Il est normal que le toucher soit le premier sens à se développer dans l’utérus maternel car c’est celui qui concerne directement la plus grande surface de contact de notre corps avec le monde : notre peau. Après le toucher arrive à neuf semaines et en toute logique l’odorat qui aura à nous sensibiliser par l’olfaction à notre environnement, le véhicule de transmission étant alors l’air, et ce n’est pas peu. Dés les utérus, nous sentons les odeurs amniotiques mais le nez, l’organe dédié, ne jouera pleinement son rôle qu’à la sortie, au moment du contact avec l’air ! C’est ce fait qui a engendré la belle parabole que l’on retrouve dans nombre de religions qui précisent que la vie est un souffle divin !

 

Alors que les fonctions buccales et nasales sont associées et souvent même confondues dans nombre d’endroits, la voie yogi, redoutable connaisseuse de la machine humaine, nous explique clairement qu’elles sont distinctes. La respiration par la bouche ne serait qu’une mauvaise habitude survivant depuis les temps utérins et avant eux notre passé aquatique, puis amphibien. Par contre, la douche nasale quotidienne est un véritable miracle : Si l’on se lave l’ensemble nasal avec de l’eau tiède salée, on se met à l’abri de bien des problèmes – notamment de froid – et  j’affirme pour le pratiquer quotidiennement, que c’est d’une efficacité totale. Respirer par le nez est bien plus naturel car l’air, en passant par la muqueuse nasale, très vascularisée, humide et ‘’plantée’’ de poils protecteurs de diverses sortes, fournit au corps un air à la bonne température, débarrassé des poussières et autres corps étrangers, purifié et aseptisé  . Notre nez et ses dépendances sont en fait un super climatiseur d’une perfection technique à ridiculiser les marchands de rhumes, bronchites et angines en tout genre que sont les quincaillers de la ‘’clim’’! Partout, la nature a confié au nez le rôle de bouclier contre les excès du climat. Un exemple parmi 100 : les humains vivant dans des régions chaudes et humides, ont des nez larges et épatés, ceux qui vivent dans les régions froides et sèches, ont des nez plus grands et plus fins.  

Mais ce n’est pas tout, et le nez donne bien plus de choses que le seul air purifié et conditionné  : 50 millions de cellules y composent notre système olfactif, et nous permettent de distinguer plus de 5000 senteurs différentes qui peuvent s’assembler en des combinaisons infinies. Elles sont établies en réseau et desservent toutes, une certaine région du cerveau qui identifie la production d’odeurs, la trie et classe les produits pour une utilisation ultérieure, en mettant à contribution la mémoire. Oui, les odeurs s’associent toujours aux souvenirs !

 

Quant à cela, association de l’odorat et du souvenir, le phénomène a donné naissance à une discipline curative nommé l’olfactothérapie qui permet de rendre conscients de vieux conflits internes stockés au fond de nos pensées, de les rendre compréhensibles et partant, de les résoudre !  

  

Il est absolument imprudent et même dangereux de ‘’modifier’’ son nez car encore une fois, il a été conçu et calibré pour juger et trier, pour un ensemble psychosomatique  déterminé, ces signes qui constituent une preuve de vie, une attestation de passage : les odeurs ! Il est lamentable et réducteur que dans nos sociétés, les odeurs corporelles soient bien systématiquement assimilées à un manque d’hygiène, dont il faut se débarrasser. Une personne odorante  corporellement a peu de chances de séduire car la norme est l’inodore (ajouté à l’incolore et au sans saveur) alors qu’un amour fort ne peut se concevoir sans agrément et acceptation de l’odeur de l’objet de la flamme. Tout ceci pour dire qu’intervenir sur le nez déstabilise la personnalité. Plus précisément, ce qu’aucune et aucun rhino plastifié(e)  n’aura jamais le courage d’avouer, c’est que la capacité érotique en particulier en prend un sale coup ! Perte des repaires, bouleversement des références, modifications somatiques et répercussions psychiques : se faire bidouiller le nez c’est risquer de rompre un équilibre et ouvrir la boite de la sublime Pandore ! Ne faut-il pas être bien inconscient pour se hasarder à le faire car la partie de nous-mêmes qui sert à identifier le partenaire idéal, c’est en premier lieu le nez, plus surement encore que les yeux ! J’ai expliqué ailleurs que l’amour pour nos mamans était basé sur l’odeur des petites glandes de Montgomery qui en ornent les auréoles mammaires, une phéromone, une odeur ! Et puis … ne pas pouvoir sentir quelqu’un est une assertion suffisamment claire pour n’être même pas discutable, n’est-ce pas ?

Au plan esthétique, le nez campe le visage, il en constitue le centre et le point culminant. C’est lui qui donne le ton et détermine les harmonies. Le modifier est donc toucher à cette harmonie et si d’une pomme de terre vous faites, après choix sur catalogue, un pois-chiche, l’opération maraîchère sera peut-être une réussite, mais ce que vous gagnerez au plan esthétique, c’est la fadeur et l’insignifiance, voire la laideur ! La chirurgie esthétique peut certes changer l’apparence, mais il ne faut jamais oublier que la pièce d’origine, pour ingrate qu’elle puisse paraître au plan normatif, c’est-à-dire au regard de référentiels plus ou moins discutables, a été conçue pour vous et tout comme il n’existe pas 2 ‘’Rolls-Royce’’ absolument identiques, il n’y a pas davantage 2 nez identiques. La Nature procède toujours à des ajustements très personnalisés juste ‘’avant livraison’’ et si elle vous a affublé d’une différence qui vous déplait, sachez que c’était une nécessité d’une part et que d’autre part, votre appréciation est fausse dans 99% des cas ! Le désir de supprimer cette différence par une opération chirurgicale ne sera en fait explicable que par un regrettable manque d’auto-estime de votre part, un inavouable besoin de refuge dans la masse !  

 

Moins drôle encore est la suite !

 

La dictature sans merci de la mode est devenue une machine d’équarrissage de la diversité humaine. Elle contraint chacun à ressembler au plus grand nombre, dans le but semble-t-il de faciliter son gouvernement sur  nos vies. Elle veut que nous pensions tous la même chose, que nous voyions les mêmes spectacles, que nous consommions les mêmes choses et que nous tordions pareillement nos subjectivités pour les adapter aux stocks de produits qu’elle constitue pour des raisons bassement économiques : Ses prétentions territoriales vont jusqu’à exiger de nous l’uniformité physique. Ordre nous est intimé de rejoindre, sous peine de laideur, les cohortes d’archétypes fadasses, fussent-ils complètement étrangers à notre nature, à notre culture, à nous, à nos besoins et bien sûr, à nos attentes et à nos choix ! Les Noirs se font blanchir la peau, les Asiatiques se font débrider les yeux, les femmes plantureuses sont conviées à l’anorexie, et, pour recoller à notre sujet,  »on peut maintenant changer de nez comme de chemise, pour peu qu’on le trouve trop long, trop petit, trop gros, trop mince ou, à l’inverse, pas assez, comme on l’aurait voulu’’. Et les personnalités ’’précaires’’ d’obtempérer et de courir échanger leur appendice nasal, fabriqué par le meilleur faiseur de l’univers à leurs mesures pour des besoins précis, pour de vulgaires appendicules ridicules de forme standard et fabriqués en série dans des usines à mode. 

 

 

Mais la mode nasale pour les femmes a pris quelque distance avec cette fatalité trafiquée. Tendance égalitaire obligeant, elle dit que ces dames peuvent se permettre d’avoir de grands nez, de gros nez, des nez tordus ou bizarres sans que cela déroge à leur féminité ou porte atteinte à leur beauté. Les nez féminins partent donc en tous sens et en plus, ils ne se cachent plus. Ils se montrent et s’affirment véhémentement ! Exit la petite cacahuète retroussée et quasi invisible, canon de naguère ! Le petit nez a fait son temps. Adieu donc le petit pif discret des neiges d’antan, que  l’on mouchait en le tamponnant de percale précieuse et brodée ! Vive le nez, le tarin, le blaire, le naze, l’organe ! Et les femmes les affichent et force est de reconnaître que certains ensembles ravissent !

 

J’ai réuni ci-dessous les photos de quelques superbes demoiselles que l’importance de leur nez n’éloigne nullement des carrières publiques, voire des tréteaux et des podiums, des belles assez consistantes pour se clamer haut et fort ennemies jurées de la Congrégation des Petites Sœurs du Scalpel. Regardez comme leur ’’lumière’’ est tout de suite plus vraie, plus douce, plus pénétrante et bien sûr, plus attirante ! Que nous sommes loin des petits nez tachés de rousseur des vedettes des bandes dessinées pour préadolescentes qui ont régné sans partage jusque dans les années 60 et même 80 !

 

 

 

Pour ce qui concerne les hommes, le nez a toujours été un symbole phallique. Nombreux furent les lieux et nombreuses les époques à travers l’histoire de l’humanité ou l’on punit le délit sexuel par l’amputation du nez ! Un mythe populaire persistant essaie même de paralléliser les mensurations masculines nasales et autres, mais cela relève bien sûr de la plaisanterie de troufions sevrés ! Une chose est cependant prouvée : le nez se gorge de sang, donc de vie, during the intercourse : aimez et sentir …

Au niveau de la mode, alors que les nez féminins s’allongent, grossissent, dévient et se libèrent, les hommes ont tendance à faire rétrécir leurs nez, histoire d’effacer l’image du macho dominateur, inutilement agressif et brutal, signe de la déclaration d’une nouvelle guerre des sexes. Les icônes masculines du cinéma français des années 70/80 se devaient d’avoir des nez importants et l’on rougissait alors d’avoir un petit nez.

 

Pour poursuivre le panorama du nez, je demande à Charles, (Aznavour) de nous dire en chanson ce qu’il pense du ‘’radar de notre intelligence’’ …

 

Passons à la littérature et voyons ce qu’en disent quelques grands auteurs :

 

 

 

 

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=r91X_9h4LuM

Cyrano de Bergerac

(Tirade des nez)

 Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh! Dieu!… bien des choses en somme.
En variant le ton,-par exemple, tenez:
Agressif:  » Moi, Monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse !  »
Amical:  » Mais il doit tremper dans votre tasse !
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap!  »
Descriptif:  » C’est un roc !  C’est un pic ! C’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ?  C’est une péninsule !  »
Curieux:  » De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, Monsieur, ou de boite à ciseaux ?  »
Gracieux:  » Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?  »
Truculent:  » Ça, Monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ?  »
Prévenant:  » Gardez-vous, votre tête entrainée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol !  »
Tendre:  » Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane !  »
Pédant:  » L’animal seul, Monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamelos
Dût avoir sous le front tant de chair sur tant d’os !  »
Cavalier:  » Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode! «,
Emphatique:  » Aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral !  »
Dramatique:  » C’est la Mer Rouge quand il saigne !  »
Admiratif:  » Pour un parfumeur, quelle enseigne !  »
Lyrique:  » Est-ce une conque, êtes-vous un triton ?  »
Naïf:  » Ce monument, quand le visite-t-on ?  »
Respectueux:  » Souffrez, Monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue!  »
Campagnard:  » He, arde ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain !  »
Militaire:  » Pointez contre cavalerie !  »
Pratique:  » Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, Monsieur, ce sera le gros lot!  »
Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot:
 » Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie! Il en rougit, le traître!  »
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit:
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot: sot!
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

Fin 

 

Je terminerai ma plaidoirie en faveur du nez  »grandeur nature » garanti d’origine, God-made, la honte au front d’en avoir dit si peu, de n’avoir pas même évoqué certaine pièce de Nicolas Gogol qui me laissa longtemps sans sommeil après l’avoir lue, sans parler de l’importance du nez dans la peinture de Rembrandt, sans évoquer les fonctions spirituelles, ésotériques, érotiques, sociologiques, urbaines et conviviales du nez, et tant et tant d’autres choses… Mais je sais que comme à l’accoutumée (…), en traitant de ces omissions, vous verserez votre écot et prendrez la relève en ce débat.

Cependant, je ne puis me priver du plaisir de clore tout ceci par une évocation poétique ‘’à l’arabe’’, c’est-à-dire avec panache, humour et poésie, à la gloire des grands nez:

’’ La plus belle des demeures est ornée d’un patio

ou jaillit une fontaine’’

 

mo’

  

 

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