Artémis pour les Grecs, Diane pour les Romains

Déesse de la Chasse et de la Lune

Datée du VIème siècle après J-C, cette Artémis-Diane Chasseresse est une copie en marbre d’une statue originale sculptée 1000 ans auparavant par le grec Léocharès

Artémis-Diane représente, accompagnée d’un cerf, une vierge farouche et chasseresse inlassable dont les flèches peuvent punir ‘’l’outrage’’ des hommes. En l’occurrence, l’outrage des hommes consiste en une cour appuyée à cette magnifique jeune femme, toujours entourée de nymphes aussi belles qu’elle. Elle est la sœur aînée d’Apollon, elle éclaire la nuit alors que lui, éclaire le jour. Elle est la Lune et lui le Soleil.

Nous avons tous appris cela à l’école, du moins fut-ce mon cas. Mais il me semble, aujourd’hui, que mes éminents professeurs étaient bien naïfs ou alors qu’ils faisaient mine de l’être car cette version édulcorée des choses ne tient plus la route depuis que certain Tonton Sigmund Freud est venu chambouler nos âmes et nos corps en y voulant mettre de l’ordre. Que fait donc cette splendide beauté avec un cerf ? Comment se fait-il que ses animaux de prédilection soient le lion, la panthère, l’ours, le sanglier, le taureau, le cheval, le bélier, le cerf, outre quelque homme bien vigoureux ? Comment se fait-il donc qu’elle ait été allergique au mariage et qu’elle ait choisi comme activité la chasse au fond des bois ? Certes sa chasse est écologique et très subtile, mais comment connaître justement les finasseries qui la sous-tendent ?

‘’La chasse d’Artémis’’, la vierge-sagittaire à l’arc d’argent, est … symboliquement dirigée contre les animaux et les hommes qui se livrent à leurs instincts sauvages, contre les monstres, contre les géants. La Dame aux fauves symbolisera la lutte intérieure contre les instincts, la violence, la brutalité, la sauvagerie. Elle chasse moins la bête que la bestialité…’’

in, le Dictionnaire des Symboles, Jean chevalier & Alain Gheerbrant, Laffont/Jupiter

En fait, elle est symbole de maternité et de féminité créatrice contrairement à Aphrodite-Vénus qui prend en charge le plaisir et la beauté. Elle ne cède à aucune tentation, même si elle s’applique à sauver le principe de vie ou qu’il soit. Et c’est à ce niveau qu’elle réconcilie la mère et l’amante, la création et le plaisir, le désir d’enfantement et le désir de jouissance. Aucun scrupule, à partir de là, à choisir les mâles les plus beaux, les plus forts, les plus à même de perpétuer la vie.

De cela, qu’a compris des mâles la multitude vile ?

Pas tout à fait ce qu’il fallait. De la sage leçon de la Vierge Farouche, ils ont retenu que certains animaux sont doués de vertus reproductrices exceptionnelles et, bourdons insensés et sans grande subtilité, au lieu de s’inspirer de leur poésie et de leur morale, ils ont décidés de voler aux animaux leurs forces et leur puissance sexuelle. S’arrêtant au premier degré de l’entendement, ils se sont lancés dans la thérianthropie (ou zooanthropie) qui est leur propre transformation en animaux, manipulation ‘’génétique’’ expresse pour répondre à des besoins plus ou moins explicables, plus ou moins avouables ! Les hommes ont visité l’arche contenant tous les animaux, pour dérober à chacune de ces créatures ce qu’elle avait de plus qu’eux. L’homme a ainsi voulu devenir terrifiant comme un lion, violent comme un ours, puissant comme un tigre, amoureux comme un cerf etc. Pour cela, ils n’a jamais hésité à prendre tous les risques pour s’emparer du secret du feu, le feu du désir et du plaisir s’entend.

Procédons à une petite visite de cette ménagerie secrète de l’homme :

Cette espèce de carotte rabougrie est le Cordyceps sinensis,  un champignon des hauts sommets de l’Himalaya. Mais il a sa place dans cette galerie des produits d’origine animale car il pousse en parasitant des larves d’insectes. Le mycélium se développe sur la larve, ce qui la tue. Ce n’est qu’ensuite que le champignon développe sa fructification.

Sur le plan thérapeutique le Cordyceps sinensis se situe dans la même lignée que le Ginseng ou le Reishi. C’est un excellent antifatigue et un stimulant général des fonctions physiques, intellectuelles et surtout sexuelles.

Casanova en ‘’dévorait’’ plus de 3 douzaines par jour. C’est une sacrée référence que  »l’appointement » au séducteur aux milliers d’amantes  ! L’huître est très riche en zinc – élément constitutif de la sacrosainte et masculine testostérone, en protéines, vitamines et minéraux. Elle contient aussi de la dopamine qui régit l’activité cérébrale et influe sur le désir sexuel. Ajoutez à cela la symbolique de la douceur jalousement enfermée dans une carapace assez revêche et vous comprendrez tout.

En Thaïlande, aux Philippines, au Vietnam, en Inde et en Chine, 15 millions d’hippocampes sont chaque année réduits en une poudre  très prisée pour ses effets aphrodisiaques. Mais depuis 1988, date de lancement de certain losange bleu, cette espèce menacée respire car  la demande en produits animaux considérés comme aphrodisiaques semble reculer… D’effet aphrodisiaque, il est difficile d’en déceler dans la consommation de ce modeste animal, mais il faut reconnaître qu’il est très attachant, qu’il a des mœurs pour le moins étranges – dont mosalyo a déjà parlé d’ailleurs, et qu’il bénéficie d’une illustre homonymie avec la plus noble conquête de l’homme, le flamboyant cheval …

N’est-il jusqu’à la modeste fourmi noire, en son avatar ailé, que l’homme ait mis à contribution pour servir ses ‘’noirs désirs’’ !… On conseille de faire macérer ces hyménoptères vivants et d’enduire du jus de macération les mornes plaines qui aussitôt s’animeront et offriront à l’enduit le tonus nécessaire pour de plaisantes ascensions montagnardes. A noter que les mâles pensent que le traitement convient aussi aux dames atones et monotones…

Le scinque, ce pauvre lézard à l’air pas très intelligent est en fait un produit hautement aphrodisiaque, avec résultats garantis : L’animal est mis à sécher à plat et outre la rustique décoration qu’il offre, vous ouvre à tous les coups les portes de l’extase. La partie ventrale et la partie rénale sont réputées les plus efficaces. C’est en plus un produit économique puisque la quantité recommandée est une drachme, soit moins de 5 grammes par prise.

Couramment consommé dans plusieurs pays asiatiques, le sang de serpent y est réputé bien plus aphrodisiaque que tout autre produit.  Plus le serpent est venimeux, plus son sang tarera vos injecteurs et vous turbo-propulsera vers le ciel. Le sang et le cœur de l’animal sont mélangés à de l’alcool de riz et comme un diabétique pour l’eau, chaque fois qu’il y pense, le mâle souffrant d’un défaut d’allumage doit en prendre une gorgée.

Ce splendide animal n’est pas plus préservé que les autres. Ayant la malchance de donner à voir à l’homme jaloux une vigueur hors du commun, il est supposé  cacher un secret dont on cherche à s’emparer. Pour cela, on en prélève les ‘’daintiers’’ ou … amourettes pour les consommer, ce qui fait de ce magnifique symbole mâle, une … biche …

Malgré son aspect pelucheux, le yak n’est pas réservé à la consommation d’hiver. Son sang et ses parties nobles  seront avantageusement consommés dans le cadre de la lutte contre les baisses de régime.

Idem pour le taureau, dont le sang donne la taurine qui sert de base à la fabrication d’une boisson énergisante qui prétend provenir d’un taureau rouge. Elle est interdite dans bien des pays mais pas au Maroc. De toute façon, la réputation de puissance de ce terrifiant fauve des arènes est bien surfaite et mesdames les vaches doivent se contenter de quelques minutes annuelles d’une parcimonieuse extase. Toujours la même esbroufe des  »grosses gueules », dans tous les genres…

Ce magnifique ‘’char d’assaut’’ est supposé concentrer sa force inouïe dans la corne nasale dont il se sert pour attaquer, tuer, déplacer, fouiller le sol. Le prix de la corne de rhinocéros dépasse celui de la cocaïne au détail. Or, malgré sa solidité, cet appendice est fait de simple kératine comme … nos cheveux et nos ongles, ce qui a fait dire de ce produit, à un scientifique anglais : ‘’Il n’a pas de valeur médicinale, vous pourriez aussi bien vous ronger les ongles’’…

La soupe de …  »virilité » de tigre est un plat très prisé à Taïwan, en Chine et en Corée, mais sa consommation est réservée à une clientèle haut de gamme : il faut en effet débourser … 300 euros pour un seul bol… La queue de l’animal est aussi consommée comme aphrodisiaque.

J’arrête là l’énumération et refuse de vous donner à voir les horreurs et les abominations qu’atteignent Messieurs les Hommes à la recherche de leur plaisir, de l’animal vivant dont on mange la cervelle après l’avoir attaché, à celui qu’on noie dans une liqueur pour que ses chairs s’en imprègnent ou de cet autre qu’on torture pour en stresser les muscles et les rendre plus savoureux… Laissez moi me taire…

Zoomons plutôt sur un produit bien de chez nous :

Il y a quelques lundis, j’avertissais ici même, que le genre humain se devait d’inscrire certains représentants du peuple de l’herbe – les insectes – dans son menu alimentaire sous peine de souffrir de graves carences en protéines animales dans un avenir assez proche. Cela m’a valu quelques tièdes applaudissements mais aussi de noires œillades sous de charbonneux sourcils, certains de mes congénères ayant été choqués par l’image peu appétissante, à leur goût, du potage aux cancrelats qui illustrait mon dit. Je me suis proposé, ci-dessus, d’étendre mes révélations sur la liaison du sort des humains avec celui de divers animaux.

Pauvres ‘’frères inférieurs’’, nous les soumettons et taillons à merci. Nous les entraînons dans nos délires les moins sages et nos désirs les plus fous et moi, je me demande souvent comment nous pourrions nous faire pardonner surtout de les réduire, c’est le cas de le dire, pour illuminer nos alcôves et en faire les portes du Ciel Septième, celui qui abrite le Paradis ? Franchement ! Tuer un tigre pour boire l’eau de son bidet ! Est-ce bien raisonnable ? Mais laissons cela puisque déjà dit et revenons aux simples insectes dont il existe 30 millions d’espèces et dont d’innombrables sont de purs poisons. Vous pensez bien qu’il est totalement insensé de s’amuser à en consommer sans de solides connaissances scientifiques en la matière. Et pourtant …

La mouche cantharide, ‘’debbana’’ en arabe dialectal, mouche espagnole ou mouche de Milan en français, se consomme sous forme de poudre comme aphrodisiaque et aurait des effets bien plus ‘’spectaculaires’’ que certains petits losanges bleus. Mais cet insecte qui pas une mouche, qui n’est pas du tout espagnole et encore moins milanaise, a une action désastreuse car en fait elle agresse ce qu’elle est sensée magnifier au point d’irriter, de blesser, et même de détruire,  et ce qui passe pour une ‘’magnificence’’ est en fait … une tuméfaction pouvant aller jusqu’au carnage irréparable ! En effet, le gonflement qu’elle provoque est aussi spectaculaire que pathologique… et il peut s’accompagner de douleurs abdominales,  de vomissements, d’urines sanglantes !

Ce qu’il est indispensable de retenir c’est qu’elle est aussi un des ingrédients optionnels du fameux ‘’ras el hanout’’, cocktail variable, fait d’innombrables épices que l’on utilise dans la cuisine marocaine… et qui signifie littéralement ‘’la tête de la boutique’’ car il est sensé être fait des meilleurs produits. Il est principalement à base de  cannelle, gingembre, coriandre séchée, cardamome, muscade, poivre noir et curcuma. Mais entre la cannelle et le sous-mélange des quatre-épices, volète gracieusement la terrible mouche cantharide, en arabe Debban’t el Hend, ou mouche des Indes. Tiens une autre nationalité !…

A l’issue de cette visite de la ménagerie secrète des hommes, je dois avouer qu’aucun animal ne me donne envie de lui ôter la vie pour mon confort ou mon plaisir.

Ou bien si ! … Mais je n’échangerais avec lui qu’un clin d’œil et dussè-je ne plus manger de ma vie que des carottes, je préfèrerai toujours le contact simple et doux de la femelle de l’Homo sapiens aux préparations barbares des forçats du plaisir.

mo’

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