Il ne fait aucun doute que dans quelques très courtes décennies, s’ils maintiennent leurs habitudes alimentaires actuelles, les humains vont être confrontés à d’immenses problèmes de nourriture. Alors, les conventions unanimement acceptées actuellement comme l’argent etc. n’auront plus aucun cours et ceux qui en auront devront choisir entre le manger ou … s’en faire des clystères… Les frontières, les races, des pays, les civilisations, l’émigration, l’immigration, la morale et les visas  relèveront de la paléontologie et notre race aura bien peu de temps pour se refonder sur d’autres bases moins inconscientes ou aller rouler pour l’éternité dans les poubelles de l’Univers, pulvérisée, anéantie par un immense chaos !

Aujourd’hui, l’égalité entre les hommes est cocasse mais réelle : les riches meurent de suralimentation et les pauvres meurent de sous-alimentation. Prophètes, saints et savants, les meilleurs des fils de la Terre, essaient depuis des millénaires de leur faire entendre raison. Jusqu’à présent, en vain !

Une prise de conscience immédiate et un changement radical de comportement peuvent pour quelques temps encore, stopper cette chute inexorable vers le néant !

Tout d’abord, il faut prendre conscience que l’issue est certaine et … mathématique :

La population de la planète Terre est actuellement à peu de choses près, de 7 milliards d’habitants et il faut savoir qu’un milliard de ces humains ne mangent pas à leur faim. En 2030, nous serons 8 milliards et en 2050, 9 milliards. Cette conjecture ne concerne donc pas des époques perdues dans un futur plus théorique qu’appréhendé, c’est le quotidien de nos enfants dont il s’agit !

Pour produire la nourriture des nouveaux arrivants, il faudra réunir trois choses :

–         De nouvelles terres agricoles
–         De nouvelles sources d’eau
–         De nouveaux savoirs

1° La terre

L’hyper intensivité de l’agriculture actuelle est démentielle, car elle ne respecte pas l’équilibre écologique. Il faudra cesser de demander à la même superficie de produire de plus en plus, à coups de machinisme effréné et de produits chimiques en quantité. 3 exemples pour illustrer cela :

  • Le rendement à l’hectare d’une terre céréalière en bour au Maroc est de 10 quintaux de blé. En Beauce et en Brie, en France, il existe un Club des Cents, regroupant les producteurs de blé qui obtiennent chaque année plus de 100 quintaux à l’hectare… Ils compensent l’épuisement des sols par des apports déraisonnables de produits chimiques et repartent, sans assolement, sans jachère, sans aucune mesure…
  • Les ‘’bonnes’’ fraises de contre-saison que l’on étale si fièrement sur nos belles tables et qui n’ont aucun goût, qui nous fichent des diarrhées carabinées, de l’urticaire ou d’autres cadeaux à découvrir ultérieurement, sont de véritables berlingots de produits chimiques pour garder l’aspect et la couleur de fraises et pousser par des températures artificielles en des temps record, à des saisons non naturelles.
  • Mais la pire activité agricole est sans doute l’élevage intensif des animaux dont la viande est destinée à la consommation humaine et à l´industrie agro-alimentaire. Elle est de piètre qualité, chargée d´antibiotiques et d’hormones, et résulte d’un gâchis démentiel :

Appliquons ces chiffres à la population attendue pour 2050 et nous comprendrons aisément que si nous ne changeons rien à nos habitudes alimentaires il va nous falloir rapidement allez coloniser d’autres planètes pour faire pousser nos radis, élever vos cochons et nos couvées ! A moins que nous n’envisagions de restaurer certaines pratiques auxquelles l’homme n’a pas hésité à recourir dans le passé partout dans le monde, comme … le cannibalisme par exemple…

(voir http ://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1989_num_44_5_283641# )

2°) L’eau

L’Agriculture est sans conteste le plus gros consommateur d’eau puisqu’on estime qu’à elle seule elle représente 70 % de la consommation mondiale. Depuis le début du XXème siècle, la superficie des terres cultivées ayant beaucoup augmenté, la consommation d’eau pour l’agriculture a ainsi été multipliée par six.

Mais on estime que 30 à 60 % de l’eau d’arrosage s’évaporent et ne profitent pas aux cultures. Dans le cadre d’un travail effectué pour notre coopération avec un pays étranger, j’avais osé révéler que le Maroc n’échappe pas à ce phénomène de gâchis et cela m’avait valu d’être fortement morigéné par les vestales du  douloureux secret.

Partout à travers le monde on avoue maintenant que cette eau n’est plus suffisante et çà et là, l’on abandonne les cultures gourmandes au plan hydrique. En matière d’élevage, l’eau potable est encore plus nécessaire et encore plus ‘’gâchée’’. Il suffira peut-être de dire qu’avec la quantité d’eau nécessaire pour produire 1 kg de viande, un humain peut se doucher tous les jours pendant … un an !

3°) Le Savoir

Le savoir agronomique est réparti  très schématiquement entre plusieurs groupes de sciences :

  • Sciences vétérinaires
  • Sciences de l’ingénieur & défense de l’environnement
  • Sciences Economiques et sociales appliquées à l’agriculture
  • Enseignement, recherche fondamentale et appliquée (OGM, amélioration génétique, nouvelles technologies etc.)

Nous avons fait le point sur les ingrédients de base : la terre, l’eau, le savoir & le savoir faire. Mais le compte n’y est pas.

L’exceptionnel Raymond Devos a dit dans un de ses sketches :

’’Est-ce que c’est en remettant toujours au lendemain la catastrophe que nous pourrions faire le jour même que nos l’éviterons ?’’

L’un des plus grands théoriciens de la créativité américaine, John Dewey, philosophe américain du XIXème siècle dont j’ai déjà parlé, donne un point de vue original sur le progrès scientifique :

’’Tout grand progrès scientifique est né d’une nouvelle audace de l’imagination.’’

L’imagination ! Composante indispensable à la création ! Méthode éprouvée et validée par d’innombrables beaux esprits :

Comment intervient l’imagination dans le processus de création ? William Shakespeare répond :

’’L’imagination est le commencement de la création.
On imagine ce qu’on désire, on veut ce qu’on imagine,
et enfin, on crée ce que l’on veut.’’

La philosophe française Simone Weil, 1909-1943, confirme quant à elle dans La Pesanteur et la Grâce :

’’L’avenir, nous le fabriquons dans notre imagination’’

Pour répondre à nos inquiétudes à propos de la nourriture du futur, il faudrait bien sûr en finir avec le gaspillage des ressources et ne pas se priver du recours à la science et aux nouvelles technologies.

Il y a moins d’un mois, 400 savants et chercheurs de 235 pays du monde coordonnés par  John Beddington, sommité mondiale en matière de développement soutenable, ont participé à la rédaction d’un rapport intitulé ’’Le futur de l’alimentation et de l’agriculture’’ , travail commandé par le gouvernement britannique, qui préconise “un changement immédiat et drastique du système alimentaire” qui tienne compte de toutes les contraintes, changement climatique et raréfaction des ressources compris.

Ce rapport révèle que 30% de la nourriture produite actuellement est perdue  à cause d’un stockage déficient, d’un transport inadapté, d’une péremption non surveillée, toutes choses qui, réduites simplement de moitié permettraient d’énormes économies.

Parallèlement, il épingle particulièrement la ruineuse consommation de viande, tout en reconnaissant que l’homme ne peut et ne veut se passer des précieuses protéines animales.

Or la production mondiale de viande est passée de 44 millions de tonnes en 1950 à 210 millions de tonnes en 2008.

L’institut ’’World-Watch’’, organisation de recherche environnementale des Etats-Unis, affirme que le troupeau de la ferme mondiale se compose aujourd’hui de :

  • 14 milliards de poulets (+ de 2 poulets par terrien)
  • 1,8 milliard de moutons et de chèvres
  • 1,3 milliard de bovins
  • 1 milliard de cochons

Or, les déjections des volailles, battent tous les records de teneur en urée et il vaut peut-être mieux tout ignorer de ce produit si l’on n’a pas l’intention de cesser immédiatement d’en consommer. Les ruminants, chèvres, moutons et surtout bovins pètent et rotent chaque jour, des quantités inouïes de méthane, gaz 20 fois plus calorifique que le C02. Les cochons eux, en plus d’émettre des gaz, éliminent une urine particulièrement riche en ammoniac qui pollue gravement les nappes phréatiques. Pour terminer ce couplet de l’aberration, disons que 36% des récoltes mondiales de céréales sont destinées à la nourriture des animaux dits de rente, et ce chiffre est de 70% pour les pays industrialisés.

Et là, une suggestion tout à fait intéressante est faite. Mais au lieu de la livrer de but en blanc, j’essaie la maïeutique qui vous fera sûrement trouver la réponse et vous l’adopterez d’autant plus aisément :

Si nous tenons réellement à nos protéines animales, il nous faut faire notre choix dans ce menu et y éviter les vertébrés, par nature aussi gourmands que nous en ressources de base. Que restera-t-il alors ? Est-ce vraiment un choix ? La solution devient alors évidente, il faut consommer ce qui est disponible et ne risque pas de faire défaut : les insectes.

Nous avons donc bien un choix entre deux options : Devenir végétarien ou entomophage. Le végétarien ne se nourrit que de végétaux et élimine de son alimentation les produits d’origine animale, alors que l’entomophage mange aussi des insectes !

L’entomophagie désigne la consommation d’insectes (qui exclut les araignées) par l’être humain. On compte déjà environ 1500 espèces d’insectes consommés par 3 000 ethnies différentes, mais ce nombre constitue une hypothèse très basse, des interférences culturelles empêchant la recherche en la matière. De très nombreux peuples consomment des insectes et tous les humains ingurgitent … à leur insu … une moyenne de 500 grammes d’insectes par an, dissimulés dans les fruits, les confitures ou le pain.

En Afrique, on trouve d’innombrables ethnies entomophages dans les pays suivants : Afrique du Sud, Angola, Botswana, Congo, Madagascar, Malawi, Nigeria, La Réunion, Zambie, Zimbabwe.

En Amérique du Sud, ce sont le Mexique et la Colombie qui, avec les peuplades amazoniennes, consomment le plus d’insectes.

En Asie, la Chine, la Thaïlande, le Laos, la Malaisie, l’Indonésie et l’Iran abritent les ethnies les plus entomophages du continent.

En Europe, dans l’Antiquité, les Grecs raffolaient des cigales et les Romains des larves de scarabées. Dans les Temps Modernes, l’entomophagie est plutôt réservée à la parapharmacie.

En Océanie, aussi bien les Aborigènes d’Australie que les autochtones de Nouvelle Calédonie consomment au quotidien des insectes.

Une boutade pleine de sagesse fait dire aux Chinois :

’’En Chine, tout ce qui a 4 pattes et le dos tourné vers le ciel se mange, à l’exception de la table et des chaises.’’

Et au Maroc, qu’en est-il ? On mange le plus naturellement du monde les sauterelles dévastatrices des champs, dans le Sud. Elles se vendent alors à Marrakech et ailleurs, en cornets semblables aux cornets de pois-chiches ou de graines de courge. On consomme d’autres insectes mais surtout dans le cadre de médecines parallèles.

On parle toujours de dégoût quand on évoque les insectes. Pourquoi ? Il est pourtant évident que du règne animal, les insectes sont les plus propres, les plus nourrissants et les moins polluants !

Prenons connaissance ensemble de ce menu-tracts à la gloire de l’entomophagie et tout en devisant, ne vous gênez pas pour grignoter :

La Sauterelle

Voici la fine sauterelle,
La nourriture de saint Jean.
Puissent mes vers être comme elle,
Le régal des meilleures gens.
Apollinaire, Le Bestiaire ou cortège d’Orphée

PS ’’Ce Jean avait son vêtement fait de poils de chameau et un pagne de peau autour de ses reins; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage.’’
L’évangile selon
Saint Matthieu – 3 – 4


Lesquels de ces animaux sont les moins ragoûtants ? Les vers à soie
qui ne mangent que des feuilles de murier, vivent loin de l’eau et
se déplacent à grand peine, ou les crevettes que l’on retrouve par
myriades, agglutinées sur les cadavres des noyés et qui
se nourrissent des détritus des rivages ?

Pour ce qui est de l’aspect, l’appétence est difficile à déterminer entre les vers de farine et les anguilles, les premiers vivants dans un milieu plus que sain et sec et les secondes s’ébattent dans les berges des rivières pleines de vase, au milieu d’une bave qu’elles produisent, en se nourrissant … d’insectes notamment.

La chenille est un avatar du papillon, sa larve, et non un insecte en soi. La blatte n’est pas forcément l’insecte révélateur d’un lieu négligé et encore moins sale. Il en existe plus de 4000 espèces disséminées à travers le monde, de toutes formes, couleurs et tailles.

Le Big-Mac est un hamburger vendu par la chaîne de restauration rapide Mac Donald. Le Bug-Mac en est une imitation humoristique ou la viande hachée a été remplacée par des ‘’bestioles’’ (bug en anglais) et plus précisément des insectes.

L’entomologiste Arnold van Huis, cité par le très sérieux journal français Le Monde a conclu son intervention lors d’une conférence donnée à l’université hollandaise de Wageningen, l’une des meilleures au monde en matière d’agronomie, par cette sortie pleine d’humour :

’’Le jour viendra où un Big Mac coûtera 120€ et un Bug Mac 12€, où les gens qui mangent des insectes seront plus nombreux que ceux qui mangent de la viande ’’

Saurait-on finir un tel festin autrement que par une douceur ?

J’y ajoute pour ma part cette magnifique citation d’Aristote :

« Il n’est pas d’un homme raisonnable de blâmer par caprice l’étude des insectes, ni de s’en dégoûter par la considération des peines qu’elle donne. La nature ne renferme rien de bas. Tout y est sublime, tout y est digne d’admiration. »

mo’

NOTA : Toutes les illustrations proviennent d’Internet.

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