Maintenant que ma jeunesse est confortablement installée, peut-être suis-je fondé à avouer que parmi mes ‘’charmes’’ les moins résistibles, figure la HOS ou Hypersensibilité Olfactive Sporadique, néologisme barbare qui renvoie à la noble ligne des MCS et des MUSES définies ci-dessous.

Personne n’a jamais pris au sérieux cette souffrance car je n’ai pas été capable de l’expliquer aux autres … Je m’en vais faire une nouvelle tentative, hic et nunc !

Liste non exhaustive des symptômes

  • Je sens les odeurs en cascade, sans les mélanger,
  • Je suis capable de les identifier sans erreur,
  • Je suis capable de les déceler à dose infinitésimale,
  • Je suis capable de gérer simultanément un portefeuille de 7 odeurs distinctes.

Pour cela, je suis souvent passé pour quelqu’un qui essaie de se rendre intéressant à tout prix et même en s’inventant un don imaginaire. Les plus généreux de mes interlocuteurs se contentent de me renvoyer vers les psychosomaticiens, ces spécialistes capables de détecter et comprendre les maux que le corps et l’esprit échangent en douce.

D’origine paysanne et – je le jure – génétiquement ‘’propre’’, je suis parfaitement conscient d’être, comme d’innombrables parmi vous, victime de ces maux nouveaux et étranges dont je réalise l’importance ’’chaque jour davantage, aujourd’hui plus qu’hier et moins que demain’’ …

Mais tout d’abord, deux grammes d’infos sérieuses :

Les MCS – pour Multi Chemichal Sensitivity – sont un groupe de désordres dus à une sensibilité à de multiples produits chimiques. Elles se déclinent en asthme, migraine, lupus, fatigue chronique, fibromyalgie, syndrome de la Guerre du Golfe, etc.

Parallèlement, vous avez les MUSES – pour Multi-Sensory Sensitivity – ou sensibilités multi-sensorielles, c’est-à-dire celles qui sont dues à une hypersensibilité à d’autres stimuli sensoriels comme la lumière, le bruit, l’odeur, le toucher, la température et les champs électriques.

Enfin, moi, je propose à la communauté scientifique internationale le concept nouveau de HOS, pour Hypersensibilité Olfactive Sporadique :

Alors qu’à mon âge, l’acuité olfactive est sensée diminuer, j’ai noté que chez moi elle atteint par période des pics paroxystiques et disparaît quasi complètement en d’autres périodes. Pendant mes périodes de ‘’crise’’, je suis un véritable animal de cirque, mes prouesses atteignant alors le génie spectaculaire de ces autistes qui calculent mentalement et instantanément des opérations à faire se gripper un ordinateur adulte. Cette hypersensibilité, ou ultra sensibilité sensorielle est perceptible et manifeste surtout dans le domaine de l’olfaction, des odeurs. Elle est bien plus étendue, en réalité, puisqu’elle concerne de façon plus complexe encore tous les élans, toutes les performances de la moindre des quelques milliards des 1014 cellules qui prétendent être moi ! Mais oubliez cela pour l’instant et laissez moi vous dire simplement que grimé en plaisanterie, mon propos est on ne peut plus sérieux !

Les MCS, les MUSES et si vous le voulez bien ma HOS aussi sont les agents coupables d’innombrables ’’inconforts’’ de nos vies qu’ils peuvent gâcher totalement puisqu’ils peuvent, au-delà de la maladie, conduire même à la mort … reçue ou donnée ! Dans la hiérarchie de nos problèmes, ils prendront une importance de plus en plus considérable dans le futur de l’homme et se révèleront infiniment plus préjudiciables que tous les épouvantails agités çà et là pour nous faire peur, par des pythies plus ou moins inspirées.

Signe avant-coureur : dans le Nouveau Monde, tant au Canada (Halifax-Nouvelle Ecosse) qu’aux USA (Dallas-Texas) on traite déjà dans des établissements hospitaliers spécialisés ces MCS et ces MUSES comme des maladies à part entière et la clientèle y est innombrable. En Europe, çà et là, des équipes se constituent pour prendre en charge le problème. C’est dire que la prise de conscience est lente et récente.

Denis Lebioda est un militant associatif exemplaire. Il est le créateur et animateur d’un site d’information et d’initiatives citoyennes en santé et environnement, destinées à favoriser les échanges entre personnes atteintes de pathologies d’origines environnementales. Si cet étrange sujet – problème grave de société – vous interpelle, allez faire un tour sur son site :

http://www.contaminations-chimiques.info

Ailleurs dans le monde, on recourt en désespoir de cause, à l’irrationnel, au supranaturel, à la sorcellerie et à la magie.

Je vais vous embarquer pour Alexandrie ou, nous plaçant sous la protection de Nefertem, le jeune homme coiffé d’un lotus bleu, devenu  le dieu des parfums et de la chance dans la mythologie égyptienne, je vais vous donner à connaître de quelques cas extrêmes de détraquement par les MCS et les MUSES et la HOS, mais relevant uniquement de la sphère de l’olfaction, c’est-à-dire de l’odorat.

Patrick SUSKIND

Couverture du livre à gauche et affiche du film à droite

 

Don du Ciel ou du Diable ?

Le Parfum ! Un livre magnifique qui a connu un immense succès populaire, qui a été traduit en une cinquantaine de langues, qui a fait grand bruit avant de donner le sujet central d’un film aussi. Ce sujet, le voici : c’est l’histoire d’un quidam nommé Jean-Baptiste Grenouille, qui vécut en France au XVIIIème siècle, et connut un destin étrange et monstrueux, à cause du développement  effrayant de son odorat. Marginal à la santé fragile, cet homme n’avait comme centre d’intérêt dans la vie que le monde des odeurs. A force d’insistance, il se fit embaucher par un grand maître-parfumeur et apprit les techniques de fabrication des parfums. Son don prodigieux lui permit de se remémorer toutes les odeurs senties, de les mélanger, de les séparer, de les associer et de les apprécier, mentalement, sans aucune manipulation, aucun laboratoire, aucune fiole, aucune pipette !

Il composa alors plusieurs ‘’must’’ olfactifs mais en même temps,  s’installait en lui une irrépressible obsession : celle de créer le parfum parfait, celui qui devait faire succomber tous les humains, la fragrance idéale. Il se mit à essayer d’en identifier les ingrédients potentiels.

Au cours de cette quête, il sentit naître en lui une monstrueuse attirance pour ‘’l’odeur naturelle des jeunes filles ». Alors commence le drame : il en tue à profusion pour se fournir en ‘’matière première’’ …

Non bien sûr, ce n’est pas un humain normal, mais un génie monstrueux, ne tenant aucun compte de la conséquence de ses actes, de la morale, du bien, du mal, seule comptant le grand’ œuvre qu’est son projet de parfum absolu.

Antonella Ciliberti, italienne de 34 ans, souffre d’une étrange maladie : respirer un simple parfum peut causer sa mort. Depuis trois ans, cette femme vit complètement isolée du monde, enfermée dans sa maison à Trévise en Italie…

Si inhaler un parfum signifie pour la plupart des gens un plaisir authentique, pour elle, cela peut s’avérer mortel. Elle est atteinte de MSC qui provoque, comme dit plus haut, chez les personnes qui ont le malheur d’en souffrir, une hypersensibilité olfactive aux substances chimiques. C’est une maladie immunotoxique provoquée par la contamination et l’exposition aux produits chimiques de synthèse qui affecte des millions de personnes dans le monde entier, mais dont on ne parle pas.

Depuis trois ans, Antonella est complètement isolée du monde, enfermée chez elle dans une pièce dénudée et parfaitement décontaminée pour éviter une éventuelle crise respiratoire. Elle ne peut même pas regarder la TV, parler au téléphone ou naviguer sur internet, car en plus de son allergie aux eaux de toilette, parfums, déodorants, savons, pesticides, détergents, vernis, fumées, peintures, teintures et autres plastiques, récemment, elle est devenue hypersensible également à l’électromagnétisme.

Antonella ne peut sortir dans la rue et passe ses jours appuyée à sa fenêtre, espérant la visite de l’une des 3 seules personnes qui peuvent l’approcher sans risque mortel pour elle : sa mère, son mari, et sa petite fille . Mais tous 3 doivent se « stériliser » avant de l’approcher ce qui signifie au minimum prendre une douche prolongée.

Un jour elle est sortie se promener avec sa petite fille. Elle ne s’est pas rendu compte que les cheveux de l’enfant s’étaient imprégnés du parfum d’amis qu’elles avaient rencontrés. Quand la petite fille est venue embrasser sa mère, les particules invisibles de ce parfum ont failli tuer Antonella.

Comment  peut-on vivre dans le monde d’aujourd’hui, sans contact aucun avec les parfums, déodorants, vêtement récemment lavé ou neuf, savons, crème, maquillage, plastiques, médicaments, odeurs ou saveurs artificielles et la plupart des aliments les plus banals ?

Le 22 avril 2008, Antonella Ciliberti a abandonné sa maison-prison et à bord de la voiture de son mari, complètement recouverte au préalable de papier aluminium pour l’isoler des odeurs et des parfums de la garniture du véhicule, elle s’est rendue dans un aéroport militaire.

Là, dans un avion de l’armée italienne – dans un avion normal, elle serait morte car il y a trop de gens et trop de parfums, elle est partie pour le Texas vers le « Environmental Health Center » ou l’attend un long et ruineux traitement constituant son seul espoir.

Et bien malgré la maudite et étrange maladie, elle n’a pas perdu sa joie de vivre, l’espoir et … le sens de l’humour. Parlant de son avenir professionnel, constatant qu’il est passablement compromis, elle déclare, déclenchant un tsunami de rire : ’’Si je ne peux pas faire autre chose dans la vie, je pourrai toujours chercher des truffes »…

Je sortais de chez moi ce matin là, vers 10 heures et l’ascenseur s’arrêta à un autre étage que celui demandé pour livrer passage à une sémillante voisine, toute sourires, fraîcheur, élégance et fragrances florales. Elle me salua et nous échangeâmes, trois étages durant, des informations sur la marche du monde. Rendus au garage, je lui cédai le passage puis l’aidai à porter ses colis jusqu’à son véhicule. Elle me soulagea de ma charge et me tendit la main pour me dire ’’au revoir’’.

Je gagnai alors ma voiture et avant que de mettre le contact, j’essayai d’identifier le parfum de la dame… Facile, c’était un parfum de rose, lychee, magnolia, miel et ambre.  Mais à coté de ces éléments clairement et nettement identifiés, derrière un nuage d’odeur de savon de qualité, dardait une autre odeur, d’un autre registre, une odeur d’urine fraîche. Je reconstituai mentalement la scène de la sortie de la dame de chez elle : Prudence de dernière seconde, un petit tour aux toilettes, puis un rapide lavage des mains au savon, séchage et sortie. J’étais en crise de HOS et me mis à rire en imaginant la tête qu’aurait faite la dame si elle avait su que grâce à mon super-tarin, j’étais capable de déduire ses relations avec son bidet !

Quelques heures plus tard, pendant cette même crise de HOS, j’étais allé rejoindre une personne à l’Hôtel que jouxte la pinède du centre ville, un bosquet ou les bourgeois vont faire du jogging, persuadés de se gorger d’oxygène et de santé. Plutôt que de rester à l’intérieur des salons, je proposai à mon hôte de faire quelques pas dehors. Nous sortîmes et parlâmes de nos affaires communes avant que de bifurquer vers des considérations plus personnelles. J’eus à parler de ma HOS, et m’aperçus que le sujet le passionnait et ne lui était guère étranger. Nous déambulions au beau milieu de la place et aussi curieux que cartésien, il me proposa de lui dresser la liste des odeurs que je sentais alors, à ce moment précis. Pris au piège, le petit mo’ !

J’inspirai un bon coup et déchaînai ma tirade, un mélange surréaliste d’images rimbaldiennes, de correspondances baudelairiennes et d’outrances lautréamontiennes …

Au fond, l’odeur pointilliste de la mer fait ressembler le cadre à une toile de Seurat, ou mieux, de Signac. L’odeur est toute en douceur comme étalée à l’estompe, sans violence et tranquille.

Au second rang arrive l’odeur de l’eucalyptus, par fouettements successifs, au gré de la brise légère. Cette odeur est fugace, forte lorsque présente, mais instable et disparaissant facilement.

Hélas, les gaz d’échappement sont, eux, bien plus tenaces. L’espace ou nous nous trouvons est ouvert et bien aéré mais ils l’imprègnent néanmoins de leur odeur métallique qui semble flotter assez bas dans l’espace ou ils forment un matelas.

Sur ce matelas, s’étend une autre odeur, riche et féconde, celle de la terre boisée humide, très modestement celle d’une forêt après une averse. Elle est diverse et grasse, nourrissante, omniprésente et familière. Elle est reposante, rassurante.

Dans cette symphonie olfactive typique d’une cité en train de souffrir de son développement, de temps à autre, une flèche d’odeur de poisson, franche et non équivoque vint vous caresser le nez. Oui, cette cinquième odeur provient d’un poisson et si je m’appliquais, j’identifierais l’espèce qui la dégage.

Mon compagnon de ballade éclata de rire et me demanda un peu gêné ce que viendrait faire une odeur de poisson sur cette esplanade en contre-haut de la large vallée du Bou Regreg ou le poisson n’est plus qu’un souvenir depuis des décennies. Émanerait-elle des cuisines du palace voisin ? Je répondis que non, que ce n’était absolument pas une odeur de cuisine. Il ricana et se tut. Je compris que ce délicat gentilhomme me prenait, lui aussi, pour un gentil poète déglingué…

Nous continuâmes notre promenade. Nous entrâmes dans le parc par la porte opposée, et le traversâmes en parlant de choses ‘’plus importantes’’, nos relations professionnelles. Moment paisible, agréable et placide. Il nous fallut une heure de marche pour accomplir ce bien court trajet car nous nous arrêtions souvent pour permettre à chacun de nous, à tour de rôle, de convaincre l’autre de la justesse de ses assertions. Nous ressortîmes donc par la porte donnant sur l’esplanade de l’hôtel d’où nous étions partis. En longeant la voie de garage des voitures des joggers, tout en continuant à deviser tranquillement, mon olfactomètre (appareil servant à mesurer l’intensité des odeurs), s’affola pour me préciser que la source de la fameuse odeur de poisson    ne devait pas être bien loin. J’ouvris grand les yeux et me mis à pister ladite odeur dont je finis par attraper le fil qui provenait d’une voiture. Je m’en approchai et là… j’éclatai de rire en priant mon compagnon de me rejoindre… Une fois près de moi, je l’invitai à regarder l’endroit désigné par le bout de ma chaussure et qui indiquait une petite assiette en carton contenant quelques modestes reliefs de … sardines !

Sans que je ne lui demande rien, le gardien du lieu, craignant d’avoir affaire à un responsable municipal quelconque, accourut et me précisa qu’une vieille dame vivant dans les environs, était venue disposer quelques sardines destinées aux nombreux chats qui squattent l’endroit.

Mon compagnon ouvrait des yeux grands comme des soucoupes et évalua la distance à partir de laquelle j’avais identifié l’odeur de ces quelques restes de poisson : plus de 500 mètres…

Vous pensez bien que j’ai souvent interrogé mon ORL sur cette aptitude d’autant plus bizarre qu’elle est intermittente. Il se piqua au jeu un instant et me déclara que des cas similaires étaient signalés chez les enfants autistes, les femmes enceintes et les personnes dont les glandes surrénales sont affectées d’un certain dérèglement !…

mo’

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