A une période de ma vie durant laquelle pourtant manger quotidiennement m’importait bien plus que de nourrir mon esprit, je m’étais mis en tête de collectionner les livres dont j’avais réellement appris quelque chose. Assez rapidement, je m’étais retrouvé à la tête d’une petite bibliothèque dont les pièces, sinon rares et coûteuses, étaient du moins originales et belles. Refusant de lire – jusqu’à présent, les ‘’livres de poche’’ et autres produits de grandes surfaces, je faisais l’effort de n’acquérir, quoi qu’il m’en coûtât, que de la belle ouvrage, parfaitement imprimée et convenablement reliée. Lorsqu’il s’agissait d’un ouvrage de seconde main, étant maniaque sur l’hygiène, j’éliminais sans examen tout objet tâché, abîmé et même corné.  

 

La conjoncture était particulièrement favorable car les départs des étrangers étaient innombrables et l’on pouvait acquérir, à titre d’exemple, des ouvrages de La Pléiade jamais ouverts, au prix d’un kilogramme de viande auprès de bouquinistes dont certains n’avaient jamais lu la moindre ligne.

 

Dans le cadre d’un travail important que je tentais de faire pour le compte de la Radio – Télévision nationale, j’eus affaire avec de nombreuses ambassades qui m’offrirent quelques ouvrages de leurs fonds promotionnels. Comme de bien entendu, les représentations les plus avares étaient celles des pays les plus riches, alors que les plus généreuses étaient celles des pays les plus pauvres. A titre d’exemple, l’Ambassade de Pologne m’avait offert une collection d’ouvrages photographiques retraçant l’histoire de l’art populaire polonais à couper le souffle. L’Ambassade de Chine m’offrit, elle, un  somptueux coffret spécialement consacré au fabuleux peintre Xu Pei Hong. L’Ambassade du Mali se défit à mon profit d’un panneau mural utilisé comme un panneau d’affichage dans certains villages de ce pays, une espèce de dazibao africain… D’un professeur de philosophie qui appréciait mon application, j’avais reçu un livre de nouvelles dédicacé d’Henri de Montherlant. J’ai perdu tous mes trésors dans des conditions peu croyables dont je me réserve de vous conter les détails. Ce n’est pas l’ordre du jour, je vous laisse donc, haletants de curiosité et poursuis avec mon sujet.

 

Suite à ce sinistre, j’ai procédé à une profonde réforme de ma conception d’une bibliothèque et décidé que je ne garderai à l’avenir que les ouvrages de référence, les dictionnaires, les encyclopédies, les recueils de poésie et les livres techniques et m’empresserai de donner, d’offrir, les romans et écrits éphémères.

 

Je suis un gros paresseux qui doit compenser par l’astuce les nuisances de sa tare. Est-ce de la paresse ? Rien n’est moins sûr. Je reviendrai un de ces lundis sur le fait de ne rien faire, tout à fait différent du farniente. Cette inactivité que je crois riche de mille possibilités, vous le verrez, n’a rien à voir avec l’oisiveté italienne, agréable et douce. Je n’en puis dire pour l’instant que ce qu’en a dit Pierre Reverdy : ’’ J’ai tellement besoin de temps pour ne rien faire, qu’il ne m’en reste plus assez pour travailler.’’

Mais le soir ou je m’endormirai sur le constat que durant la journée qui s’achève je n’ai rien appris, je crois bien que je m’endormirai pour toujours, estimant que mon disque dur sera saturé et l’animal-moi, bon pour la réforme.

J’ai viscéralement besoin de faire ma promenade quotidienne dans les livres et ayant fui plusieurs cathédrales du savoir, je sais depuis fort longtemps ce que disait l’historien visionnaire anglais Thomas Carlyle dans Héros et culte des héros : ’’La véritable Université de nos jours, est une collection de livres’’.  C’est tellement vrai que je suis sincèrement admiratif des gens qui n’éprouvent aucun besoin de lire. Comment font-ils pour vivre ?

Je vais même plus loin et je fais totalement mienne cette déclaration trouvée dans les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar : ’’Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour la première fois un  coup  d’œil  intelligent  sur  soi-même : mes premières patries ont été les livres.’’

Le Coran dont photo ci-dessus, date du XIIIe siècle et a atteint la somme record de 2,3 millions de dollars.  Cet exemplaire du Livre Sacré est écrit  entièrement avec de l’encre d’or. Il est accompagné d’annotations rédigées avec de l’argent. Ce Coran est le plus cher jamais vendu aux enchères dans le monde mais bat également tous les records de prix pour un manuscrit islamique.  

 

Souviens-toi que le livre sacré n’est exalté par-dessus tous les livres

que parce qu’il a subi lui-même l’épreuve du temps.

Hafiz

Les Ghazels

  

Poème didactique sur la grammaire, en mille vers environ, composé par Djemal Ed-Din Sidi Mohammed lbn Malik El-Jayyani, né en 1203, à Damas, où il mourut en 1273. Il prétend contenir toutes les règles de la grammaire arabe, sans aucun oubli !

 

Je regarde la grammaire comme la première partie de l’art de penser. Etienne de Condillac

 

L’auteur, illustre inconnu, est Tomas Alexander Hartmann et il se déclare être le plus grand philosophe de tous les temps. Son livre, « La Tâche » comporte 13 pages, il a été tiré à un seul exemplaire et est cotée à 153 millions d’euros.  

 

En moins de trois cent phrases, l’auteur prétend avoir répondu aux trois dernières grandes questions de l’humanité : d’où venons-nous, où allons-nous et quelle tâche nous reste-t-il à accomplir ?  

 

La version définitive et originale du livre sera écrite dans la langue de l’acheteur. Le texte traduit dans cent cinquante langues est coulé dans une reliure d’or fin, grâce à une technique particulière. L’acheteur bénéficiera également de l’ensemble des droits d’exploitation.

 

Lucidité, superficialité, vénalité : toutes les qualités

pour bien coller à la réalité.

Philippe Sollers

  

3,20 mètres de long par 2 mètres de largeur, pesant quelque 250 kg.  

 

Le texte illustré de 160 pages, intitulé selon une traduction littérale, ’’Le Meilleur de la pensée universelle’’ rassemble pensées et aphorismes de 2.000 auteurs et personnalités, de Confucius à Gabriel Garcia Marquez, en passant par Shakespeare, Gandhi et Mère Teresa… 

 

L’architecture ne sera plus l’art social, l’art collectif, l’art dominant. Le grand poème, le grand édifice, la grande œuvre de l’humanité ne se bâtira plus, elle s’imprimera.

Victor Hugo

 

Un trésor bibliophile: le plus petit livre au monde, un abécédaire à peine plus gros qu’une tête d’épingle, relié à la main en cuir. D’une longueur de 2,4 millimètres x 1,5 mm de largeur x 2,9 mm de hauteur, il pèse seulement environ 5 mg, et comporte 32 pages. On ne peut le lire qu’avec une loupe et une pince à épiler

 

Combien fécond le plus petit domaine, quand on sait bien le cultiver.

Johann Wolfgang von Goethe

  

Selon les mots mêmes de Raymond Queneau dans sa préface, « Ce petit ouvrage permet à tout un chacun de composer à volonté cent mille milliards de sonnets, tous réguliers bien entendu. C’est somme toute une sorte de machine à fabriquer des poèmes, mais en nombre limité ; il est vrai que ce nombre, quoique limité, fournit de la lecture pour près de deux cents millions d’années, en lisant vingt-quatre heures sur vingt-quatre ».

 

Le livre est composé de dix feuilles, chacune divisée en quatorze bandes horizontales et chaque bande porte un vers. En tournant ces bandes comme des pages, on peut sélectionner pour chaque vers une des dix versions proposées. Les dix versions de chaque vers ont la même scansion et la même rime, ce qui assure que chaque sonnet ainsi assemblé est régulier dans sa forme. Il y a 1014 soit bien 100 000 000 000 000  de poèmes potentiels.

 

Queneau ajoute : « En comptant 45s pour lire un sonnet et 15s pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails) »

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cent_Mille_Milliards_de_Po%C3%A8mes

 

 

Un poème est un mystère dont le lecteur doit chercher la clef.

Stéphane Mallarmé

  

’’Au temps où il était «fouille-merde», c’est-à-dire agent secret, son héros a appris «l’art de passer inaperçu». On n’en dira pas autant de Mathias Enard qui, loin de se fondre dans la foule saisonnière des écrivains aux audaces mesurées, se distingue d’emblée en établissant le record 2008 de la phrase la plus longue: un peu plus de 500 pages. Une épreuve, dans tous les sens du terme. Car «Zone» est le soliloque fiévreux et halluciné, torturé de mille souvenirs infernaux, d’un homme bringuebalé dans le wagon surchauffé qui l’emmène de Milan à Rome (distance: 500 kilomètres, un par page, où l’on devine que rien n’est laissé au hasard dans cette odyssée chaotique savamment construite, qui emprunte à Apollinaire son titre et la vision crépusculaire d’un «aveuglant soleil des cous coupés»).’’

 

Par Grégoire Leménager

http://bibliobs.nouvelobs.com/20080905/6960/voyage-en-enfer

 

Entre le point d’exclamation de la vie et le point d’interrogation de la mort : tout n’est que ponctuation.
Tristan Maya

  

« Trahir qui disparut, dans La disparition, ravirait au lisant subtil tout plaisir. Motus donc, sur l’inconnu noyau manquant – « un rond pas tout à fait clos finissant par un trait horizontal » -, blanc sillon damnatif où s’abîma un Anton Voyl, mais d’où surgit aussi la fiction. Disons, sans plus, qu’il a rapport à la vocalisation. L’aiguillon paraîtra à d’aucuns trop grammatical. Vain soupçon : contraint par son savant pari à moult combinaisons, allusions, substitutions ou circonclusions, jamais G.P. n’arracha au banal discours joyaux plus brillants ni si purs. Jamais plus fol alibi n’accoucha d’avatars si mirobolants. Oui, il fallait un grand art, un art hors du commun, pour fourbir tout un roman sans ça ! »

 

Georges Perec qui m’a personnellement délecté de ses mots croisés, prétendait à juste raison, que les contraintes formelles sont un puissant stimulant pour l’imagination. Il s’en est imposé de sacrées dans La Disparition, roman de 300 pages n’utilisant pas une seule fois la lettre la plus commune de la langue française : le ‘’e’’. Ce personnage principal est hominisé en Anton Voyl que ses amis tentent de retrouver selon les règles du polar, chacun par une piste différente. Absence, vide, manque, virginité, silence, et énigme sont les thèmes principaux de ce livre fondé sur le jeu et le défi technique, au service d’une écriture parfaitement maîtrisée et littéraire.

 

Perec se joue en virtuose des contraintes et multiplie les clins d’œil : ‘’Ni une, ni deux’’ devient sous sa plume et sous la contrainte de ne pas utiliser de ‘’e’’ : ’’Ni six moins cinq, ni dix moins huit’’. De même, ‘’prenant ses cliques et ses claques’’ devient : ’’ayant pris son clic sans pour autant qu’il omît son clac’’.

 

On ne devrait lire que les livres qui nous piquent et nous mordent.

Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas

d’un coup de poing sur le crâne,

à quoi bon le lire ?

Franz Kafka

 

 

Commandé à son auteur par le vizir de Tunis dont la virilité marquait des signes de faiblesse, ce manuel d’érotologie est infiniment plus distingué, riche et drôle que le décharné  Kâma-Sûtra  de l’auteur médiéval Indien Vâtsyâyana. Entre autres qualités, Le Jardin Parfumé a l’immense privilège de n’être jamais vulgaire ou même douteux, et toujours respectueux des femmes. A ce niveau, il a même dû faire quelque bruit lorsqu’il a été publié, au début du XVIème siècle. Ecoutons l’auteur : « les femmes valent mieux que les hommes. Elles leur sont supérieures en tout et surtout dans l’art de jouir et de réfléchir« . Bien envoyé, non ?

 

Dire qu’un livre est moral ou immoral n’a pas de sens,

un livre est bien ou mal écrit, c’est tout.

Oscar Wilde

(Préface de Le portrait de Dorian Gray)

 

  

C’est un magnifique ouvrage relié de plus de 200 pages qui prétend faire le point sur les leçons retenues par un Don Juan, de l’ensemble de sa vie de tribulations et aventures féminines, innombrables, diverses et variées : Rien. Les 200 pages sont blanches. Allusion à l’incompréhensibilité de la psychologie féminine pour l’homme. Ce livre-gag a été le cadeau branché pour les célibataires endurcis des ‘’30 glorieuses du progrès humain au siècle dernier’’ (1960-1990).  

 

Les neuf dixièmes des livres existants sont des inepties,

et les livres intelligents ne sont que la réfutation de ces inepties.

                                                   Benjamin Disraeli

mo’

Publicités