Le ‘’shintoïsme’’ ou “voie des dieux“ est la  religion première du Japon. Elle souligne l’importance de l’harmonie entre les humains et la nature. Elle implique le culte des “kamis“, concept englobant les idées de “dieux”, d’“esprits naturels” et de simples “présences spirituelles”. Les ‘’kamis’’ contrôlent tous les aspects de la vie humaine et de la nature. Il en existe de différents types: dieux et déesses, esprits qui animent la nature, âmes des ancêtres. La notion de survie après la mort a beaucoup évolué au cours des siècles, mais est clairement admise.

Le livre sacré du shintoïsme est le Kojiki. Sa rédaction a été ordonnée par un souverain du 8ème siècle. Il est divisé en 3 tomes dont le premier décrit les diverses générations de dieux et les deux autres relatent les généalogies des empereurs mais aussi des scènes de leur vie.

Les principales divinités sont le Père Ciel et la Mère Terre, créateurs des îles japonaises et de toutes les innombrables autres divinités.

Amaterasu Om kami – ou Grande Divinité Céleste, est la plus importante de toutes leurs créatures : envoyée au firmament, elle règne sur le soleil. Elle dépêcha à son tour son petit-fils sur la terre pour prendre possession de toutes les îles de l’Archipel qu’est le Japon et y fonda une dynastie ‘’éternelle’’. Cette conception mythique de la fondation du Japon et de l’instauration de la lignée impériale, constitue l’idée centrale de la foi shinto et a des répercussions directes sur la vie terrestre.

Le Sakoku ou  ‘’fermeture du pays’’ est le nom donné à la politique isolationniste japonaise, instaurée entre 1641 et 1853 Elle a consisté en la suspension de tout échange intellectuel entre le Japon et l’étranger, la limitation des ports ouverts aux étrangers, l’interdiction d’entrer ou sortir du territoire pour tout japonais sous peine de mort, l’expulsion de tous les étrangers et la destruction des navires capables de naviguer en haute mer !

En 1868, le Shinto devient la religion d’État pour l’Empire du Japon et le Tennó – ou Empereur Céleste, que l’on appelle en Occident le Mikado, est le descendant de la déesse Amaterasu. Il est le chef d’état officiel de l’Empire.  Il est aussi commandant suprême de la Marine et de l’Armée. Il est l’objet d’un véritable culte. Jusqu’en 1947, son pouvoir est immense et plusieurs souverains, effrayés par l’étendue de ce pouvoir, vont devoir se réfugier dans des monastères pour s’éloigner des influences malfaisantes de leurs entourages, les grandes familles, féodales, traditionalistes, expansionnistes et hégémoniques.

A la fin du 19ème siècle, contraint et forcé d’ouvrir son commerce aux États-Unis et aux autres puissances occidentales, le Japon prend brutalement conscience de son retard technologique et politique, et un groupe de samouraïs révolutionnaires fomente un coup d’état et impose la création d’un gouvernement “à l’occidentale”. Toute la société japonaise suit le mouvement et bientôt le Japon fait sa révolution industrielle. Étant le premier et le seul État asiatique dans ce cas de figure, l’Empire du Soleil Levant devient rapidement beaucoup plus riche et puissant que ses voisins.

Il démontre sa force nouvelle en battant la Chine et en annexant Taïwan. Puis il va chercher noise à la Russie à propos du contrôle de la péninsule Coréenne et de la Mandchourie. En 1905, la guerre éclate entre Tokyo et Moscou et si le Japon apparait vainqueur, en vérité les pertes sont équivalentes des deux côtés. Mais l’important est qu’il se  sent soudain assez puissant pour rivaliser avec les puissances occidentales.

Les Japonais commencent alors à considérer comme une ‘’mission’’ et un devoir de protéger leurs voisins asiatiques de l’impérialisme colonial de l’Occident. La politique japonaise est alors totalement dominée par les militaires, même si aucun parti militariste n’a jamais eu la moindre influence dans les instances démocratique, comme la Diète notamment, le parlement nippon. Ces militaires sont ultra-nationalistes et n’hésitent guère à ‘’avoir raison’’ par le meurtre et la liquidation de tout ‘’obstacle’’.

En moins d’un demi siècle, le Japon annexe la Corée et augmente son emprise sur la Mandchourie ; il prend le contrôle de la Chine, pour y transférer une part de ses ‘’mécontents de la crise économique et sociale des années 20’’ et ainsi diminuer sa tension interne. Puis le Japon, l’Allemagne et l’Italie signent un ‘’pacte tripartite’’ afin de s’entraider contre les USA et sous la protection de ce pacte, il négocie l’occupation de l’Indochine. Il attaque les colonies anglaises et hollandaises gorgées de pétrole d’Asie du sud-est, il attaque aussi les territoires des Philippines américaines, il lance une attaque préventive sur la principale base navale américaine du Pacifique, Pearl Harbor. Enfin, il attaque Hawaï, ce qui entraîne les États-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale, laquelle s’achève par la défaite du Japon.

1.     Téhéran http://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_T%C3%A9h%C3%A9ran,
2.     Casablanca http://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Casablanca,
3.     Yalta http://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Yalta
4.     Potsdam http://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Potsdam

Ces quatre villes sont les quatre étapes successives et nécessaires pour fixer le sort des vaincus de cette guerre.

A Potsdam, après la capitulation de l’Allemagne, le président américain Truman informe Churchill et Staline que les USA ont mis au point ‘’la’’ bombe atomique et l’ont même expérimentée 3 jours avant, chez eux, dans le désert d’Alamogordo, au Nouveau-Mexique.  Il est alors décidé de poser un ultimatum au Japon, lequel s’empresse de le rejeter. Hiroshima est bombardée. Puis, trois jours après, c’est au tour de Nagazaki.

Une page de l’histoire de l’humanité se tourne alors, car pour la première fois, l’homme dépasse l’histoire et accède à la ‘’géographie’’ : il peut s’autodétruire et détruire même son environnement, le polluer pour des millénaires et y effacer la vie, mis à part quelques végétaux tels le Ginkgo Biloba et quelques animaux, tels les cafards qui résistent, eux, aux radiations atomiques !

En 1947, les vainqueurs de la Deuxième Guerre Mondiale exigent des vaincus, les Japonais, une révision de leur constitution pour pouvoir procéder à la diminution drastique des pouvoirs du Tennó, lequel renonce publiquement à son caractère divin. Le Shintoïsme est aussi abandonné en tant que religion d’état, ce qui le relègue au niveau du folklore. Les Japonais se retrouvent ainsi coincés entre un matérialisme atteignant l’obsession et les religions  »classiques », Christianisme en tête, qui grappillent parmi eux quelques ouailles réfractaires à l’athéisme …

Par contre, parallèlement, le Japon s’attèle, avec la force et l’opiniâtreté de toutes ses énergies à sa reconstruction et à son développement économique et social. Seulement 30 ans après, il est la seconde puissance économique mondiale et parallèlement, partout dans le monde, l’humanité entière découvre avec plaisir et émerveillement, les splendeurs de la vie de ce peuple insulaire de son extrême orient.

Les arts et la vie du Japon sont admirés et copiés. Ses mille charmes exercent une attraction sur chacun, quels que soient ses goûts. On peut affirmer que le Japon est peut-être l’Empire des Sens mais aussi et surtout celui de l’émotion. Cette dernière est valorisée à l’extrême, au point qu’il existe des mots différents selon son intensité. De plus, au Japon, le vocabulaire de description est le même pour l’art que pour l’émotion et c’est bien pour cela que tout y est considéré comme art. Voici en images onze de ces activités quelquefois très prosaïques ailleurs et qui, au pied du Fuji-Yama se hissent au niveau d’un art.

Asai Ryōi, écrivain et prêtre bouddhiste du XVIIème siècle, écrit vers 1665, dans la préface des Contes du Monde Flottant, cet étrange petit poème qui rend merveilleusement l’idée d’impermanence de la vie poussant à une conception très épicurienne de cette vie, en contradiction totale avec les exigences de la règle bouddhique :

Vivre uniquement le moment présent,
se livrer tout entier à la contemplation
de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier
et de la feuille d’érable… ne pas se laisser abattre
par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître
sur son visage, mais dériver comme une calebasse
sur la rivière, c’est ce qui s’appelle ukiyo.


Du fait de l’occupation de leur pays par leur vainqueur, les USA, les Japonais profitent grandement de l’enseignement américain pour la production de masse et le contrôle de la qualité. Apprenant vite et bien, ils passent de la puissance militaire à la puissance économique et ils comprirent surtout que le vainqueur de la seconde guerre mondiale n’était pas une puissance militaire mais bien davantage une puissance industrielle !

Les USA et leur voisin le Canada possèdent alors les ¾ des richesses mondiales et il ne peut y avoir de richesse en dehors de l’échange avec eux. Le Japon devient un ‘’atelier’’ de sous-traitance des USA de leurs énormes besoins en armements, en cette période de guerre froide ou il s’agit heureusement, bien plus de faire peur que de faire la guerre.

Le génie des Japonais, pauvres en ressources énergétiques et en matières premières consiste dans le fait d’avoir changé leur statut d’atelier de sous-traitance pour celui de studio de conception, infiniment plus lucratif et valorisant, et d’avoir changé les besoins en hardware ou quincaillerie, en software ou intelligence à peine matérialisé.

La grosse plaisanterie de leur apogée – la fin des années 80, est qu’après avoir atteint la perfection technique, après avoir allongé considérablement leur durée de vie, développé de façon exponentielle leur niveau de vie et s’être installés en managers des autres, ils étaient encore capables de faire des gains de productivité en se faisant … plus petits pour consommer moins !…

Il s’agit pour eux de transformer l’infortune en avantage, la surpopulation en ressources humaines et de pousser à l’extrême la valeur ajoutée sur des matières premières rares. Qu’est-ce qu’un sushi, si ce n’est un peu de riz agrémenté ‘’avec art’’ de très peu de produits autres, une crevette, une demi tranche de concombre, une goutte de sauce. A l’arrivée, le sushi vaut, à la pièce, largement le prix d’un kilogramme de poulet !… L’investissement dans l’éducation, les politiques sociales, les modalités d’emploi et les conditions de travail dépasse de loin l’investissement dans l’immobilisation. La vente est toujours plus importante que la production. Ce système, responsable du ‘’miracle japonais’’ est grandement apprécié par les USA qui considèrent alors le Japon comme un satellite obéissant et leur dunette en Extrême-Orient.

Devant leur insistance, les USA finissent par accepter  l’entrée des Japonais dans l’industrie nucléaire civile et pas moins de 55 centrales sont installées le long du littoral de l’archipel. Le Japon devient ainsi le 3ème plus gros producteur d’énergie nucléaire, par ce nombre, derrière les USA – 104 centrales- et la France – 58.

Et ce pays, à l’âme et au corps ravagés par les deux bombes atomiques qui ont mis fin à la seconde guerre mondiale, opte pour un important programme nucléaire. Le plus incroyable est que cette option a été rarement remise en cause, alors que le simple bons sens d’un enfant appellerait à son écartement total. Ceci étant plusieurs accidents émaillent l’exploitation de ce réseau nucléaire :

Mais En 1981, quatre fuites radioactives se produisent à la centrale nucléaire de Tsuruga. 278 personnes sont irradiées.

En 1997, l’usine expérimentale de retraitement de Tokaimura, au nord-est de Tokyo, est stoppée à la suite d’un incendie et d’une explosion qui entraînent l’irradiation de 37 personnes.

En 1999, deux ans plus tard, un nouvel accident dû à une erreur humaine, entraîne la mort de deux techniciens. Près de 320.000 personnes sont évacuées.

En 2004, de la vapeur non radioactive s’échappe de la centrale de Maihama, à la suite de la rupture d’une canalisation due à une importante corrosion, provoquant la mort par brûlures de cinq employés.

Enfin, l’accident le plus important, le 12 mars 2011, après un séisme suivi d’un tsunami, une explosion a lieu dans l’enceinte de la centrale nucléaire de Fukushima-Daichi, au nord de Tokyo.

Certains scientifiques nippons avaient mis en garde, comme le Professeur Ishibashi Katsuhiko du Centre de Recherche pour la Sécurité de l’Université de Kobe qui écrivait, dés 2007 :

‘’ J’avais prévenu sur la vulnérabilité fondamentale des centrales nucléaires. Depuis 40 années que le Japon s’est doté de centrales nucléaires, l’activité sismique a été, malheureusement ou heureusement, relativement calme. Pas une seule installation nucléaire n’a été frappée par un tremblement de terre important. Ainsi, le gouvernement, les industriels et la communauté universitaire, ont tous pris l’habitude de sous-estimer les risques.

Depuis le tremblement de terre de Kobe en 1995, presque tout l’archipel japonais est entré dans une période d’activités sismiques intenses.

C’est le genre de situation dangereuse qu’un pays à la sismicité aussi active doit s’attendre à gérer quand il opère autant de réacteurs sur son sol (55).

La période de forte activité sismique se poursuivra pendant encore 40 ans ou plus. Si des mesures radicales ne sont pas prises immédiatement pour réduire la vulnérabilité des centrales nucléaires aux tremblements de terre, le Japon pourrait connaître une véritable catastrophe nucléaire dans un proche avenir.’’ Herald Tribune Asahi Shimbun / 11 août 2007

Que faut-il déduire de tout cela ?

Contrairement aux déclarations imbéciles entendues çà et là dans les autres pays asservis au nucléaire, nul n’est à l’abri du danger et la France a tremblé à deux reprises ces dernières années, la première sous l’effet d’une simple tempête et la seconde sous l’effet de l’imprévisible, humaine, trop humaine et toute bête ‘’erreur … humaine’’.

Ne reste donc que la révision sans doute douloureuse et d’une folle complexité, de l’approche de nos limites, du but de la vie humaine et conséquemment de l’acception de notre développement.

N’était-ce pas là le rôle des dieux ?

 

mo’

Publicités