Le Jeu du Tao

 

Le Jeu du Tao, issu de la sagesse orientale et plusieurs fois millénaire, est pratiqué sous une forme ou sous une autre, dans toutes les grandes civilisations. La version modernisée s’inspire des spiritualités majeures de notre monde et connaît actuellement un grand succès dans les milieux de la pensée et de la décision. Le principe est de jouer, non pas contre les autres joueurs, mais avec eux ! C’est un art du dialogue, une discipline de l’échange : il  est basé sur le questionnement, l’écoute, la bienveillance, la synergie et la synchronisation. – Comment entrer dans une relation d’aide mutuelle ? – Comment vivre mieux en levant les obstacles qui empêchent notre accomplissement ?  C’est donc un jeu « gagnant – gagnant » qui permet de révéler les qualités dont on dispose pour servir autrui. Le jeu du Tao est un modèle de coopération parfaite.

 

 

Indice de Développement Humain  

 

« L’indicateur de développement humain mesure le niveau moyen auquel se trouve un pays donné selon trois critères essentiels du développement humain : longévité, instruction et conditions de vie. » (Définition du PNUD ou Programme des Nations Unies pour le Développement).

 

L’IDH moyen de tous les pays du monde est inférieur à 0,5 (sur 1). L’IDH le plus élevé du monde est celui de la Norvège et de l’Islande – qui est par ailleurs en faillite financière- (0,969) et le plus bas est celui de la Sierra Leone (0,336). Le Maroc est 126ème  avec un IDH de 0,646. La France est 10ème avec un IDH de 0,952. Est considéré comme pays à développement humain élevé celui dont l’IDH est supérieur à 0,8, toujours sur 1 …  

 

Comment réduire ce gouffre de différence et en empêcher les déplorables issues qui se déclinent en injustice, impuissance, misère, révolte, violence et la pire de toutes : la corruption ? Plusieurs textes fondateurs ont tout d’abord défini les droits fondamentaux attachés à la dignité de la personne humaine :

 

*       La déclaration universelle des droits de l’homme et ses deux pactes de 1966 sur les droits civils et politiques et sur les droits économiques, sociaux et culturels,

*       Les différentes conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) portant notamment sur l’accès au travail décent,

*       Le rapport du sommet mondial du développement durable de 2002 à Johannesburg …

 

Au plan international, le contexte de l’aide aux pays en développement est en pleine évolution : recherche d’une meilleure efficacité de l’aide, place accrue accordée aux aides programmes et budgétaires, réduction de la volatilité de l’aide, renforcement de la coordination entre les bailleurs, rôle nouveau des fonds multilatéraux spécialisés, qui imposent de nouvelles approches etc.

C’est ainsi que l’Aide Publique au Développement ou APD est  devenue une énorme machine : son chiffre d’affaires global annuel dépasse les 100 milliards de $ alors qu’environ 500 000 personnes y travaillent directement ou indirectement. De cette manne, chaque pays ‘’nécessiteux’’ reçoit une part.

Les sommes ‘’reçues’’ au titre de la coopération ou plus exactement de l’Aide Publique au Développement – qui n’est qu’un chapitre de la coopération – équivalent dans beaucoup de pays – troublant hasard – à l’ensemble de leurs investissements annuels à l’étranger. C’est le cas du Maroc.

 

Un flash d’histoire

 

La coopération économique internationale, dans son acception moderne, est née le 5 juin 1947, à l’Université de Harvard, lorsque Georges Marshall, Secrétaire d’Etat  américain d’alors, présenta son célèbre plan qui consistait à apporter une aide économique importante à tous les pays européens affaiblis par la Seconde Guerre Mondiale.  Discours  génialement simple, pragmatique et plein de bon sens dont on détachera les trois phrases pivots suivantes :

 

*       ‘’ Il est logique que les Etats-Unis doivent faire tout ce qu’ils peuvent pour aider à rétablir la santé économique du monde, sans laquelle la stabilité politique et la paix assurée sont impossibles ‘’

*       ‘’ Cette aide… ne doit pas être accordée chichement, chaque fois que surviennent les crises. Toute aide que ce gouvernement pourra apporter à l’avenir devrait être un remède plutôt qu’un simple palliatif ‘’

*       ‘’ Il ne serait ni bon ni utile que ce gouvernement entreprenne d’établir de son côté un programme destiné à remettre l’économie de l’Europe sur pied. C’est là l’affaire des Européens. L’initiative, à mon avis, doit venir de l’Europe‘’

 

Ce fut le premier ‘’deal’’ gagnant – gagnant de l’histoire de la coopération économique internationale :

 

*       Les Etats Unis réalisaient un important bénéfice politique en damant le pion à l’URSS qui n’accepta évidemment pas d’être intégrée dans le Plan et créa un contre plan destiné à ses satellites : le COMECON (ou CAEM).

*       Les Etats Unis planifièrent – pour ainsi dire – pour des générations l’économie européenne en en faisant une rente américaine par la création d’un marché captif pour ses produits et pour ses capitaux.

*       L’Europe disposa immédiatement du moyen nécessaire à sa reconstruction, sous l’aile protectrice de la nation la plus développée, la plus puissante et la plus riche du monde. 

 

S’ensuivirent ‘’Trente Glorieuses’’ années de croissance qui propulsèrent l’Allemagne, le Japon et bien d’autres pays anéantis ou mis à mal par la guerre, au firmament de la réussite économique : le plein emploi, le progrès technologique et le progrès social en furent les conséquences. Ce fut une période extrêmement brillante ; celle ou, précisément, des pays comme le nôtre, ivres de liberté retrouvée, tâtonnaient à la recherche de la formule magique du même développement sous l’œil expert des pays qui formèrent l’OECE puis l’OCDE, organisations auxquelles les conditions d’admission étaient une politique démocratique et une économie de marché. Les 30 glorieuses constituèrent l’âge d’or de la coopération internationale avec tout son paternalisme, ses certitudes et aussi ses arrogances.

 

Le choc pétrolier de 1973 mit un point final à cette ère de prospérité assurée et en ouvrit une nouvelle que l’on qualifie çà et là,  de ‘’Trente Piteuses’’,  de ‘’déclin’’ ou d’autres amabilités. Il s’agit en fait de l’autre versant naturel de l’ascension, une pente inévitable qui fit se disloquer le système précédent dans les eaux grondantes et inconnues de la mondialisation. La coopération internationale y trouva une légitimation supplémentaire : il s’agissait maintenant d’accompagner les pays en développement pour ouvrir complètement leurs marchés au passage des barrières douanières, sanitaires, normatives et sécuritaires.

 

Mais la grande différence entre les deux trentaines est qu’alors que durant  la première, les pays en développement souffraient d’un manque de ressources humaines, durant la seconde, on constate le phénomène inverse : la pléthore, la désorientation et parfois la débandade de ces ressources. 

 

La Coopération Internationale

 

A l’heure actuelle, la coopération internationale apparaît comme un moyen efficace et souvent incontournable de contribuer au développement de ces pays.

 

Ceci n’empêche qu’elle offre souvent une détestable image de ‘’marché de dupes’’, d’alibis à d’impressionnants gâchis, de ‘’grosses machines’’ totalement inefficaces ou de prétextes à pire. 

 

En réalité, le volume de la coopération n’est certainement pas suffisant et n’a rien à voir avec l’altruisme ou la générosité. Il est toujours étroitement lié à la politique étrangère des bailleurs de fonds pour lesquels il est un outil parmi d’autres. Mais peut-on les en blâmer ?

 

Il appartient bien évidemment aux récipiendaires de cette aide, de l’appréhender comme un service qu’ils paient et pour lequel ils doivent rendre compte et demander des comptes. Ils doivent également la gérer non pas, au mieux, comme une ‘’petite rallonge budgétaire’’, mais comme un instrument de développement à part entière, libre de toute connotation caritative, assujetti à discussion, contrôle et redressement.   

 

Peut-être pourrons-nous alors savoir si la coopération internationale est le jeu du Tao ou le jeu de Go, vous savez, cet autre jeu de stratégie, également chinois, consistant en la constitution de territoires, par le recours au développement ou … à la désolation.

mo’

 

Nota : cet article a déjà été publié dans plusieurs médias dont L’Economiste, en Août 2006.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicités