Les vêtements sont une expression de l’individu.

Par sa façon de s’habiller, tout individu exprime et véhicule des idées dont il n’est pas forcément l’auteur mais qu’il choisit d’épouser et qui sont présentes dans le fond de l’air et le gré du temps. Ce choix s’opère souvent sans la moindre réflexion même, compte tenu de la vitesse vertigineuse atteinte par l’évolution des modes de pensée et de vie. Etre à la mode n’est plus du tout être dans telle situation ou tel état mais être en mouvance perpétuelle pour absorber la création ‘’artistique’’, technologique et industrielle. J’aime la force évocatrice de la phrase portugaise apanhar a onda, littéralement ’’attraper la vague’’ ou mieux, le ’’courant’’. Etre à la mode, c’est surtout revendiquer le statut de ‘’possesseur de l’information’’ relative à l’évolution du monde.

Je ne m’inscris pas le moins du monde dans ces préoccupations et je n’ai jamais eu de rapports avec la mode, autre que celui tendant à avoir, bien malgré moi, une certaine influence dans un microcosme au sein duquel j’ai effectivement pu ’’être suivi’’ pour mon amour immodéré de la couleur noire et aussi pour mes arrangements capillaires, desquels, bien avant les Beatles et Antoine, je me servais pour redessiner mon portrait que je n’aimais alors pas forcément et me composer un look de poète, ‘’’échevelé, livide au milieu des tempêtes’’ de mon impétueuse jeunesse.

Pour habiller mon corps, j’ai, depuis le départ, choisi de le faire de la façon la plus sobre qui soit, étant, de fabrication, allergique à l’ostentation et jaloux de mes expressions que je n’aurais, pour rien au monde, confiées à des frusques, si prestigieusement signées fussent-elles. J’ai toujours eu le goût des vêtements beaux, agréables à porter, et pour l’acquisition desquelles je paie avec plaisir un savoir-faire, une maestria même à son juste prix et qui, en aucun cas, ne me déguise en porte-manteau. Tout signe du fabriquant me fait fuir et je me rappelle avoir converti en serpillère 3 chemises Dior qui me plaisaient bien en essayant d’en ôter le ‘’logo’’ sur la poitrine que j’ai involontairement converti en trou …

Je vous invite à visiter la galerie de mes ‘’appointés’’ – with mo’s warrants of appointments, ces prestigieux artisans qui gèrent ma très modeste garde-robe, laquelle s’enrichit d’un objet nouveau au rythme effréné d’un achat tous les … 5 ans.

Mon tailleur

Italie- Angleterre est évidemment une affiche de rêve pour tout amateur de football. C’est la garantie d’un spectacle très physique, fort, viril, et une démonstration de savoir-faire impressionnant.

Italie- Angleterre en matière d’habillement est aussi un rêve : ’’Un rêve de perfection européenne ou la rigueur et le confort anglo-saxon rencontrent la créativité et le charme italien’’… http://www.cifonelli.com/cifonelli-tailleur.html

Ces deux qualités sont rarement atteintes. Mais elles le sont quelquefois. C’est le cas d’une griffe que peu connaissent : Cifonelli, Tailleur à Rome et à Paris. (Prononcez ‘’Tchifonelli’’)

Chaque pièce est une pièce unique fabriquée à la main à 100% dans les ateliers propres et non dans d’obscurs ateliers ‘’exotiques’’. 20 mesures sont nécessaires et le destinataire détermine lui-même les éléments de son costume : formes, finitions, doublures, revers du col… Alors seulement, avec patience et application, des tailleurs qualifiés se livrent, pendant près de 70 heures, à un minutieux travail qui donne corps à la nouvelle pièce.

C’est dire si cela n’a rien à voir avec les innombrables succursalistes du luxe chez qui, soyez-en conscients, vous ne payez rien d’autre que les salaires des ravissantes hôtesses d’accueil, la phénoménale publicité et l’écœurant ’’show-off’’ sous forme de sponsorisations diverses. Vous payez ainsi très cher le droit au simple autographe d’un industriel quelconque. Les signes visibles – lettres, étiquettes, formes répétitives etc.- sont de toute façon pour moi le comble de la vulgarité et du mauvais goût et font de l’acheteur, l’homme sandwich de la marque : comble de la manipulation, il paie cher pour cela, et révèle ainsi de bien vilaines choses sur sa solidité psychologique…

J’ai opté pour cette marque – Cifonelli- très exactement pour la discrétion qu’elle dégage, la sensation de grande qualité, d’aisance, de confort et d’élégance, suite à un test minutieux sur le traitement unique au monde de ce qui généralement gêne le plus dans un costume : l’épaule. Cher ? Question d’appréciation : l’avantage économique est qu’un manteau acheté chez Cifonelli est très beau et impeccable pendant … 40 ans … sans jamais paraître neuf et outrageusement entoilé de viseline thermocollante ou au contraire défraichi et piteux. Oui, la discrétion est le premier constituant de l’élégance.

Les autres illustres ’’adeptes’’ de Cifonelli ? Paul Meurice, François Mitterrand, Lino Ventura, Yul Brynner, Jean Poiré et, si ce n’est pas un aveu, Karl Lagerfeld !

Mon chemisier

Swann et Oscar – nom dérivé de celui du héros de Proust et d’Oscar Wilde,  est une marque de chemises sur mesure, de qualité. C’est un astucieux système qui permet de confectionner soi-même sa chemise sur mesure et d’obtenir, je l’affirme, un résultat supérieur à celui obtenu par nombre de faiseurs prestigieux.

Il s’agit d’un amusant jeu de ’’lego’’ : Vous faites prendre vos mesures une fois pour toutes à Paris. Puis, vous recevez les catalogues contenant les tissus – 400 en stocks et plus de 3000 sur commandes spéciales. Aidé par des outils-guides clairs puisés dans une mallette, vous déterminerez donc le tissu, la coupe, la forme du col, les poignets, les poches, les boutons, la broderie éventuelle et la doublure éventuelle.

15 à 20 jours après, vous recevrez votre chemise sur mesure, n’ayant aucun rapport d’esthétique ou de confort avec les produits du marché et … guère plus chère que les outrances chantées par l’outrageuse publicité.

Voici à titre indicatif ce que coûtent ces chemises

–         Classic à partir de 80€ (Chemises 100% coton)
–         Exclusive à partir de 100€ (cotons double retors, cotons égyptiens)
–         Dandy à partir de 135€ (Les plus belles popelines italiennes, le lin)

Mon bottier

En matière de chaussures, je n’ai jamais pu départager les Anglais, les Italiens et les Helvètes et je consomme aussi bien les produits des uns que ceux des autres.

Je me suis abonné ad vitam aeternam à ces trois modèles : anglais sont mes richelieus, italiens sont mes mocassins et suisses mes bottines.

Les trois marques pratiquées sont d’excellente qualité et se tiennent à l’écart des publicités tapageuses tout en étant largement connues et reconnues à travers le monde.

Une petite anecdote en passant : J’ai réellement à ce jour une paire de bottines Bally acquises en … 1977.  Je les porte chaque année et elles sont encore … comme neuves …

’’Exiger simplement et strictement des choses les qualités qu’elles ont la prétention d’avoir : tout le sens critique tient là-dedans.’’
Georges Courteline

 

Mon cravatier

Ayant beaucoup commercé avec le Sud de l’Italie dans un secteur ou l’on n’est pas insensible à la parade, je ne pouvais pas ne pas rencontrer, un jour ou l’autre, le plus prestigieux cravatier du monde : Marinella, qui n’est pas, comme le laisserait penser le nom, une brune brûlante, mais bien le nom d’une vieille famille napolitaine possédant une ‘’immense boutique’’ de … 20 mètres carrés et qui refuse de grandir et refuse aussi toutes les offres de rachat mirobolantes qui lui sont faites de partout.  Par patriotisme, la famille a repoussé récemment une offre de rachat à … de nombreuses dizaines de millions d’Euros et Maurizio Marinella, le capo actuel a répondu au groupe candidat ’’Non merci, cela reviendrait à vendre un petit bout de l’histoire de Naples, et cela, n’a pas de prix !’’

La spécificité de la cravate Marinella, au-delà de sa qualité exceptionnelle, de son exécution parfaite et de sa grande beauté, est qu’elle s’améliore à tous points de vue avec le temps !…

Encore une fois, nous sommes là à des années lumière des produits ‘’free-taxe’’ ou le seul effort porte sur l’emballage et la grégarisation du goût.

Comme m’expliquait joliment quelqu’un de cette prestigieuse boutique : ’’Il ne faut jamais oublier qu’une cravate, ce n’est rien d’autre qu’un foulard plié d’une certaine manière, auquel on essaie de donner une ’’consistance’’ souple et fluide !’’

Techniquement, une cravate de ce standard de qualité c’est :

–         Une pièce de soie.
–         Elle est repliée 9 fois sur elle-même
–         Largeur standard : 9 cm;
–         Longueur standard : 148 cm.
–         Poids : 71 grammes
–         Fabrication : artisanale et à la main.
–         La réalisation en 4 phases de la cravate à Neuf Plis nécessite 3 heures de travail et 4 personnes : la coupe et la préparation ; la réalisation du bonnet; la doublure et la fermeture ; la couture

Enfin, regardez le dos de la cravate 9 plis et larguer vos amarres pour le rêve à travers ce froufrou soyeux, entre pâtisserie et beauté, esthétique et volupté…   

Mon horloger

Je ne hais rien tant que cette mode qui ferait de moi une machine, un robot armé de pied en cap pour effrayer les autres et m’en tenir éloigné sous prétexte de m’en faire respecter.

Ainsi, j’écarte de moi tout ce qui peut me donner un air martial, du véhicule tout terrain semblant conçu pour écraser les autres à tous ces colifichets pleins de mécanismes dont on ne se sert jamais, chers, laids, prétentieux et n’ayant d’autres utilité que d’en augmenter le prix. Les montres entre autres. En or ou en acier, toujours lourdes, pleines de cadrans, et suivant des modes mystérieuses destinées à ’’montrer à l’extérieur’’ plus qu’à indiquer l’heure, fonction première et ultime de ces prosaïques accessoires.

 

J’ai la même montre depuis 41 ans, acquise lorsqu’elle coutait pratiquement le vingtième de son prix d’aujourd’hui. Elle est sobre et élégante, redoutablement précise et se remonte à la main. Elle a changé de bracelet 2 fois, de verre 2 fois et a été nettoyée une fois. Je trouve que c’est la plus belle montre du monde, je n’en ai et n’en veux aucune autre !

Pour compléter la visite, il me faudrait vous parler des pochettes, éléments indispensables et même plus que les cravates, des gants, en peau souple et non fourrés,  des écharpes, en laine ou en cashmere, de la mercerie – bas-chaussettes, toujours hautes bien sûr, des mouchoirs en coton aux longues fibres d’Egypte ou du Chili, des lunettes, simples, protectrices et de haute qualité… Il me faudrait dire un mot des boutons de manchette, dont voici les dernières acquises, comme toujours simples jusqu’au dépouillement, offertes en vérité par quelqu’un qui me connaît bien et … m’aime forcément beaucoup …

En fin de compte, suis-je un énergumène gérant ses souvenirs et ses regrets aussi, emberlificoté dans des contradictions diverses et nombreuses, jalousant le riche et magnifiant le passe-muraille ? En aucune manière, et mon attitude est parfaitement réfléchie. Simplement, comme a dit Coco Channel :

’Je suis trop pauvre pour acheter de la camelote’’.  

Mon sens moral se loge ailleurs et j’emprunte cette citation capté à la porte d’un de mes ‘’appointés’’ ci-dessus :

’’Moi je préfère donner du travail à des artisans qui ont un métier dans les mains plutôt que de donner mon argent à des marques qui font fabriquer dans le tiers-monde pour revendre à prix d’or !’’  

Baudelaire a prétendu que l’ ’’esthétisation de soi’’ attitude par laquelle une personne tend à faire de son existence une œuvre d’art, se révèle comme un acte de résistance, sublime et cultivé, face à l’émergence, au sein du monde moderne, de nouvelles formes de barbarie. L’élégance est une aristocratie de l’esprit, mais aussi une révolte contre la laideur !

Je persiste et signe, et affirme sans réserve, avec Sacha Guitry, que :

Le luxe est une affaire d’argent.
L’élégance est une question d’éducation. 

 

mo’

 

 

 

 

 

 

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