ntssilence des enfants

L’ordre d’arrivée dans le nid familial aurait une importance capitale dans la formation de la personnalité des divers membres de la fratrie. Les célèbres Mo’ et Puîné reviennent, le second ouvrant à fond les vannes de ses récriminations diverses et variées pour noyer le premier sous des tombereaux d’opprobre, afin de le discréditer.

parole puîné

Je suis le Puîné, chevalier reconnu de cœur loyal et sincère, frère second du citoyen Mo’….C’est moi à droite !

Ma mémoire est peu fiable, rien à voir avec la sienne, ratiocineuse, cérébrale, intellectuelle, truffée de détails, pinailleuse et pointilleuse jusqu’à l’excès. La mienne n’est souvent que la mémoire du cœur, celle où sont déposées les avanies et les bonheurs d’antan et que ne pourront jamais effacer ni les thérapies freudiennes, ni les analyses du Café du Commerce, ni les plaidoyers accommodants qui viennent tenter de maquiller ses cicatrices et de cautériser ses plaies après … des décennies de pétrification en eaux profondes.

enfant

Relativement à l’histoire que je m’en vais vous conter, beaucoup de détails truculents seront probablement ajoutés (voire inventés), ici ou là, par quelque protagoniste malveillant ou quelque témoin zélé, à commencer, sans nul doute, par le Second Né lui-même. Je m’attends donc au pire, car « presque » tous sont vivants et, question de mauvaises langues, ça décoiffe et ça atteint des sommets !  Je me fais l’impression d’un agneau suicidaire qui viendrait quérir un peu de tendresse auprès d’une meute de loups affamés … Aussi, et par avance, chères ’’aficionadas’’ du malingre, tortueux et redoutable Oncle  Mo’, Puîné vous le dit tout de go : grand bien vous fasse votre animosité prévisible à son encontre, il s’en fiche ! Car comme disait le général de Gaulle à Churchill qui le menaçait de couper les vivres à la Résistance Française : « Monsieur le Premier Ministre, vous êtes libre de vous déshonorer ».

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Pour ma part donc, je ne vais livrer ici à votre convoitise que ’’la substantifique moelle’’ et le squelette indestructible de cette drôle d’affaire, survenue en l’an … euh …disons quand nous étions, Mo’ et moi, adolescents.

La RAGE de MO’

Cette histoire commence avec le tsunami planétaire déclenché par les Beatles ; la déferlante atteint bien sûr la jeunesse de notre pays, provoquant  çà et là de savoureux, étonnants et saugrenus ravages ; Mo’, dont le faciès improbable peut effectivement suggérer un « mix » de Ringo Star et de John Lennon, comme tout le monde, commence à laisser pousser sa tignasse d’espagnol moyen (1) : noire, drue et épaisse comme du crin végétal mais, contrairement à celle de Puîné- martyrisé injustement jusque dans les hasards de l’ADN – raide et brillante 

Intrigué et perplexe, préoccupé et affectueux, de mes beaux yeux d’hypermétrope éberlué, des semaines durant j’ai contemplé l’œuvre abstraite du Divin en me demandant s’il se pourrait jamais que quelqu’une s’amourachât de ’’çà’’ et consentît à risquer de procréer avec !

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C’est pourtant tous traits en berne comme un saule-pleureur et allure martiale de gastéropode, que le Mo’ Nouveau  fit pourtant son entrée, aussi inattendue que fracassante et dévastatrice, sur la scène du ’’mercato’’ à louloutes de notre bonne cité ! Vous ne sauriez imaginer le nombre de leçons essentielles et définitives que ce choc (la réaction si favorable du marché à l’introduction de Mo’ en bourse) m’apprit ; cela seul pourrait faire l’objet d’un no spécial sur ce blog.

Vu les mœurs ’’très permissives’’ de l’époque, inutile de préciser quelles sont l’origine et l’obédience des impétrantes et lauréates. Évidemment, pas l’ombre d’une beurette à l’horizon, sauf miracle, c’est-à-dire : parents en voyage avec Ulysse ou bien père-mère-frères-oncles et mari totalement décédés ! Et encore, les miracles, en terre d’Islam, vous le savez, on n’y croit pas beaucoup …

Sorti de ce cheptel-cible disons … ’’naturel’’, Mo’, malgré toute sa superbe, n’aurait pu apaiser ses ’’oreillons de grand dadais’’ qu’en se rabattant sur les petites sœurs des pauvres, celles qui ont de l’amour à revendre, et surtout à vendre. Mais, je le dois concéder à la vérité historique, Mo’ est l’un des seuls idiots que je connaisse à n’avoir jamais mangé de ce pain-là ! Est-ce parce qu’il n’en avait pas le goût ? Parce qu’il n’en eut jamais besoin ? Que nenni ! J’incline plutôt à croire que son manque d’appétence pour Chlamydia, Gonorrhéa et toutes leurs copines ne serait en fait imputable qu’au manque cruel de poésie qui frustre son esprit étriqué et lui interdit ces ivresses somptueuses dont TOUS les grands poètes, artistes et puissants de la terre, ont raffolé, usé et parfois abusé.

Bon, ceci dit, Mo’, je le répète, ne but jamais à ces fontaines et opta très tôt pour d’autres gibiers : la tourterelle mosaïque et la caille nazaréenne, bien plus rarement la jolie perdrix ibérique.

Commence donc, au cœur de notre ville outragée, l’étalage honteux de la vie privée du chevalier à la triste figure : en proie à une insatiable, libidineuse et interminable puberté , véritable cumulard de la bagatelle, inextinguible comme un feu criminel dans une forêt Corse, un peu névrosé aussi , menant grand train, rentrant à pas d’heure, déambulant sans vergogne bras-dessus, bras-dessous comme les gens mariés, arpentant continûment les ruelles sombres comme un chiot qui viendrait de se saisir d’une carcasse de poulet et qui rechercherait un coin tranquille et obscur pour le dévorer en catimini … le frère de Puîné offre un spectacle dégradant, affligeant, et pour tout dire, d’autant plus consternant qu’il succède de peu au panache du fameux rêve américain dont résonnent encore mes ’’petites’’ oreilles de Puîné.

A la caserne, rien ne change : Mo’ fume, personne n’y trouve à redire ; puîné ne clope pas, on le tabasse pour lui faire avouer qu’il clope … Mo’ disparait des journées entières, normal … Puîné traverse la rue pour aller voler une mandarine chez le voisin, conseil de guerre, cachot, bastonnade, une semaine sans dessert + 6 mois de morale haut débit…

Bref, la douce routine de la justice carcérale habituelle, avec toute l’équité que vous connaissez bien depuis que ce Rudolf Valentino de pacotille, sans pudeur, vous invite à des strip-teases dans le vide-cœur cybernétique qu’il s’est concocté à cette seule fin.

Non, monsieur Mo’, la jalousie n’est pas un vilain défaut, et si ’’l’amour que je te voue nous noue’’, ma rage demeure intacte et amplement justifiée. Mais j’allais encore m’égarer … Ah ! Oui, justement, revenons-y, à la rage.

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Mo’ est un personnage sournois et machiavélique ; cela, vous le saviez déjà, ça n’a jamais changé et il s’en vante assez lui-même pour que nul ne songe à lui contester cette vertu cardinale ; mais ce que vous ne savez pas, c’est que Mo’, de tout temps peu loquace (sauf pour fayoter contre Puîné), semble avoir complètement perdu sa langue depuis qu’ont commencé à le défigurer les premières pustules de son ravageur acné juvénile (2); probablement en proie aux dévastateurs effets des pulsions que Sigmund soi-même n’a jamais osé évoquer notre pauvre Mo’ s’enferme jour après jour dans un mutisme impressionnant qui va s’aggravant ; pendant les repas, sa lourde tête informe et disproportionnée semble toujours sur le point de choir dans sa soupe ; pour toute conversation, en famille, il nous gratifie d’un soupir en s’asseyant, et d’ un autre en se levant !

2 soupirs pour toute conversation, frères mosalyens, mais quels soupirs !

Par le premier, il exprimait la psychose de Gustave Mahler s’élevant avec le souffle puissant de Beethoven ! Par le second, c’est tout le désespoir de Schopenhauer s’expectorant avec la force de Nietzsche ! Pas de Mozart ni de Ronsard, non, jamais de çà chez Mo’ ! Mais des soupirs terribles, vous dis-je, de véritables ’’cris muets’’ d’un condamné à mort, plus oppressants que tout le poème écrit par André Chénier la veille d’être guillotiné par Robespierre.

Et puis, sitôt ‘’soupiré’’ sitôt envolé : le chevalier « à la triste figure » retourne vaquer à ses occupations d’obsédé… sentimental, je vous le ménage, votre Mo’ ; baissant sa tête de coupable impuni et docile, il quitte la table en douce, provoquant  immanquablement la même réaction collective : 10 paires d’yeux se dilatent dans la direction du mystérieux fuyard, et, dubitatifs ou affligés, suivent la sortie lente et empesée de ce ’’héros romantique’’ de province , frappé d’aphonie chronique paraissant incurable.

En fait, l’animal nage dans le bonheur ! Il ne couve nulle maladie, ne souffre d’aucun mal et n’a « rien à cirer » de notre inquiétude permanente à son sujet : il ne fait que louvoyer avec subtilité et ruse dans les méandres de son existence dissolue, jouissant avec gourmandise des plaisirs que lui procurent sa nouvelle tête sans oreilles et son facies pâlot de pseudo-beau ténébreux.

Et le pire, c’est que même absent, ce « Lenny Escudero sans voix » parvient à continuer de me pourrir la vie et de manger mon espace ; dès qu’il a tourné les talons, Maman vient, sur ordre du « Grand Burnous », essayer de me tirer les vers du nez : sais-tu quelque chose ? Qu’a-t-il ? Est-il contrarié ? Malade ? Amoureux ? Déviant ? … et que sais-je encore …

Mais qu’en puis-je savoir, moi, pauvre Puîné ? Je ne suis pour lui qu’un moussaillon, un mioche, et toute notre communication se limite soit aux courses qu’il daigne me faire faire pour lui, soit aux alibis qu’il magouille en m’utilisant, soit au rôle de vigie dont il m’investit parfois, soit à la manutention et à la logistique de ses plans foireux !…

Mais non, Maman, je t’assure, ton rejeton préféré et maudit n’a RIEN !

Pour moi, Puîné, rien ne change, sinon qu’on commence à me connaître ! Effet collatéral du rayonnement de l’homme aux feuilles de chou, s’annonce pour moi la Genèse ! Le frère de Don Juan devient presque visible … Ouais ! Ça n’a l’air de rien, comme çà, sur une page écrite, mais que fut longue, cette gestation alambiquée …

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Ou en sommes-nous de notre récit ? Récapitulons !

À la maison, le ténébreux sombre dans un mutisme forcené et anxiogène qui nous fait tous flipper ;

Mais, dès qu’il met le nez dehors, il se la pète grave ! Grave, vous dis-je.

 Et c’est alors qu’un soir… d’hiver… à l’heure où tous les garçons honnêtes sont rentrés chez eux depuis belle lurette, ’’les astres émaillant le ciel profond et sombre’’, Maître Mo’ le Maraudeur, s’en revenant pesamment vers ses pénates …  

Fin !

Nota : Tout ce qui précède n’est qu’une mise en bouche avant de vous conter le premier vrai grand traumatisme qui, grâce à Mo’ l’infâme, va nous faire subir à tous 21 jours d’une angoisse inhumaine ; choc après lequel, paradoxalement, Puîné pardonnera définitivement à Mo’… d’être beau ! Ainsi, la condition sine qua non pour que je poursuive mon récit, c’est que j’en reçoive ici-même, de convaincantes suppliques !

Sinon, je comprendrai qu’en fait peu vous chaut La Rage de Mo’, comme peu vous importe Mo’ lui-même.

Le Puîné

(1)    Absolument inexact : J’ai résolu de garder les cheveux longs plus d’un an avant d’avoir jamais entendu parler des Beatles et de ce que qu’un journal local avait décrit comme leur ‘’air superlativement crétin’’… !

(2)    Archi-faux : N’en déplaise au Puîné, je n’ai jamais eu la moindre purulence ni sur le visage ni ailleurs, ni avant ni pendant ni après la puberté !

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