les oreillons de  »tête carrée »

Il y a une grande volupté dans l’état victimaire pour qui sait y faire. J’ai expérimenté la chose bien jeune. Tiens, exactement la fameuse année dont je parlais tantôt, l’année de mon premier amour, celui que j’eus pour ma maîtresse.

J’étais interne car mes parents vivaient à la campagne, dans la ferme ou je suis né. Dans le même internat, il y avait mon frère aîné et mon puîné, et tous trois étions quelque peu atypiques. Notre papa, persuadé d’avoir engendré trois purs génies, développait pour nous une éducation faite d’exigence et d’originalité. Cette originalité se traduisait quelquefois en actions cocasses. Un exemple : A midi trente, tous les jours, à sa demande, en plein milieu du réfectoire, un surveillant nous appelait haut et fort, pour nous faire avaler à chacun une cuillerée à soupe de blé germé qui est un concentré de vie, plein de vitamines B1, B2, B6, B9, E, magnésium, zinc, phosphore, fer, protéines et fibres etc. Cette scène quotidienne et publique déclenchait l’hilarité générale parmi les pensionnaires et les surveillants qui nous considéraient à cause de cela comme des extra-terrestres, se nourrissant différemment des autres. Ce n’est qu’après cette administration spéciale que nous pouvions consommer l’immonde pitance officielle de l’établissement.

Un jour, pendant que j’essayais de remiser, en douce, au fond du tiroir de ma table, ma portion de choux puants mal cuits et autres charançons aux lentilles, je vis Madame la Directrice s’avancer vers moi, d’un pas énergique et décidé, en fronçant des sourcils interrogateurs. Je pris peur et me mis à préparer quelque explication délirante pour justifier mon geste. Elle stoppa net devant moi alors que je finissais mon travail, avant de tourner les talons et de s’éloigner tout aussi rapidement, sous les applaudissements de ses bajoues duveteuses. Si je sais que ses bajoues étaient duveteuses, c’est que j’avais l’obligation de l’embrasser à chaque retour de vacances. Son regard aquilin accordé à ma personne ne me dit rien qui valût mais je remis à plus tard l’analyse de mon angoisse.

En début de soirée, vers 17h30, après l’école, alors que je prodiguais des conseils gratuits à un futur champion olympique de barre fixe dans la cour de l’internat, j’eus la joie infinie de m’entendre appeler :

–  »Tête Carrée », la directe

Une forte diarrhée de peur se mit à me faire gargouiller le ventre, alors que je tournai la tête vers le bureau de la susnommée. Mais là, je fis un bond de joie en apercevant la haute et mince silhouette de mon papa adoré. Je courus vers lui, en dodinant de ma grosse tête, effectivement carrée, riant et criant de plaisir. A ses cotés, se tenait la directe, souriante et mutine, toute pimpante, les mains jointes et la bouche en fondement de gallinacé. Elle n’était plus effrayante du tout et cela guérit mon début de diarrhée. J’abordais le couple par un très distingué :

– Bonsoir Madame la Directrice, Bonsoir Papa.

J’embrassai mon héros au sourire si doux qui dut, pour recevoir la marque de mon affection, se plier en trois. Il m’embrassa plus chaleureusement que d’habitude, puis, je le vis me repousser légèrement, examiner mes joues et mes oreilles, me tapoter le visage de ci, de là, inquiet. Il dit alors à son interlocutrice que c’était bien  »cela » et qu’il allait me prendre avec lui. On m’expédia donc préparer mon barda. Lorsque je revins du dortoir, fou de joie pour ces vacances impromptues, je trouvai mon père avec mes deux frères, les informant de ma maladie et de la nécessité impérieuse de m’emmener à la maison. L’aîné, toujours sérieux comme un pape, ne pipait mot. Le plus jeune, par contre ne voyait dans tout cela qu’une vaste machination pour lui infliger une brimade supplémentaire. N’osant bien évidemment pas s’exprimer verbalement, il vrillait au sol son regard, en tapant dans des cailloux alentour, les yeux charbonneux, les sourcils froncés et les lèvres généreusement boudeuses. Quant à moi, je trouvais que mon papa perdait beaucoup de temps en discours inutiles avec  »ces gens-là ». Je lui pris la main pour accroître mon plaisir et leur chagrin. Nous partîmes enfin, vers sa belle et rutilante voiture américaine, après un dernier regard sadique vers mes frères et je compris que l’aîné allait devoir jouer à la nounou consolatrice du puîné qui délivrait déjà les premières larmes de fort mécontentement. Nous partîmes enfin !

En cours de route, mon père me fit confirmer que j’allais encore être premier au classement mensuel. Prenant l’air faussement soucieux et sérieux, je lui répondis que sauf prolongation de mon absence due à ma maladie, ce que je ne souhaitais vraiment pas (tu parles!), c’était chose acquise. Je dois préciser pour être clair que je ne voyais pas ou se situait ma maladie, pas plus que je ne ressentais la moindre douleur, nulle part. Quoique … l’euphorie se délitant dans les virages sans fin de la route, un pincement de cœur rembrunit mon visage : le lendemain, je n’allais pas voir ma maîtresse adorée !… Qui la consolerait de mon absence ? Qui lui donnerait de mes nouvelles ? Par ailleurs, j’étais sans doute gravement malade car pour que mon père acceptât de me dispenser d’école, c’était sûrement plus qu’un rhume. Les oreillons, avais-je entendu ! Pfff ! C’est quoi, les oreillons ?  »Même pas mal », alors ! Mon père me répondit néanmoins que normalement, je serais sur pied au bout d’une huitaine de jours et me demanda tout de go :

– Comment écrit-on  »huitaine » ?

Pensait-il vraiment que mes capacités étaient diminuées à ce point ? Je lui livrai avec dédain le  »h » qu’il convoitait sans oser le demander, et le priai à mon tour de m’expliquer ce qu’étaient les oreillons. Et ce fabuleux pédagogue ne m’épargna ni la physiologie, ni la prophylaxie, ni la pathologie et encore moins la thérapie de cette maladie. On eut dit que j’allais passer le concours d’internat de médecine le lendemain… Mais la seule chose qu’il me fit promettre de retenir est qu’il ne fallait pas que j’attrapasse froid pour pouvoir, plus tard, avoir des enfants  »beaux » comme moi ! Une allusion de grands à laquelle je ne compris rien. La proximité du gros baiser maternel chassa la tristesse de cette incompréhension.

Nous arrivâmes enfin et effectivement, ma splendide maman m’embrassa fort et me garda contre elle un long moment. Contre elle, baignant dans son odeur, inondé dans sa douceur, c’était là, en fait, ma maison. Dieu que j’en étais conscient ! Et même si j’étais soit disant malade, quel bonheur que d’être malade près de sa maman ! Mes trois petites sœurs non encore scolarisées, me firent fête. Je n’étais pas encore assis que ma blonde complice, la plus âgée des trois, courut je ne sais où pour reparaître, tenant un biscuit ébréché et quelque peu ramolli par le temps, qu’elle m’offrit en rosissant et me jurant qu’elle l’avait gardé pour moi malgré la tentation, car elle m’aimait. L’avant-dernière, petit lapin grave et craintif, silencieuse et scrutatrice, ne laissait jamais rien paraître. Quant à la dernière, elle parlait à peine mais beaucoup, singeant notre maman sans arrêt. Elle me demanda si ‘’les enfants’’ allaient bien … Je la rassurais avant de me livrer aux mains maternelles qui me lavèrent, habillèrent, parfumèrent et enfin coiffèrent. Elle m’entoura la tête d’un foulard en soie et avertit les sœurettes qu’une moquerie à mon encontre donnerait droit à une claque de sa part.

J’eus droit à un bouillon qui avait dû nécessiter le sacrifice d’une pleine basse-cour tellement il était riche, avec, au fond du bol, les deux amourettes d’un coq visiblement très hardi. Pour accroître mon plaisir, je pensais aux deux collègues restés à l’internat et qui devaient mastiquer à l’heure qu’il était leurs betteraves coriaces et leurs immondes navets mal cuits.

Après le dîner, on servit le thé. Mon père m’appela alors et me demanda de me mettre debout devant lui, puis de baisser mon pantalon de pyjama. Il examina avec soin mes choses mal élevées, examen au cours duquel je surveillais la profondeur du sommeil des petites. Probablement rassuré sur mon aptitude future à me reproduire, il mit fin au supplice et tranquillisa ma maman sur la question. Puis, il me désigna ‘’ma place’’ : assis à sa droite, sous la grande cape en poils de chameau dont il se couvrait les épaules. Seul mon visage, piqueté de mes yeux tristes et mouillés par la fièvre, émergeait et ainsi, ma maman en face de moi, j’étais au paradis. Je dus m’endormir ainsi avant de me réveiller dans mon lit, au moment ou elle m’administrait les soins rendus nécessaires par ma maladie : Tout y passa : baume pectoral, sirop, et humiliant thermomètre. Enfin, un gros baiser bien sonore, suivi d’une bénédiction. Avant de m’endormir, j’eus une pensée triste et sincère pour mon jeune frère laissé en pension. J’étais taquin, oui, mais jamais méchant.

Le lendemain, je me réveillai avec un champ de chardons dans la gorge. Je vérifiai ma voix en appelant. Inutile. Maman était là, souriante, rassurante, tenant des deux mains un grand bol de chocolat au lait. Agrippés à ses jupes, les trois angelots tout frais et sentant bon, cheveux parfaitement coiffés, se repaissaient du spectacle de ce semi-étranger qui monopolisait l’attention de leur propriété exclusive : notre maman. Petit lapin, pas très téméraire et qui avait à mon égard une très féminine attraction-défiance, se tenait derrière elle, risquant vers moi, de temps à autre, un regard craintif ; la blonde qui souriait sans cesse et la petite, sûre de ses charmes et qui demanda qu’on la haussât jusqu’à moi pour m’embrasser. Elle s’entendit répondre que Mo’ avait mal et qu’il ne fallait pas l’ennuyer. Maman me proposa tout son garde-manger, et se désola de mon refus de toute nourriture. J’étais bien incapable de déglutir. On me laissa donc, après avoir refermé les persiennes.

Vers la fin de l’après-midi, je fus réveillé par le toussotement de mon père. Il vit que j’allais très mal et s’assit près de moi après avoir ôté son couvre-chef. Puis il vérifia ma fièvre de sa large main sur mon front, mes protubérances auriculaires, le blanc de mes yeux, et, voulant me rassurer, il affirma que je n’allais pas trop mal. S’il le disait !… Il me raconta ses oreillons à lui, lorsqu’il avait mon âge. Je buvais ses paroles et, au fur et à mesure qu’il parlait, j’allais mieux. Mon plaisir culmina lorsque Maman vint nous rejoindre, qu’elle s’assit près de moi, et qu’ils se mirent tous deux à chanter mes louanges.

A ce propos, cent mille fois je me suis demandé si j’étais, comme le prétendaient mes frères et sœurs, le chouchou de nos parents. Troisième dans l’ordre chronologique, cela n’avait pas de sens. De plus, le résultat de mon analyse est que non, ils étaient bien incapables d’injustice, mais comme ils avaient failli me perdre bébé à cause d’une sévère coqueluche, ils avaient, disons, un faible pour moi. Un faible pour leur petit maillon faible, que de plus, ils avaient prénommé, ironie du sort, Désiré. Il me semble maintenant tout naturel que les parents donnent un peu plus à qui en a le plus besoin. Alors, frangines et frérots, outre pour cause de prescription, mettons fin à la querelle !

Je m’endormis en leur présence, cette présence qui était l’amnios de mon bonheur. Les trois jours qui suivirent ne présentent aucun intérêt et le sommeil et les soins médicaux se partagèrent mon temps, sous l’arbitrage sourcilleux de tous les anges qui me gardaient.

Ce n’est que le quatrième jour que je me manifestai réellement. J’avais osé demander à mon père de me faire une dictée de mots et, cabotin, j’avais ajouté : Pour ne pas trop perdre de mes capacités orthographiques. L’on s’amusa ainsi :

Comment écris-tu la fête ? le fait ? le faîte ?

Comment écris-tu le paon ? Le taon ? Le faon ?

Comment écris-tu azimut ? bismuth ? scorbut ?

Egayer ? égailler ? (piège !… égailler et égayer existent et ne signifient nullement la même chose)

J’étais alors en Cours Moyen Première Année !…Zéro faute. Je voudrais pouvoir imposer cette dictée de mots aux Docteurs d’aujourd’hui … Puis, ‘’il’’ passa aux questions :

Comment appelle-t-on la femelle du sanglier ?

La laie !

Du lièvre ?

La hase !

Du paon

La paonne mais on prononce la ‘’panne’’

Interloqué par la science de son fils, il toussota de plaisir pour ne pas trahir son émotion en déglutissant d’étonnement. Mais en même temps, vaguement vexé de ne m’avoir pas ‘’collé’’, il tenta une dernière question difficile :

Comment écris-tu ‘’désarçonner’’ ?

D-é-s-a-r-ç-o-n- , détachai-je nettement… Mais arrivé après le premier  »n », indéniable lui …

j’eus un doute et stoppai net devant la question du doublement de cette consonne … Je ne trouvai rien de plus malin que de me déclencher une quinte de toux à m’époumoner, ce qui inquiéta mon père et rameuta le reste de la maisonnée. C’est dans ces conditions théâtrales que j’affectionnais tant, que je condescendis à livrer ma réponse :

n-e-r, à l’infinitif !

Pauvre Papa, il avait les larmes aux yeux de fierté et ne s’aperçut aucunement de ma feinte. Doubler le satané  »n » mais en propositions bien détachées pour, le cas échéant, pouvoir dire que j’avais simplement repris le cours de mon épellation. Il regarda Maman pour lui confirmer mon génie et se leva, me mettant dans la main une boite de pastilles antitussives. Des pastiques comme disait mon jeune frère auquel je pensais pour la centième fois de la journée. J’en offris généreusement une à chacune des petites sœurs, une à ma maman, avant d’en prendre une pour moi et de reprendre mon rôle de malade … Mes parents libérèrent les lieux et donnèrent à nouveau des ordres stricts pour que silence soit fait pour mon confort.

Aussitôt la porte refermée, je sortis de sous mes couvertures le miroir à main emprunté dans la salle de bains de ma mère pour m’adonner à l’un de mes jeux favoris : la grimace. La grimace est un art, à mi-chemin entre le mime et la pantomime (le pantomime étant l’acteur de mime). Je déplore que certains s’arrogent le droit d’en faire mauvais usage, ramenant ainsi la grimace à un niveau dégradant d’incongruité de société ! Une grimace digne de ce nom, volontaire ou non, est une piécette de théâtre à part entière, qui peut délivrer un message, voire même un message important aux dédicataires de l’œuvre éphémère.

Pour cette séance, je commençai par choisir une dédicataire parmi les petites sœurs et mon choix se porta sur l’avant-dernière, Petit Lapin, peureuse et impressionnable. Je l’appelai donc et entendis aussitôt ma mère lui demander d’aller voir ce que voulait ‘’frérot’’. Elle arriva peu après, mais ne me trouva guère à ma place. Et pour cause, j’avais sauté hors de mon lit et m’étais mis à quatre pattes à sa hauteur, bien caché derrière la porte entrouverte, de manière que lorsqu’elle eut l’idée de me chercher là, elle ne vit que ma grimace hideuse que j’accompagnai d’un grondement menaçant : Mmmmm, soufflé-je d’une voix sourde et rauque ! J’avais choisi, dans mon répertoire, une pièce classique, intitulée ‘’le monstre’’, peaufinée au cours de mes innombrables heures de travail face au miroir : strabisme convergent, joues creusées, langue poussant la lèvre supérieure, bouche à demi ouverte et surtout, cou exagérément tendu. Sans fausse modestie, je crois que j’étais doué. Pendant que le petit lapin détalait vers la maman en poussant des cris d’orfraie, je regagnai vite mon lit et ramenai sur moi les couvertures. Ma pauvre mère arriva et vit, tout endormi, le plus gentil des petits garçons de la terre, son fils chéri, sur lequel elle ajusta les couvertures et dont elle baisa le front avant de repartir, escortée de ses trois petits lutins. Pendant que je l’épiais d’un œil mi-clos, je la vis faire à Petit Lapin, encore terrorisée et ne comprenant rien, des promesses peu amènes pour avoir osé me déranger… Je m’endormis, fier de moi, heureux.

J’allais de mieux en mieux et l’école, mise à part la dame de mes pensées -ma maman de là-bas, n’était plus qu’un pays lointain dont les problèmes m’importaient peu, ayant tout près de moi la réponse à toutes les questions de l’univers : mon Papa et ma Maman à moi ! Un soir, on me permit de me mettre à table, à condition de bien me couvrir. Ma tristesse n’échappa pas à l’auteur de mes jours et pour l’atténuer, il me réinvita enfin à sa droite, sans un mot, sous son burnous qui était la dunette à partir de laquelle je réfléchissais à l’avenir du monde. J’y courus, m’installai confortablement et commençai la rédaction mémorisable des prolégomènes à l’étude de l’être et du néant…

La petite dernière ne dormait pas encore, adorable poupée dodue, ventrue, fessue et joufflue, elle était le jouet de tous et avait peu de chance de passer devant qui que ce soit sans recevoir un gros baiser. Au baiser, j’ajoutai toujours, personnellement, un pétrissage de son petit corps si doux , jusqu’à lui arracher une plainte. Maman était féroce pour la défendre lorsque qui que ce soit autre que moi s’amusait à porter la main sur la petite boule de suif. Mais moi, lui expliquait-elle en toute bonne foi, je plaisantais avec elle car je l’aimais !… L’attachement de ma mère pour elle me rendait néanmoins jaloux et je décidai ce soir-là, de planter une de mes diaboliques banderilles : La petite me regardait gentiment. Je lui envoyai un baiser du bout des lèvres, comme pour l’inviter à venir m’embrasser. Elle sourit, se précipita vers moi, puis se hissa pour m’embrasser. Je me crispai alors comme si elle m’avait fait mal. Ensuite, stoïque, je me massai ‘’l’oreillon’’ en émettant une plainte sourde. Mon père, me voyant souffrir de la sorte, invita ma mère à contrôler sa ‘’boule de graisse’’ afin qu’elle ne s’amusât plus à refaire mal à son fils à lui avant qu’il l’envoyât rouler ailleurs !… Maman dit doucement et simplement à ladite  »boule de graisse » qu’elle avait fait mal à ‘’Mo’’ qui était très malade … La pauvre chérie était au bord des larmes … et dut se dire que décidément, le monde était bien compliqué. Quant à moi, je buvais du petit lait ! Alors, je m’endormis avec un vague rictus de souffrance, très sénéquéen, sous-entendant : ‘’Et je n’avouerai jamais, Ô douleur, que tu es un mal !’’

Les jours qui suivirent défilèrent, monotones, agrémentés par les interrogations orales de mon père qui n’avait plus aucun doute sur mon génie et ma marche triomphale vers un destin fabuleux, ad augusta, per angusta ! Moi, je passais le plus clair de mon temps à fignoler quelque projet méphistophélique destiné à me distraire ! En vérité, mon jeune frère me manquait. Ma maîtresse aussi et aussi ma couronne de meilleur élève. Ma jolie maîtresse m’avait-elle remplacé dans son cœur ? A la simple évocation de cette éventualité, mon visage se couvrait de sueur. Et son gros moustachu ? Ce sans-gêne qui perturbait nos amours ? Non, c’était trop… Mon Papa m’interrogea sur les causes de ma mélancolie et, cabot comme à l’accoutumée, je lui demandais de me ramener à l’école au plus tôt ! Ce qu’il fit dés le surlendemain.

Ben oui, là, et alors ? Ça vous regarde ? Oui, j’ai pleuré en quittant Maman, les petites sœurs et la ferme du bonheur ! Ben oui, j’ai pleuré de conserve avec mon jeune frère lors de nos retrouvailles, pendant qu’il dévorait gloutonnement les victuailles envoyées par Maman -en présence de l’aîné qui lui, s’enquit scrupuleusement et seulement des choses sérieuses ! Ben oui, j’ai pleuré lorsque ma maîtresse me prit dans ses bras et me câlina un bon moment avant de me dire que je lui avais manqué ! Ben oui, j’ai pleuré lorsqu’elle me demanda si je voulais être classé alors que j’avais été absent pour la moitié des ‘’compositions’’. J’ai pleuré en répondant stoïquement  »oui ». Je fus classé 5ème avec cette appréciation particulièrement bien étudiée pour me déculpabiliser : Recul dû à une absence prolongée.

mo’

 

 

 

 

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