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Un jour de 1991, à 13h30, dans le centre ville de Lisbonne,

L’inimaginable brouhaha de la circulation automobile dans la capitale portugaise à cette époque, n’arrivait pas à entamer mon plaisir à écouter mon ami Daniel, honnête homme et pachyderme barbu, force tranquille et persuasive. Féru  de ‘’sciences et avenir’’ et doué de grande intelligence, il me parlait calmement d’une ‘’invention’’ qui selon lui allait transformer le monde, un réseau international de communication entre ordinateurs, une chose abstraite qui sentait bon, pour moi, la découverte spécialisée, du genre qui fait à son arrivée un grand effet avant de se défaire dans l’incroyable machine à broyer de la réalité.

A mesure qu’il déroulait son récit, l’illustrant de chiffres clairs et de descriptions sobres et d’autant plus intéressantes, je le fixai, hébété, et j’avoue avoir pensé que la faim devait tenailler sévèrement le ventre de mon ami pour qu’il se laissât aller, lui pour lequel j’avais un grand respect, à dire de telles extravagances sans peur du ridicule… Figurez-vous qu’il prétendait qu’une chose quasi indéfinissable, baptisée Internet, allait permettre à tous les humains de communiquer directement entre eux, très facilement, en temps réel, sans contrôle d’aucune sorte et quasi gratuitement. Le Paradis, quoi !

Jules Verne et les auteurs de science fiction les plus audacieux n’ont jamais osé divaguer si loin et ceux qui ont évoqué la télé – communication ont eu la décence de préciser que ce serait réservé à des applications précises ! Je regardais donc Daniel en souriant à demie, comme pour lui dire merci pour le joli conte…

Je ne suis pas une référence en termes d’audace et à l’époque, j’aurais pu confondre un ordinateur et une moissonneuse-batteuse, certes, mais tout de même ! Le petit bacille de la raison que j’ai reçu à ma naissance et qui m’a souvent empêché d’être un imbécile comme ceux qui en sont privés, me permettait encore de sonder le sol et d’avancer en relative sécurité. Et pourtant …

Internet entra dans ma vie et en meubla bien des pièces… 20 années plus tard, ou en suis-je ? Depuis 2 lustres déjà, je passe 10 heures par jour assis en face de ce rectangle lumineux, multicolore ou blafard, qui m’obéit au doigt et bientôt à l’œil, me révèle des scoops, me dit des choses savantes, drôles, agréables, bêtes, inutiles, désagréables ou même carrément révoltantes.

Si j’en fais autant, ce n’est guère pour meubler un désœuvrement cacochyme et sénile, mais bien, tout d’abord, pour vendre du temps à de riches marchands qui paient mes analyses, mes verbes et mes élucubrations pour améliorer le sort du monde. Cette masse de travail m’oblige à refroidir mon moteur à penser, si possible en m’amusant, en musant dans le cyberespace, à la recherche de ce qui n’est certainement pas du temps perdu, mais ’’du temps de cerveau gratuit & des bribes de cœur à l’œil’’ comme dirait certain Puîné dans son excellent http://charivariblog.blogspot.com. C’est ainsi que je contribue, par mes mots, à soigner les maux du monde.

Grâce à Internet, j’ai recherché et retrouvé des amis échappés de ma vie sans autorisation préalable et certains en sont redevenus des éléments constitutifs et des partenaires efficaces dans des projets fort sympathiques.

J’ai, dans la foulée, ouvert un semblant de boutique déguisée en cabinet médical, à l’enseigne désuète à souhait de https://mosalyo.wordpress.com ou je semble vendre des bougies, des allumettes, de l’huile au verre et du pétrole lampant au détail, plus deux ou trois denrées alimentaires, genre boites de sardines cabossées ou déclassées et maigres brindilles de menthe fraîche et enfin, un peu de temps et de choses. La gestion de ces  modestes ‘’Propos du Lundi’’ me coûte en fait énormément car hélas, nul ne m’a jamais appris à bâcler et parfois, une journée entière m’est nécessaire pour trouver le mot juste qui va faire sourire, rire, ou comprendre. 

En fait, à l’origine,  lorsque j’ai entrevu les fantastiques possibilités d’Internet, je voulais construire un hypermarché sur ce terrain domanial. Je voulais y ériger une bibliothèque, une faculté, une salle de spectacle, des boutiques de produits d’exception et aussi des bars et des cabarets, mais je n’ai pas reçu grande aide pour cela et la perspective de devoir une fois de plus gérer de l’argent m’en a dissuadé. Je me suis alors converti dans l’humanitaire. Plutôt que de vendre, je donne et j’ai la folle impression de récolter lorsque je sème, fut-ce à tout vent et gratuitement.

Mon adhésion sans réserve à Internet est due à la liberté qu’il offre : je peux y aller instantanément à l’autre bout du monde, y vivre, y travailler, y aimer. Par exemple, dans la réalité, je travaille pour, et je suis payé par …  des gens que je n’ai jamais vus de ma vie, mais qui apprécient mon travail, le publient, le capitalisent, le diffusent et tout cela en quelques clics de souris, en quelques jours, après quelques échanges. C’est possible grâce à ces merveilleuses bottes de 7.000 lieues qui m’ont permis d’arpenter l’espace sans difficulté et m’ont fait gagner un temps fou.

Jeune homme à l’air de la Caravelle et des premiers ‘’avions à réaction’’, j’avais une sœur qui vivait aux USA et avec laquelle j’entretenais une correspondance épistolaire suivie. Nous arrivions à nous écrire une lettre par mois, trois semaines lorsque les vents étaient favorables… Le hasard fit que son propre fils, mon neveu donc, vécut également aux USA et il m’arrivait d’échanger avec lui plusieurs fois par … heure, c’est-à-dire, selon une mathématique simpliste : plus de 100 fois plus et plus vite qu’avec sa maman, nos échanges n’étant handicapés que par le décalage horaire !

Un talentueux touche-à-tout du nom de Jean Nohain, animateur de la télévision française, a adapté la fameuse phrase qui dit que ’’L’espace est ma force, le temps ma faiblesse’’. Lui, a précisé :

 » La jeunesse veut l’espace; la vieillesse, le temps ».

Est-ce le jeunisme actuel qui sert de vent favorable à Internet ? Et moi ? Suis-je jeune ? Suis-je vieux ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Il y a si longtemps que j’ai admis la relativité de l’âge de l’homme, de la femme et de leurs artères ! Je peux vraiment être incommodé par les remugles moisis d’un petit con, et ensorcelé par la fraîcheur printanière d’un pépé et mieux encore d’une mémé ! ’’Le temps ne fait rien à l’affaire’’ comme disait Oncle Georges (Brassens), en précisant : ’’Quand on est con, on est con !’’

http://www.youtube.com/watch?v=oijANzp91Eo&feature=related

Or, autour de moi, en principe, pas de con, ni caduque, ni débutant, ni de la dernière, ni des neiges d’antan ! Autour de moi, des flèches, harcelant sans relâche justement la connerie humaine sous toutes ses formes !

Mais ce qui est sûr et sans équivoque c’est que cette bibliothèque planétaire, intarissable source d’information, de communication et de savoir, jouit des vertus les plus recherchées par l’esprit curieux, le créateur et le créatif : l’encyclopédisme, l’ubiquité, l’immédiateté, de même qu’elle est assurément l’outil le plus efficace, le plus juste, le plus évident de l’expression démocratique !

mo’  

PS : Fort bien. Tout ceci, je le pense et n’en fait point mystère, autant que je le prouve ici même. Mais les autres ? Et bien, pour le savoir, j’ai levé dans cet entourage une armée apte à former un Think Tank de rêve pour débattre jusqu’à la fin de l’année, de l’impact d’Internet sur notre vie. Ce fut une fabuleuse cacophonie. Et quelle nique à Richard Wagner que cette palette riche de milliers de sons divergents, dont l’ensemble, pluriel et multicolore est aussi beau que la jam-session enthousiaste et spontanée du peuple de la terre.

Que pensez-vous d’Internet, ai-je demandé aux membres de ce prestigieux aréopage ? Le philosophe éclairé, le physicien doué, le sociologue éminent, l’économiste distingué, le littérateur inspiré et l’artiste émérite se sont rués pour répondre et des réponses déjà reçues, je puis vous assurer que j’ai beaucoup appris. Ai-je besoin de vous dire que si votre avis vous parait digne d’intéresser les autres par son originalité ou simplement par sa justesse, n’hésitez surtout pas, intervenez… Tout cela sera le sujet du second et dernier article…

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