La grande affaire de la petite frange riche du monde actuel est l’obésité. Impossible de garder les yeux ouverts, ou que ce soit, sans balayer une manchette, un titre, une publicité contenant une invitation à se débarrasser bien vite de ses kilos en trop. Soit vite précisé, pour être honnête, que le bien-être et la santé ne sont pas tant le sujet de préoccupation de ces crieurs publics, mais plutôt l’agrément de la silhouette, les atours et la séduction.

Depuis que je me connais, mon poids oscille entre ’’x’’ et ’’x + 4’’ dans les périodes de laisser-aller extrême. J’avoue avoir la chance insolente de pouvoir snober mon pèse-personne et il enrage souvent face au peu de cas que je fais de lui. Je peux manger comme 2, voire même comme 10, sans prendre un seul gramme, étant équipé d’origine d’un système de trop-plein qui me fait éliminer le superflu. Me connaissant et me sachant sans pitié, mon corps peureux ne s’aventure jamais sur les terres de la surcharge pondérale, d’où il sait que je le chasserais à coups de régimes sans merci.

Mais attention, je n’ai rien de l’obsédé de la forme, de la balance et du calcul des calories ; ma recherche de l’équilibre s’arrête dés l’obtention du bien-être qui accompagne la santé et la bonne humeur. Je n’ai jamais brillé par ma capacité à m’imposer des disciplines violentes au long cours.

Concernant mon appétence pour la beauté des femmes, j’avoue que mes goûts penchent très nettement pour la courbe, le cure-dent et la brindille n’étant vraiment pas mes canons de beauté, tant s’en faut. S’il n’y a certes aucune raison de déclarer le mot ’’graisse’’ du genre féminin, il est légitime d’essayer d’y voir de plus près car de l’appeal dépendent en grande partie notre désir et conséquemment notre plaisir.

Je dois bien des suffrages féminins en ma faveur à cette particularité que je ne suis certes pas le seul à ressentir, mais que je suis l’un des rares à exprimer : j’en suis resté dans mes goûts aux charmes féminins immémoriaux et rubéniens, aux générosités capiteuses, aux délices munificentes des vraies femmes, larges et épanouies et je ne goûte nullement les appâts étiques des créatures androgynes fabriquées par les couturiers dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont point des voix autorisées !…

Mais, modeste comme à mon habitude, je m’en suis allé consulter les savants penseurs de mon monde pour comprendre pourquoi les chairs épanouies ont-elles connu cette chute libre sur le marché de la mode ?

Me colletant au quotidien avec les élites expertes et à leur art retors du piège dialectique, j’ai éprouvé le besoin de préciser à tous et à chacun que je faisais une nette distinction entre l’obésité, résultat de dérèglements divers dus à une mauvaise alimentation et à une sédentarité maladive et l’embonpoint, format choisi par des populations entières pour des raisons culturelles et sociales.

J’ai commencé ma quête de vérité par une visite à l’ami Hippocrate, le médecin, pour lui demander si la générosité charnelle et  la santé étaient antinomiques. Et voici ce qu’il m’a dit :

’’L’accumulation excessive de graisses dans l’organisme doit tout d’abord être clairement caractérisée car la notion n’a pas du tout le même sens partout dans le monde, cette accumulation ne devenant excessive que lorsqu’elle entraîne des risques pour la santé. Très loin des préoccupations esthétiques, la science traite de cette question au moyen de la statistique, établissant d’entrée de jeu que l’on est gros de façon circonstancielle. Ou ? Quand ? Comment ? Elle s’est empressée de ‘’codifier’’ en la matière.

Pour cela elle a établi un indice qu’elle a nommé IMC – pour Indice de Masse Corporelle,  un standard pour évaluer les risques liés au poids : maigreur, indice normal, surpoids, obésité. Elle a établi les liens entre l’IMC et un grand nombre de pathologies telles que le diabète, l’hypertension et autres maladies cardio-vasculaires. Cet IMC est calculé en divisant la masse par le carré de la taille. Voir infra tableau.

En fait, la signifiance de l’IMC lui-même doit être nuancée car il existe d’énormes différences dans la répartition anatomique de la graisse. Une répartition abdominale de la graisse est un facteur de risque de maladie aussi important que l’excès de masse grasse en soi. Il est donc utile de pouvoir distinguer les sujets présentant un risque augmenté du fait d’une ’’répartition abdominale de la graisse’’ ou obésité androïde – de forme masculine, de ceux qui montrent une répartition gynoïde – de forme féminine, beaucoup moins grave, dans laquelle la graisse se loge plutôt dans les cuisses, les hanches et le derrière.

L’outil le plus utile et le plus généralement employé pour mesurer la corpulence et en déduire la présence de surpoids et d’obésité, est donc l’IMC, mais comme déjà dit, cet indice n’indique pas les mêmes informations qu’on soit  homme ou femme, jeune ou vieux, à taille fine ou trapu, grand ou petit, citadin ou campagnard, habitant des pôles ou des tropiques.

Il existe de nombreuses courbes dites de référence établies dans différents pays, même si récemment des efforts ont été faits pour fournir des références internationales.

Enfin, pour conclure ce paragraphe de l’anatomie et de la corpulence, voici un tableau de référence des normes pondérales :

Mais plusieurs institutions et même plusieurs pays ont abandonné l’IMC (indice de masse corporelle) comme indicateur de surpoids au profit du FFMI (Fat Free Mass Index) qui lui, prend en compte la part du poids due aux muscles plutôt qu’à la graisse. Cette mesure a par exemple permis d’établir un lien direct entre surpoids et revenus. Les personnes ayant une masse graisseuse plus importante ont les revenus les plus faibles.

Alors, de cette même Amérique qui ne jurait que par l’IMC, arrive un son de cloche contradictoire et même diamétralement opposé qui affirme que la mesure est obsolète et qu’au contraire de ce que précédemment dit, ’’Quelques kilos en trop pourraient augmenter votre espérance de vie.’’

http://www.slate.fr/story/8591/l-imc-indice-de-masse-corporelle-n-est-pas-representatif-les-medecins-l-utilisent-trop ’’

J’ai laissé là Hippocrate et ses nuances qui interdisent de tirer la moindre conclusion et m’en fut prendre quelque repos allongé sur le divan du psy. Mais là, c’est lui qui parlait …

’’Les personnes qui sont persuadées d’être concernées par les problèmes de poids, recourent de plus en plus souvent à l’aide d’un psychiatre. L’on estime à plus de 20% la population demanderesse d’une aide pour guérir une souffrance provoquée par une image auto dévalorisante axée sur le poids. Mais elle n’est pas homogène et les requérant(e)s se divisent en trois catégories distinctes, dont chacune réagit  d’une manière différente face au problème, qu’il soit supposé ou réel :

  1. Les personnes évidemment minces
  2. Les personnes réellement enveloppées
  3. Les personnes en interrogation sur leur classement

Chaque catégorie est pourtant définissable par des caractères particuliers, mais  l’affaire est compliquée par la peur – souvent injustifiée, de migration d’une catégorie à l’autre, ce qui provoque des  troubles de comportement alimentaire. Boulimie et anorexie sont un enfermement dans un cercle vicieux dans lequel l’apparence et le regard de l’autre imposent un diktat aux personnes en souffrance. Le comble c’est qu’elles sont majoritairement intelligentes, sensibles et de grande finesse. Ainsi, l’obésité, dont on sait qu’elle touche en réalité surtout les milieux défavorisés, est redoutée surtout par les classes favorisées qui essaient d’y échapper – dans le meilleur des cas, par le jeûne laïc,  par les vomissements provoqués, par l’absorption de coupe-faim,  de laxatifs et autres  cocktails pharmaco-chimiques. ’’

L’économiste quant à lui, me révéla des choses pas pîquées des hannetons, tranquillement, sans se démonter :

’’Le marché du contrôle de poids est on ne peut plus juteux. Durant la seule année 2005, les Américains ont dépensé plus de 50 milliards de Dollars dans les programmes et produits minceur (une fois et demie le budget de mon pays). Plus de 70 millions de personnes (deux fois la population de mon pays…) – soit 23% des  310 millions d’habitants des USA, suivent actuellement un régime alimentaire. Pour s’occuper d’eux, plus de 20.000 diététiciens sont officiellement patentés, et le consommateur a plus d’options de perte de poids que jamais.

Voici les 40 régimes alimentaires qui ont le plus de succès dans le monde. Chacun d’eux a été mis au point par un ‘’chercheur’’, un médecin, un industriel, un bonimenteur ou un charlatan :

Acai Berry Agar-agar Ananas-Pamplemousse Antoine Atkins Chronorégime Citron Crétois Diète protéinée/protidique Diététique Dissocié Dissocié scandinave Dukan Fibres Fletcher Forking Fricker Groupes sanguins Hollywood Hyperprotéiné sans sachets Hypnose Index Glycémique Jeûne Karl Lagerfeld Kousmine Le Diet Low-Carb Macrobiotique Mayo McKeith Médicaments amaigrissants/minceur Méthode Imperiali Miami Montignac Okinawa Ornish Scarsdale Shelton Slim Data Slim Fast Soupe aux choux Starter The Zone Weight Watchers

Et savez-vous l’effet spectaculaire que cette orgie de moyens produit ? Je vous le donne en mille !

Le taux d’obésité continue de grimper !

Je n’irai pas jusqu’à suggérer comme Fernand Raynaud que c’est ‘’étudié pour’’… mais je le pense tellement fort que cela doit s’entendre.’’

En Novembre 2010, en France, la très sérieuse Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail avertissait, au terme d’une large étude que les régimes amaigrissants étaient très loin d’être sans risques.

Sur la base de ses expertises, l’agence a passé au crible 15 régimes: Atkins, Californien, Citron, Détox, Chrononutrition, Cohen, Dukan, Fricker, Mayo, Montignac, régime de la Soupe au chou et Weight Watchers… et évalué les déséquilibres importants qu’ils entraînent.

Ainsi, pour plus de 80% de ces régimes, les apports en protéines sont supérieurs aux apports nutritionnels conseillés (ANC). Pour les femmes, ces ANC en fer sont très rarement atteints. L’apport en vitamine C est souvent trop faible.

L’agence a établi les risques que ces régimes faisaient courir à la santé. Elle cite la diminution de la masse minérale osseuse et les risques de fracture, ainsi que le risque de calculs biliaires et de cancer colorectal.

Leur innocuité n’est pas établie sur le plan cardio-vasculaire.

Pour l’Agence, « rien ne peut remplacer en termes de santé une alimentation équilibrée, diversifiée ».

Lorsque le surpoids est établi de manière objective, lorsque la sentence de ’’corps gros’’ est prononcée, combien de condamné(e)s ont le réflexe et l’intelligence de se rappeler la phrase de Blaise Pascal dans ses Pensées, ’’Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà.’’.

La vérité, celle-là comme toutes les autres, est une notion relative qui varie suivant les époques, les lieux, les mentalités ! Alors, lorsqu’on affirme que tel corps est gros, il faudrait préciser le temps et le lieu de l’affirmation !

Un exemple : J’ai 2 tantes d’une sympathie et d’un humour sans pareil, toutes deux très belles et toutes deux plus que généreusement épanouies. L’une pèse allègrement ses nonante kilogrammes, tandis que l’autre, plus petite de taille en plus, écrase largement le quintal. Leur poids ne les gêne pas le moins du monde et ce sont deux fontaines de rire et de bonne humeur. Elles sont toutes deux excellentes cuisinières, horriblement gourmandes et leur vie est une perpétuelle préparation de repas de fête. Un jour, elles s’en furent de conserve visiter des cousines, dans un autre pays arabe et méditerranéen. Elles furent reçues royalement mais la plus enveloppée des deux se vit questionnée sur la santé de sa sœur que les ‘’cousines’’ trouvaient bien maigrelette à leur goût ! Là-bas, une femme belle et en bonne santé est une femme généreusement ‘’assise’’ et bien ‘’pleine’’. En Occident, mes tantines déclenchent l’hilarité sur leur passage, ce dont elles se moquent éperdument d’ailleurs ! L’une d’elle, taquinée par une jeune pimbêche sur son agilité horizontale pendant les câlins avunculaires, répondit d’un ton méprisant : ’’Ma pauvre bécasse, les hommes étant tous des voyous, peut-être le mien recharge-t-il ses accus grâce au spectacle de figurines falotes comme toi (m3iwates) mais si tu savais comme il s’amuse avec la vraie femme que je suis !…’’

A combien d’années-lumière se situe cette très noble tante, par rapport aux petites grosses complexées de l’autre rive ? Nous sommes bien loin, là, des ressortissantes de la société occidentale qui vouent un culte à la minceur pour des raisons diverses, moins avouables les unes que les autres : féminisme effréné maquillé en trophée de liberté,  effacement progressif des différences entre sexes, revendication de la platitude et de la monotonie, affectation du corps féminin au travail, culte de l’anorexie anti-physiologique …

Mais il est facile de comprendre pourquoi les Occidentales et leurs suiveuses s’adonnent à ce culte : leurs formes sont le résultat d’une alimentation déséquilibrée et d’une sédentarité maladive ; elles sont donc un résultat négatif. Dans le cas des Orientales, les formes sont sculptées dans un sybaritisme assumé. Il est temps que l’on avoue aux Occidentaux que le fantasme masculin absolu, la danseuse du ventre, doit toujours être généreusement enveloppée, sinon, pratiquée par des échardes ambulantes, cette danse n’a plus aucun sens et atteint souvent la laideur en lieu et place de la suggestion sensuelle suprême, pleine et déliée !

Au Sud, dans un pays voisin, les dames ne s’assoient même pas sur leur séant de peur d’en abîmer la forme parabolique et elles font tout pour augmenter leur volume fessier, ce dernier étant un atout majeur de la beauté., alors qu’au Nord, de l’autre coté de Mare Nostrum, les femmes rivalisent d’efforts pour s’introduire dans les jeans les plus étroits possibles pour la seule gloire de clamer qu’elles portent des tailles de fillettes impubères.

L’une des représentations archétypales de la femme y est  une poupée nommée Barbie dont les proportions sont purement imaginaires et qui, si elle existait, feraient qu’elle ne pourrait même pas se mettre debout  sous peine de se casser en deux et serait obligée de marcher à 4 pattes !

Mais lequel d’entre nous a les moyens physiques, matériels et psychologiques pour sortir de la norme et vivre une vie de liberté, une vie réellement repensée ? On ne peut certes pas incriminer la norme de l’ensemble de ses pratiques, mais l’erreur est surement de s’identifier aux images de la rue, lesquelles, lorsqu’on ne leur ressemble pas, vous clouent au pilori pour vous faire payer le prix de la déviance. Votre corps ne ressemble pas à cela ? – Coupable ! Bien évidemment que vous ne devez pas accepter votre corps, semblent vous dire ces djinns impitoyables !

Il faut bien évidemment réapprendre à aimer son corps nu, lavé de toute ressemblance avec la multitude ! Je le jure sous serment et à genoux  : Quoi qu’ils disent, tous les hommes préfèrent les rondes et leurs corps pleins de douceurs et de charmes. Faudrait-il qu’ils soient fous pour délaisser des volumes pleins de promesses câlines et coquines,  des poignées d’amour ouvrant sur des paradis,  des courbes enivrantes plongeant dans le rêve – toutes choses qui sont leurs fantasmes naturels, pour des platitudes et  des ossements contondants ?

36 ou 46 ne sont que des chiffres muets et attrape-nigaudes, et si  quelqu’une réduit ses charmes à leurs comparaisons, alors, qu’elle ne s’étonne pas de se retrouver dans l’officine de quelque sorcier qui ne fera jamais maigrir que ses économies !  Naïves demoiselles, de grâce, hâtez-vous de vous aimer !  Bichonnez-vous, déculpabilisez-vous totalement et ne vous privez de rien d’autre que de l’abus, du dangereux. Peu à peu, cette nouvelle discipline prendra en mains vos formes qui reviendront à leur équilibre, à leur point d’harmonie, à leur beauté réelle, non à celle de celluloïds impersonnels et fadasses.

Pratiquez un sport, c’est le moins que vous deviez à votre corps ! Le plus simple sera le meilleur et le plus efficace : la marche, la natation. Nul besoin d’aller pavaner dans ces salles en vogue ou l’on va uniquement pour voir et être vu(e)s. Si vous ne pouvez distraire ces moments de vos emplois du temps, un simple ballon à la maison, un escabeau, une bicyclette statique, ou … la danse feront l’affaire !

En un mot comme en cent, faites-vous plaisir et ce plaisir rejaillira sur vous en bonheur, en beauté !

mo’

Nota :

Fernando BOTERO ANGULO

Naissance 1932
Medellín, Colombie
Peintre, sculpteur Formation
Academia de Bellas Artes San Fernando de Madrid
Œuvres réputées Nature morte à la mandoline, Mona Lisa à l’âge de 12 ans
Influencé par Renaissance italienne, art précolombien, art populaire.

Nadine DUMAIS

Naissance 1961
Québec, Canada
Peintre, Enseignant
UQAM
Œuvres réputées La Diva, la grosse Madame, Sexy Mama
Nouvel expressionnisme ( ?)
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