1/4 : Le trident de la misère

2/4 : Messere Gaster

3/4 : Doxa de la faim

4/4 : Monseigneur Ramadan

Les Mauritaniens et les Indonésiens se sont révoltés à cause d’elle, les Egyptiens ont dû piller les boulangeries pour manger, les Camerounais et les Burkinabés également,  les Mexicains s’apprêteraient à le faire et au Yémen, ce sont les enfants qui ont manifesté contre. En Haïti, terre de passion désintégrée par un processus d’analphabétisation – 80% de la population est analphabète – on en est à se nourrir de ‘’placebos’’ d’aliments, des galettes de boue trompe-la-faim. Pas loin de 40 pays – 20% de l’humanité, sont aujourd’hui conduits sur les berges malsaines et stériles de l’insurrection pour un seul et effroyable motif : la faim !

Peut-on encore considérer cela comme une de ces nouvelles généralement glissées dans les pages intérieures des magazines ou annoncées dans la dernière partie des journaux télévisés ? Peut-on encore traiter de ce problème auquel seule la charité, religieuse ou non, nous fait prêter attention ? La ‘’mondialisation’’ ou, mieux dit, la ‘’globalisation’’, conçue, souhaitée, voulue et appliquée par tous, nous fait obligation de savoir ce que dit un rapport ‘’officiel’’ des Nations Unies, daté d’avril 2008, et qui est proprement effarant :

« On va vers une très longue période d’émeutes, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations les plus vulnérables. (…) Avant la flambée des prix déjà, 854 millions de personnes étaient gravement sous-alimentées. C’est une hécatombe annoncée ».

Sur ces propos signés du célèbre trublion Jean Ziegler, homme politique, sociologue, écrivain et polémiste suisse, sympathique à tous les ‘’cœurs purs’’ pour son franc-parler très ‘’oursin dans le caviar’’, enchaîne la triste et froide mise en garde d’avril 2008 également, de la Banque Mondiale : ‘’Il faut injecter immédiatement 800 millions de dollars sous forme de prêts à l’agriculture africaine pour sauver cette partie de l’humanité.’’ Un dollar pour chaque ‘’affamé’’ ! Cette somme ridicule, beaucoup, des milliers d’êtres humains, la possèdent à titre privé et je n’exclue pas, de cette autre ‘’forberie’’, mes concitoyens!

La carte de la faim dans le monde

Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI renchérit sur les propos de J. Ziegler et prévient qu’une poursuite de la flambée des prix constatée actuellement aura des conséquences terribles : « comme nous l’avons appris dans le passé, ce genre de situation se finit parfois en guerre », a-t-il dit.

Un autre exemple, rapide, à faire frémir : Selon Benito Perez, journaliste suisse, l’ONU aurait établi qu’un investissement public de 14 milliards d’Euros par an, suffirait à réduire de moitié d’ici à 2015 le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde. C’est près de trois fois moins, par exemple, que ce que l’Etat britannique a investi pour sauver la seule banque privée Northern Rock de la faillite, suite à l’éclatement de la crise des subprimes ! Et cela ne choque personne !

La faim ! N’avons-nous pas là pourtant le véritable et le plus grand des ‘’crimes contre l’humanité’’, celui qui charge, alors là oui, la communauté internationale d’un devoir d’ingérence ? Celui-ci serait pourtant bien plus moral que les pitoyables parodies de justice organisées pour pincer quelques salopards majuscules pendant que des milliers d’autres paradent en toute impunité et donnent même des leçons !

Ah ! Monsieur de Voltaire, auriez-vous donc parlé en vain, vous qui expliquiez, il y a plus de 200 ans que l’ ‘’On a trouvé, en bonne politique, le secret de faire mourir de faim ceux qui, en cultivant la terre, font vivre les autres.’’ ? Vous n’êtes heureusement pas seul et d’autres sages ont stigmatisé cette infamie qu’est … la faim :

Le premier des droits de l’homme est celui de pouvoir manger à sa faim. Franklin Delano Roosevelt. Un homme qui a faim n’est pas un homme libre. Adlaï Stevenson (ou Félix Houphouet-Boigny ?). Tout le monde a droit de vie ici-bas, et la mort de faim est un crime social. Victor Hugo. Ceux qui ont faim ont droit. Victor Hugo. La faim est toujours suivie de ses satellites : la rage et le désespoir. J.B. Bossuet. L’amour, le travail, la famille, la religion, l’art, le patriotisme sont des mots vides de sens pour qui meurt de faim. William O’Henry. Ah ! La faim ! La faim ! Ce mot-là, ou plutôt cette chose-là, a fait des révolutions ; elle en fera bien d’autres ! Gustave Flaubert. Les hommes sont comme les lions, comme toutes les bêtes, comme tous les êtres vivants. La faim les rend féroces. Et qu’est-ce que la pauvreté, sinon une faim généralisée ? Michel Tournier.

Mais qu’est-ce donc que ce monstre dont on ne parvient à maîtriser les ravages alors que les confins de l’univers bruissent de notre industrieuse curiosité ? J.P. Maréchal, F. Perroux, E. Morin ou M. Foucauld ont caractérisé, comme des milliers de leurs confrères, cette fourche du diable qui crève l’humanité. Un croquis valant mieux que 10 discours, en voici le portrait, définitif et clair :

Le trident de la misère

o L’ignorance, c’est l’analphabétisme et l’illettrisme avec toutes leurs infâmantes issues économiques et sociales.

o La faim, c’est la sous-alimentation et la malnutrition entraînant des dommages physiques  irréversibles et, au final, la mort.

o La maladie vient du manque d’hygiène élémentaire, causée ou aggravée par le défaut d’accès à l’eau potable et aux soins.

Mille mots et mille pages m’assaillent pour hurler, mais hélas, je ne suis pas l’auteur de la phrase suivante, suffisante et profonde, puisqu’elle est du ‘’Poète de l’Universelle Fraternité’’ :

Ce n’est pas par la tête que les civilisations pourrissent. C’est d’abord par le cœur.

Aimé Césaire.

Enfin, parler d’une esthétique de la faim n’est ni une provocation ni une erreur, mais un choix à part entière, accompagnant généralement les émergences géopolitiques, donc les promesses de progrés et de développement. Il faut entendre par cette expression un art qui se justifie par l’économie de moyens et doit se lire comme un retour à la réalité, ce qui signifie que ‘’l’art est praxis’’ et que la ‘’poésie existe dans les faits’’ comme dit Oswald de Andrade, poète et polémiste brésilien du XXème siècle.

La photographie en est une illustration de choix. Qui n’en conviendra, à la vue de la beauté inouïe de cette femme au physique Giacometti, sculpteur qui a réussi la prouesse de donner la notion de volume et d’espace en les niant ? Ce ne fut pas son seul haut-fait. Il y a aussi cette phrase magnifique et tout à fait à-propos :

Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat.

Alberto Giacometti

Et tu verras la femme au regard hébété
Nourrir son enfant mort de son sein asséché.

(extrait d’un poème d’une jeune Kabyle

http://ikouwama.unblog.fr/tag/pourquoi/ )

Et puis, comment ne pas se rappeler Le Cygne, magnifique poème de Baudelaire

… Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique
Piétinant dans la boue, et cherchant, l’oeil hagard,
Les cocotiers absents de la superbe Afrique
Derrière la muraille immense du brouillard;

À quiconque a perdu ce qui ne se retrouve
Jamais, jamais ! À ceux qui s’abreuvent de pleurs
Et tètent la Douleur comme une bonne louve!
Aux maigres orphelins séchant comme des fleurs!…

Le cygne, Charles Baudelaire

http://wheatoncollege.edu/Academic/academicdept/French/ViveVoix/Resources/cygne.html

En attendant que les hommes, fous ou aveugles comprennent que tant que cette infamie qu’est la faim existe en ce bas-monde, il ne peut être question de paix et encore moins de bonheur, je vais emprunter mon mot de la fin (de la faim) à Monsieur Coluche, créateur des ’’Restos du Cœur’’ :

C’est pas vraiment de ma faute si y’en a qui ont faim, Mais ça le deviendrait si on y changeait rien.

Coluche.

mo’

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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