Un vieux médecin anglais, de ceux qui ont abandonné le ’’fog’’ londonien pour les siennes et les cuivres somptueux de l’Inde ou les bruns métalliques du Kenya ou de la Rhodésie,  se balançait dans un fauteuil à bascule face à moi. Par cet après-midi printanier, nous devisions benoîtement et résolûmes mille et un problèmes, ceux de la pluie et du beau temps, notamment. Après sa 92ème bière, il entreprit de m’expliquer pourquoi il avait abandonné l’exercice de la médecine pour se lancer dans le commerce de produits alimentaires, activité qui justifiait notre rencontre. Il tint à le faire en langue espagnole pour me montrer qu’en matière de langues, je ne l’impressionnais guère. Ce fut un cauchemar car son accent épouvantable donna à peu près ce langage : ’’dékké la medicina pawa hechawmé en los negocios de pwoductos alimenticios’’… Il me précisa que j’allais avoir de la peine à croire la suite de sa confidence dont pourtant il jurait l’authenticité absolue !

Gynécologue dans un archipel voisin, il avait eu un gros problème avec une cliente de la haute bourgeoisie autochtone. Le mari de la dame était venu le voir, l’avait enguirlandé copieusement, houspillé, bousculé et menacé de poursuites judiciaires sérieuses. Quelle erreur médicale avait donc commis le praticien britannique ? Je vous le donne en mille ! En réalité j’ai un peu honte de le dire, mais le devoir d’informer m’y oblige ! Alors voici sans plus de fioritures : Il avait prescrit à sa patiente de … se laver, car son intimité sentait l’enfer ! Son avocat autochtone lui conseilla bien d’aller mollo et même Retro, Satanas, etc. etc. rien n’y fit, le toubib british déclara ne pas voir comment  il aurait pu guérir sa patiente d’infections de tel et tel types sans une hygiène intime répétée et méticuleuse. Toutes ses clientes disparurent rapidement les unes après les autres avant qu’on ne le chargeât de fautes jamais commises, saccageant ainsi sa réputation.

Oh malheureux ! …  Gardez-vous de vous moquer ! Je vais en servir à tous et chacun aura sa part de ce que j’ai à dire sur ce registre. Priez plutôt pour moi, simplement pour que je trouve les mots d’esquive et de décence car, comme vous le savez, ‘’À la scatologie ma nature est rétive, souffrant d’une délicatesse carrément maladive’’…

Combien de commerces de luxe et de parfumerie, des plus huppés, n’arborent-lis l’enseigne de ‘’LA CIVETTE’’ à travers le monde ? Qu’est-ce qu’une civette ? Un petit mammifère gris dont certaines glandes anales sécrètent une écume blanchâtre à forte odeur. Mes ancêtres nommaient cet animal QATT AZ-ZABAD, (zabad donna civette), chat musqué, autre nom dudit animal. L’odeur de la civette provient de la civettone, substance contenue dans ladite écume et qui possède à l’état brut une odeur très forte d’excréments, mais qui, dilué, dégage curieusement une odeur de musc et de fleur mélangés. Cette peu ragoutante substance atteint des prix de folie et les parfums qui en contiennent également.

C’est le plus grand cétacé mammifère carnivore de la création. Il se nourrit principalement de calmars et de poissons. La consommation ‘’du bec’’ de ces calmars – fait de corne coriace, lui irrite l’appareil digestif au point de provoquer quelquefois un abcès intestinal qui se transforme en concrétion pathologique, laquelle grossit, ‘’fermente’’ et va jusqu’à rendre malade l’imposant animal. Après sa mort, on la  retrouve dans ses viscères : C’est l’ambre gris ! A l’état pur, l’ambre gris est une pâte noirâtre qui sent le fumier et l’écurie, mais les vapeurs qui s’en dégagent sont peu à peu entêtantes, chaudes et tirent légèrement vers l’odeur de tabac blond. Son prix actuel tourne autour de 3 Euros le gramme.

https://mosalyo.wordpress.com/2010/05/11/le-tresor-de-dda-hmad/

Le chevrotain « porte musc » est un animal de l’ouest de la Chine, dont un organe situé entre l’ombilic et le pénis sécrète un musc précieux, non seulement pour son odeur intense de bouc ‘’négligé’’ mais aussi pour ses relents de … fleurs. C’est l’abdomen qui abrite la fameuse poche, laquelle contient 25 grammes de grains de musc, régulièrement prélevé avec des ustensiles d’argent, selon une technique relevant de l’initiation bien plus que du geste d’éleveur.  Outre ses vertus odoriférantes, c’est un aphrodisiaque puissant que l’on boit allongé à l’eau dans certains bars ‘’spéciaux’’ et aussi un régulateur cardiaque reconnu…  Le prix en est proprement démentiel : 5 fois le prix de l’or ! Alors, nouveaux riches qui croyez faire impression avec  votre piquette qui a obtenu une médaille d’argent au  » Concours Vinicole de Trifouilly les Oies » … bon …  ben allez vous rhabiller.  Beaucoup d’experts expliquent le succès permanent du musc par le fait que sa fragrance est très proche de l’odeur des sécrétions apocrines humaines, les glandes apocrines se trouvant partout ou nous avons des concentrations pileuses, aisselles etc.

Et soi-même ? Que pense-t-on de son odeur ? Non, il n’y a pas unanimité mais très visiblement, innombrables sont ceux qui sont complaisants avec eux-mêmes. Voyez plutôt :


Même si l’on utilise le fronton du monde animal, sans évoquer celui encore plus riche du monde végétal, on ne peut nier que pour l’être humain, il existe une irréfutable relation entre plaisir et odeur intime. Et ce, alors même que l’on craint souvent de gêner l’autre avec ses  odeurs corporelles. C’est assurément et bêtement culturel car les odeurs intimes sont en fait de puissants aphrodisiaques.

La promiscuité grandissante due à l’explosion démographique, à la surconcentration urbaine et aux risques qui y sont rattachés pousse l’homme à adopter des principes de précaution carrément exagérés, pouvant facilement atteindre le ridicule : Il faut se raser partout, il faut se masquer, il faut quasiment faire abstraction de ses mains, oublier ou dominer ses réflexes les plus banals, ne pas se gratter, ne pas se toucher etc. Le naturel est ainsi devenu un indice de négligence et il est proprement ahurissant de voir la proportion de personnes qui déclarent tout de go être choquées ou dégoutées par la moindre trace de pilosité ! A fortiori des odeurs ! Alors, un rendez-vous avec Cupidon est toujours précédé d’un décapage aussi vigoureux qu’un traitement à la toile-émeri.

Grâce à Abel Gance qui nous a montré que l’impératrice Joséphine avançait la montre pour raccourcir la durée des visites intimes de son impérial époux, on sait que Napoléon Bonaparte était un piètre amant dont l’épouse fuyait les ardeurs médiocres. Mais il la désirait sans doute intensément puisque des champs de bataille ou il devait se contenter de contempler la lune … du Ciel, il a pu lui écrire : ‘’Ne te lave pas, j’arrive’’ … On dit qu’Henri IV avant lui avait écrit presque la même phrase à sa chère maîtresse, Gabrielle d’Estrées : ’’Surtout, ne te lave pas, j’arrive’’.

On voit donc que le culte du gant de crin et du déodorant  couvrant toute odeur est très récent et que, pendant des siècles, il en fut tout autrement. Ce n’est ni le lieu ni le but du présent papier que d’enseigner l’érotologie, mais je veux simplement proposer de reconsidérer notre relation à l’odeur corporelle.

Un texte fait actuellement grand bruit sur Internet, un ‘’buzz’’ comme on dit (buzz= bourdonnement) outre le fait qu’il m’a donné l’idée d’en partir pour écrire le présent papier, il est intéressant comme repère historique pour rappeler aux occidentaux  quelques vérités historiques, remontées des ténèbres du XVIème siècle alors que la civilisation arabe avait apporté dans ses bagages de luxuriantes panoplies d’un raffinement démentiel pour substituer aux odeurs corporelles d’autres odeurs. Voici l’article en citation intégrale :

‘’ La prochaine fois que tu te laves les mains, et que tu trouves la température de l’eau pas vraiment agréable, aie une pensée émue pour nos  ancêtres… Voici quelques faits des années 1500 :

La plupart des gens se mariaient en juin, parce qu’ils prenaient leur bain annuel en mai, et se trouvaient donc encore dans un état de fraîcheur  raisonnable en juin. Mais évidemment, à cette époque, on commençait déjà à puer légèrement, et c’est pourquoi la mariée tentait de masquer un tant soit peu son odeur corporelle en portant un bouquet. C’est à cette époque qu’est née la coutume du bouquet de la mariée.

Pour se baigner, on utilisait une grande cuve remplie d’eau très chaude. Le maître de maison jouissait du privilège d’étrenner l’eau propre; suivaient les fils et les autres hommes faisant partie de la domesticité, puis les femmes, et enfin les enfants. Les bébés fermaient la marche. A ce stade, l’eau était devenue si sale qu’il aurait été aisé d’y perdre quelqu’un…

D’où l’expression «Jeter le bébé avec l’eau du bain»!

En ces temps-là, les maisons avaient des toits en paille, sans charpente de bois. C’était le seul endroit où les animaux pouvaient se tenir au chaud. C’est donc là que vivaient les chats et les petits animaux (souris et autres bestioles nuisibles), dans le toit. Lorsqu’il pleuvait, celui-ci devenait glissant, et il arrivait que les animaux glissent hors de la paille et tombent du toit.

D’où l’expression anglaise «It’s raining cats and dogs».

Pour la même raison, aucun obstacle n’empêchait les objets ou les bestioles de tomber dans la maison. C’était un vrai problème dans les chambres à coucher, où les bestioles et déjections de toute sorte s’entendaient à gâter la literie. C’est pourquoi on finit par munir les lits de grands piliers afin de tendre par-dessus une toile qui offrait un semblant de protection.

Ainsi est né l’usage du ‘’ciel de lit’’.

A cette époque, on cuisinait dans un grand chaudron perpétuellement suspendu au-dessus du feu. Chaque jour, on allumait celui-ci, et l’on ajoutait des ingrédients au contenu du chaudron. On mangeait le plus souvent des légumes, et peu de viande. On mangeait ce pot-au-feu le soir et laissait les restes dans le chaudron. Celui-ci se refroidissait pendant la nuit, et le cycle recommençait le lendemain. De la sorte, certains ingrédients restaient un bon bout de temps dans le chaudron…

Les plus fortunés pouvaient s’offrir des assiettes en étain. Mais les aliments à haut taux d’acidité avaient pour effet de faire migrer des particules de plomb dans la nourriture, ce qui menait souvent à un empoisonnement par le plomb (saturnisme) et il n’était pas rare qu’on en meure. C’était surtout fréquent avec les tomates, ce qui explique que celles-ci aient été considérées pendant près de 400 ans comme toxiques. Le pain était divisé selon le statut social. Les ouvriers en recevaient le fond carbonisé, la famille mangeait la mie, et les hôtes recevaient la croûte supérieure, bien croquante.

Pour boire la bière ou le whisky, on utilisait des gobelets en plomb. Cette combinaison mettait fréquemment les buveurs dans le coma pour  plusieurs jours! Et quand un ivrogne était trouvé dans la rue, il n’était pas rare qu’on entreprenne de lui faire sa toilette funèbre. Il restait  ainsi plusieurs jours sur la table de la cuisine, où la famille s’assemblait pour boire un coup en attendant que l’olibrius revienne à la  conscience.  D’où l’habitude de la veillée mortuaire.

La Grande-Bretagne est en fait petite, et à cette époque, la population ne trouvait plus de place pour enterrer ses morts. Du coup, on déterra des cercueils, et on les vida de leurs ossements, qui furent stockés dans des bâtiments ad hoc, afin de pouvoir réutiliser les tombes. Mais lorsqu’on entreprit de rouvrir ces cercueils, on s’aperçut que 4% d’entre eux portaient des traces de griffures dans le fond, ce qui signifiait qu’on avait enterré là quelqu’un de vivant. Dès lors, on prit l’habitude d’enrouler une cordelette au poignet du défunt, reliée à une clochette à la surface du cimetière. Et l’on posta quelqu’un toute la nuit dans les cimetières avec mission de prêter l’oreille.

C’est ainsi que naquit là l’expression «sauvé  par la clochette»’’…

Je remets à un autre lundi le récit de mon hypersensibilité olfactive critique, enchantement rare lorsque les odeurs sont agréables et punition sévère dans le cas contraire. Je vous dirai l’horreur des odeurs humaines lorsqu’elles essaient de se dissimuler sous des combinaisons chimiques   je vous dirai l’abomination des parfums de synthèse et je vous dirai aussi que la meilleure eau de toilette du monde, c’est … l’eau de pluie …

mo’

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