En tant qu’ensemble de techniques et de cultures réunies par un groupement humain pour la satisfaction de ses besoins matériels et spirituels, la civilisation est née en Afrique noire vers 3 200 avant J.C.avec l’unification de la Haute et de la Basse Egypte par le pharaon soudanais Narmer. C’est là qu’ont été définis et caractérisés les éléments de civilisation que sont notamment les mathématiques, la médecine et l’architecture, grâce à l’écriture. Par la suite, les Grecs servirent de courroies de transmission du savoir vers l’humanité, en traduisant les textes égyptiens fondamentaux. (1)

L’Histoire de l’Afrique est méconnue, mais qui a eu l’intelligence et la curiosité de s’y intéresser sait parfaitement qu’au moins sept royaumes et empires prestigieux y sont nés, chacun apportant une part prodigieuse de … civilisation à l’humanité. Ce sont les :

 

Royaume d’Egypte (6ème millénaire AC)

Empire de Sumer (6ème au 2ème millénaire AC)

Empire Nok (7ème siècle AC)

Empire du Ghana (8ème siècle)

Empire du Mali (8ème siècle)

Empire du Zimbabwe (12ème siècle)

Empire du Songhaï (14ème siècle)

 

’’La période précoloniale (jusqu’au XIXème siècle) fut, pour le continent noir, une période faste, marquée par un bouillonnement culturel, un développement économique et une stabilité politique, incarnés, notamment en Afrique de l’ouest, par trois grands empires, celui de Ghana, de Mali, et du Songhaï, qui égalaient, en puissance, leurs lointains voisins arabes et européens, avec lesquels ils entretenaient des relations suivies. Leurs monarques étaient, d’ailleurs, sur bien des plans, en avance sur leur temps : 

Soundiata Kéita fit adopter, au 13ème siècle, une charte des droits de l’homme et du citoyen, la fameuse charte de Kouroukan Fouga, dont l’article 16 stipulait, déjà, qu’en plus de leurs occupations quotidiennes, «les femmes, doivent être associées à tous nos gouvernements».

 

Aboubakr II entreprit de traverser l’Atlantique et de rallier l’Amérique, bien avant Christophe Colomb, comme le rapporte l’auteur égyptien du 13ème siècle Al-Omary.

Mohamed Aboubakr créa, dès le 16ème siècle, une armée de métier et un ministère de…l’intégration pour les étrangers, arabes et européens, qui venaient dans le pays.


Il y eut, justement, parmi ces étrangers, un voyageur français, du nom de René Caillié. En route pour Tombouctou, il fit une halte à Djenné, le 11 mars 1828, et découvrit, en même temps que l’hospitalité du lieu, l’histoire de cette île, dont le fondateur (XIIème siècle), le sultan Konboro, s’était converti à l’islam… Il avait, à cette occasion, expressément demandé aux oulémas, les docteurs de la loi, de prier Dieu d’accorder au moins deux choses à sa ville.


La première : « Que, celui qui, chassé de son pays par l’indigence et la misère, viendrait habiter cette ville, y trouvât en échange, grâce à Dieu, abondance et richesse, de façon qu’il oubliât son ancienne ».

 

Et la seconde, encore plus étonnante : « Que la ville fut peuplée d’un nombre d’étrangers supérieur à celui de ses nationaux ». (2)

Sauvage, l’Afrique, n’est-ce pas ? Détail ’’amusant’’ : pendant qu’en Afrique il se trouvait des dirigeants assez humanistes et intelligents pour voir dans la mixité, l’échange et l’intégration les voies de l’épanouissement humain, ailleurs il apparaissait à tous que le maintien du rythme du développement socioéconomique passait par l’asservissement d’autres humains, la confiscation de leurs biens et le pillage de leurs ressources. Qu’ils fussent ou non héritiers des Croisés, lesquels, agissant conformément aux ordres du Pape Urbain II s’autoproclamaient sauveurs de la Chrétienté et soldats de ’’Deus lo volt’’, (’’Dieu le veut’’) pour aller porter l’horreur et la sauvagerie aveugle jusque dans le berceau d’Abraham. Au cours de leurs hautes actions humanitaires, ils pratiquaient entre autres, sans vergogne et sous les yeux de témoins irréfutables … l’anthropophagie (cf. Raoul de Caen etc.)! (3)

 

Revenons en Afrique !

L’actuel président français, lors de sa première ‘’sortie africaine’’ a osé dire, devant des universitaires sénégalais, à Dakar, en toute inconscience : « La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution. » A tous ces politicaillons européens houspillant leurs concitoyens pénitents et les invitant à moins de ’’repentance’’ au sujet des horreurs commises dans le passé, ouvrons les yeux :  

 

’’ De la conquête à la décolonisation, l’histoire de l’Afrique est celle du pillage des ressources, du massacre et de l’exploitation des hommes et des femmes et de la mise sous tutelle culturelle…

 

Face à la conquête française, la résistance africaine est réelle … Mais elle est rapidement écrasée … les expéditions militaires créent et jouent sur les divisions africaines…

 

… En agriculture, la monoculture est privilégiée, en dépit de son impact en termes d’épuisement des sols et de la chute des productions vivrières qui fait disparaître l’autosubsistance rurale. L’Afrique sert de réservoir de produits agricoles et de matières premières et de déversoir pour les produits manufacturés métropolitains. Le niveau de vie de la population stagne ou régresse au cours de cette période…

 

… Au nom d’une supériorité de civilisation, le racisme utilisé comme mode de gouvernement menace de détruire l’héritage culturel…

 

… La colonisation française en Afrique a donc été bien loin d’une « mission civilisatrice »…  

 

… En privant les pays colonisés de leurs capitaux et de leurs ressources, en empêchant le développement de l’industrie, elle a renforcé la pauvreté. En favorisant certaines ethnies…, voire en créant les clivages ethniques, elle a posé les germes des guerres dites « ethniques » présentés aujourd’hui comme une fatalité africaine.’’ (4) 

 

Rappelons-leur ce qu’a dit avec un cynisme à glacer les sangs, l’un de leurs illustres prédécesseurs, d’une autre trempe intellectuelle, il est vrai !

disraeli

’’Les colonies ne cessent pas d’être des colonies parce qu’elles sont indépendantes. ‘’

 

Ainsi, après cette immense ’’œuvre civilisatrice’’, qui peut s’étonner, sans hypocrisie du fait que …

 

’’ le continent africain en est réduit au rôle de mendiant international, Titanic économique et social, ravagé par le sida (25 millions de malades), il est depuis peu la victime de charognards venus des quatre coins du monde fouiller son cadavre riche en ressources naturelles.


Plus de 30 millions d’hectares de terres cultivables ont d’ores et déjà été louées à des pays étrangers, Chine, Inde et pays du Golfe en tête, pour cultiver blé, riz ou maïs. Les denrées produites seront ensuite rapatriées dans leurs pays respectifs.


Encore une fois, l’Afrique est flouée: les conséquences seront désastreuses dans un continent déjà fortement touché par la famine (38 millions de personnes risquent d’en mourir) qui n’a pas besoin de servir de mère porteuse pour des pays avides de profits.


D’autant que les loyers versés ont peu de chance de servir à la population, risquant de tomber dans la poche de dirigeants assassins…


Le monde entier envie les richesses naturelles d’un continent incapable de les exploiter et se propose donc de le faire à sa place, puis d’exporter la production, laissant les africains sans nourritures ni moyen d’en produire dans le futur: le continent noir semble donc condamné, victime d’un génocide alimentaire, orchestré d’une part par des profiteurs internationaux dénués de tout sens moral, de l’autre par ses propres dirigeant… (5)

 

Résumons donc : l’Afrique a été et continue d’être humiliée, violée, conquise, asservie, exploitée, manipulée, moquée et ruinée.

 

Bien mieux :

 

En en quittant les gênantes commandes directes, les pillards lui ont présenté, en guise d’au revoir, une facture incommensurable pour les ’’services rendus’’ et les ’’prestations fournies’’. Profondément humain apparaît aujourd’hui celui qui, parmi les créanciers, abandonne de façon théâtrale des miettes de ces sommes considérées très sérieusement comme dues !

 

Revenons maintenant à Copenhague :

 

Il s’agit également pour ce sommet tenu sous les auspices de la petite sirène énamourée, d’établir la contribution de chaque pollueur aux coûts de réparation et/ou d’adaptation.

Cette image montre à l’évidence comment distribuer la facture en fonction du degré “d’éclairement” et la répartition de la consommation électrique à travers le monde. C’est un indice du facteur de développement au sens occidental du terme.

 

’’Les pays industrialisés sont les principaux responsables du changement climatique, ils doivent prendre leur responsabilité…  


Dans son rapport annuel, la Banque mondiale a indiqué que les pays à revenus élevés, responsables de 64 % des émissions de gaz à effet de serre depuis 1850, n’en supporteront les conséquences qu’à hauteur de 20 %. Les pays en voie de développement, à l’origine de 2 % de ces émissions, en paieront les frais à hauteur de 80 %.


L’Afrique est d’ores et déjà touchée par le changement climatique, et les différents scenarii prévoient une aggravation de la situation dans les décennies à venir.  

Le continent, qui a le plus faible taux d’émissions par habitant, subira plus que tout autre l’impact du changement climatique. Les projections montrent que d’ici 2020, dans certains pays, les rendements de l’agriculture pourraient être réduits de près de 50 %. Entre 75 et 250 millions de personnes pourraient être exposées à un stress hydrique accru. La désertification et la perte des terres agricoles menacent environ 46 % de la superficie totale du continent africain.


Selon la Banque mondiale, une augmentation de 2 degrés de la température d’ici la fin du siècle mettrait entre 100 et 400 millions de personnes supplémentaires en danger de famine, et 1 à 2 milliard d’autres pourraient ne plus trouver suffisamment d’eau pour subvenir à leurs besoins.


L’institution chiffre à 325 milliards d’euros les besoins des pays développés pour faire face au réchauffement climatique d’ici 2030, alors que seulement 5% de ce montant est disponible aujourd’hui.’’ (6)

 

A l’heure ou sont écrites ces lignes, l’Europe, premier bénéficiaire du pillage de l’Afrique, propose, au lieu d’un total de 325 milliards d’Euros nécessaires à l’éradication des effets de leurs exactions – montant qui correspond à moins de la énième aide de la France à ses banques (360 milliards d’Euros) , de payer aux victimes, un Continent tout entier, un ‘’pactole’’ de 7,2 milliards … ! Et nous n’en sommes encore qu’aux promesses ! Que sera la réalité ? Comme d’habitude, elle relèvera de l’humour … douteux et du cynisme … authentique.

L’Afrique mirifique glissera alors dans une ère glaciaire d’une durée indéterminée. Elle n’aura ’’pas eu de chance’’, et comme dans certain pays ’’très sourcilleux sur le respect des droits de l’homme’’, elle va devoir payer le coût de la balle de son exécution !

 

Je m’efface et laisse trois grands Africains dresser le bilan conclusif des amours perverses de l’Afrique et de la civilisation occidentale :

Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible.

Le colonialisme, c’est maintenir quelqu’un en vie, pour boire son sang goutte à goutte.

http://www.youtube.com/watch?v=To1-ZVtIhec&feature=related

 

Laissons pour un temps les incertitudes de l’oralité, fussent-elles chamarrées en dithyrambe, évitons la tartufferie de l’orgueil national et la fausseté des valeurs enfermées dans ces coffres aussi méritoires qu’approximatifs que sont les grands’ œuvres de l’unité des Nations, fut-elle érigée en métronome de la civilisation humaine.

 

Dans les années soixante, ’’l’ingénieur au pull rouge’’ (René Dumont) prétendait que l’Afrique était mal partie. Il est certain que la colonisation l’avait laissée exsangue et défigurée, décomposée. L’admission de l’élite locale au bénéfice des privilèges exorbitants des colons ne doit être comprise que comme le salaire de leur complicité. Dans aucun des domaines, politique, économique, culturel… l’indépendance de ces pays n’avait été préparée. Dans les cas ou elle fut accordée sans trop de difficulté, c’est qu’elle représentait une bonne affaire ou un débarras pour la puissance coloniale, et un cadeau empoisonné pour les peuples africains.

 

N’est-il jusqu’aux frontières qui ne prenaient en compte rien d’autre que de sombres desseins stratégiques. Aucune marge de manœuvre pour qui prit la suite des pouvoirs coloniaux, et les dirigeants cités comme des exemples par ces pouvoirs étaient en fait des salopards majuscules, à leur service complètement inféodés. D’autres, déguisés en purs, nous saoulent encore de leurs pantomimes risibles car plus personne ne se soucie de savoir qui ils sont véritablement. La vertu est une valeur en chute libre ! Les quelques ’’têtes brûlées’’ qui ont refusé ce futur cabalistique le paient cher, presque toujours de leur vie.

 

Un demi-siècle plus tard, aujourd’hui en 2009, l’Afrique a toujours les pieds ferrés dans des starting- blocks rouillés, qui sont, selon la volonté et l’intérêt des négriers, des cothurnes ou des entraves, ’’comme au bon vieux temps’’, comme toujours.

 

Pour être reconnus, les fils prodiges d’Afrique, de par l’argent qu’ils peuvent produire, sont devenus des ’’produits’’ précieux et recherchés, rarement chez eux, – pauvreté contraint – mais partout ailleurs dans le monde. Ici pour en faire les meilleurs sportifs de la planète, là pour faire chanter leurs plumes inspirées, un peu plus loin pour prêter leurs voix à ce que la musique produit de plus beau et même ailleurs pour y choisir un président des Etats-Unis d’Amérique digne et respecté.

 

La première manche est gagnée par les Africains malgré les apparences car ils sont partis pour montrer la voie nouvelle. Ils montrent l’horreur de la pensée frelatée des racistes de tous bords et aspects, qui se dissout comme les bonhommes de neiges pris à témoins par les manifestants du Sommet de Copenhague pour frapper les imaginations sur la rapidité de la dégradation de notre environnement. Ils montrent aussi l’inanité d’une approche désordonnée, sectaire et en rangs dispersés des questions environnementales, la dégradation ne reconnaissant hélas aucune frontière.

 

Prenons de la hauteur et séchons nos larmes, celles des gens sincères comme celles des crocodiles, du Nil et d’ailleurs !…

 

L’Afrique Grandiose, la terre natale de Lucie notre mère à tous, couvre 6 % de la surface terrestre, et 20 % de la surface des terres émergées. Avec une population d’un milliard d’habitants, les Africains représentent 15 % de la population mondiale. Le continent est baigné par 4 mers et océans et se compose d’une cinquantaine de pays si l’on compte les archipels et le somptueux trait d’union Afrique-Asie qu’est Madagascar.

Mais hélas l’Afrique a atteint aujourd’hui un tel niveau de délabrement socio-économique qu’elle ressemble à une maman merveilleuse – Dieu, combien n’en ai-je connues – qui en paiement de son amour inconditionnel et total, est peu à peu ’’oubliée, délaissée, vilipendée, déportée, méprisée, dénigrée, critiquée, souffrante, et pourtant toujours vivante et compatissante; c’est elle qui gémit et endure … les douleurs de l’enfantement de la nouvelle humanité, à l’avènement des événements malheureux se nommant maladies endémiques, guerres, génocides, famines, catastrophes humaines ou naturelles etc.’’. (7)

Le sage malien Amadou Hampate BA corrobore cette image lorsqu’il souligne qu’en Afrique, « au côté visible et apparent des choses, correspond toujours un aspect invisible et caché qui est comme la source ou le principe. De même que le jour sort de la nuit, toute chose comporte un aspect diurne et un aspect nocturne, une face apparente et une face cachée. À chaque science apparente correspondra toujours une science beaucoup plus profonde, spéculative et, peut-on dire, ésotérique, basée sur la conception fondamentale de l’unité, de tous les niveaux de l’existence ». (8)

 

A propos, la petite sirène de Copenhague a une consœur  africaine, comme on s’en doute : elle se prélasse sur les berges fluviales et marines togolaises, nigérianes, congolaises et camerounaises et fait de fréquents voyages en Martinique et en Haïti. Elle se nomme Mami Wata et symbolise aussi bien la mer nourricière que l’océan destructeur. Elle manie le serpent avec maestria et elle est capable de produire des miracles puisque grande inspiratrice du vaudou … (9)

 

mo’

  

Notes & Bibliographie 

 

(1) A ce sujet, il faut absolument lire ’’L’origine négro-africaine du savoir grec’’

      de Jean Philippe Omotunde, éd. Menaibuc. 

(2) http://quimboiseur.over-blog.com/article-13014918.html

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Anthropophagie#XIe_au_XIXe.C2.A0si.C3.A8cle

(4) http://www.convergencesrevolutionnaires.org/spip.php?article273

(5) http://lemur.over-blog.com/article-le-pillage-de-l-afrique-n-est-pas-termine-38999846.html 

(6) http://www.actu-environnement.com/ae/news/print_news.php4?id=8345

(7) http://www.afrology.com/soc/pdf/aubin.pdf

(8) http://www.afrology.com/soc/sages.html

(9) http://fr.wikipedia.org/wiki/Mami_Wata

(10) http://blogs.smithsonianmag.com/aroundthemall/2009/04/the-many-faces-of-mami-wata/ (IMAGE DU TITRE)