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Nous sommes d’une injustice extrême avec l’âne. Au lieu de lui reconnaître tout ou partie de son immense utilité, quelque vertu de fidélité ou de compagnie, nous ne lui témoignons que moquerie, mépris et dédain, au point d’en faire le symbole de la bêtise, de la misère et de l’arriération. N’est-il jusqu’à son physique que nous nous permettions de moquer ? Son corps disgracieux, ses grandes oreilles et sa voix … sui generis

 

Dans le Coran, à la 31ème Sourate (Luqman), Verset 19, Luqman conseille à son fils :

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L’âne figure dans plusieurs représentations tirées de la Bible : Il apparaît aux côtés du bœuf dans les scènes de la Nativité inspirées de l’Évangile selon Saint Luc, dont s’inspirent les crèches de Noël. Il est présent dans les représentations de la fuite en Égypte, car en les suivant tout simplement, les Hébreux trouvèrent les points d’eau salvateurs (Évangile selon Saint Matthieu) et dans celles de l’entrée du Christ à Jérusalem (qui figure dans les quatre évangiles).

 

Un ’’culte de l’âne’’ est attesté dans le monde hébraïque par une simple légende impliquant Apollon, le dieu gréco-romain, à la naissance du Judaïsme. Cette légende servit de base, par la suite, aux Grecs d’Egypte pour affirmer que les Juifs étaient anthropophages et adorateurs de l’âne qu’ils représentaient avec une tête d’or ! Machination éprouvée et largement répandue jusqu’à nos jours, que de traficoter et tripatouiller l’Histoire et la réalité pour provoquer l’odium theologicum ou  »haine théologique » entre peuples, religions, contrées, tribus, sexes et individus. Rien de tel pour ’’vendre’’ une théorie immonde que de la parer de hardes sacerdotales.

 

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En fait, peu nous chaut que notre impavide ami ornât d’innombrables armoiries, qu’il soit aujourd’hui encore, par exemple, la mascotte du Parti Démocrate des Etats-Unis d’Amérique. Nous le méprisons, un point c’est tout ! De quel droit et dans quel but ? Probablement pour soulager notre conscience de toutes les misères que nous lui avons infligées depuis la nuit des temps. Il aura fallu attendre 21 siècles pour voir apparaître enfin des mouvements et clubs de défense des ânes, des parcs de jeux ou le rôle des braves animaux est encore une fois de nous supporter, mais dans des conditions tout de même plus ’’humaines’’ et festives.

 

Quels ingrats ne sommes-nous pas ! C’en est triste, car notre equus asinus nous a donné et continue de nous donner dans bien des domaines, à moins que nous ne lui prenions sans demander ?

 

Matériellement

Laissons de coté les fonctions évidentes de déplacement, de transport de charges, d’efforts répétitifs et sans fin, connues et reconnues et allons vers des fonctions moins connues : tout est utile dans l’âne, de la corne de ses sabots à son urine et son crottin, de ses autres sécrétions à sa chair, de sa peau à ses divers organes, tout sert, soulage, embellit, nourrit, ensorcelle et fait des prodiges.

 

En diététique

Le lait d’ânesse est, avec le lait de jument, le lait le plus proche du lait maternel humain, avec notamment des taux de lipides bas et de lactose élevé. Un malade guéri par l’usage de cette nourriture saine et réparatrice a exprimé son joyeux témoignage dans ce quatrain plein d’un humour que je ne renie point !

 

Par sa bonté, par sa substance

D’une ânesse le lait m’a rendu la santé

Et je dois plus en cette circonstance

Aux ânes qu’à la Faculté

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En cosmétologie

On raconte que Cléopâtre, reine de l’Égypte antique, prenait des bains de lait d’ânesse pour entretenir sa légendaire beauté et la jeunesse de sa peau. La légende dit qu’elle entretenait pour cela un troupeau de pas moins de 700 ânesses pour lui fournir la quantité de lait nécessaire à ses bains … quotidiens !

 

En gastronomie

Sa chair a bon goût

Elle a conservé le parfum

Du pré fleurissant qui verdoie

Et malgré son léger ton brun

Sa graisse vaut la graisse de l’oie.

(Théodore de Banville)

 

En maroquinerie

La peau de l’âne est fine et très solide. Elle sert à fabriquer les instruments de musique à percussion : tambours etc. On en faisait aussi des chaussures, ou encore des parchemins épais pour certains usages spéciaux. La fameuse  »peau de chagrin’’ est toujours en peau d’âne. L’expression est née d’un roman (un peu fantastique) de Balzac, “La peau de chagrin”, dans lequel, un jeune homme ruiné se voit offrir un morceau de ‘’chagrin’’ aux pouvoirs magiques. Quand il le frotte, ses vœux sont exaucés. Mais quand, à force de frottements, la peau disparaîtra, il mourra. Il doit donc choisir entre une vie merveilleuse mais courte ou une vie modeste et longue. Quant au ‘’chagrin’’ de cette expression, ce n’est évidemment pas de tristesse qu’il s’agit ici, mais d’une variété de cuir grenu servant principalement à fabriquer des reliures de qualité. Le mot est dérivé du turc ’’sagri’’ qui désigne la croupe des équidés, endroit duquel il était prélevé. En fait,  »la peau des fesses » … d’âne !

 

et … en érotologie

L’âne peut secourir l’homme jusque dans son alcôve : en mélangeant du suif asin et de la graisse de jars, l’on obtient une pommade dont l’application stimule fortement les fonctions coquines. Si en plus l’on boit le vin de macération de l’amourette droite (surtout pas la gauche) d’un âne, alors, ce sera l’extase. Notre brave animal est évoqué dans bien d’autres recettes prescrites pour raviver les flammes vacillantes, recettes toutes plus délirantes les unes que les autres et que seule la pudeur m’oblige à écarter de mon propos ; mais les trouveront aisément les sujets atteints, éteints, devrais-je dire,  intéressés par la question.

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Spirituellement

 

Nous sommes bien plus odieux encore avec les grisons, les bourricots, les roussins et autres ânes, au plan de l’esprit.

 

Le fameux bonnet d’âne qui punissait les cancres autrefois avait pour but de transférer l’intelligence de l’âne au cancre. Avec le temps, sa signification a évolué et l’âne a acquis de ce fait une réputation injustifiée d’inintelligence, qui est ensuite passée dans le langage courant.

 

Ayant établi une bonne fois pour toutes que l’âne et la bêtise étaient intimement associés, nous n’avons jamais osé reformuler la chose plus justement. En fait, comme il nous désobéit, nous en déduisons qu’il est bête, ce qui est clairement la preuve de notre propre bêtise. Rappelons  parallèlement, que l’un des plus brillants pédagogues français, le philosophe Alain, affirma au XIXème siècle, que ’’penser, c’est dire non’’.

 

Ajoutons à cela le préjudice subi par la gent asine à cause de l’expérience de pensée dite de l’âne de Buridan. Jean Buridan, philosophe français du XIVème siècle, fut l’instigateur du scepticisme religieux en Europe. Il fut le re-découvreur de la théorie de l’impetus. http://fr.wikipedia.org/wiki/Impetus.

 

Le paradoxe de l’âne de Buridan est une légende selon laquelle un âne est mort de faim et de soif entre son picotin d’avoine et son seau d’eau, faute de choisir par quoi commencer. La vérité est amusante, injuste et révélatrice de la haine de l’homme pour l’âne : l’œuvre de Buridan a été épluchée en tous sens et on n’y trouve pas la moindre trace de ce paradoxe ! Là encore, l’homme a recouru à la science pour étayer de fumeux mensonges.

 

L’âne est un animal doux, calme, sensible et intelligent. Il a la malchance, comme les meilleurs d’entre nous, de n’accepter que ce qu’il comprend et ses interlocuteurs ne sont généralement point des dialecticiens distingués !  Il est prudent, mais s’il admet, il obéit sans discussion. D’autant que son refus d’obéissance ne lui rapporte que des coups et c’est là, une large preuve de sa bonne foi. Il a des principes et les respecte, administrant au passage une sacrée leçon de morale et de dignité aux bipèdes que nous sommes !

 

Nous avons inventé tout un répertoire d’expressions asines (relatives à l’âne) et assassines, qui sont autant d’idiotismes, et, chose incroyable, pas une seule de ces expressions ne ménage la moindre aménité pour l’âne, pas une ne le met en avantage, pas une ne lui reconnait le moindre mérite. Serait-il donc systématiquement mauvais et bourré de défauts ? Ecoutez-donc : 

 

Âne bâté : personne sotte.

Âne rouge : personne très obstiné.

Bonnet d’âne : coiffe que l’on mettait aux très mauvais élèves à l’origine pour virer, au sens bancaire, l’intelligence de l’animal vers le cancre.

Coup de pied de l’âne : attaque lâche et déloyale.

Faire l’âne pour avoir le son : jouer à l’imbécile pour gagner quelque chose.

Peser comme un âne mort : peser très lourd.

Pisse d’âne : boisson insipide.

Têtu comme un âne : très têtu.

Tuer un âne à coups de figues : action beaucoup trop longue.

 

L’étude de notre relation à ce quadrupède pourra certainement nous éclairer sur celles que nous entretenons entre nous, individus, groupes, régions, pays, continents, époques, espace & temps. 

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A la fin de cette page sensée vous inviter à réfléchir, je sens en moi comme une gêne : Comme à l’évidence l’âne est en fait têtu & profond, perspicace et travailleur, bon & inoffensif, il me semble alors que c’est tout à fait …

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