Le Puîné use de son droit de réponse

Droit de reponse

Salut à vous Yasmina, Yoyo, Anneliese, Amazone et autres Ferid, Chama, Myriam et … Bouch, (ah ! Bouch, en Texan ça donne à Puîné de l’urticaire, et en Français ça lui donne des démangeaisons, restons donc dans la langue de Molière).

Par respect pour vous, et seulement pour cela, Puîné revient sur ce blog. Non pour y livrer la suite du récit amputé par « qui vous savez » mais pour exercer un légitime droit de réponse au Second-Né qui a eu l’outrecuidance de remplacer son éloquent silence par un Bulletin de Santé psychiatrique du siècle dernier. Acte d’autant moins innocent qu’il est perpétré par un Docteur es-Mutisme, ce Pavarotti de la « tenhida » (soupir, en solfège marocain) qui nous a imposé le sien pendant des lustres sans que quiconque se permît jamais, si j’ose dire, de l’interrompre ! Ce serait donc bien que Mo’ renoue un peu avec son passé et réapprenne à se taire de temps en temps. CQFD.

Puîné entend tout d’abord dénoncer le message subliminal tendancieux qu’induisent les 2 photos choisies par le directeur de cette publication pour illustrer notre histoire : Puîné, tête baissée et boudeuse de l’introverti pathologique-futur psychopathe, et Mo’, regard franc et altier, conquérant, respirant l’assurance et la réussite … ça me fait doucement rigoler ! Mais je suis convaincu que cette ruse grossière n’aura réussi à tromper que la frange la moins avisée de son lectorat, laquelle continue de se pâmer benoitement en se gargarisant d’ « innocence et angélisme »… Foutaises et billevesées ! La bonne pub, c’est dire du bien de soi sans dire du mal des autres, comme Puîné le démontre à chaque ligne.

Ensuite, les plus observateurs d’entre vous auront surement remarqué les « points de suspension » répétitifs dont notre orfèvre-tripatouilleur a émaillé le conte original de Puîné : ces « sauts » et ces « vides » sont le résultat d’une censure anachronique et devraient vous inciter à plus de circonspection s’il vous arrivait encore de vous fourvoyer dans les obscures cimaises électroniques du tortueux torturé.

Maintenant, revenons à l’essentiel. Puisque le Second Né a révélé le pot aux roses et annihilé tout suspense, Puîné ne peut que revenir en arrière, et ressasser, pour que chacun puisse s’imprégner du « vécu vrai » de cette tragédie, bien loin de la froideur clinique à laquelle voudrait nous cantonner le Rapport Médical rédigé par le de cujus. Après tout, Balzac était bien capable (au désespoir de ma fille) de tartiner 10 pages pour décrire la robe d’une héroïne, alors pourquoi Puîné n’aurait-il pas le droit de détailler le profil caractériel du Don Juan en Gestation ?

Simplifions et parlons clair : pour vous dédommager du super thriller que vous suiviez et qui a été gâché par « qui vous savez », Puîné  vous invite à la projection d’un Bergman ou pire, d’un J.L.Godard.

Reprise, Suite et fin

  1/ Les zorèyes de Mo’

Tandis qu’il s’acharne à cultiver et à discipliner l’épaisse brosse à chiendent qui surplombe sa caboche ovoïde, le malheureux Mo’ ressemble de plus en plus à un Hérisson hérissé mais n’en a aucune conscience ; stimulé, voire aveuglé par l’atout que lui confère sur Puîné son teint pâle d’endive défraichie, Mo’, l’inachevé et prétentieux pubère, tente opiniâtrement de se doter d’une apparence de « gawri »(Occidental, européen, nesrani, chrétien, croisé quoi !).

Résultat ?Euh … Comment vous dire ?… Un avatar de la théorie du Transformisme ? Un mutant à la Michael Jackson ? Non, … disons plutôt une concrétion hybride et inclassable qui semble s’être échappée, début des années 40, du laboratoire d’un savant fou nazi travaillant sur la preuve des incompatibilités raciales dans le génome humain … Un peu comme si le Bon Dieu avait hésité un court instant entre 3 grandes figures : celle du Christ martyrisé sur la croix, celle du mime Marceau en Pierrot Lunaire et celle de Gad Elmaleh travesti en folle maghrébine et susurrant « j’addooore les sushi »… Oui oui, mesdames et messieurs, le Mo’ des sixties, c’était bien çà, exactement ça !

* Pas la peine de gâcher votre lecture en faisant des efforts pour « imaginer » le Zèbre, sommez-le simplement de publier les portraits d’époque non retouchés par Photoshop.

Mais Dieu, c’est bien connu, n’a pas d’hésitations ! La Chose indéfinissable devient donc réalité et se mue bientôt en un Rastignac impénitent qui va défrayer la chronique lycéenne du coeur et, accessoirement, me tenir lieu de frangin, à vie, pour mon plus grand  .… heur !!!

Grâce à sa perruque, non seulement il est maintenant au top de la mode mais il bénéficie d’un alibi providentiel pour dissimuler le rebutant handicap de ses 2 énormes airbags latéraux.

2/ Un tout petit peu d’Histoire

Dans la tribu du Grand Burnous, on avait longtemps épilogué sur le pourquoi et le comment de la préférence flagrante qu’Atatürk, notre père à tous pourtant, témoignait  à la Canaille cauteleuse. Romantiquement, Puîné avait fini par se consoler en mettant ce favoritisme sur le compte d’une pseudo-maladie mortelle qui aurait failli emporter Le Chétif dans la petite enfance ; or, d’après les confessions tardives de tante Z., requérante d’anonymat dont je respecterai le souci de discrétion, cette paternelle compassion datait en fait de la seconde précise où l’Avorton avait chu du ventre de sa Sainte Mère en révélant son infirmité. Car, précise tante Z. témoin irréfutable, les excroissances dégénérées de l’ectoplasme furent, d’origine, livrées par le Très-Haut à leur taille quasi adulte !

Imaginez, mes sœurs et mes frères de Mosalye, imaginez le frisson qui dut saisir le Grand Burnous notre père, assistant, impuissant, à l’éjection de son fœtus à ailerons ! Brrr … Ridicule ? Oui, ridicule et surtout traumatisant, je ne vous le fais pas dire …

Et que dire de notre pauvre et Sainte mère !? … Mô’man avait commandé un bonsaï pour décorer sa table de nuit, et elle voyait débouler un camion-grue tractant un séquoia géant !

– Mes chers parents, mea-culpa ! L’empathie ne me vient qu’avec la maturité ; pardon d’avoir tardé à comprendre votre légitime commisération pour le Second Né. Fin de la parenthèse.

3/ La Gloire de mon Frère

Donc le Second Né, Mo’, dissimulé dans sa coiffe de crin, ne doutant plus de rien, se libère maintenant des complexes plus que justifiés qui le taraudaient (relisez son « Débarquement Américain ») ; notre Chevalier à la Triste Figure commence à se trouver regardable, puis pas trop moche, puis pas mal, puis plutôt bien et enfin, – quand y’a d’la gêne, y’a pas d’ plaisir – carrément beau !  Allons donc, on aura tout entendu …

Bon, je sais qu’il contestera mes datations au carbone 14, mais je vais quand même anticiper un peu pour vous aider à décrypter le motif d’une telle arrogance : à ce stade du périple, la première petite « Infirmière-Thérapeute » (officielle et déclarée) vient de faire irruption dans sa Carte du Tendre !

Oh ! Inutile de ricaner, la Clo ; bien sûr que Puîné n’est pas dans le secret, car le secret, le Lascar le cultiveobsessionnellement. Mais Puîné veille et observe ! Et comme Puîné n’a rien d’autre à faire, ben Puîné-Rouletabille traque le Casanova Indigène avec une morbide délectation.

Et que voit-il ? Que surprend-il ? Que découvre-t-il

Mo’ « chine » dans les squares ; il dépose çà et là ses pièges à souris ; il tend en moult entrées d’immeubles ses toiles d’araignée besogneuse ; il n’emprunte jamais les grandes rues normalement éclairées ; il se terre continûment au Centre Culturel Français pour apprendre par cœur les poèmes qu’il s’apprête à déclamer comme un benêt qu’il est … Je me désole même de le voir copiner avec des sportifs (!) assaillis de minettes et, last but not least, je l’observe qui tournaille autour de l’église et de la synagogue (la mosquée, ce serait risqué) plus assidûment que leurs ouailles les plus irréprochables ! Songe-t-il à se convertir ? Le chiot fou osera-t-il aller jusque là pour assouvir sa faim et étancher sa pépie (Yoyo, ça veut dire soif intense) ?

Mais la filature rapprochée et le renseignement physique sur le terrain ne sont pas suffisants ; aussi Puîné les recoupe-t-il méthodiquement avec le profiling, l’interception, la télédétection, les indics, la fouille etc. Tout est bon pour éclairer la lanterne de Puîné : téléphone arabe, commentaires jaloux des copains, radiotrottoir, rumeur, ragots des « pestes éconduites », quolibets des « pestes éconductrices » (car il y en eut !), potins de la cour de récrée, sans parler des tickets de cinoche qui traînent  toujours par 2 dans ses poches, des petits bouts de papier froissés dans la poubelle, des énigmatiques fleurs séchées servant de marque-pages à ses livres (Tartine Mariol, Les Pieds Nickelés, Mikki le Ranger, Blec le Roc …), des billets-doux crasseux qui pullulent etc.,L’hermétique tombeur en formation  accélérée a beau se taire – doux euphémisme – Puîné sait tout ! … Sauf l’essentiel : comment ça se passe vraiment sous les jupes des filles ?

4/ La Chanson du Mal Aimé

Puîné s’émancipe par procuration mais l’acné le dévore à son tour, les bouffées de chaleur l’étouffent, ses amygdales ne désenflent jamais et, pour lui, rien ne change !

D’ailleurs, lorsque Puîné, un peu plus tard, optera pour Paul  McCartney, et qu’il surpassera même ce dernier en longueur (capillaire), Puîné découvrira avec amertume et consternation que la malchance s’acharne contre lui ; la perruque qui cachait complètement les oreilles de Éléphant-Mo’ – ô nouvelle injustice – ne dissimule même pas un peu son nez légèrement prononcé de petit prince basané !

Et l’allongement spectaculaire de sa tignasse rêche-frisée ne vaudra à Puîné (évènement certainement demeuré unique dans les annales de la République des droits de l’homme), qu’une historique exclusion du lycée pour « tenue susceptible d’inciter les plus jeunes de ses camarades à suivre le mauvais exemple … » Point et barre, Vive la France ! Heureusement, Mai 68 n’est pas loin.

Pour les sceptiques et les malveillant(e)s au-delà de la Ligne Maginot : Copie du Livret Scolaire de Puîné disponible sur http/:www.puîné/org

Puîné continue donc de nager seul dans les eaux glacées de la Berezina ; « Elles » ne le voyaient pas… Mais il est vrai que pour remarquer les changements qui s’opèrent en quelqu’un, il faut d’abord le regarder, n’est-ce pas ?… Dur dur mais élémentaire, mon cher Watson … N’oublie jamais, Puîné :

La vie enfonce le clou dans la cervelle de Puîné : oui, tous les hommes naissent et demeurent égaux ! C’est juste qu’il ne s’en était pas rendu compte ; tiens, regarde par exemple G.Clooney et Djamel D. : pas égaux ? La fille du mollah Omar et celle de Bill Gates : pas égales ?

Or, malgré cette lumineuse révélation et en dépit  du favoritisme grandissant dont bénéficie le rejeton godillot auprès des instances supérieures du prytanée (Yoyo, ça veut dire lycée militaire), malgré les succès sans partage du freluquet auprès des donzelles, Puîné aime de plus en plus le Second Né et, contrairement à l’inverse, ne lui ferait pas le moindre mal.

C’est pourquoi, entre autres, Puîné renonce à cafter au Grand Burnous la probable conversion de son Lèche-bottes préféré. Car, plus forts que l’envie et que la frustration (pas la jalousie), il y a l’honneur et la fierté ; or, en ferraillant dans la Résistance à la puissance occupante et en multipliant les conquêtes d’ « infidèles », Le Forcené venge Puîné de l’engeance qui l’ignore.

5/ Avertissement aux lecteurs et aux lectrices

Je passe du coq à l’âne : vous êtes-vous demandé pourquoi Mo’ vous invite à ses strip-tease éhontés sur les cimaises de Mosalyo ? Vous pourriez croire naïvement que Mo’ aime taquiner les mots pour, comme chacun de nous, évacuer ses maux ? Une sorte de catharsis quoi … Ah ! Fichtre non ! Le fat a pour seule fin d’exhiber ici sa beauté sénescente et de dénigrer le formidable petit frère dont il est jaloux.

( Rattrapage pour les groupies et pour Yoyo : la catharsis, c’est la libération par extériorisation des affects refoulés,  et la sénescence, c’est l’ensemble des processus physiologiques par lesquels un sujet quitte la pleine vitalité pour entrer dans … l’âge de Mo’)

Monsieur Mo’, la jalousie n’est-elle qu’un vilain défaut ? Certes non, elle est parfois salutaire ; et puis celui qui n’est pas jaloux n’aime pas vraiment ! Tu te souviens ? C’est toi qui me l’enseignas doctement pour justifier la tyrannie pathologique que tu exerçais sur tes conquêtes.

Fidèle Mosalyenne, bon Mosalyen, je le sens, ta patience s’étiole et, je l’entends au loin, la fleur du Plat-Pays trépigne et s’indigne : « la seule rage qu’on entende ici, c’est celle de Puiné … Il se prend pour Schéhérazade, et patati et patata … Qu’il en finisse ! Qu’a-t-il donc à dire qui ne l’ait déjà été, et tellement mieux, par le Dr Mo’ ? »

Finissons-en donc et  »Clô »-turons.

Beau Ténébreux, ne t’en déplaise, voici la vérité. Et ce sera ta parole contre celle de Puîné, la mémoire chaleureuse de son petit cœur innocent contre celle éthérée de ton grand esprit.

6/ Il était une fois…

Nous sommes en hiver ; les journées sont courtes et, malheureusement pour notre Romeo moyen-oriental, obscurité oblige, le couvre-feu tombe beaucoup plus tôt à la caserne du Grand Burnous !  Mo’ ou pas Mo’, le règlement c’est le règlement ! Les repas en famille ne sont pas seulement incontournables, ils sont sacro-saints ! Et, une fois n’est pas coutume, moi Puîné, je me réjouis de cette rigueur spartiate ; car, comme je vous l’ai déjà dit, ces instants de convivialité et de partage « obligatoires » me permettent de scruter du coin de l’œil, en douce, le Fugitif insaisissable qui, dans la journée, fait tout ce qu’il peut pour me semer ; durant les repas, je tente donc de remettre à jour mes dossiers en décelant les stigmates traces de ses fredaines et les plus subtils et dérisoires indices de ses « activités » occultes.

Malheureusement, il faut bien le reconnaître, ma traque de « policier scientifique » et de physionomiste débutant reste souvent infructueuse ; le peu que Messire Mo’ laisse à contempler reste son renfrognement patibulaire chronique entre quelques mèches noirâtres saupoudrées de pellicules ( çà, je n’en suis plus très sûr, mais bien fait pour lui …). Résultat, c’est pire que si j’essayais d’attraper une anguille dans un bassin de mercure ; l’animal parvient 9 fois sur 10 à faire échouer mes investigations de sagace Puîné. Et ces échecs répétés sont très préjudiciables au contrôle du Zigoto car, en dehors de Puîné, personne sur terre n’a la moindre chance de pénétrer ses profondeurs insondables et de prévenir ainsi l’imminence d’une catastrophe.

Ce soir-là (ou peut-être un matin, puisqu’il le dit), Maître Mo’ le maraudeur, contemplant « les astres émaillant le ciel profond et sombre », rejoint tardivement et à contrecœur ses pénates … Ses larges paraboles résonnent encore des mièvreries susurrées par « l’infidèle » qu’il vient de raccompagner ; son visage écarlate et bouffi en dit long sur son récent emploi du temps. Mains dans les poches, il se meut lourdement dans ses pataugas à double semelle de crêpe ; ses yeux divaguent dans les étoiles et sa bouche en cul de poule sifflote « Le Pont de la Rivière Kwaï ». Entre une pichenette à une feuille de platane et deux coups de pied dans une boite de sardines, Le fourbe heureux peaufine le 98ème mensonge de la semaine – simple formalité d’ailleurs puisqu’il est Mo’ –  un prétexte scabreux par lequel il va faire semblant de justifier un retard qu’On va faire semblant de lui reprocher.

Dans le même temps, au pénitencier, rentré 23 minutes exactement après la sortie du lycée, Puîné est à la torture. Affalé depuis 2 bonnes heures sur sa pile de cahiers entrouverts, il rêvasse en remaniant la énième version du feuilleton « Les Dernières Heures de la Vie du Citoyen Mo’ » ; cette production quotidienne l’occupe au moins autant que de vivre (si on peut appeler ça comme çà) et d’étudier tout ensemble ! Mélancoliquement, Puîné adapte Verlaine à son malheur :

« Je suis venu, calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes filles des grandes villes :
Ils Elles ne m’ont pas trouvé malin.
 
A vingt  treize ans, un trouble nouveau,
Sous le nom d’amoureuses flammes,
M’a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m’ont pas trouvé beau
 
–         – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –
Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu’est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard lascar. »

Guilleret, Le Cocker en Rut, lui, continue de longer l’interminable rue C. qu’il connaît par cœur, pierre par pierre et arbre par arbre, puisqu’y demeure l’élue du moment. L’artère est sombre, assez étroite et passablement propre. Mo’, qui n’est pas du tout peureux (comment se fut-il pu qu’il le devînt, sachant qu’il n’a jamais été ne serait-ce que contrarié ou égratigné par quiconque, lui ?), Mo’ donc sifflote dans le noir en échafaudant déjà les stratagèmes et les plans libidineux du lendemain. Le Délinquant Sexuel Sentimental arbore la face lisse et épanouie d’un quidam qui vient d’avoir de l’amour et … qui va encore en avoir en arrivant à destination. L’air froid fouette sa tronche de bouffon et contribue à lui redonner, chemin faisant, des couleurs plus « catholiques » ; Qaïs vient de quitter Leila. Heureux et rassasié, il flotte dans les éthers et ne prête aucune attention à l’environnement terrestre lorsque …Trop tard ! Un canidé bien inspiré a déjà planté ses crocs dans les rondeurs du séducteur œcuméniste. Habitué à d’autres morsures, et doté d’un psychisme un peu lent, Mo’ met quelques secondes à réaliser que, ce coup-ci, c’est un quadrupède qui s’en prend à ses charmes. Alors, pour la première fois depuis 6 mois, Mo’ redescend du « champ des étoiles ». Pantalon déchiré, penaud mais digne, le Mollasson accomplit en trainant la patte et en maugréant les quelques centaines de mètres qui le séparent encore des bras salvateurs du Grand Burnous et du regard énamouré de la Reine-Mère.

6/ La Colère du Grand Turc

Au pénitencier, la journée qui s’achève ressemble à toutes les autres. Atatürk, assis en tailleur, s’apprête à sonner le dîner. Sa tenue symbolise à elle seule un syncrétisme de bon aloi (Yoyo, le syncrétisme, c’est quand on mêle plusieurs doctrines, croyances ou systèmes) : burnous marron en poil de chameau algéro-tunisien, robe de chambre anglaise pourpre , pyjama apatride verdâtre et « tarbouch watani » marocain vissé sur le crâne, le Grand Turc est confortablement calé sur 3 coussins ; un 4ème, posé entre sur le  giron, sert à déposer son attirail de fumeur de pipe ou la loupe et nos maudits « Carnets de Correspondance » qu’il soumet à dissection chaque semaine. Ces ancêtres des « Carnets de Liaison » actuels, je peux vous dire que leur signature n’était pas une formalité expédiée en 10 secondes … Houlllalalala ! Malheur au rejeton qui se serait amusé à « oser essayer d’envisager » les soumettre à examen dans l’urgence ou à un moment inopportun … (Non Yoyo, de notre temps, on ne signait pas à la place des parents, incroyable, hein ? Je crois que je viens de donner une idée au Dr Mo’ pour un prochain chef d’œuvre).

Atatürk trône donc face au téléviseur noir et blanc qui distille en sourdine quelque guimauve insipide ; il attend la réclame sur les enzymes gloutons, la météo de l’agriculteur jamais-content et le journal télévisé. En provenance de l’étage, un fou rire retenu et quelques échanges d’insultes indiquent que les gamines cancanent dans leur chambre. La grande sœur, elle, exécute en rêvant du prince charmant les 100 coups de brosse quotidiens qu’exige l’entretien de sa longue toison mordorée. A la cuisine, Mô’man met la dernière main au dîner en compagnie de Miss Monde (un peu de patience, messieurs ; celle-là, je vous en reparlerai sans doute, elle vaut le déplacement). Et, dans le « bureau », Puîné feuilletonne toujours quand, d’un seul coup, faisant passer de 3 à 100 décibels l’environnement sonore en vigueur à la caserne, un hurlement inespéré et inconnu me tire de mes rêveries solitaires : Le Grand Burnous crie et, fait incroyable, il semble invectiver le Second Né qui vient de rentrer.

En moins de temps qu’il n’en faut pour faire détaler une souris, la marmaille interloquée, accourue de toutes parts, s’agglutine autour de la scène. Le père de Mo’, effectivement, tance vertement Mo’ (l’engueule grave, Yoyo)  et Mo’ réagit à sa façon habituelle, c’est-à-dire qu’il ne réagit pas. La Blonde impertinente, nattes en bataille et coudes sur les hanches toise le Tyran ; la Noiraude timorée est scotchée à l’encoignure de la porte ; la Châtain haute comme 3 pommes s’accroche des deux mains au caftan de sa génitrice et  »Greta Garbo » acquiesce ostensiblement du chef, sans même savoir à quoi, et brûle de curiosité sadique. Quant à la Reine Mère, elle écoute avec anxiété et son regard fait d’incessants allers-retours entre la tête et les pieds du Second Né, lequel, imperturbable et flegmatique, attend la fin du déluge.

– « Comment çà ? tonne le Grand Burnous, tu marchais tranquillement et il s’est jeté sur toi ? Mais ce chien, si tu ne t’étais pas « amusé à jouer » avec lui, à faire « ton malin et ton intéressant », pourquoi voulais-tu qu’il aille te choisir, toi particulièrement parmi tous les passants, pour te mordre !? Imbécile, bougre d’âne ! Idiot ! Menteur !

Puîné déguste. Sans chercher à comprendre à quoi ni à qui il doit cet instant inespéré et historique, il boit du petit lait. Il a envie de sauter au cou d’Atatürk mais le moment lui semble risqué. Il jubile. Il est prêt à mettre à disposition tout son jeune vocabulaire personnel, si longtemps refoulé, pourvu que son papa chéri d’amour à lui poursuive l’imprécation contre le Gâté-Pourri ultra privilégié et son insolent succès.

– « Et pourquoi ne l’as-tu pas attrapé ? S’époumone mon papa. Mais c’est incroyable, tu es vraiment le roi des crrrétins mon pauvre fils ! Tu te fais mordre par un cabot et tu n’es même pas fichu de l’attraper !  Est-ce que tu l’as bien vu au moins ? L’as-tu vu ou non ? Serais-tu capable de le reconnaître ? Comment çà un peu ? C’est oui ou c’est non ? Peut-être ? Mais tu te fiches de moi ? … »

La colère dure un bon quart d’heure. Puis l’interrogatoire se poursuit moins véhémentement et, très vite, trop vite, l’Ange du Mal repasse du statut de prévenu à celui de victime pitoyable bénéficiaire de toutes les attentions. Mo’man  bichonne déjà le freluquet et Le Grand Burnous donne ses hautes instructions. Notre gardien, 1,20 m au garrot et taguia (kippa) sur la tonsure, est immédiatement convoqué. Il est sommé d’accompagner séance tenante le futur Agrégé de Jupons dans la rue du crime et de n’en revenir qu’avec la bête en laisse, ou son maître lui-même, ou les 2 à la fois et, à tout le moins, avec leur adresse et le certificat de vaccination ; faute de quoi, prévient le Grand Turc, gardien et Mo’ y retourneront aux aurores dès le lendemain et ainsi de suite jusqu’à ce que le cerbère soit retrouvé et contrôlé négatif ou euthanasié et autopsié. Rompez !

Visiblement, le courroux cède déjà à l’inquiétude. Suit un long monologue shakespearien sur le taux de prévalence de la rage dans le pays, les conséquences épouvantables de ce fléau et les souffrances affreuses qui accompagnent l’évolution de la maladie jusqu’à son terme toujours fatal. Puîné, interdit, médusé, écoute énumérer la liste des symptômes à surveiller. En attendant l’ouverture des cabinets médicaux, le Larousse Encyclopédique est exhumé et décortiqué (eh ! oui, Yoyo, il y a encore dans ton entourage des hominidés  qui ont vécu avant Internet et, parmi eux, ton père et le frère d’icelui).

8/ Châtiment Collectif

Puîné commence à comprendre : Tristan s’est fait mordre il y a belle lurette, il l’a caché et vient seulement d’être trahi par la grande sœur. Le macabre et scientifique exposé fait par le Grand Burnous ne laisse aucune place à l’irresponsabilité et aux à-peu-près : Mo’ risque bel et bien d’être déjà contaminé … et donc perdu !

En moins d’une heure, Mo’ a réussi à nous faire basculer de la « Petite Maison dans la Prairie » à « La Nuit des Morts-Vivants ». Car, bien entendu, la première battue nocturne ne donne rien. Gardien et Gardé s’en reviennent bredouilles et penauds, et l’angoisse s’installe.

Après quelques contre-interrogatoires serrés, on ne sait même plus si l’animal est un bâtard ou un chien de race, s’il est grand ou moyen, s’il est noir, jaunâtre ou bleu-foncé, s’il se trouvait ou non avec son vrai maître … Et franchement, les précisions fournies par le Mordu sursitaire semblent si confuses et si variables qu’il y a largement de quoi douter et se ronger les sangs. Si la peur ne commençait à s’emparer de moi en me privant de tout sens de l’humour, j’en serais à me demander si c’est bien un animal qui est l’auteur du délit, et même si le Fourbe ne s’est pas automutilé pour faire mieux passer des résultats scolaires à la hauteur de son travail, c’est-à-dire nuls.

La suite médicale, Puîné s’abstient d’y revenir puisque le Marchand de Salades vous l’a déjà servie ; en revanche, le Gougeât a passé bien vite sur l’essentiel, savoir le calvaire vécu par Puîné pendant 21 jours. Du soir de la révélation jusqu’à l’expiration du délai d’incubation du virus, Puîné dévore ses ongles, maigrit, perd tout goût pour la gaudriole et arrête ses enquêtes. Son acné se résorbe naturellement et comme par enchantement. Les boules (de sa gorge) désenflent spontanément. Il délaisse Verlaine et se met à lire le Coran et la Bible. Il ne supporte plus la moindre vanne sur son aîné. Il commence même à le trouver beau. Et Puîné ne cesse de prier pour l’âme de Pasteur et pour le salut du Filou. Durant 21 jours et 21 nuits d’angoisse, il scrute le fasciés et les attitudes du Scélérat charmeur pour y déceler la survenance du moindre changement. Le Grand Burnous l’a personnellement chargé de lui signaler tout indice suspect. Et pendant 3 semaines, Puîné espère, sans aucun résultat, que l’Autiste veuille bien se mettre à communiquer normalement pour pouvoir écarter au moins le symptôme premier de « l’enragement », à savoir le MUTISME. Or plus l’échéance approche et moins il parle. A peine répond-il, entre 2 soupirs jupitériens, aux questions que je lui pose. L’idée de me retrouver sans lui commence à me tétaniser; pourvu qu’il ne meure pas dans d’atroces souffrances ; je m’en veux d’avoir raillé ses oreilles : je lui donnerai les miennes s’il survit ! Mais lui, trop heureux d’exploiter jusqu’à la corde la sollicitude de tous à son égard, il en rajoute des louches. En tête-à-tête avec moi, connaissant ma candeur et ma sensibilité, il se racle la gorge pour simuler l’enrouement rabique ; il bavouille pour suggérer les prémices de l’attaque du cerveau. Et moi, qui ai toujours eu des réveils brumeux et difficiles, je me surprends à ouvrir les yeux en « un clin d’œil » pour l’ausculter du regard et m’assurer que la nuit ne nous l’a pas dégradé.

2 fois par jour jusqu’à la délivrance je rends fébrilement compte au Grand Burnous des détails les plus anodins et scabreux : crachats, regards torves, accès de toux, signes d’irritabilité ou d’agressivité, bave et postillons, changements d’humeur, le tout méthodiquement comptabilisé

Et 50 ans après, ici-même, avec vous, en même temps que vous, qu’apprends-je de la bouche même du saligaud ??? Que pendant que je me mourais d’inquiétude, Mô’ssieur Mo’ le Blogueur tripatouillait son ego et ferraillait contre son œdipe ! …

Le beau Mo’ n’est pas mort enragé et gentil Puîné lui a tout pardonné, même d’être beau. Bon joueur, Puîné va encore plus loin et le confesse publiquement : les armes qu’il a dû se forger pour avoir droit à sa part du gâteau, il les doit à sa position de challenger, aux inégalités, au handicap de départ et à l’adversité, c’est-à-dire, en bonne partie, à Monsieur Mo’ soi-même, l’adversaire no 1 !!!

« A l’insu de son plein gré », Mô’ssieur Mo’ a donc servi d’aiguillon, de catalyseur et d’ascenseur à louloutes pour Puîné qui lui exprime, urbi et orbi, toute sa reconnaissance.

Mais il faut que je vous dise : si le grand âge n’a pas diminué la taille des oreilles de Mo’, il semble en revanche avoir encore bonifié son charme ravageur. Attention à vous, Mesdames, « Les femmes, disait Victor Hugo, sont comme les lapins, elles se prennent par les oreilles. »

Dieu vous protège, Puîné vous salue.

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