Abou al-Hassan al-Madâ’inî (753 – 830) est considéré comme l’historien  arabe de la Conquête Musulmane de l’Asie Centrale.

Il est né à Bassora, en Iraq, ou il a passé toute sa vie. Ses  travaux ont été repris par Al Tabari qui les a incorporés dans son Histoire des prophètes et des rois, ouvrage faisant encore autorité de nos jours.

Al Mada’ini écrit : ’’Les Turcs demandaient d’un habile guide d’armée les qualités de dix animaux : la bravoure du coq, la chasteté de la poule, le courage du lion, l’agressivité du sanglier, la ruse du renard, la persévérance du chien, la vigilance de la grue, la prudence du corbeau, l’ardeur au combat du loup, l’embonpoint du yagru  (Buffle ? Yak ?), animal qui, malgré toute peine et tout effort, demeure gras. »

Partout et de tout temps, comme en témoignent les illustrations des cavernes préhistoriques aussi bien que le plafond de l’Opéra de Paris, l’homme s’est  servi des représentations des animaux dans ses rêves, dans les arts, dans la morale et même dans son système de pensée. Ces représentations sont ses identifications partielles, les miroirs de ses facettes, de ses pulsions dont l’ensemble forme l’unité de la personne humaine.

Que faut-il alors comprendre de l’aniconisme dans les religions révélées – les religions abrahamiques – de cette absence de représentations figuratives des humains, de leurs corps, de tous les animaux et jusqu’à tout ce qui possède une existence ? Contrairement à ce que l’on peut croire, l’interdiction la plus catégorique provient de la Bible et non du Coran :

’’Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent.’’ (Exode 20, 4 et 5)

En Islam, le Coran ne stipule aucune interdiction de représentation du vivant. Par contre, de très nombreux ‘’’Hadiths’’, environ 200, en parlent et certains d’entre eux interdisent clairement cette représentation. Néanmoins, son application n’est pas généralisée dans le monde musulman et les mongoles, les persans, les turcs et les occidentaux ne font preuve en la matière d’aucun rigorisme. Quelquefois cette représentation a été rendue nécessaire pour le fonctionnement des sociétés : billets de banques, armoiries etc.

Je finis ce tour de la question par un survol météorique de l’histoire des relations inter génériques HUMAINS-ANIMAUX :

Parallèlement aux cultures extrême-orientales et asiatiques au centre desquelles la mise en scène d’animaux était partie intégrante de la création littéraire, les cultures indo-européennes et les cultures orientales, aiguillonnée par les cultures africaines ont fait souvent appel au règne animal pour illustrer par l’exemple les leçons qu’elles donnent.

Esope était un esclave de Nubie. Phèdre (le fabuliste latin)  était aussi un esclave de Thrace (actuelle Bulgarie), Bidpâi d’Inde, Ferdoussy et Al Ibsihi de Perse, Luqman de Palestine (oui, celui du Coran), Babrias de Syrie, tous contribuèrent à faire de la ’’fable animalière’’ un genre littéraire qui connut le succès que l’on sait. C’est alors seulement que s’en emparèrent, Jean Pierre Claris de  Florian, Jean de La Fontaine, Etienne Fumars pour ne parler que des fabulistes français. Le plus grand d’entre eux, La Fontaine, reconnaît ses emprunts à ses prédécesseurs :

Je chante les héros dont Ésope est le père,
Troupe de qui l’histoire, encor que mensongère,
Contient des vérités qui servent de leçons.
Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons :
Ce qu’ils disent s’adresse à tous tant que nous sommes ;
Je me sers d’animaux pour instruire les hommes.

 

Les  femmes  sont  mélange  de  désir  d’une  certaine brutalité  et de l’exigence d’immenses égards. Elles adorent la force, mais une force qui parfois s’incline, et un tigre qui tantôt dévore et tantôt se fait descente de lit.

 Paul Valéry, Mauvaises pensées et autres

 Le tigre est l’emblème de la force et reste toujours lié au surnaturel. Il évoque ’’la puissance et la férocité’’, la chasse et la caste guerrière. Le tigre dévore les influences maléfiques et symbolise la longévité. En divers endroits du monde, il symbolise la foi, l’effort spirituel pour traverser au mieux le monde du péché et lorsque sa fureur se déchaîne, il symbolise l’obscurcissement de la conscience, submergée par le flot des désirs élémentaires déchaînés. En d’autres lieux, le tigre est considéré comme un initiateur et c’est lui qui conduit les néophytes dans la jungle pour les initier, en réalité pour les tuer et les ressusciter…

L’ours est fidèle, monogame et bisannuel dans ses devoirs conjugaux

Alexandre Vialatte

Puissant, violent, dangereux, fourbe et incontrôlable,  l’ours est une force primitive, cruelle et brutale. Cependant, on l’apprivoise facilement, il danse et il jongle même ! Par ailleurs, il est friand de miel, aliment le plus doux, goût qu’il partage avec les humains. Ce contraste le rattache à l’homme dont on dit qu’il est un avatar. On l’affuble aussi du rôle de ’’fantasme féminin’’ par sa  force physique et sa faiblesse morale et on l’implique dans d’innombrables légendes en en faisant un kidnappeur et un violeur de jeunes femmes, de même que le père naturel d’hybrides plus ou moins monstrueux.

 
 

Une femme sans homme, horreur, c’est une espèce de grand kangourou qui va partout avec une poche vide.

Violette Leduc

 Le kangourou est le symbole de la ’’maternité parfaite’’.  A la naissance, les bébés kangourous sont immatures et si petit qu’ils ne dépassent pas la taille d’un petit fruit. Tout de suite après la naissance, ils se glissent dans la poche de la mère et s’attachent à un des 4 mamelons qui y sont. Le bébé kangourou vit dans cette poche et s’y nourrit du lait maternel. Pour éviter qu’il ne tombe de la poche lorsqu’elle court, par exemple, la mère tend et resserre ses muscles pour que le bébé reste bien en place. Une femelle kangourou peut avoir jusqu’à trois bébés en même temps : un, assez grand pour sortir de la poche, un autre qui vit dans la poche, et un embryon en développement. Chacun des mamelons fournit un lait différent conçu pour chacun des stades de développement.

 

En vieux français, le lapin se nommait conin et  désignait, outre l’animal rongeur, le sexe féminin. Puis, Jeannot Lapin a cédé la charge  à  Minou  le  Chat. Le  sexe est alors devenu félin et carnivore.  (d’après Topor)

Un peu partout à travers le monde, le lapin est considéré, avec le lièvre, comme un symbole de fécondité. Très prolifique, il est symbole d’abondance et de travail même s’il est aussi associé à la crainte. Le lapin est d’un naturel aimable, franc, honnête, diplomate et aimé de son entourage. On appelle ’’chaud lapin’’ un homme qui collectionne les conquêtes féminines. [

C’est avec les bonnes bourgeoises qu’on fait les meilleures grues. 

Michel Audiard, Le désordre et la nuit

La grue symbolise la longévité et même dans certaines cultures l’immortalité. C’est notamment un symbole taoïste (Japon), des plus forts. Sa longévité lui viendrait d’une technique de respiration particulière que l’homme tente d’imiter depuis la nuit des temps. Si en Occident elle est un symbole de maladresse et de sottise, en Orient elle est surtout un symbole de fidélité. En Afrique on en a fait un modèle d’expression pour l’être humain puisqu’elle réunit les trois plus beaux attributs de l’expression : ’’La beauté, la mélodie  et  la danse’’. 

C’est l’eau qui fait le cygne. Qui veut faire le cygne sans l’eau fait l’oie.

Gilbert Cesbron

Oiseau à la blancheur immaculée, le cygne est symbole de pureté, de puissance, ’’de grâce et de lumière’’. Il est aussi le symbole du chant et de la musique, le gardien des poètes. Sentant venir la mort, il chante de façon merveilleuse, et une seule fois. Le ’’chant du cygne’’ représente donc un adieu à la vie, adieu  qui donne l’occasion de faire la dernière et la plus belle chose jamais faite.

Inspirateur du légendaire Concorde par son aérodynamique parfaite, époux fidèle et habile, père exemplaire, compagnon enjoué, rieur et élégant, quelle logique humaine l’a baptisé ’’fou’’ ?

p.p. mo’

On a nommé ’’Fou de Bassan’’ ce goéland vagabond des mers, en référence à son inconscience du danger et à son origine géographique, Bassan, petite île du Golfe d’Edimbourg. Il est liberté, bavardages, et rires et possède une maîtrise inouïe de son corps à l’aérodynamique parfaite grâce à laquelle il réalise des exploits physiques hors du commun. Aucune différence visible entre le mâle et la femelle. Le mâle fabrique le nid, puis la femelle rejoint le site et les couples, fidèles pour la vie, se reforment. Le mâle indique à sa compagne le nid choisi en le pointant du bec. Une impressionnante parade nuptiale commence alors jusqu’à ce que la femelle cède enfin. Elle pond un unique œuf, qui sera couvé par les deux parents qui se relaieront constamment, ne laissant jamais l’œuf seul. Plutôt que fou, n’est-il pas le ’’mâle parfait’’ ?

Deux  pigeons  s’aimaient  d’amour  tendre. Moralité : l’un deux s’ennuyait au logis. 

Tristan Bernard

Le pigeon, la colombe et la tourterelle sont les ’’dupes’’ par excellence et curieusement ils sont également ’’symboles de l’amour’’ ! Leur pacifisme, leur non-méfiance et leur fidélité expliquent probablement ce rôle. Ils privilégient la vie en couple et c’est même le mâle qui couve les œufs. Ils sont aussi symbole de pureté et de simplicité. Leur grande sociabilité en a fait également un symbole d’harmonie, d’espoir et de paix. En Afrique du Nord, certaine espèce de tourterelle est appelée ‘’Prie-Dieu’’ car la profondeur de son chant plaintif évoque la récitation d’une prière.

Croyez-le, le véritable amour est éternel, infini, toujours  semblable  à lui-même ;  il  est  égal  et  pur, sans démonstrations violentes ; il se voit en cheveux blancs, toujours jeune de cœur.

Honoré de Balzac

Petits perroquets africains, ’’les inséparables’’ sont ainsi nommés car les membres d’un couple passent une bonne partie de leur temps serrés l’un contre l’autre, bec contre bec. Ils s’apparient pour la vie et il est prouvé que lorsque l’un d’eux disparaît, son conjoint meurt rapidement. Ils sont les symboles de l’ ’’amour fusionnel’’.

’’L’amour fusionnel … n’est pas une attirance inconditionnelle et non intellectuelle vers la personne, mais réside avant tout dans la volonté de combler un vide et cela au moyen de cette fusion dans l’autre. En ce sens, l’amour fusionnel est souvent un amour plus calme, plus « intellectuel », représentant l’autre comme le moyen indispensable de combler le vide en soi. L’amour fusionnel est aussi un amour névrotique.’’

http://www.1001nuits.org/index.php?title=L’amour_fusionnel

   

Si les hommes avaient mis le bonheur au-dessus de tout, ils seraient restés poissons ou même moins. 

Pierre Albert-Birot,
Poète et dramaturge 1876-1967

 Le poisson est représentatif de l’élément dans lequel il vit : l’eau, qui se trouve être celui de la purification pour l’homme. Rares sont donc les cultures qui ne lui ont pas réservé une place de choix dans leur symbolique. En Extrême-Orient, les poissons vont par couples et symbolisent donc l’union. En terre d’Islam, le Coran parle souvent du poisson comme d’un don de Dieu aux hommes, et le poisson évoque la ’’fertilité, la richesse, la prospérité’’. D’ailleurs, rêver qu’on mange du poisson est de bon augure…

L’ensemble cervical du poisson est divisé en 5 compartiments :

–         Un bulbe olfactif
–         Des lobes optiques
–         Un cervelet
–         Un bulbe rachidien.
–         Le cerveau du poisson, contrairement à celui des autres vertébrés, s’occupe plus du traitement des informations sensorielles que de la réalisation des mouvements volontaires.

L’on comprend mieux ainsi la phrase en apophtegme qui semble une plaisanterie et … l’est à peine …

mo’

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