monogamie

La monogamie, du grec monos, un seul, et gamos, mariage, est chez les humains un régime juridique n’autorisant à un homme de n’épouser par mariage qu’une seule femme et pour une femme qu’un seul homme. 

Par extension la monogamie est le fait pour une espèce animale de n’avoir qu’un seul partenaire. Les pigeons, les manchots, les hippocampes et les gerbilles, par exemple, font partie des animaux réputés monogames. On doit faire la distinction entre la monogamie sociale (couple élevant seul une famille, mais admettant plusieurs partenaires sexuels), la monogamie sérielle (partenaires fidèles successifs) et la monogamie vraie (partenaires fidèles à vie). http://fr.wikipedia.org/wiki/Monogamie

Mais ce phénomène de la monogamie est-il naturel ? Quelle est l’étendue du désastre ? Pourquoi cette restriction de liberté dont le moindre des résultats est d’être la source de la plupart des conflits entre les humains ? Est-elle la règle ou l’exception ? Pourquoi l’homme s’appuie-t-il sur la monogamie animale pour présenter la sienne comme ‘’normale’’ ?

Je refuse quant à moi de situer la recherche de compréhension du phénomène de la monogamie uniquement dans une perspective socio-historique et d’en faire une manifestation de la lutte des classes, de la lutte des sexes, ces derniers étant considérés comme des classes. Cette approche marxiste a eu son maître : Friedrich engels, lequel analyse habilement les choses comme suit : ’’La monogamie se manifeste comme l’assujettissement d’un sexe par l’autre, comme la proclamation d’un conflit entre les sexes, inconnu jusque-là dans toute la préhistoire. Le premier antagonisme de classe qui parut dans l’histoire coïncide avec le développement de l’antagonisme entre l’homme et la femme dans la monogamie, et la première oppression de classe avec celle du sexe féminin par le sexe masculin. La monogamie fut un grand progrès historique, mais en même temps, elle ouvre, à côté de l’esclavage ou de la propriété, l’époque qui dure encore de nos jours, où chaque pas en avant est en même temps un pas en arrière relatif, le bien-être et le progrès des uns se réalisant par le refoulement et le malheur des autres.’’

Je ne dis pas que cette approche soit fausse mais simplement qu’elle est en soi un facteur limitant de la compréhension de la monogamie.

J’ai d’ailleurs frappé à toutes les portes pour débusquer l’origine du phénomène, souvent en vain, souvent pour un résultat bien modeste, quelquefois carrément frustrant :

Au plan du culte, l’Islam  est la seule religion à avoir limité le nombre d’épouses ! Ah, les légendes engendrées par l’ignorance ! C’est l’absolue vérité, pourtant !

Au plan de la géographie, il semble que le Pôle Nord produise majoritairement des ‘’pas gourmands’’ du sexe. Qui ne sait que les Esquimaux sont monogames mais qu’ils partagent même leurs épouses sans problème avec les hôtes de passage, les voisins, les célibataires et qui en veut ? Il existe chez les Inuit une saison de la prostitution, institution complètement débarrassée de toute connotation morale en ces froides contrées. A l’inverse, aux endroits les plus chauds de la terre, on accumule les épouses en fonction de la progression de la fortune et il est intellectuellement malhonnête de voir dans cette polygamie l’influence de l’Islam.

Au plan de l’anthropologie, on a souvent dit que la polygamie servait en fait ‘’à marier tout le monde’’ : les femmes étant plus nombreuses que les hommes, beaucoup d’entre elles font tapisserie pour une raison ou une autre. En permettant la polygynie, on leur donne la possibilité de se caser et de se reproduire. Ce sont là billevesées et sornettes.

J’ai fait bien d’autres recherches, systématiques qui n’ont rien donné, puis d’autres à tâtons qui ne furent guère plus fructueuses, jusqu’à … la révélation ! J’en avais parlé en fait il y a presqu’un an, dans l’article du 28 juillet 2008, intitulé ‘’Un plan d’enfer pour les vacances’’ par lequel je faisais part de mon plan de vacances d’été. Le voici.

https://mosalyo.wordpress.com/2008/07/28/special-vacances/?preview=true&preview_id=827&preview_nonce=03736501fe

Frank Cézilly

Et bien la lecture prévue a été faite, à petites gorgées délicieuses et il appert qu’en fait il n’existe pas une, mais des monogamies dans l’ensemble du monde animal, même si les monogamies ‘’vraies’’ sont rares. Rémy de Gourmont disait même, en 1903, dans sa ‘’Physique de l’amour’’ : ‘’Il n’y a d’animaux monogames que ceux qui ne font l’amour qu’une seule fois dans leur vie… Il y a des monogamies de fait ; il n’y en a pas de nécessaires, dés que l’existence de l’animal est assez longue pour lui permettre de se reproduire plusieurs fois.’’

Frank Cézilly est  un éminent professeur de l’Université de Bourgogne, spécialiste en écologie comportementale, anthropologue et sociologue, qui a travaillé toute sa vie durant au décryptage de ce sujet qui lui a inspiré d’innombrables articles. En avril 2006 il a publié Le Paradoxe de l’hippocampe, une histoire naturelle de la monogamie, chez Buchet-Chastel.

paradoxe hippocampe

Mais il est hors de question pour moi de débiter en tranches ce livre pour vous le servir en passages paraphrasés sous forme de morceaux choisis. Aucune crainte d’hermétisme, l’ouvrage est déjà lui-même une vulgarisation de travaux scientifiques effectués aux 4 coins du monde à des époques diverses.

Ici, la monogamie est étudiée en tant que type d’organisation sociale. S’agissant de l’association de deux individus de sexe opposé, la recherche de monogamie consiste à surligner l’importance de la relation long terme quasiment toujours accompagnée d’un partage variable des soins parentaux. Mais il est tout de même hasardeux de chaîner ‘’fidélité sexuelle’’ et ‘’lien social’’ et cette vision « morale » ou ‘’moralisante’’ de la monogamie ne résiste guère à l’analyse. Résistons, nous, …  à la tentation du bidouillage intellectuel qui tendrait à faire dire des prêches orientés à des réalités biologiques ne requérant aucune interprétation.

Le titre est évidemment tout un programme et donne le ton : Le Paradoxe de l’hippocampe. Et voici une brève description du phénomène éponyme :

‘’Les différentes espèces d’hippocampe appartiennent à la famille des syngnathidés qui compte aussi dans ses rangs un autre groupe d’espèces, les syngnathes…  Chez tous les syngnathidés, ce sont les mâles qui portent les embryons et en prennent soin. A cet effet, ils disposent d’adaptations anatomiques qui vont … jusqu’à l’existence d’une véritable poche incubatrice interne chez les hippocampes… Les femelles produisent régulièrement des œufs qui doivent être hydratés avant d’être déposés dans la poche incubatrice du mâle… Une fois les œufs transmis à son partenaire, la femelle se retrouve affranchie de tout soin parental. Il appartient alors au mâle de féconder les œufs, puis de fournir aux embryons logés en son sein le gîte et le couvert tout le long de leur développement. Le père assure donc seul la protection des embryons, régule leur pression osmotique et leur ventilation, et les nourrit. La grossesse dure plusieurs semaines avant que les jeunes gagnent finalement le milieu extérieur.’’

couple hippocampes

La lecture de ce livre fut un pur régal et je souhaite qu’elle le soit aussi pour vous. Il y a fort longtemps que je n’ai autant ri. Imaginez que toutes nos humaines attitudes, toutes nos turpitudes et toutes nos habitudes, voire même tous nos fantasmes, y compris les moins avouables existent dans le ’’vrai’’ monde animal. Bien plus, nous sommes vraiment de sages petits enfants comparés à ces bestioles malignes, coquines, dont mâles et femelles redoublent d’imagination pour parvenir à leurs fins qui sont invariablement les suivantes :

Le mâle veut peupler le monde de sa progéniture

La femelle veut peupler le monde de la sienne

Et pour parvenir à cette fin, il n’existe aucune limite, aucune morale. 

Ni pour le mâle, ni pour la femelle !

mo’

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