La vacance est le temps pendant lequel une fonction n’est pas remplie ; c’est un temps d’interruption de travaux, un ’’temps mort’’ tout à fait nécessaire à l’équilibre de ce mélange d’esprit et de corps, de psyché et de soma  constituant l’individu.

C’est le temps ou l’esprit flotte au gré des vents, des voyages, des flots, des envies et des plaisirs, le temps ou l’on balise le monde de subjections habiles et l’épice de fantaisies accommodantes.

En un mot, en vacances, l’on harnache le monde pour l’orienter et lui donner un sens. C’est l’univers du mouvement, de la nuance, composé de nombres, de directions et de sens. C’est le mode de vie vectoriel.

Mais il est un univers ou ces subtilités de direction et de sens n’existent pas, ou seuls les nombres bruts servent à l’appréciation, ou l’importance, la quantité et même la qualité ne sont déterminées que par leur mesure. L’univers de l’échelle. C’est le mode de vie scalaire.

Tous les mots comportant la racine ’’scala’’ sous-tendent l’idée de mesure et le scalaire, petit poisson d’aquarium doit sans doute son nom à ces larges bandes noires ou colorées qui zèbrent son corps et figurent des indications de mesure, comme l’epitonium doit le sien aux fortes côtes de sa coquille qui mesurent les étapes de son âge et sa santé…

La science de la mesure au sens le plus large – opération qui consiste à donner une valeur à une observation – est la métrologie, qui désigne également l’ensemble des technologies utilisées pour cela.

C’est la science-reine des civilisations agonisantes. La pensée, rendue stérile par le vieillissement, se met à produire dans un désordre total des ’’données’’ sans intérêt pratique, destinées principalement à justifier des décisions prises bien avant et dont les effets ne sont pas particulièrement convaincants.

Ainsi des indicateurs du développement qui permettent de mesurer quantitativement le développement. Plusieurs générations d’indicateurs, de plus en plus riches, se sont donc succédé et on leur accorde une importance assurément exagérée :

–         Le PNB ou produit national brut, mesure le niveau de vie des pays
–         Le PIB ou produit intérieur brut
–         L’IDH ou indicateur de développement humain
–         L’IPH ou indicateur de pauvreté humaine
–         L’ISDH ou indicateur sexo-spécifique du développement humain

 

En quelques rares lieux ’’ou souffle encore l’esprit’’ on pense qu’ ’’il est temps en effet de reconsidérer les indicateurs qui conduisent nos sociétés’’, http://www.ecolopop.info/2009/09/objectif-mesurer-le-bonheur/7282 autrement dit, de risquer un œil en dehors de ’’nos’’ certitudes et de nos œillères, d’accorder attention aux autres humains et à leurs façons d’appréhender la question de la mesure de l’avancée de l’homme et de sa recherche du bonheur.

Cette étude de l’autre peut réserver de grandes surprises, comme celle que l’on a lorsqu’on apprend que le petit Royaume du Bouthan, coincé entre la Chine et le Bengladesh  possède une des politiques les plus originales et peut s’enorgueillir à ce titre de donner une leçon de civilisation au monde entier !

’’L’une des particularités du Bhoutan est sa poursuite du bonheur à travers l’amélioration de son BNB, pour bonheur national brut. Là où la majorité des gouvernements se basent sur la valeur du produit national brut (PNB) pour mesurer le niveau de richesse des citoyens, le Bhoutan a substitué le BNB pour mesurer le niveau de bonheur de ses habitants. Cet indice se base sur quatre dimensions, piliers du développement durable, à savoir :

  • la croissance et le développement économique responsables ;
  • la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise ;
    • la sauvegarde de l’environnement ;
    • la bonne gouvernance responsable.’’

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bhoutan

Lorsqu’on s’intéresse aux autres, à combien d’années lumière de notre honteuse pensée matérialiste se situe la Civilisation Amérindienne, elle qui a su intégrer l’homme au cycle de la Nature ?

’’Ces hommes avaient trouvé leur juste place dans le cosmos, au sein d’une nature qu’ils respectaient et adoraient. Ils ne cherchaient pas à accumuler richesses et bien-être, mais à se forger une âme forte en harmonie avec le monde.

Savoir s’intégrer respectueusement à l’univers des forêts ou des plaines, savoir reconnaître l’étincelle du sacré dans chaque parcelle de vie … Ce peuple garde un sens de la communauté très prononcé, où l’individualisme conduit à la honte et aux reproches.

La générosité et le désintéressement sont considérés comme des qualités primordiales. Cette culture est fondée sur le respect des enfants, des personnes âgées, sur la solidarité et sur la vie en communauté… ’’Les Amérindiens’’ considèrent le vivant et le mort, la terre et le ciel, comme des éléments unifiés, faisant partie d’un même ensemble.’’

L’étude de ’’l’autre’’ permet de constater que l’adaptation des modes de vie des Lapons, des Mongoles, des Tibétains, des Sahraouis, celle des Gitans et des Roms et autre peuples nomades sont autant de modèles civilisationnels intéressants, qui ont permis la maîtrise d’immenses territoires désertiques par une vie intelligente, écologiquement acceptable et supportable pour la planète, une symbiose avec la nature.

Alors qu’on veut nous forcer à une sédentarité docile et grandement dommageable, on reconnaît maintenant partout que les principaux progrès de l’homme sont dus au nomadisme et cette adaptation est mise en péril par les modèles imposés, que nous nous entêtons à considérer encore comme la voie unique du bonheur !

Jacques Attali précise dans son passionnant ’’L’homme nomade’’, Editions Fayard, 2008 : ’’ La sédentarité n’est qu’une brève parenthèse de l’histoire humaine. Durant l’essentiel de son aventure, l’homme a été façonné par le nomadisme… Contrairement à ce que laisse croire l’histoire telle que la racontent les sédentaires, il n’a pas fallu attendre l’agriculture pour que débute la civilisation.

Au contraire, c’est pendant des centaines de millénaires nomades qu’ont été faites les principales innovations dont les sédentaires se sont ensuite servis : le feu, les rites, les vêtements, la chasse, les outils, l’art, les langues, la musique, la peinture, la sculpture, le calcul, le péché, l’éthique, l’arc, le commerce, les marchés, la loi, le bateau, la métallurgie, la céramique, l’élevage et l ‘écriture sont là bien avant que des nomades décident de s’établir paysans. Et ce sont d’autres nomades encore, un peu plus tard, qui inventeront l’équitation, la roue, Dieu, la démocratie, l’alphabet, le livre, la marine, entre bien d’autres choses encore ».

La sédentarité conduit doucement l’humanité à son extinction mais cette dernière, dont l’instinct de survie est certainement la principale force, prend peu à peu conscience que son environnement est devenu un immense mouroir, certes un peu plus trompeur que les hospices des grandes pestes mais infiniment plus encombrés puisque tous les humains ou presque ’’y vivent’’. De danger en danger, de défi en défi, nous sommes conduits du berceau vers une mort avare qui ne nous lâche qu’une fois ruinés. Le commerce de la médecine et de la mort sont les plus florissants de ce monde surchargé, étouffant et étouffé. L’on retient la vie par tous moyens alors qu’elle n’est plus que survivance, qu’elle devient indécente, et ce, au nom de chimériques valeurs qui sont en fait des pécunes sonnantes et trébuchantes déguisées. La gérontologie est la science économique de l’avenir et rien ne laisse entrevoir un changement d’attitude, un retour vers le respect de la dignité humaine.

Contre les royaumes des marchands, beaucoup commencent à évoquer à nouveau une haute culture de rêve et de lumière capable de s’opposer au rationalisme de l’Occident, d’apporter aux hommes le secret de l’harmonie avec le monde et la nature. 

–         Alors ou est donc ce bonheur rêvé, réclamé à cors et à cris par tous ?

–         En Finlande prétendent les conclusions d’une étude du magazine américain «Newsweek» qui a procédé au classement des « 100 meilleurs pays dans le monde » en s’appuyant sur des données socio-économiques et politiques objectives et vérifiées.

http://www.newsweek.com/2010/08/15/interactive-infographic-of-the-worlds-best-countries.html

–         La Finlande ?  

–         Oui, un pays composé de milliers de lacs et d’îles innombrables, il couvre une superficie totale de 338 000 kilomètres carrés semi-désertiques ou règne un climat rigoureux, peuplé seulement de 5,3 millions d’habitants ce qui lui confère l’une des plus faibles densités de population au monde.

–         Qu’est-ce donc qui en fait le pays le plus agréable à vivre ?

–         C’est ce pays qui a obtenu les meilleurs classements dans 5 domaines différents sensés constituer les fondements du ‘’bon vivre’’ :

  • L’Education
  • La Santé
  • La Qualité de la Vie
  • Le Dynamisme Economique
  • L’Environnement Politique

La présentation du résultat de ce travail est une prouesse technique, très agréable, très conviviale et de savantes interactivités permettent même de comparer, rappeler, détailler et bien sûr, expliquer. C’est un bel outil d’étude, une espèce de trousse de géomètre, permettant de mesurer le monde en tous sens, en tous domaines, dont il faut mettre le lien sur son bureau, absolument.

Voici, à titre d’exemple, un tableau regroupant les classements et performances de 4 pays ayant d’intenses relations humaines : le Maroc, La Tunisie, la France et le Canada et, comme référence, la Finlande.

  Maroc Tunisie France Canada Finlande
Education (rang) 79/100 77/100 14/100 2/100 1/100
Santé  (‘’) 66/100 42/100 7/100 7/100 17/100
Qualité de la vie (‘’) 63/100 60/100 11/100 10/100 4/100
Dynamisme éco. (‘’) 48/100 58/100 18/100 11/100 8/100
Environnement po. (‘’) 78/100 88/100 16/100 10/100 6/100
classement général (‘’) 67/100 65/100 16/100 7/100 1/100
performance sur 10 5,84/10 5,89/10 8,32/10 8,72/10 8,89/10

… benchmarking …

L’outil est même ludique et si, comme moi, vous vous y attardiez un peu, vous pourriez y ramasser des pépites de culture d’une extrême rareté :

–         Si vous êtes un passionné du cerf-volant, ou se situe donc votre paradis terrestre ?
–         Si vous vouliez épouser la carrière de rappeur, ou vous faudra-t-il donc aller vivre ?
–         Et si vous ployiez sous le poids des ans, ou donc vous faudrait-il aller vivre pour avoir une vieillesse heureuse ?

Voici donc une mise en bouche de ces curiosités, humoristiques ou loufoques, ’’scientifiquement’’ étayées !

Le guide de poche du monde

–         Le meilleur endroit pour jouer au cerf-volant : L’Inde
–         Le meilleur endroit pour le sexe : La Tchécoslovaquie
–         Le meilleur endroit pour vivre sa ’’gai-té’’ : La Hollande
–         Le meilleur endroit pour les propriétaires de chien : La Belgique
–         Le meilleur endroit pour dîner : L’Espagne
–         Le meilleur endroit pour le voyage routier : L’Afrique du Sud
–         Le meilleur endroit pour la musique : Le Mali
–         Le meilleur endroit pour avoir un enfant : La France
–         Le meilleur endroit pour le climat : Malte
–         Le meilleur endroit pour être vieux : Le Japon
–         Le meilleur endroit pour être rappeur : La Suisse
–         Le meilleur endroit pour se faire opérer : Le Brésil

 

Il y a plus d’un siècle qu’Emile Zola faisait la distinction entre le bonheur, la vérité et la science : Il s’interrogeait alors : ’’La science a-t-elle promis le bonheur ? Je ne le crois pas. Elle a promis la vérité, et la question est de savoir si l’on fera jamais du bonheur avec de la vérité. Emile Zola

Chacun de ces mots restant à définir, bien évidemment. Mais le changement de cap de la pensée universelle transparait clairement dans cette phrase d’Arnaud Desjardins, homme de télévision qui a fait découvrir en France quelques grandes spiritualités : ’’Le bonheur, on ne le trouve pas, on le fait. Le bonheur ne dépend pas de ce qui nous manque, mais de la façon dont nous nous servons de ce que nous avons.’’

L’étude du fonctionnement des civilisations a engendré une abondante littérature plus ou moins inspirée mais dont on peut dégager un consensus depuis les 20 dernières années.

–         Korten (1990) identifie les acteurs importants de la civilisation .Pour lui, ce sont le Prince, le Marchand et le Citoyen.  

–         William Bradley (1995) partage cette idée d’une division tripolaire mais précise que le n’est acteur qu’encadré au sein d’organisations de base.

–         De son côté, Verhagen (1998) identifie un quatrième secteur qui est le pouvoir religieux organisé.

En synthèse conclusive, Jacques Attali et à son ’’homme nomade’’ croient pouvoir annoncer que contrairement à ce qu’indique une lecture littérale du rapport de l’étude de Newsweek, bien loin des caprices toujours expliqués a posteriori de la croissance économique, et contrairement aux promesses des PNB et des PIB, des IDH même, qu’on le veuille ou non, l’avenir de l’humanité va encore confirmer un peu plus le matérialisme têtu de l’homme, puisqu’il s’annonce déjà comme démocrate, religieux et marchand

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