CHAPITRE I

 Qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur de l’humanité.

Patrick Süskind, in  Le parfum

 

Et voilà ! Une fois encore la poésie a précédé la science. La relation naturelle de la chimie et de l’amour fait actuellement florès en librairie et dans les laboratoires. La poésie et sa cousine, la sorcellerie, y rencontrent la chimie et sa cousine, l’alchimie. Les lutins de cette joyeuse bande s’agitent en tous sens et à coup d’embrassades surprises et de danses mystérieuses à la pleine lune, se  complaisent à constater que la poudre de perlimpinpin est germaine de la fleurette, la fragrance celle du coup de foudre et le stigmate du pistil, lui, ne serait que le jumeau de la sérénade. Et oui, les odeurs, merveilleux Monsieur Süskind, sont bien une des clés de tous les temples de l’amour, de celui qui nous lie ad vitam aeternam à notre maman à celui qui nous déchire et que nous éprouvons pour ce que l’on appelle goujatement ‘’objet’’ de passion.

 

Il n’y a ici aucune prétention à l’invention, la découverte ou la révélation. Simplement quelques réflexions éparses pour donner, comme à mon habitude, l’envie de savoir. Plus précisément, j’essaie de réhabiliter l’odeur dans le discours amoureux, et de rappeler au devant de la scène, l’odeur et non le parfum, ce mélange chimique dont la fonction essentielle est de masquer nos odeurs.

 

Or, nos odeurs, de sainteté ou lucifériennes, d’Eros ou de Thanatos, sont la prosaïque résultante de combinaisons chimiques, fortuites ou recherchées, ataviques ou fraichement acquises. Tout dans notre vie est d’ailleurs de la chimie. Un bref regard sur les deux composantes les plus importantes de nos terrestres vies : L’intelligence et l’amour.

 

L’INTELLIGENCE ? Une question de chimie organique, rien de plus. On n’est pas plus responsable d’être intelligent que d’être bête. Il n’y a pas plus à être fier de l’un qu’à rougir de l’autre. Paul Léautaud  in Le théâtre de Maurice Boissard

 

L’AMOUR ? Et si l’amour c’était avant tout avoir quelqu’un dans le nez ? Didier Tortier, chercheur et Jacqueline Shykoff, enseignante

                                                                                                    

Qui sont donc les coupables de l’amour ? C’est une bande de produits chimiques, certains fabriqués par notre corps et d’autres, disponibles dans toutes les bonnes drogueries. Nous ne nous intéresserons ici qu’aux premiers, sans manquer, pour les besoins de la cause humoristique, les seconds. Parmi les substances chimiques que nous produisons, les hormones : Elles sont produites par nos glandes et ensuite ‘’livrées’’ par le sang jusqu’à un organe destinataire, sur le fonctionnement duquel elles ont une action spécifique.   

Les hormones servent de régulateurs à l’intérieur d’un même organisme. Ce sont, comme dit, des substances chimiques qui circulent à l’intérieur de cet organisme : elles sont chargées de leurs glandes de production, puis déchargées dans leur organe de destination. C’est une monnaie interne.

 

Les phéromones – du grec pherein = transporter et hormân = exciter- elles, sont des ‘’substances ou mélanges de substances qui, après avoir été secrétées à l’extérieur par un individu émetteur sont perçues par un individu récepteur, chez lequel elles provoquent une réaction comportementale spécifique, voire une modification physiologique ». Telle est la définition officielle et parfaitement exacte.

 

Ces substances chimiques sont émises par la plupart des animaux, notamment l’être humain, et certains végétaux, et agissent comme des messagers entre les individus d’une même espèce, transmettant de l’information dans un certain nombre de domaines. Elles sont actives à des quantités infinitésimales. Trois exemples rapides mais sans appel :

 

Certains poissons retrouvent leur route à travers des océans en furie, grâce à des restes homéopathiques d’odeur laissés par leurs larves dans ces milliards de mètres cubes d’eau, et ce, à … des milliers de kilomètres.

 

Certains papillons, malgré leur insignifiance massique, communiquent par odeurs avec leurs congénères à dix kilomètres de distance.

 

Les troublantes correspondances entre les vrais jumeaux, à des milliers de kilomètres, d’un continent à l’autre parfois, ne peuvent être expliquées que par cet ‘’Internet’’ naturel et pérenne qu’est la circulation des phéromones.  

 

Dans le vivant, il existe au moins 7 classes distinctes de phéromones. J’emprunte et abrège ‘’abusivement’’ ci-dessus :

 

  1. Les phéromones ’’cadastrales’’ qui servent à délimiter les territoires des animaux. Ceux-ci en marquent les contours d’un jet d’urine.
  2. Les phéromones ’’postales’’ qui servent à adresser des messages un peu partout. Utilisées comme GPS par de nombreux insectes.
  3. Les phéromones ’’sapeurs’’ qui informent des dangers physiques, très courant chez les animaux aquatiques et surtout marins.
  4. Les phéromones ’’appelantes’’ qui informent de la disponibilité des femelles à recevoir les mâles. Elles sont utilisées par presque tous les animaux de la création.
  5. Les phéromones ’’répartitrices’’ qui servent à indiquer en quelque sorte la présence de pontes et conséquemment, suggérer d’aller pondre ailleurs. Très utilisée par les insectes qui infestent les fruits par exemple.
  6. Les phéromones ’’convocatrices’’ servent, elles, au contraire à indiquer à toute une population la découverte d’un lieu d’intérêt et sont utilisées par les insectes qui découvrent un arbre souffrant de stress hydrique par exemple, donc à investir.
  7. Les phéromones ’’spécifiques’’ ont des utilisations bien délimitées, par des espèces uniques et dans une même population à des sujets bien déterminés, comme la reine dans un essaim, ou les ouvrières.

 

Pour ce qui concerne plus spécifiquement l’humain, les phéromones sont tout aussi importantes

 

Le monde fabuleux des phéromones est actuellement très à la mode et, comme toutes les modes, il charrie de bien grandes âneries. Il attire aussi tous les marchands qui en fabriquent à tour de fioles, la plupart censées donner un charme irrésistible.

 

Le premier sens de l’amour est l’odorat

 

Maman !

 

Les petites glandes visibles autour du mamelon des seins de femmes – j’ai de la peine à les nommer scientifiquement : les glandes de Montgomery – produisent et libèrent une phéromone déclenchant l’appétence de la tétée. Elles augmentent de volume et changent de couleur, de la gestation jusqu’après le sevrage. Ces couronnes d’innocents granulés sont le coffre d’un des plus puissants mystères de la création : l’amour et l’attachement éternels que nous avons pour nos mamans.

 

Depuis notre première systole, nous en prenons connaissance, nous l’aimons inconditionnellement, éternellement, plus que tout autre chose au monde. Cette ‘’odeur’’ est ce qui nous fait appeler, du haut d’un Himalaya de bonheur ou du fond d’une Fosse des Mariannes de malheur  insupportable : Maman !

 

Preuve par l’absurde : la plus grande douleur que puisse faire subir une femme à son bébé est de … se parfumer les seins, car ce ‘’brouillage de piste’’ le déboussole, lui fait refuser le sein et ne pas reconnaître sa maman.

 

Beaucoup, et parmi les plus sérieux, prétendent démontrer que toutes les amours de la vie sont des resucées (!) de cet amour éternel pour la maman.

 

A SUIVRE …

mo’

Bibliographie 

Toi et moi, une réaction chimique, Dossier de MSN FEMMES

Amour, Sexe & Chimie, Barbara Collins

La Chimie de l’Amour, Michaël Liebowitz

Amour, prozac & autres curiosités, Luci Extebarria

Le Parfum, Patrick Süskind

Encyclopédie Universalis

Encyclopaedia Britannica

Wikipedia.org

 

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