Cette année, pas plus que l’an passé et l’année d’avant, ni plus qu’aucune autre année de ma vie, je ne partirai en vacances en pareille période. Je suis, certes, en excellents termes avec le monde entier, et ma devise en est la preuve, puisqu’elle affirme que je suis ‘’amicus humani generis’’, ce que même non latiniste, vous aurez justement traduit par ‘’ami du genre humain’’. Mais cette amitié est aussi forte et sincère que la haine de la ‘’multitude vile’’, de la promiscuité, de la vulgarité, de la mauvaise éducation, de l’intolérance, de l’inculture, de la bêtise et de sa petite sœur, la méchanceté.

 

Alors non, je ne vais pas me frotter le lard contre celui de mes congénères dans les queues indues, inexplicables  et révoltantes des transports en commun parce que leurs organisations me prendraient en otage à la seconde ou je succomberai aux charmes cucul de leurs slogans chétifs et des chromos clinquants de publicitaires sans imagination. Je refuse de vivre leurs problèmes de réservation et d’être victime du surbooking aérien, surtout depuis que contre toute morale, cette pratique est légale : ils sont autorisés à me voler puisqu’ils me vendent un service qu’ils ne me rendent pas, exigeant d’être payés d’avance ! Par ailleurs, même si je ne suis pas bien gros, je ne peux pour autant m’introduire dans leurs sièges carcéraux, ce, à l’heure ou des ligues citoyennes s’offusquent de l’inconfort des transports des animaux destinés aux  abattoirs. Non, je ne veux pas attendre une seconde de ma vie des choses que l’on me vend. Je veux encore moins qu’un employé ahuri et ‘’not my job’’ me dise d’écrire pour récupérer un droit élémentaire et je ferai toujours tout pour échapper au chantage qu’exercent ces organisations dans toutes leurs inhumaines abstractions, sur ma liberté, liberté chérie.

 

Je ne veux pas davantage arriver dans des hôtels étoilés comme des nuits sahariennes mais sans aucune âme, ces hôtels à peine plus gais que des hôpitaux, où l’on est servi par un personnel obséquieux, collant et mendiant. Je ne veux pas non plus dépenser des fortunes pour des repas dégoûtants et malsains et je ne sais pas m’amuser en cadence. Bref, il y a bien longtemps qu’en payant un prix exorbitant, j’ai juré, comme dit Jacques, sur la tête de ma première vérole, que je ne serai jamais plus ‘’le suivant’’ !  

 

Alors vous voyez bien que je suis sûrement un cas social, un cas raté, un gars à strophes … et qu’à ce titre, il faut me mettre entre parenthèses et m’interdire aux moins de 40 ans. Je m’y suis fait quant à moi et à toute contrainte, ma nature est rétive, souffrant d’une claustrophobie assurément maladive.

 

Et les sages alentour de se demander : Mais alors, où donc expédier le citoyen Mo’ pour en recharger les batteries solaires et scolaires, et pour en faire cesser les sempiternelles jérémiades ?

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L’un parmi eux, prit la parole et déclara : Nous avons ourdi un plan qui le rendra heureux et ne lui coûtera pas trop cher. Libérons-le des conventions, des convenances et du devoir voyager à tout prix, et assignons-le à résidence … chez lui, à Accapulco, comme il dit si bien, dans son modeste logis des hauts quartiers de la capitale !

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Qu’est-ce à dire, demanda un troisième ?

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Comme vous l’oyez ! Chez lui, tout simplement chez lui ! Il sera heureux, je vous le garantis !

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Ainsi soit-il, décidèrent-ils en chœur !

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(S’adressant alors à Maître Mo’, le chef de cet aréopage … )

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Maître Mo’, levez-vous : Que votre conscience, vos penchants naturels et vos appréhensions se calment ! Nous, ayant étudié les attendus de votre cas, avons décidé ce qui suit :

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Maître Mo’, vous êtes condamné à rester chez vous pour les vacances, à la seule condition de nous exposer ci-devant votre plan de vacances, le détail de vos activités prévues, qu’elles soient gymniques, culinaires où culturelles ! La sentence prendra effet quand bon vous semblera. 

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J’ai explosé de joie, remercié la cour, mes avocats – sans crevettes, bien sûr – et surtout le Ciel. J’ai détalé à toute allure, tremblant qu’un changement n’intervint dans la décision de mes juges, c’est-à-dire mon entourage ! Ouf, je l’ai échappé belle ! Chic alors, je ne pars pas en vacances ! Nananère ! Et vous si ! Nananère ! …

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Maintenant, je cours me procurer de toute urgence les 7 outils indispensables à l’exercice de la vacance 5 étoiles … de mon point de vue, bien évidemment !

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1.      Un sombrero de luxe, modèle ‘’Paysan du Sebou’’, en doum tressé, pour abriter mon énorme tête carrée des ‘’dardeurs’’ du soleil (dardeur : néologisme formé de ”darder et ardeur” que je vais proposer à l’Académie)… Je vous dis que je suis génial lorsqu’on ne me contraint point !

2.      Un hamac, signé du meilleur faiseur du pays et constitué de filets de pêche tout neufs et ne sentant pas encore la poix dont on enduit les engins destinés à séjourner dans l’eau. Je vais le fixer aux troncs de deux arbres dont je vais jurer que ce sont des cocotiers géants de Polynésie !

3.      Je vais lancer un appel d’offres international auprès des épiciers de mon quartier pour la fourniture quotidienne de fruits à jus dont les caractéristiques organoleptiques seront détaillées dans un cahier des charges précis !

4.      Pauvre poissonnier qui va devoir subir mon immense et moqueuse expertise en produits de mer pour me servir quotidiennement un kilogramme de sardina pilchardus Walbum (meilleure sardine du monde qui n’existe plus guère que dans mon Pays) encore frétillante dans le vif- argent de sa robe marine, faute de quoi, il la recevra en retour immédiat … sur la figure !

5.      Je ferai de même pour les fruits de bouche tout en haut de la liste desquels figurera le trio formé par citrullus lanatus (la pastèque),  cucumis melo (le melon) et opuntia ficus-indica (la figue de barbarie). Je vais exiger des fruits cultivés le plus près possible d’Accapulco pour éviter d’en consommer fumés aux vapeurs pétrolières et patinés des sueurs manouvrières !

                                                 

6.      Je vais également apporter un soin minutieux à la rédaction du règlement intérieur de ma maison. J’ai déjà préparé un premier draft mais je le trouve bien trop contraignant : En voici ci-dessus les 2 articles !

Article 1 : mo’ n’a aucune obligation.  Article 2 : nul ne peut contraindre mo’.

7.      Je vais enfin acquérir livres et compact-discs destinés à faire pendant aux nourritures terrestres. Tout au long de l’année, je note, je choisis, je commande et j’acquière. Alors je vous présente ci-dessous mes blockbusters pour ces vacances. J’aurais d’autres lectures, mais ce sont des classiques qui ne me quittent jamais. Nul besoin d’en parler ici, car je ne fais point de prêche pour mes paroisses :

 

Le paradoxe de l’hippocampe

Une histoire naturelle de la monogamie,

Franck Cezilly,

Editons Buchet-Chastel

 

La Revanche du Chromosome X

Enquête sur les origines et le devenir du féminin,

Olivier Postel-Vinay,

Editions JP Lattès

 

Anticancer

Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles

David Servan-Schreiber

Editions Robert Laffont

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A TABLE, avec Moïse, Jésus et Mahomet

50 recettes pour partager le pain et la paix,

Jacques Le Divellec, Alain de la Morandais

Editions Solar

 

Voilà, très chers, vous savez tout ! Alors après avoir magouillé honteusement, je l’avoue POUR NE PAS PARTIR EN VACANCES, je vous abandonne les aéroports bondés, les fouilles humiliantes, les odeurs de kérosène et de transpiration, les autoroutes grouillantes, les hôtels casernes et les restaurants vomitoires, les plaisirs tarifés et les visites grégaires. Je reste entre moi et moi-même et pour ce qui est des Pyramides d’Egypte et du Pérou, des Chutes du Zambèze et d’Iguaçu, des boîtes d’Ibiza et de Malibu, des plages de Bali et des Tuamotu, j’attendrais qu’elles soient plus disponibles pour me recevoir comme j’ai l’insolence de l’exiger : comme un être humain digne et respectable !

 

mo’ 

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