L’étude critique du récit des évènements importants montre que ces évènements ont toujours des causes profondes, qui les enclenchent et des causes directes, qui les déclenchent. Cette étude, c’est l’Histoire, laquelle peut être de mille sortes, chronique, hagiographique, humaniste, romantique, érudite, positive, économique, sociale, philosophique. Même lorsqu’elle est récit et non réflexion, alors qu’elle devrait avoir l’objectivité d’une science, elle subit l’influence ‘’du conteur’’, qui en général supprime ou aggrave les aspérités des faits, selon son statut. Honoré de Balzac a dit cela de façon savoureuse : ’’Il y a deux histoires : l’histoire officielle, ’’menteuse’’, puis l’histoire secrète où sont les véritables causes des évènements, l’histoire ’’honteuse’’.

En tant que citoyens d’un pays donné, nous pouvons être fiers de ses victoires, de ses conquêtes, de ses épopées et de ses gloires, nous pouvons faire nôtres les hauts faits de ses héros, fussent ces hauts faits totalement réprouvables au plan moral car depuis la nuit des temps, la morale de groupe, inféodée à une idéologie et à un idéologue, a partout phagocyté la morale individuelle et contribué à remplacer l’idéal de liberté par une inclusion dans des chimères identitaires, familiales, claniques, régionales, nationales, et autres.  

Mais il est un domaine ou nos orgueils citoyens se débrident sans nous écraser de culpabilité et de remords : c’est l’art ! L’humanité repose en partie sur un trépied constitué de :

La nature qui produit sans réflexion accessible à notre entendement,

La science qui est connaissance pure et dédaigne ses applications

L’art dont la notion reste à la fois imprécise, ineffable et irritante…

Tenons-nous en à l’acception de l’art en tant qu’ensemble des moyens pour produire une création esthétique. Le produit de l’art, l’œuvre d’art, production humaine, s’oppose aux choses naturelles. Elle s’oppose également aux autres productions de l’homme issues de la technique, parce qu’elle ne se préoccupe pas spécialement d’avoir une utilité quelconque. Sa finalité est d’ordre intellectuel ou esthétique, ces deux critères ne suffisant néanmoins pas à faire d’un produit quelconque une œuvre d’art, car y manquerait le ressort de la provocation de l’émotion qui peut le faire accéder au titre d’œuvre d’art.

 

Mieux, l’œuvre d’art n’est pas une réalité comme les autres, c’est une production humaine, certes, mais elle trahit une relation particulière de l’artiste d’une part et du spectateur d’autre part, à cette production. C’est donc une œuvre commune, une œuvre sociale. Plus, il ne fait pas de doute que le spectateur de l’œuvre d’art doit être considéré comme co-auteur de l’œuvre et c’est précisément pour cela que l’art a toujours été éminemment politique.

Les régimes totalitaires ne s’y sont jamais trompé et ont toujours et partout tenu à en contrôler les tendances, les motivations et les non-dits, pour en récupérer les forces mobilisatrices, identitaires et nationalistes.  

Les œuvres d’art symbolisent, miment même la vie de l’endroit ou elles se manifestent, et l’art sert alors d’algèbre dans la résolution des problèmes des citoyens, de leurs attentes et même de leurs besoins.  

Les pyramides d’Egypte sont la sanction de l’entrée en divinité des Pharaons, donc destinées à mettre une distance entre le roi-dieu et le vulgum pecus, tout en le rapprochant de son ‘’père’’, le soleil, Ré ou Ra.  L’autocensure fait le reste, aidée par le besoin humain de croire au surnaturel pour ne pas perdre la raison.

Quant à la forme pyramidale, son adoption est d’un prosaïque rassurant pour les esprits scientifiques, et frustrant pour les amateurs de mystères romanesques. Elle copie tout simplement la pratique de la sépulture par les gens du désert : Sur le corps d’un mort, on verse du sable pour le  protéger des chacals, des hyènes, des vautours et autres charognards. Le sable accumulé prend naturellement la forme d’une pyramide. C’est ce principe qu’ont probablement repris les Egyptiens à une échelle monumentale.  

Les pyramides  mayas –mésoaméricaines plus exactement- poursuivaient quant à elles les mêmes buts. Elles avaient adopté l’architecture verticale pour se rapprocher des dieux et se consacrer ‘’centre de l’humanité’’, concentrant en leur sein les fonctions du pouvoir religieux, politique et commercial. C’était le point culminant des agglomérations, des cités. Puis en cercles concentriques venaient alors les quartiers des nobles, des bourgeois et enfin des couches populaires. L’idée qui semble prévaloir est l’élévation vers la divinité, par la puissance, le savoir et la richesse. Ainsi, lorsque les mayas levaient les yeux vers le ciel, ils retrouvaient immanquablement l’image du pouvoir : divin, terrestre, politique, sociale et policier !  

Dans toutes les civilisations, les grandes œuvres auxquelles s’identifient les hommes ont toujours poursuivi des buts politiques, bien éloignés des raisons officielles et poétiques qui ne sont en fait que de la communication institutionnelle d’époque, à savoir LA PROPAGANDE :

Voici deux exemples édifiants, qu’un doctorant bien inspiré pourrait multiplier et nuancer en fonction de la géographie et de l’histoire à l’infini :   

Shah Jahan, souverain moghol du 17ème siècle,  était éperdument amoureux d’Arjumand Banu, sa troisième femme dont il fit sa favorite. Elle mourut en couches de leur quatorzième enfant, en exprimant un vœu pour le moins étrange : Que le Shah, en témoignage de leur amour, lui fit construire le plus beau mausolée jamais construit par un homme pour une femme.


Il exauça ce vœu et pour le faire, exigea les plus beaux matériaux du monde : marbre blanc de Jodhpur, cornaline de Bagdad, turquoise du Tibet, malachite de Russie, diamants et onyx d’Asie Centrale, jade de Chine, agates du Yémen, et de partout, de l’or, de l’améthyste, de la nacre, du corail, et du lapis-lazuli…

  
20.000 personnes y travaillèrent durant 22 ans sous la direction des plus grands maîtres de l’époque pour qu’en 1652 le dôme blanc se dressât enfin vers le ciel et étalât son indicible splendeur.

Cette merveille architecturale est conçue comme une pierre précieuse reflétant les différentes couleurs du jour et de la nuit, changeantes, a-t-on dit, comme l’humeur d’une femme : rose à l’aurore, éclatant de blancheur à midi, dorée au couchant, mystérieusement lumineuse sous la clarté lunaire.

 

Au XVIème siècle, le tsar de Russie, Ivan le Terrible, voulut bâtir un monument pour immortaliser sa victoire contre les Tatars, longtemps apparue comme impossible à la majorité des Russes. La construction de la cathédrale de l’Intercession-de-la-Vierge, communément appelée Cathédrale de Basile-le-Bienheureux débuta ainsi en 1554 et s’acheva en 1563 sur la place Rouge de Moscou.

 

À l’époque les dômes étaient dorés et en forme de casques russes, ce qui prouve bien l’allégorie de la grandeur de l’armée du divin tsar. En 1583, à la suite d’un incendie, les dômes furent remplacés par les bulbes que nous connaissons aujourd’hui. Cependant, ils ne furent peints qu’en 1670. Ses bulbes polychromes ont été une audace inouïe, elle-même symbolique de l’exploit de l’armée tsariste. D’ailleurs, depuis cette colorisation, la cathédrale est peut-être le monument le plus emblématique de l’architecture traditionnelle russe.

Conclusion provisoire

 

Shah Jahan, pas plus qu’Ivan le terrible n’ont ordonné de torturer ou d’estropier les architectes et ingénieurs auteurs des merveilleuses œuvres d’art ci-dessus décrites. Nous avons les preuves irréfutables que ces artistes ont tous deux signé d’autres œuvres par la suite, sous d’autres cieux ou là-bas même ! Cette déviation de l’information est aussi une forme de propagande, c’est à dire un discours non informatif répondant aux attentes pulsionnelles primaines des humains !

 

Le succès d’une entreprise de propagande dépend de son habileté à associer son ou ses thèmes à une des quatre pulsions humaines majeures parmi lesquelles figure, dans toutes les théories, l’agressivité. L’individu soumis à cette pulsion aurait tendance à agir en stricte conformité avec ce qu’on lui ordonne, et ce, même inconsciemment.

L’utilisation judicieuse de ‘’gadgets’’ symboliques, idées ou objets, est d’une importance psychosociologique déterminante. Ils sont autant de signes de reconnaissance entre les membres du groupe mais sont aussi utilisés comme les stimuli pavloviens. Ils frappent sans informer car ils ne mettent en oeuvre que l’émotivité. Combien d’individus dans ce groupe auront conscience d’être manipulés ? De très sérieuses expériences affirment que pas plus de dix pour cent se manifestent en tant qu’ ‘’actifs’’, réfléchissent et réagissent. 90% sont eux, ‘’passifs’’ et totalement perméables aux appels de la propagande.  

Or, ‘’propagande’’ est étymologiquement issue du latin ‘’propaganda’’, qui signifie : Les choses devant être propagées !  

 

mo’   

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