La drague urbaine est encore possible au Maroc. Pour quelques temps. Il semblerait que nous ne soyons pas encore prêts à accepter ces dispositions iniques prises au Canada par exemple ou un homme tout ce qu’il y a de sérieux, a été condamné par un tribunal pour avoir salué poliment, dans un ascenseur, une personne du deuxième sexe par un discret ’’Bonjour Mademoiselle’’. Elle a porté plainte et obtenu gain de cause au motif que l’homme s’est mêlé de sa vie privée en spéculant sur son état civil ! En clair, qu’elle fût mademoiselle  ou madame ou monsieur ne le regardait en rien et il aurait dû se contenter de souhaiter le bonjour sans préciser ce qu’elle était ! Dur dur !

Ce rigorisme est probablement à l’origine d’une rencontre que je fis, en Agadir, il y a quelques années, dans le lobby d’un grand hôtel, ou une dame à la cinquantaine flamboyante (oui, oui, je sais, avant c’était la quarantaine qui flamboyait…) m’expliqua avec toute la naïveté outre-atlantique qu’elle venait régulièrement au Maroc pour … se sentir ‘’femme’’. Quel merveilleux compliment pour nous, chers ‘’compats’’ ! Elle poursuivit son explication en disant que chez elle, dans la Belle Province, les hommes étaient  maintenant terrorisés par la peur du procès et en étaient arrivés à ignorer tout simplement les femmes ! C’est çà la civilisation ?

D’autres anecdotes et quelques ballades sur le Net m’ont donné l’idée de proposer la première ébauche d’un Lexique de la Drague Urbaine au Maroc, à l’usage des dames étrangères, souvent ‘’récipiendaires’’ de ces ‘’fleurs de pavé’’ que sont nos compliments et qu’elles ne comprennent souvent pas. A l’étranger, nos célébrissimes compliments sont réduits à ce que certaines naïves, généralement atteinte par la date de péremption, répètent de retour dans leurs pays sous la forme suivante : » Au Maroc j’ai rencontré un gars qui voulait m’acheter pour 200 chameaux » ! Tu parles, Mémé, à 20.000 balles la bosse, faudrait que tu sois Asmahane pour dépasser les 2 unités !…

Je m’empresse aussi de publier ce  »lexique » malgré ses béances car notre rue, si colorée, si bon enfant et drôle, est menacée par la sinistre grisaille d’un projet de loi inique traînant dans le fond de l’air et tendant à faire des Marocains, qu’à Dieu ne plaise, des gens froids et insensibles aux charmes féminins. Comme si respect, prévenance et gentillesse étaient antinomiques!

J’ai musé sur Internet pour en savoir plus à propos de cette loi, et y ai trouvé, à coté des dormitives leçons de morale de ‘’quat’ sous’’, de jolies choses comme la  déclaration de cette petite Hasna  qui se dit ‘’… flattée par un compliment adressé avec art et politesse. C’est un hymne à la beauté et au charme féminins.’’

Mais à coté, bien sûr, il y a le discours inverse des ronchonnes : ‘’Sans loi cadre interdisant strictement la drague dans les rues, l’agression psychique des femmes ne pourra que durer encore et encore. Ce projet de loi doit être voté. Les hommes ne font plus de différence entre une mère enceinte et une fille qui cherche à être séduite’’. Vous rendez-vous compte ? C’est sûr qu’après avoir été traitée de gazelle, une dame s’allongera sur le divan d’un psy des mois durant ! Le compliment est-il un mal, Madame ? Ah là là, les effets désastreux de la  »science confuse » !… De toute façon, le génie naturel urbain a prévu aussi des  »petites choses » pour ces aigrelettes. Certaines adresses sont plus assassines qu’un rapport de psychiatrie, comme cela chacune a son compte. Et si vous étiez tenté(e) vous aussi de  »prêchi-prêcher », n’oubliez pas que le pissement de vinaigre n’est absolument pas marocain et que ces poètes urbains sont ces innombrables jeunes qui aident systématiquement les personnes âgées à traverser, à porter une charge, à ouvrir une porte ou autre, en les appelant  »el oualida », maman, ou  »el oualid », papa.

Dernier point : à l’issue de ma recherche scientifique, je voudrais comprendre  pourquoi Georges Clooney, moi, Brad Pitt  et quelques autres, ne nous faisons jamais rabrouer, ni envoyer sur les roses, ni houspiller, bien au contraire, lorsque nous adressons un compliment à une passante dans la rue…

On va surement se plaindre de mon propos et me demander d’être moins superficiel, d’essayer de me mettre à la place des gens ‘’insultés’’ par cette drague. Alors j’anticipe, car à moins d’être un addict du thon, personne n’a échappé à la désagréable mésaventure de voir un olibrius courtiser sa Belle du Seigneur.

Un jour, j’attendais ma concubine, une respectable maman, appuyé à l’aile de ma voiture,  face à la porte de l’immeuble en bas de ‘’chez nous’’. Elle finit par arriver et pendant qu’elle traversait la largeur du trottoir en venant vers moi, elle fut encadrée, sous mes yeux, tu rends compte ! par deux dragueurs en goguette qui s’approchèrent d’elle et lui adressèrent une de ces plaisanteries courtisanes dont il est question ci-dessous. Ce faisant, ils libérèrent le ressort de mon corps athlétique et de mon âme jalouse, et je sautai sur le plus proche des deux. Je lui demandai de quel droit il avait osé son minable compliment et pour l’aider à répondre, lui assénai en pleine poire ce que nous appelons ici une roussia, comprenez un méchant coup de tête … qui lui éclata le nez, lequel eut la bonne idée de se mettre à gicler d’un sang pur qui abreuva le sillon. Ce n’est pas bien beau ni glorieux, j’en conviens et ne traduit qu’une chose : mon éducation lacunaire ! Mais ce fut cependant l’occasion de me plier de rire car le pauvre damoiseau, hors de lui, pissant, se mouchant et hurlant, prenait à témoin les passants pour leur demander comment lui, technicien de confection diplômé, aurait pu se permettre de manquer de respect à une dame de l’âge de sa grand-mère. Je m’esclaffai d’un rire irrépressible et le prenant par l’épaule je lui dis :

–         Tais-toi malheureux, ce que je t’ai fais, qui me rend rouge de confusion et pour lequel je te demande sincèrement pardon, n’est rien comparé à ce que tu risques après avoir dit cela. Pardonne moi, petit frère mais surtout, casse-toi vite, il vaut mieux pour toi…

L’impudent ne détala pas comme un lièvre et probablement amusé et flatté par la peine faite à son bourreau, moi en l’occurence, il se fit vraiment prier avant de chauffer la route…

Bon, je crois que tout le monde a compris. Passons à notre lexique.



Publicités