La semaine dernière, je vous ai présenté 7 ‘’ancêtres’’, personnages  dont les travers nous ont beaucoup appris sur nous-mêmes. Ils provenaient tous de croyances religieuses ou mythiques. Les 3 premiers que j’évoquerai aujourd’hui en ordre ‘’crescendo’’ ont des responsabilités dans la création et la communication de l’avenir, donc dans la divination, laquelle, en principe, n’est pas réservée aux humains, mais aux dieux et à certains de leurs servants initiés à cette « haute science », composée elle-même de sciences occultes dont les correspondances constituent l’intelligence de l’univers. 

 
‘’Ainsi, dans la Grèce antique ou en Étrurie, cohabitaient de savants astrologues philosophes et d’incultes « Daphéphages » ou « Coprophages », dont les prédictions reposaient sur les transes hallucinatoires induites par l’absorption de feuilles de laurier ou de … défécations humaines.’’ 

 http://www.science-et-magie.com/archives02num/sm49/4901voyantic.html

Mais laissons cela. Je reprends mon dit, laissant de coté les livres, et béquillant à l’aide de mes seuls bon sens et simplicité et vous demandant de m’écouter :   

Le verbe ’’complexer’’ est un néologisme récent qui signifie ’’donner des complexes’’   

Le mot ’’complexe’’, lui,  fut d’abord un adjectif, qui veut dire ’’qui contient plusieurs éléments’’ et partant, ’’difficile’’.   

Le substantif ‘’complexe’’ vient de ‘’cum’’ (= avec),  et du verbe latin ’’plectere’’ (= plier).

’’Complexer’’ c’est donc ’’plier avec’’. Cette base a été déclinée dans diverses disciplines, notamment,  

l’arithmétique,
l’algèbre,
la minéralogie,
la grammaire,
le droit criminel,
la psychologie.

 

Pour cette dernière discipline et deux de ses applications, la psychanalyse et la psychiatrie, les complexes sont des ensembles de représentations et d’images à forte charge affective, partiellement ou totalement inconscientes. Les complexes se structurent à partir des liens relationnels de l’histoire infantile et ont une influence sur les attitudes ou les conduites du sujet.   

En matière de psychanalyse, heureusement pour nous, vous et moi, je n’ai ’’fait’’ ni l’Ancienne ni la Moyenne, ni aucune Académie hellène, ce qui nous laisse quelque chance de nous comprendre, même si j’adore les ouvrages savants que j’ai consultés, lesquels, comme d’habitude, m’ont fourni des informations infiniment plus obscures, lorsque non absconses, que ce qu’ils prétendaient m’expliquer.   

Alors, je vous invite à regagner le divan doré et, en vous laissant pénétrer par le récit, préparez-vous à me dire, lequel de ces complexes me livrera le fond de votre âme. Je vous retrouve après la visite.  

  

Fille de Priam, Roi de Troie, et d’Hécube. Elle était d’une beauté stupéfiante, au point qu’Apollon  lui-même en tomba amoureux. Elle se promit à lui en échange de l’apprentissage de l’art de la divination. Mais une fois instruite de cet art, elle ne lui accorda qu’un simple baiser, en se moquant de sa naïveté. Alors le dieu, qui ne pouvait reprendre son don, lui retira le pouvoir de persuader et malgré l’exactitude de ses prédictions, personne ne la croyait jamais.  

   

Dans la sphère personnelle, le porteur du complexe messianique se prend pour le Sauveur, le Messie.  Dans la sphère sociale, le messianisme est un large mouvement défini comme étant « essentiellement la croyance religieuse en la venue d’un rédempteur qui mettra fin à l’ordre actuel des choses soit de manière universelle soit pour un groupe isolé et qui instaurera un ordre nouveau fait de justice et de bonheur »  

     

Sartre – encore lui… a dit qu’ ’’Etre homme, c’est tendre à être Dieu’’. En tout cas, beaucoup d’humains se sont soustrait à son empire pour tenter de gravir les degrés menant à son trône…  

Cette pulsion obsède et tourmente un Occident athée et matérialiste et constitue ce que l’on appelle le ’’complexe de Dieu’’ qui consiste en trois obsessions fondamentales :  

Aspiration à la compréhension et à la maîtrise du monde ;  

Possession d’une puissance créatrice illimitée ;  

Recherche d’une justice absolue.    

   

  

Le porteur du complexe n’est jamais sûr de l’affection qu’on lui porte, il peut être méchant et agressif. Il a un énorme désir d’amour absolu et de preuves d’affection constantes. Son idéal en amour est le couple fusionnel. Il peut facilement rejeter l’autre par peur d’aimer puis de perdre. Il a tendance à tout  intellectualiser mais en vérité refuse l’engagement avec une personne précise  

Une autre réaction possible est de se sacrifier, de toujours aider les autres dans le but d’être aimé. Ces personnes sont souvent envahissantes pour les autres.  

Ce complexe provient soit d’une absence d’amour dans l’enfance – absence de contact avec la mère, soit au contraire d’une concentration trop importante de l’amour des parents sur un enfant unique. Ce dernier voudra être le centre des êtres qui l’aimeront. C’est donc un partenaire assez difficile.  

  

   

Construit à partir du symbole phallique, le complexe de castration prend des allures différentes chez le petit garçon et chez la petite fille, lorsqu’il se déclenche.  

 Le premier craint de perdre ce qu’il a vu chez son père et qui permet à ce dernier de ‘’posséder’’ sa mère, la seconde s’aperçoit de son manque et cherche à le combler, au moyen d’un ‘’bébé’’  par exemple.  

C’est un complexe de base dans la théorie psychanalytique de la genèse des névroses, consistant dans l’angoisse d’être dévirilisé par punition, ou plus généralement dans le blocage de l’affirmation de soi et de l’émancipation lié à un sentiment imaginaire de culpabilité.  

      

C’est un complexe pénible car la personne atteinte se sent toujours coupable, se remet toujours en question, cela peut entrainer une dépression, voire un suicide. Il est cependant très fréquent.  

Dû à la rigidité de la conscience morale, de l’idée du devoir, il est une dramatisation systématique des moindres fautes ou erreurs. Il se traduit par l’autopunition. La vie du porteur est rongée par un perfectionnisme aussi inaccessible que sourcilleux. Il a peur du jugement des autres et, se méprisant soi-même, il ne se sent pas digne d’être aimé des autres.   

L’origine de ce complexe est la culpabilisation excessive, une éducation trop stricte, la comparaison continuelle avec autrui, etc.  

   

  

Le complexe d’infériorité appartient à la théorie psychanalytique d’Alfred Adler, disciple de Sigmund Freud. Il désigne la crainte de paraître inférieur aux autres : cette crainte sera vécue comme une entrave et troublera l’action du sujet.  

Cette crainte aurait pour origine soit une infirmité réelle, soit une éducation déficiente. Adler parle plutôt de ‘’sentiment’’ d’infériorité : l’individu cherche alors à compenser ces déficiences, pour devenir à l’issue de cet effort de compensation soit un ‘’génie’’, soit un ‘’malade mental’’, avec tous les stades intermédiaires…  

  

 

C’est un sentiment diffus de danger personnel imminent, de quelque chose d’imparable, ce qui entraîne le besoin de tout contrôler, provoquant un manque total de confiance. Ce complexe entraine une hyperémotivité anxieuse, une peur de la maladie, du lendemain, de l’incertitude. C’est une torture jamais reliée a quoi que ce soit de palpable, de réel. 

 Il provient d’une angoisse de mort au stade infantile, provoquée par l’instabilité, la peur de manquer, la peur de mourir, notamment de faim.  

      

La personne qui en souffre dramatise l’exclusion réelle ou supposée dont elle est victime et clame qu’on ne l’aime pas, qu’elle ne ressent aucun amour autour d’elle. Elle est toujours au bord d’une dépression, et n’est jamais sûre de l’amour qu’elle reçoit. Elle provoque intentionnellement des situations qui vont lui permettre de vérifier si elle est aimé ou non et pour se donner raison, inconsciemment, elle se choisit souvent des partenaires inaptes à l’amour qui la rejettent, ce qui ‘’lui donne raison’’ et lui permet de persister dans sa fausse croyance.  

Ce complexe nait généralement d’un sevrage mal conduit, d’une absence effective de la mère ou de l’arrivée d’un frère ou d’une sœur qui l’oblige à partager sa mère.  

    

 C’est le contraire du complexe d’infériorité : la personne se croit toujours supérieure aux autres. Selon les psychologues adlériens, le complexe de supériorité masquerait en fait un complexe d’infériorité se transformant et arrivant à se manifester par une « agressivité » hyper développée, qui conduit au mépris des autres, à la recherche de domination.  

      

Il s’agit pour la femme, d’un sentiment tenace d’être une laissée-pour-compte, de ne pas être regardée par les hommes, ou de façon passagère. C’est l’impression de ne pas être une femme valable dans le domaine des sentiments, de ne pas avoir ce qu’il faut pour retenir un homme. Cela s’accompagne d’un désir de revanche dans le domaine des activités sociales et professionnelles ou la femme est très brillante et réussit très bien.

   

   

Les adolescents sont comme le homard pendant sa mue : sans carapace, confronté à tous les dangers et à la nécessité de sécréter une autre carapace dans les délais les plus courts sous peine de finir dans le ventre d’un congre, ce poisson carnassier qui le fournit servilement en substances diverses dans l’attente de ce moment-là.

Pour les aider à accomplir cette métamorphose qui est comme une seconde naissance, la pédo-psychanalyste Françoise Dolto a élaboré ce concept et conseillé d’aborder clairement avec les adolescents tous ces dangers qui les guettent : l’amitié, l’amour, la sexualité, la violence, la drogue, la honte, les parents et les adultes, en leur en signalant les pièges et leur donnant des forces pour faire des choix, pour prendre les risques qui amènent à être responsables et autonomes, tout en aidant les parents à se détacher de leurs enfants avec moins de souffrance et plus de respect.

   

   

Pour échapper à une union incestueuse avec son père, le roi qui venait de perdre son épouse, une jeune et belle princesse s’enfuit du château paternel, revêtue d’une peau verte d’âne qui lui donna son nom de Peau d’Âne. Le prince d’un autre royaume où elle finit par s’installer l’ espionna et en tomba follement amoureux. Il demanda alors qu’elle lui fît un gâteau. En le confectionnant, elle laissa tomber sa bague dans la pâte. Le prince demanda immédiatement que toutes les femmes et demoiselles du pays viennent essayer la bague. Aucune n’avait le doigt assez fin pour entrer dans la bague. Alors on fit  venir Peau d’Âne… Le prince l’épousa et la princesse fut épargnée du mariage avec son père…

      

Le concept fut développé par le psychanalyste Dan Kiley, dans les années 80. Son nom a été inspiré par Peter Pan, le héros de J. M. Barrie mais il n’est toutefois pas reconnu comme maladie mentale.

Le syndrome apparaît le plus souvent au début de l’âge adulte, lorsque l’individu commence à avoir des responsabilités et qu’il ne les accepte pas toujours.

 Le plus souvent il s’agit de célibataires, enfants de pères souvent critiqués à la maison par la mère et réagissant par la passivité au lieu de fournir son point de vue. Il s’agirait dans ce cas d’un mimétisme de la fuite.

 

Comme promis, me revoici. Vous ne pouvez dire que l’achalandage est pauvre ! J’aurais pu en fait ajouter d’autres ‘’articles’’ mais je pense que vous avez compris le système de création des complexes et c’est ce qui importe. Oui, le complexe suit les fluctuations d’une certaine mode et c’est normal. La pression sociale est d’abord vécue comme une entrave à la liberté individuelle. L’individu génère des défenses au prix de rancœurs, malaises, inconforts, dont le faisceau est complexogène.

Certaines évidences sont néanmoins très curieuses et l’interrogation à leur sujet est riche d’enseignement. Deux observations me viennent à l’esprit au sortir de ce petit périple dans les replis de notre âme…

En premier lieu, si j’étais une femme, épouse et/ou mère, la lecture de ce texte m’aurait assurément plongé dans un trouble abyssal car à voir que toute vie humaine est en fait un babillage de l’enfant avec sa mère, qu’il aime, qu’il n’arrive pas à quitter, qu’il ne rêve que de retrouver – regressus ad uterum-, à voir que tous nos travers et toutes nos frustrations ont pour origine ou cause un rapport mère-enfant mal construit ou mal appréhendé, je me dirais qu’avant de s’embarquer dans la conquête de l’espace, l’exploration de l’infiniment grand et de l’infiniment petit ou simplement de se lancer dans la  bataille pour la vie, l’homme aurait peut-être mieux fait de prêter une attention plus grande à sa relation à sa mère, au lieu de se contenter de crier, sa vie durant : ‘’Maman je t’aime’’ !

En second lieu, considérons les deux photos ci-dessous :

   

Celle de droite est une jungle de fils électriques flottant dans l’espace, située derrière une série d’armoires électriques et d’ordinateurs de très grandes tailles, et leur ensemble forme un complexe gérant une usine énorme.

Celle de gauche représente à peu de choses près le même ensemble de fils, mais soigneusement rangés en faisceaux parfaitement répertoriés.

Deux façons de penser ? L’ordre et le désordre ? – Et bien non, ce n’est pas si simple.

Ces ensembles de fils étant destinés à une utilisation humaine, ils sont plus ‘’pratiques’’ lorsque proposés sous la forme de gauche. Plus pratiques, maispeut-être pas plus justes ! On comprend dés lors que la qualité est un degré d’observance de référentiels, de normes ! Les référentiels et normes sont une vérité exprimée dans une réalité, visible, accessible à notre sensualisme – Condillac- avant de l’être à notre raison. Dans une autre réalité, en serait-il de même ? Même si cela choque notre bon sens, même si en fait nous n’admettons que ce que nous nous expliquons, et la physique quantique en est la parfaite illustration, la réponse à la question est NON ! Feynman a bien écrit ‘’Personne ne comprend vraiment la physique quantique’’ et Einstein a avoué avec humour avoir de gros problèmes de compréhension la concernant même s’il ne pouvait qu’en reconnaître la justesse !

Je suis obsédé depuis fort longtemps par la similitude des réalités de la physique quantique et de la psychanalyse … entre autres ! Toutes deux croient que ce qui est, a la forme d’un ‘’millefeuille de réalités’’ et que le plus modeste des atomes a un rapport direct et instantané avec tous les autres, fussent-ils situés à l’autre bout de l’univers.

Finissons-en : Les complexes ressortissent d’une réalité aussi ardue d’approche que la physique quantique car comme elle, ils mettent en œuvre mille  feuilles de la pâtisserie considérée. Il existe autant de ‘’complexes’’ que ne posent de questions nos incompréhensions de notre psyché.    

Le psychanalyste Guy Massat a publié le 1er mars 2009, sur le site Psychanalyse-Paris.com, un éditorial intitulé ‘’Chan, physique quantique et psychanalyse’’ ou il disait notamment : ‘’ C’est sur le couple inséparable  »pulsion de mort » et  »pulsion de vie » que repose la technique psychanalytique. Ne nous faut-il pas inclure la mort dans notre propre vie ? Voilà qui diffère de l’exclusif principe d’identité. On devrait maintenant, avec l’inconscient et la physique quantique, dire et penser : « la même chose peut être et n’être pas en même temps et sous le même rapport ».

http://www.psychanalyse-paris.com/Chan-physique-quantique-et.html

Avant de vous laisser en paix, acceptez mes salutations et cette apostrophe taquine de Jacques Lacan, le célèbre psychiatre et psychanalyste :  

’’Si vous avez compris, vous avez sûrement tort’’     

mo’                                                                     

 

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