J’avais l’âge d’Alexandre proposant à Bucéphale la conquête du monde et j’étais aussi la victime cent fois consciente de fantasmes pubertaires, prenant gauchement en compte les processus adolescents qui devenaient peu à peu explicites à mes yeux. J’avais  14 ans.  Qui étais-je ? Rien d’autre qu’un ’’Grand Corps Malingre’’ habité par un esprit gravide d’une vie à vivre ? A moins que je ne fusse le Grand Meaulnes, Perceval ou Paris ? Je n’ai jamais réussi à le savoir.

Mais cette période très riche en sébum et en illusions fut curieusement le théâtre de mes plus grands étonnements dans la vie, comme le lever de rideau après les trois coups de la naissance, de l’enfance, de la préadolescence. Hibou attentif et pensif, sous mon if noir, je méditais et mon œil, rougi par une sagesse importune, contemplait le monde en y cherchant sa fortune. Arlequin, Pierrot ou Clown, ne sachant m’exprimer que d’ironie, je ne riais pourtant jamais, malgré mes oripeaux quadrillés de couleurs vives et ma collerette blanche.

C’était une banale journée de lycée. Sorti à 16 heures, je retournais chez moi, à l’autre bout de la ville, debout au fond d’un autobus plus qu’à moitié vide. A chaque station, s’égaillait dans la ville une partie des passagers tandis que d’autres y montaient du pas lent de fins de journées laborieuses.

A quelques stations de mon point de destination monta … la plus belle fille que j’aie jamais vue de ma vie : Je m’engage à en parler une autre fois…

Une ondoyante chevelure  noire lui faisait une étole sur les épaules, cascadant en deçà de sa taille fine. Sa robe était à son corps parfait un réseau de pudeur soulignant des formes sublimes. Elle monta à pas mesurés et s’assit en face de moi, sagement, tenant sur ses genoux un sac duquel dépassait une gerbe de fleurs. Elle rayonnait de lumière et lorsqu’elle leva les yeux pour interroger l’espace, je faillis tomber à la renverse ! Elle avait aussi les plus beaux yeux du monde, grands, immenses même, tranquilles, naturellement étirés vers les tempes, intenses, lumineux  et cependant pleins de douceur. Ou sont-ils ces yeux là ?  Etaient-ils bleux ? Noirs ? Verts ? Et qui était cette jeune fille ?

http://www.youtube.com/watch?v=oul-lKr4t5I

Blue Eyes, Elton John

Les Yeux

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux
Et le soleil se lève encore.Les nuits plus douces que les jours
Ont enchanté des yeux sans nombre ;
Les étoiles brillent toujours
Et les yeux se sont remplis d’ombre.

Oh! qu’ils aient perdu le regard,
Non, non, cela n’est pas possible !
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu’on nomme l’invisible ;

Et comme les astres penchants,
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l’autre côté des tombeaux
Les yeux qu’on ferme voient encore.

Sully Prudhomme,  Stances Et Poèmes

http://www.youtube.com/watch?v=YJthPRdgsXc

Lawn Ouyounek. Nancy AJRAM

Clair de Femme
 
La nuit
Parmi les choses du silence
Quand le jour pâle de ta chair
Pleure deux étés
Sur nos draps fins
Tes grands yeux noirs mouillés
Sont de purs assassins

Camal  ELMILI  HAMAYED, Copyrights et tous droits réservés

http://www.youtube.com/watch?v=pC2SND91Gug&feature=PlayList&p=1FAC2A6055EC450A&playnext=1&playnext_from=PL&index=6

Aquellos ojos verdes. Nat King Cole

Les Yeux d’Elsa,

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire
À l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L’été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L’iris troué de noir plus bleu d’être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le cœur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d’un firmament pour des millions d’astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L’enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d’août

J’ai retiré ce radium de la pechblende
Et j’ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa

Louis ARAGONLes Yeux d’Elsa, (1942)

http://www.youtube.com/watch?v=4ZIFhJ6fyzk&feature=related

Ochi chernye (Les Yeux Noirs) par Yvan Rebrof

Les yeux lointains

Chers yeux si beaux qui cherchez un visage,
Vous si lointains, cachés par d’autres âges,
Apparaissant et puis disparaissant
Dans la brise et le soleil naissant,

Et d’un léger battement de paupières,
Sous le tonnerre et les célestes pierres
Ah ! protégés de vos cils seulement
Chers yeux livrés aux tristes éléments.

Que voulez-vous de moi, de quelle sorte
Puis-je montrer, derrière mille portes,
Que je suis prêt à vous porter secours,
Moi, qui ne vous regarde qu’avec l’amour.

Les yeux lointains Jules Supervielle  (Le Forçat innocent)

http ://www.youtube.com/watch ?v=57tK6aQS_H0

Smoke gets in your Eyes. The Platters

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