Google a signalé à mosalyo la naissance subreptice cependant que lucide, d’un blog intriguant sans être intrigant pour autant.

Je m’y suis rendu en deux clics et j’ai avalé à la régalade le flacon sans rechercher l’ivresse, persuadé qu’elle ne pouvait qu’y être. J’ai apprécié le non-conformisme, la liberté de ton et l’élégance de l’écriture.

Lorsqu’on m’en donna le titre, je faillis tomber à la renverse :

charivariblog

http://charivariblog.blogspot.com

L’auteur savait-il qu’un charivari est un bruit discordant accompagné de cris et qu’à ce titre, fol est celui qui l’aime ?

Savait-il qu’Emile Littré, le meilleur des lexicographes, en donne un sens variant dans lequel un charivari est un ’’Concert ridicule, bruyant et tumultueux de poêles, de chaudrons, de sifflets, de huées, etc. qu’on donne en certaines localités aux femmes veuves et âgées et aux veufs qui se remarient, et aussi à des personnages qui ont excité un mécontentement.’’  ?

Cette batterie de choses bruyantes est censée produire une cacophonie propre à traduire le trouble de l’harmonie du monde. Refaire l’erreur du mariage ! Vous rendez-vous compte ? En d’autres contrées, par plaisanterie, on attache des objets métalliques vides et bruyants aux pare-chocs arrière des voitures des jeunes mariés, avec l’expression-explication consacrée :  »Just married ».

Le Charivari est aussi un journal illustré satirique français, qui parut de 1832 à 1937 et se complut dans l’opposition politique, devenant par là-même la cible privilégiée de la sourcilleuse censure de l’époque.

Juste en passant, un charivari est aussi un pantalon d’équitation bouffant porté à l’origine par les cavaliers russes et que ce mot fut emprunté du turc ’’salawari’’ et probablement aussi  de l’indien ’’saravara’’ qui signifie également pantalon. Plus prés de nous, vous aurez déjà repéré la ressemblance de ces mots avec notre ’’sarouel’’ dérivé de l’arabe classique ’’sirwyl’’ ou ’’sirwal’’…

Quel est le concept original ? Impossible de le savoir. Du moins n’y suis-je pas parvenu. Mais comme dit, cela ne m’empêcha nullement de tirer de l’aile comme une chauve-souris se guidant à l’écho, pour aller voir de plus prés de quoi il retournait dans ce charivari-là.

Il y a des textes d’humeur et de poésie surtout, belle, élégante, très éloignée des âneries poussives des rimailleurs du vendredi, samedi ou dimanche, jours ou l’actualité gominée baisse la garde. De la poésie propre à désaltérer l’âme.

Lorsque se perd au fond de moi
Mon âme à blues et à tempêtes,
Voleur de verbe, épris de voix,
Cherchant le nord ou de guingois
Je m’invite chez les poètes …

http://charivariblog.blogspot.com/2010/08/le-chant-de-lhomme.html#more

Et puis il y a aussi du verbe haut, de l’invective et de la corde   pour pendre les salopards des 4 points cardinaux ou étriller les avares du cœur qui forment les déciles de … ’’Cette chienne de vie’’. ’’Mondo Cane’’…

  • Ceux qui passent sans voir, parce qu’ils ne voient jamais les autres
  • Ceux qui changent de trottoir et, définitivement, d’itinéraire
  • Ceux qui vous regardent et ne s’arrêtent pas
  • Ceux qui vous voient en évitant soigneusement de vous regarder
  • Ceux qui s’arrêtent pour vous reprocher d’en être arrivé là
  • Ceux qui s’apitoient sans s’attarder
  • Ceux qui vous font l’aumône d’un conseil et vous expliquent la voie du salut
  • Ceux qui vous jurent qu’ils feraient bien quelques pas à vos côtés mais se dépêchent de déplorer leur impuissance en pestant contre l’acharnement du sort à votre encontre
  • Celui qui s’évertue à vous mettre debout et se hâte de décamper en faisant semblant de ne pas voir que vous avez 2 jambes cassées et la moelle épinière rompue…
http://charivariblog.blogspot.com/2010/08/lechelle-des-fils-dadam.html#more

Et chacun doit visiblement s’interroger pour savoir s’il est visé ou non par l’accusation … Résonnent alors dans mes oreilles les paroles du Clown de Giani Esposito

Se voi non comprendete
si vous ne comprenez pas
almeno non ridete
au moins ne riez pas !

http://www.dailymotion.com/video/x46gwi_giani-esposito-le-clown_music

Qu’y a-t-il à comprendre, Monsieur le Clown ?

Lorsque naguère il vous amusait d’être  »Gatsby le Magnifique » et que vos courtisans s’appliquaient, non pas à vous ressembler, ils ne l’auraient guère pu, mais simplement à réclamer le privilège de vous admirer, je me rappelle que vous n’étiez avare ni de vos biens ni de vos conseils ni de votre appareil.

Je me rappelle que femmes et hommes de la terre entière bourdonnaient autour de vous, vous suppliant d’accepter de les intégrer dans l’orchestre au son duquel vous faisiez danser le monde.

Vous étiez bien pratique, certes Monseigneur : généreux, intelligent, ouvert, et drôle à souhait. Je disais alors de vous que vous étiez un terroriste du bien et je me rappelle que vous m’aviez tancé sèchement pour vous avoir caché une souffrance. Vous la soulageâtes immédiatement …

 

Je me rappelle aussi qu’un jour, alors que je me promenais dans mon jardin de Boujloud, à Fès, au pied de cette noria nostalgique à pleurer, l’on vint me confier les dispositions comminatoires que par bravade, par fierté et par entêtement, vous aviez décidé, en toute légitimité, de prendre dans votre vie…

Peu de temps après, le sourire de deux ’’poupées de chair, poupées de sang’’ me convainquit d’ouvrir mon nécessaire de couture pour raccommoder les haillons de votre impossible chlamyde. Je compris que vous preniez alors la mesure de votre erreur d’aiguillage et à nouveau m’éloignai de vous. C’est en priant que j’ai assisté à votre douloureux et interminable kobara (2). Nous n’en avons jamais parlé mais j’avais compris que trop de succès brouille la vue, fait mépriser la logique et que l’implacable lucidité le cède souvent au rêve. En l’occurrence, elle vous fit avouer à la déesse extatique …

Dans ton île, ô Vénus ! Je n’ai trouvé debout
Qu’un gibet symbolique où pendait mon image…

http://baudelaire.litteratura.com/?rub=oeuvre&srub=pov&id=127

Pensant à vous, je me suis ressassé mille et une fois la chute merveilleuse du ’’Cimetière Marin’’, m’attendant à tout instant à ce que le  bouillonnant pur-sang que vous étiez alors, rompît le silence et l’immuabilité et cessât la maladive contemplation de votre quadrige emballé !

Non, Non !… Debout ! Dans l’ère successive !
Brisez, mon corps, cette forme pensive !
Buvez, mon sein, la naissance du vent !
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme… O puissance salée !
Courons à l’onde en rejaillir vivant !

Oui ! Grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remord l’étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil,

Le vent se lève !… il faut tenter de vivre !
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
Le toit tranquille où picoraient des focs !

Paul Valery, Le Cimetière Marin

Le ’’complexe de Becket’’ (3) vous prit alors et vos principes ne firent qu’une bouchée de votre conduite. Un entêtement à peine humain vous enlisa dans les beautés glauques du gyokusaï (4) jusqu’à la gêne et même au refus de voir que vous aviez, comme vous dites ’’2 jambes cassées et la moelle épinière rompue’’.

Mais je vous connais trop pour ignorer que bien évidemment, les chromosomes ’’p21’’ de votre capacité régénérative montrent là, dans ce charivari de lumières et de fulgurances, qu’enfin le goéland que vous êtes a trouvé en ce blog le promontoire rocheux battu par les tempêtes, duquel il va pouvoir comprendre, admettre et parer le monde.

Alors, que l’oiseau de mer lustre vite ses plumes : le plectre – la richa (5) , dont il pincera les cordes de son luth, et la rémige qui fixera les mots de son poème généthliaque ! Geindre et pleurer sont utiles pour offrir un répit et ne pas laisser retomber la saine colère, mais bien vite il faut cesser. il faut tenter de vivre ! ordonne le poète, plus haut !…

Je suis franc : oui, je vois poindre l’espoir là ou on l’attend le moins.

Ni chasseur ni gibier, rien qu’homme chez les loups,
Moins rêveur qu’innocent et lâche sous les coups,
Sur mes airs d’oiseleur j’ai traversé la vie,
Occultant la laideur et en payant le prix.
http://charivariblog.blogspot.com/2010/08/rien-quhomme-chez-les-loups.html#more

Quant à votre solitude, elle est un choix n’appelant aucun commentaire sous peine de ridicule et même si elle est ’’dommage’’, elle est quand même digne. Alors payez-vous le luxe d’une nouvelle canne, comme Monsieur Balzac ! La canne de l’humour que je suis étonné de trouver si peu dans votre charivariblog et que pourtant vous maniez si bien !  Vous n’en avez pas l’humeur ? Empruntez ! Même votre ami Charles, Baudelaire je veux dire, guère joyeux d’habitude, y a recours. Vous savez probablement ce qu’il a dit de la solitude, ce faux problème !

’’Presque tous nos malheurs nous viennent de n’avoir pas su rester dans notre chambre, » dit un autre sage, Pascal, je crois, rappelant ainsi dans la cellule du recueillement tous ces affolés qui cherchent le bonheur dans le mouvement et dans une prostitution que je pourrais appeler fraternitaire, si je voulais parler la belle langue de mon siècle.’’

Charles Baudelaire, in La solitude, in Le spleen de Paris

Tout le monde aura compris que je vous connais bien Monsieur Camal E.H. auteur de ce blog. Mieux que ne vous connaissent  les amis de mosalyo (https://mosalyo.wordpress.com) puisque oui, c’est bien vous, mon Puîné, célèbre en cet espace pour vos commentaires drôles, taquins, bien écrits, virulents mais  plein de pudeur et de tendresse !

Vous faites dire à l’un de vos personnages, gravement :

Toi qui vas m’enterrer, fais graver sur ma tombe :
« Il vécut d’illusions et d’elles il succombe. »

http://charivariblog.blogspot.com/2010/08/rien-quhomme-chez-les-loups.html#more

Comme dit la petite rapeuse, ’’Non, non non, je ne veux pas t’enterrer’’, je préfère déguster longtemps encore tes mots et ton impertinence et me régaler de ces délices royales que tu appelles bien modestement …

’’Du temps de cerveau gratuit

& des bribes de cœur à l’œil’’

http://charivariblog.blogspot.com

mo’

 

 

(1)   A la question toujours posée « Pourquoi écrivez-vous ?« , la réponse du Poète sera toujours la plus brève « Pour mieux vivre« . Saint-John Perse Extrait de Réponse à un questionnaire sur les raisons d’écrire

(2)   Kobara : au Japon, suicide rituel ’’pour le bien des enfants’’

(3)   Complexe de Becket : lorsqu’on se laisse investir, envahir et diriger par sa fonction comme Thomas Becket, 1117-1170, Archevêque de Cantorbéry entre 1163 et 1170. ’’Dès qu’il fut nommé, une transformation radicale du caractère du nouveau primat s’opéra à la stupéfaction générale, du roi et de tout le royaume. Le courtisan gai et amant des plaisirs fit place à un prélat ascétique en robe de moine, prêt à soutenir jusqu’au bout la cause de la hiérarchie. Dans la Légende dorée, Jacques de Voragine raconte qu’il se mortifiait en portant le cilice caché sous ses habits et que, chaque soir, il lavait les pieds de treize pauvres, les nourrissait et les renvoyait avec quatre pièces d’argent. http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Becket

(4)   Giokusaï : au Japon, suicide d’honneur pratiqué notamment par les soldats, pour éviter de se rendre.

(5)     Richa : plume en arabe. En musique, lamelle souple en plume ou en corne dont on se sert pour toucher les cordes de certains instruments, dont le luth.

Publicités