comedien

Dieu qu’elle est vraie cette phrase du génial inventeur de la critique littéraire en France ! Alors moi qui suis né pour vivre mille vies, être mille personnages  et jouer mille rôles, moi qui, grâces aux dieux, de talent me pique, je pense sincèrement qu’il eut fallut que je fisse le comédien ou plutôt l’acteur, pour faire plaisir à Louis de Funès, ’’comédien’’ étant pour lui un qualificatif de péjoration. J’eusse brillé, car je me sens aussi bien dans le rôle de Pozzo de Becket que dans celui de Sganarelle de Molière.

 

Je me gondole de rire à écouter les âneries des ’’interprètes’’ parlant de la séance  d’un rôle choisi parce que seyant à leur personnalité. Cette mode de l’auto promotion, venue de la géniale Hollywood n’a bien évidemment rien à voir avec l’art et encore moins la réalité.  Je sais aussi que la plupart des ’’grands interprètes’’ dictent quasiment les scénarios, les manipulent, exigent qu’ils soient adaptés à leur image et flatteurs pour elle. Bref, de comédie ou de tragédie, il n’y a plus rien que des textes faire-valoir dont l’inculture, l’argent et la bêtise s’appliquent à se reproduire et rien de plus ! Chacun de ces médiocres théâtreux est emprisonné dans un style et ne parvient guère à en sortir.  

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Ceci étant dit, quid des promesses de ma carrière théâtrale ? Ce sont promesses non  tenues, avec le vent disparues ! Mais je vous le conte par le menu : Une voix trainante assez typée  m’a valu, dés mon enfance, l’attention des gens qui m’entourent. Même si je ne dis rien de bien intéressant, et bien l’on m’écoute ! Celui qui me révéla cette cruelle vérité est mon puîné qui m’en entarta méchamment un jour qu’une demoiselle se pâmait sous l’effet de mon organe. Son propos fut vigoureux :

 

Mais il ne dit que des co… des bêtises, Mademoiselle ! Ce que vous écoutez, ce ne sont pas ses propos indigents, c’est le son maladif, plaintif et poussif de sa voix, c’est tout ! Il vous séduit par sa faiblesse ! Que diable, ressaisissez-vous !

 

Il perdit sa peine car elle trouvait ma voix sublime ! Et toc ! Et elle était loin d’être la seule. Mes enseignants avaient pour cette voix une faiblesse avérée. On me confiait la lecture des rôles principaux dans les pièces de théâtre étudiées, dans 100% des cas.

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Que ce fut Auguste de Cinna dont ’’La Clémence’’ devint un principe de vie pour moi ;

 

Que ce fut Scapin de Molière, que je considère comme l’un des meilleurs et des plus difficiles personnages de théâtre (la plus belle interprétation que j’en aie vue est celle de, étonnez-vous ! Taïeb Saddiki) au tout début des années 60 …) ;

 

Que ce fut l’interminable monologue de Cyrano de Bergerac, (que je vous offre ci-dessous par l’époustouflant Daniel Sorano) ;

 

http://minotaure.centerblog.net/rub-CYRANO-DE-BERGERAC.html

 

A chaque fois, c’était moi qu’on choisissait pour lire. Et bien cette sélection me fit pousser des ailes et je me mis à nourrir le rêve étrange et pénétrant de devenir comédien. J’étais capable de jouer tous les personnages, pourvu qu’ils fussent centraux. Pas question de faire le garde qui ne dit mot ou le bellâtre ami du héros. Le héros ou rien ! J’ai brillé dans le rôle de Don Juan, dont, à cet âge, je n’arrivais pas à saisir la proverbiale salacité. C’est dire si l’on me faisait confiance ! Bref, en notre bonne ville, c’était une obligation que de me proposer le premier rôle dans tout projet théâtral sérieux ! Ma carrière artistique allait bon train. Un seul rôle important m’échappa et pour cause:

EL SI DE LAS NINASNo pude conseguir el papel de Don Diego, el pretendiente cincuentón, pues entonces… no hablaba español de corrido … un promenor, vamos… asi que me fue preferrido un qualquier… dondiego…

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Puis l’université, les petits boulots parallèles, la décade fabuleuse des sixties. J’ai travaillé à la radio, LE média de l’époque et ma voix y fut encore exploitée. Les ’’grands’’ me donnèrent des petits rôles, les producteurs me confièrent la présentation d’émissions et je n’oublie pas que j’ai promis de vous en parler ici-même, car certaines anecdotes sont d’anthologie.

 

Non, je n’ai pas touché au 7ème art et mis à part quelques rushes produits avec une caméra – jouet et d’innombrables arrivées décontractées devant elle, pour prouver mon aisance d’acteur, rien de significatif dans cette production ne vint menacer le sommeil de Buñuel, d’Antonioni ou de Carné !

 

J’eus – et je garde – quant à moi une tendresse particulière pour la pantomime, mais mes groupies eurent vite fait de me dissuader d’opter pour quelque art que ce fut qui n’utilisât point ma voix.

 

Puis, l’heure des grands choix sonna bien vite. Vers quoi orienter mon don ? L’art ou ‘’les choses sérieuses’’ ! Hélas, je choisis la seconde voie et comme chaque fois que dans ma vie je fus sérieux, je le regrettai amèrement.

 

mo’    

 

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