !… ‘’

Pendant qu’il parlera, vous aurez tout juste le temps d’admirer les habiles et persuasifs posters décorant son bureau vachement design et qui chantent, l’un le nez de Marilyn, ou les lèvres d’Ava, l’autre le buste de Jane ou le rubis du Prince Noir.

Pour les expat. de la plastique, beaucoup suivront le conseil de Dario Moreno : ‘’ Si tu vas à Rioooo, N’oublie pas d’les r’monter la haut’’ ‘’ et pour se rendre au Brésil, une seule compagnie : ‘’Charlie Tango, qui vous conduira chez Charlot Tanguy’’ célèbre taxidermiste des ‘’djetsetteuses’’ approchant avec angoisse la ‘’tuitaine’’. Rio, même si c’est loin, c’est intéressant car les pèlerines peuvent y acquérir des pierres colorées, brillantes ou sternes et s’y rincer l’œil au flot ininterrompu des ensorceleuses mulatas et magnifiques rapazes aux séants largement aérés.

Mais bien des Dames ayant accédé depuis peu à la richesse matérielle, préfèrent aller en Suisse, pays sérieux s’il en est. Elles y vont accompagnés de leurs époux, car dans ce pays si sérieux ou il semblerait qu’il y ait le couvre-feu à partir de 18h00, sous peine de pleurer le soir seul dans son lit, il vaut mieux être accompagné, fut-ce même de son conjoint légitime. Pendant que les plaignantes se font amidonner, les maris, eux, règlent leurs comptes … numérotés. Ils achètent aussi des cigares à un demi SMIG l’unité et des chronomètres pleins de dorures partout avec un bracelet très lâche pour attirer l’attention lorsqu’on y regarde l’heure, et vendre un maillon en période de disette.

Les représentantes de la vieille bourgeoisie préfèrent quant à elles la Côte d’Azur, en douce France, où de discrètes petites cliniques spécialisées bronzent entre mer et soleil, entre thym et lavande, entre pastis et bouillabaisse. Aux nouvelles arrivantes, signalons tout de même que les tarifs annoncés sont exprimés en kilo-euros pour ne pas avoir à allonger les chéquiers.

C’est curieux, se faire refaire les seins, ça coûte la peau des fesses.
Vincent Roca

Seconde étape de la marche triomphale vers le podium de Miss Univers, il faut comprendre et admettre la relation capitale entre la plaignante et le chirurgien. Des psys vicieux, pas psys chics du tout, ont établi que cette relation est en vérité un acte sexuel qui n’ose dire son nom. Et force est de reconnaître qu’ils ont raison, car enfin, abandonner son corps aux mains d’un puissant gaillard et se sentir mieux après, faut avouer que si c’en est pas, ça y ressemble étrangement ! Le jour ou sous la lumière diaphane des spots, le praticien se penchera vers elle en tenant son instrument à la main, elle ne manquera pas de l’encourager en lui disant, juste avant de glisser dans le cirage, ferme et déterminée : Oh oui, reprends-moi toute !

chirurgien-2.jpg

Troisième étape cruciale, le réveil : c’est parait-il le moment le plus délicat du processus. En fait, tant qu’elles sont emmaillotées dans des bandelettes à la mode Ramsès, pas de problème, elles se sentent protégées et encore obscènes, c’est à dire  »au devant de la scène’’. Mais au déroulement des dites bandelettes, alors là, bonjour l’angoisse. Généralement, après qu’on leur ait tendu un miroir et qu’un regard avare et progressif ait évalué l’ampleur du changement, elles constatent, tâtent, retâtent et éclatent !

Mettez- vous à leur place les pauvres chéries, au lieu de préjuger !

Les rhinoplastifiées de neuf se sont endormies en se mouchant le bras tendu et voilà qu’elles se réveillent avec … plus rien à moucher. L’être et le nez en moins ! Que vont-elles faire maintenant aux innombrables feux rouges, aux cotés de leurs époux ? Quelle frustration n’auront-elles pas , de les voir se ramoner la fosse nasale, en les écoutant vaguement, puis, engager la première vitesse de leur luxueuse berline teutonne, en recroquevillant l’index pour préserver le superbe stalagtite ( stalagtite = tombe ; stalagmite = monte) qui y pendouille et dont ils orneront, suivant l’inspiration du moment, les flancs du siège plein cuir, l’accoudoir ou le cendrier !

Les mammoplastifiées de frais se sont endormies, le balcon garni de gants de toilette mis à sécher ou la table garnie d’oeufs au plat – mollets dans les grandes occasions – et les voilà maintenant portant en sling des protubérances étrangères. Normales qu’elles se sentent toutes silly-connes !

Du moins les rhinos et les mammos peuvent-elles gémir, pleurer, crier et, parait-il, elles ne s’en privent guère. Mais tel n’est pas le cas des belles liftées à l’air ahuri et figé à jamais qu’ont leurs visages retendus, car le moindre battement de cils leur fait courir de grands risques d’éclatement.

chouette2.jpg

Quatrième et dernière étape de la conquête de la beauté, la confrontation avec l’entourage.

Ce serait même, parait-il, le moment le plus craint des convalescentes car elles en entendent des vertes et des pas mûres. Voici les compliments les plus utilisés en guise de vœux de prompt rétablissement :

– Montre nous tes cicatrices ! ( les copines peu charitables)
– Je vois pas le changement ! ( la peste jalouse)
– Combien ça t’a coûté ? (la misérable)
– Tata, tout ça c’est TTT ? (le neveu insolent)
– Mon Dieu, faut-il être cinglée ! ( la vieille servante)
Et alors ? ( le mari auquel on avait caché l’aspect magyar de la situation post-opératoire : hongrois qu’on peut, mais … on peut pas !

Bon, mais supposons que le praticien soit un as et qu’il ne vous ait pas transformée en Carita (4) et mieux, que vous soyez devenue, par ses soins, la femme la plus belle du monde. Savez-vous au moins que vous ne pourrez plus jamais arrêter les opérations de rajeunissement ? Faudra remettre ça régulièrement sous peine de ressembler à un plat nappé de Béchamel : couverture tremblotante sur reliefs incertains …

Mais serait-il juste que l’on se contente de parler des plaignantes et ignorions Messieurs les Hommes, qui s’adonnent également de plus en plus aux joies sulfureuses du tranche-lard ? Voyons tout d’abord les divers travaux qu’ils ordonnent :

– L’opération la plus courante consisterait en une hasardeuse action pour faire remonter le cours des bourses .

– En seconde position arrive l’abréviation de l’appendice nasal ! Quelle horreur ! Ils entrent en clinique avec un superbe tarin à la mode Cyrano, bien viril et tout, et en ressortent avec un pois-chiche tout riquiqui ! Une petite séance de divan ? Non, vraiment ?

– D’autres encore, équipés d’origine d’oreilles à faire fantasmer sec (cf supra), se les font couper et ressortent avec des confettis fadasses comme des petits rats que l’on opéra !

– Certains, débarrassés par Dame Nature de la corvée de brosse, éprouvent le besoin d’aller se faire planter quelques rangs de ciboulette, s’interdisant ipso facto l’accès au club très sélect des ‘’crânes d’œufs ».

– Ne parlons même pas des graves de chez graves qui tentent de se débarrasser de tout leur système pileux, de ceux qui se font introduire des choses partout, de ceux qui se font ablatir, colorer, décolorer etc. etc.

Je ne voudrais faire de peine à personne avec mes comparaisons tirées par les cheveux, mais qu’ils se rappellent – tu parles ! – que dans la Rome Antique, à chaque retour de campagne de Caïus Julius – Jules César pour les bacheliers  »mention passable » – qui était plus chauve que la Cantatrice et le Mont réunis, dans les tavernes d’Urbis Romae courait la consigne : ‘’Maris, cachez vos femmes, voici le galant chauve’’. Il venait de se faire une Gaule et continuait pourtant ses conquêtes. Quoique. Il faut tout de même rappeler que c’était un bi-zarre, notre Imperator. Ben oui, rappelez-vous – tu re-parles – qu’on disait également de lui qu’il était ‘’le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris’’. C’est une interprétation comme une autre de la clé aux pâtres

Bon, tout le monde a compris, alors je tire sur mes manchettes de conférencier, me racle la gorge et finis mon discours par trois remarques qui serviront de morale : Plaignantes et plaignants, tous candidats à la chirurgie esthétique, sachez que :

Il y a quelques années, certains ont tenté de faire le portrait robot de la femme la plus belle du monde. Pour cela, ils ont superposé rigoureusement les portraits de dix femmes très belles, choisies par des plasticiens connus. Savez-vous ce qu’ils obtinrent ? – Tout simplement le portrait de la femme la plus fade du monde… car il lui manquait l’inimitable, irréfragable et divine harmonie naturelle. Et déranger cette harmonie ne peut conduire à la beauté.

Oui Mesdames, croyez-moi, je vous prie : quel que soit votre physique jugé à l’aune de critères culturels dont la plupart ne sont souvent même pas les vôtres, la gentillesse, le sourire, une vigilance permanente pour une présentation irréprochable, une sincérité absolue, du … cœur à l’ouvrage … et vous serez, je le jure, la reine du monde !…

Pour preuve, je vous rapporte ce constat profond et vrai qui va vous expliquer pourquoi les femmes autres que canons savent généralement mieux retenir leurs hommes :

La laide s’ingénie à se le faire pardonner
après l’extinction des lampes.

Maurice Chapelan

Je vais plus loin : une imperfection physique est presque toujours un ‘’plus’’ considérable. Les Arabes appellent avec raison, un léger strabisme ‘’el fetla dezzine’’, autrement dit :  »la vrille de la beauté »., ou la mèche de la beauté.  Correctement traduite, cette magnifique expression signifie : Le Signe de la Beauté.

mo’

_______________________________________________________________

(1) Tratères : chairs avachies

(2) Crazèmes : manettes d’amour dans la culotte de cheval

(3) Avis à ceux qui se triturent sans arrêt le lobe de l’oreille…

(4) Carita : Catastrophe en arabe…

Publicités