Est-il étonnant qu’à l’heure ou la virilité et toutes les vertus réputées s’y rattacher sont vouées aux gémonies, l’on en combatte jusqu’à l’absurde les symboles, au premier rang desquels, le poil ?

La tendance est lourde, au point de faire penser qu’à terme, l’être humain sera aussi lisse qu’une limace. Premier indice de ce lissage inexorable, l’évolution de l’espèce a considérablement réduit notre pilosité en comparaison avec la moyenne des mammifères. Pépé Neandertal et Mamie Cro Magnon étaient infiniment plus velus que nous même si parmi nous subsistent quelques beaux spécimens d’hirsutisme, ce développement excessif du système pileux. Peut-être alors devons-nous voir dans ce passé de peluches notre tendance à  considérer la pilosité chez l’homme comme un marqueur d’arriération ?

Mais ne confondons pas la très lente évolution du lisse, qui durera sans doute quelques millénaires et la mode actuelle du lisse au sein d’un Occident ramolli et poussif.

Le point de nos connaissances pileuses.

Il existe une infinité d’études sociologiques, ethnologiques et anthropologiques qui traitent de toute la problématique de la pilosité

http://www.ecologielibidinale.org/fr/ese/miel-epilationsocio-fr.htm

Rien de tel ici ou il s’agit, comme toujours, de présenter un problème et d’énoncer certaines considérations légères, sans aucune exhaustivité, mais qui donneront envie d’en savoir plus, sans rigueur ni prétention.

Les poils, productions phanères filiformes de notre épiderme recouvrent en effet presque tout le corps humain sur lequel ils se déclinent en une grande variété de formes, d’épaisseurs de longueurs et de couleurs. Le sommet du crâne en concentre la plus grande part  sauf chez Taras Boulba, Yul Brynner, la Cantatrice et quelques autres, c’est ce qui forme la chevelure. Puis viennent les sourcils, puis les cils, puis les joues, puis le nez, puis le pourtour des lèvres, puis les oreilles, puis le torse, puis le dos, puis les aisselles, puis les bras, puis ainsi de suite jusqu’aux orteils. Certains, les zozoteurs, non satisfaits de cette abondante toison, se paient le luxe de se garnir la langue d’un feveu et d’autres enfin, les glandeurs, s’en plantent un sur la paume de la main…

Avoir du poil, c’est néanmoins être mature, hardi, courageux, responsable et viril.

Le poil est un symbole de virilité à la condition d’être placé en certains endroits spécifiques et non sur tout le corps.

A quoi servent donc ces étranges filaments de kératine ?

Les poils sont tout d’abord des amortisseurs de frottement, par exemple sous les bras qui bougent. Sans poils, la peau qui frotte contre la peau s’irrite rapidement.

Les poils évitent la surchauffe : ce sont des agents de ventilation car entre eux circulent de l’air qui peut ainsi circuler partout. «Entre les poils, il y a de l’air. La pilosité permet donc à l’air de circuler entre les plis du corps».

Comme des bâtonnets d’encens, les poils sont des diffuseurs de phéromones, ces substances odorantes chargées de messages, très souvent interdits aux moins de 18 (?) ans, dont beaucoup déterminent carrément l’envie de s’accoupler et même de se reproduire, si affinité.

Plongeant leurs racines dans des bulbes de sébum, fluide gras naturel, les poils sont des agents d’hydratation de la peau. Sans poils, la peau devient sèche, irritée et sujette à infections.

Un gynécologue a fait sensation sur le net en 2008 en lançant cette phrase qui sonne comme la révélation d’une vérité aveuglante, longtemps cachée au brave peuple : ‘’le gynécologue que je suis peux vous certifier que cette frondaison représente un rempart efficace aux vilaines bactéries’’.

  • Alors pourquoi l’idée saugrenue d’en priver notre corps ?
  • Je n’en suis pas fier, mais je vais tout de même le dire : c’est une manœuvre machiste !

La première preuve en est que nous, les hommes, serions plutôt enclins à garder les nôtres, sauf bien sûr, ceux d’entre nous qui n’ont pas encore réussi à déterminer avec certitude s’ils sont du lard ou du cochon. Ce ne sont pas les femmes, mais les hommes qui ont pris l’initiative d’exiger l’épilation, car tout bêtement, ils ne voulaient pas que les femmes soient leurs égales :

  • ni au plan de la force – le poil étant symbole de virilité ;
  • ni au plan des mœurs – avoir des poils, c’est être un animal lubrique alors que tous les hommes souhaitent assurer leur descendance de préférence avec des saintes, donc des femmes encore impubères, non  »souillées » par des ‘’zones d’ombres’’, ne comportant pas de caches ou de mystères, de poils.

Prenez garde aux femmes à barbe et aux hommes imberbes ! Proverbe basque

Les femmes, elles, là encore, se sont laissées avoir et si elles ont fait voler en éclats le péan triomphant masculin ‘’ Qui est-ce qui porte le pantalon ?’’, n’ont pas réussi à rétorquer qu’elles aussi pouvaient avoir de généreuses barbes au menton !…

Histoires de l’ancien temps ? Que nenni, ami(e)s ! Les femmes à barbe ne sont pas du tout des phénomènes de foire ! Regardez cette toute féminine Jennifer, superstar des médias outre-atlantique !

Ailleurs, sous d’autres cieux que ceux de notre monde nombriliste, le port de la barbe par les femmes peut être la norme, et même une coquetterie, un comble de raffinement, comme le fait de fumer le cigare !

La légende de Sainte Wilgeforte la Sicilienne,  date de plus de 1000 ans !…  En voici deux récits différents:

  • Sainte Wilgeforte était une princesse sicilienne catholique du XIème siècle. Contrainte à un mariage forcé avec un roi du Portugal alors qu’elle avait fait vœu de chasteté, Wilgeforte adresse une prière à Dieu pour la rendre la plus laide possible. Le miracle a lieu et elle se retrouve affublée d’une épaisse barbe qui fait fuir son prétendant. De colère, son propre père la fait crucifier.
  • Jeune fille que des soldats ivres s’apprêtaient à violer, Wilgeforte invoque la protection divine et est exaucée puisqu’une épaisse barbe lui recouvre le visage, faisant là encore fuir ses agresseurs.

Mais soyez sans crainte, l’honneur machiste est sauf : la pauvre sainte est par la suite elle-même suppliciée pour sorcellerie. Plus que cela, pour avoir osé – intervention divine ou pas, porter une barbe alors qu’elle n’est que femme, elle reçoit un traitement de faveur : elle est crucifiée et elle est même l’unique femme de la chrétienté à l’être !

Un tout petit clin d’œil aux Belles Lusitaniennes – les Portugaises, qui sont connues en Occident pour être les femmes à la pilosité la plus généreuse. C’est vrai, mais savez-vous pourquoi ? Elles n’ont guère plus de poils que leurs congénères d’ailleurs, mais ils sont sombres et elles n’en sont pas obsédées, bien au contraire, elles les préservent, vivent avec et les montrent. Lorsque les Portugais régnaient sur la moitié de la planète, ils rencontrèrent et se frottèrent à une infinité de peuples et de civilisations. Les indiens du Brésil en faisaient partie et en constituaient même le fleuron.  La probable origine sibérienne de ces indiens, fait qu’ils ont des corps totalement glabres. Les dames portugaises craignaient par-dessus tout d’être confondues avec ces primitifs et leur façon de prouver qu’elles n’en étaient pas, était de montrer leurs poils, aux jambes, au visage, aux aisselles et ailleurs. Cette démonstration ne dut pas être sans effet sur la libido des Joao’, Manel et autres Agostinho puisque l’habitude fut importée en métropole ibérique et persista jusqu’à  l’entrée du Portugal dans l’UE… ou par ailleurs, les Scandinaves n’ont également aucun complexe avec leur pilosité et la montrent le plus naturellement du monde.

En Amérique du Nord, aux USA et au Canada, la haine de la pilosité atteint comme en toutes matières les tréfonds du ridicule et finit même par changer les tendances primaires des habitants.  Récemment, au Canada,  a eu lieu une exposition interactive pour les adolescents, dans le cadre du Centre des Sciences, à Montréal. Le sujet était clairement affiché : Sexe : l’expo qui dit tout ! La sexologue et auteur Jocelyne Robert, porte-parole médiatique de l’exposition, a déclaré que la seule remarque négative de la part des jeunes qui avaient assisté au lancement de l’exposition portait «sur les nus et nues poilus. On lui demanda de préciser si cela signifiait que ‘’les jeunes n’aiment pas voir des corps nus avec des poils ?’’. Elle confirma qu’ ‘’Ils ont les poils en horreur et ont rasé leurs poils aussitôt qu’ils sont apparus, de sorte qu’ils sont tout étonnés d’en voir dans une exposition’’ … Nous nageons donc en plein délire : ces jeunes n’aiment pas leurs poils, ils n’aiment pas leur corps, donc, ils ne s’aiment pas et le plus grave c’est qu’il s’agit d’une position de principe, de départ !

A titre de comparaison, dans mon adolescence, pour mes congénères et moi, le paroxysme de l’érotisme était d’apercevoir, à l’occasion d’une situation d’intimité, l’ombre d’un poil féminin, ou qu’il se situât, et de broder sur le sujet des romans licencieux sans fin. Quant à nous, les garçons, malheur à nos premiers poils, nous les rasions 2 fois par jour pour les faire pousser plus vite et devenir plus vite des HOMMES !

Dans l’Afrique non musulmane, plusieurs peuplades glorifient la pilosité et certaines font de son intensité, un des canons de la beauté féminine.

Le monde arabo-musulman suit, quant à lui,  les pratiques dites exigées par la religion, mais qui en fait résultent de la tradition, de la coutume et des circonstances qui s’entremêlent et aboutissent à une pratique très observée de l’épilation. Il existe en diverses parties de ce monde une culture de l’épilation dont font leurs délices les ethnologues orientalistes. Ce qui y est certain c’est qu’une pilosité non  »maîtrisée et soigneusement entretenue » est assimilée à un manque d’hygiène, un manque de piété  et même à des mœurs dissolues. Qui osera nier que ce que pensent réellement les hommes est peut-être diamétralement opposé ? Certainement pas l’auteur de ce cette assertion célèbre formulée en arabe dialectale, au Maroc, qui prétend que ‘’lorsqu’il y a des fourmis dans les escaliers, c’est qu’il y a du miel au grenier’’… Les fourmis étant, bien évidemment les poils et les escaliers les membres inférieurs…

J’ai une tendresse particulière pour l’entente cordiale qui existe quelque part en Asie, au Vietnam exactement, au sein de l’ethnie Bahnar ou les femmes et les hommes ont eu la sagesse de résoudre le problème en admettant que les deux sexes avaient le droit de sauvegarder et d’exhiber leurs poils ! Cela donne une sensation d’apaisement et d’entente profonde, à défaut, reconnaissons-le, d’un érotisme torride selon nos référentiels. Madame et Monsieur filent le parfait bonheur et traversent la vie en se tenant par la barbichette et tout le monde est content ! Et pourquoi pas, après tout, hein ?

Les Croisés, encore eux, ont ramené d’Orient l’épilation pratiquée par les Orientales pour des raisons d’hygiène, compréhensibles dans des régions pauvres en eau. Si la pratique a eu le succès que l’on sait c’est qu’elle arrange terriblement les hommes car elle participe au maintien de leur autorité sur les femmes en les infantilisant. L’esthétique officielle a suivi. La statuaire grecque ignore la pilosité des dames, pas celles des hommes. N’est-il jusqu’au cinéma qui, dans ses reconstitutions d’époque épile ses actrices, créant ainsi un anachronisme plein d’humour… La morale a également suivi. La femme pure n’a pas de poils ! Mais les censeurs n’ignorent nullement que la pilosité féminine est très érotique et à ce titre, ils exigent qu’elle soit cachée.

Mais alors pourquoi, aujourd’hui, dans notre monde de liberté débridée, de licence même, cette haine de la pilosité continue-t-elle à dominer l’hygiène féminine ? Parce qu’entre temps, l’épilation est devenue une manne financière : Le marché mondial de l’épilation s’élevait à 1,8 milliard de dollars en 2008, selon le «Wall Street Journal», pour ne parler que du marché formel. Si l’on y ajoute l’informel, l’artisanat etc. on atteint des sommes folles. Allez luttez contre çà !

Ici, je rapporte une anecdote – est-ce une blague ?, en guise de transition car il me reste encore à vous dire quelque chose.  Elle est d’une délicatesse quelque peu douteuse mais néanmoins révélatrice. C’est une femme outrée qui l’a racontée sur un ‘’chat’’ : ’’Aujourd’hui, lors de mon rendez-vous chez le gynécologue, j’ai voulu m’excuser d’avance pour le non-entretien de mon système pileux depuis quelque temps. Il a souri avant d’ajouter : « Ce n’est pas grave. À la base, je voulais être vétérinaire. » … Bravo docteur …

En guise des trois points de suspension indiquant qu’il appartient à chacun de continuer le débat de son coté, je vais encore parler de pilosité. Mais ce n’est pas à sa chevelure dorée de rêve que ‘’Jo, la belle Irlandaise’’, doit sa présence ici. En fait, elle est fortement soupçonnée d’être le modèle qui a servi à Courbet pour peindre son prodigieux tableau : l’Origine du monde.

http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Origine_du_monde

C’est en 1866 que le peintre a osé ce tableau inouï, peinture quasi photographique d’un sexe de femme dans son appareil le plus simple, sans épilation et sans apprêt, donnant à voir le centre du monde, l’origine du plaisir, le centre de la création et qui résume magistralement l’histoire de l’art et l’histoire de l’homme.

Moi, ce qui me fascine encore plus, c’est l’idée que la commande de L’Origine du monde soit attribuée à ‘’un Musulman’’, Khalil-Bey, diplomate turc, ancien ambassadeur de l’Empire ottoman à Athènes et Saint-Pétersbourg fraîchement installé à Paris et qui avait une fabuleuse collection personnelle de tableaux érotiques, laquelle comptait également Le Bain turc d’Ingres (1862)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Bain_turc

& Les Dormeuses, de Courbet

http://4.bp.blogspot.com/_vhl-SMfmDFI/SHT10lLniaI/AAAAAAAABtE/bcoYYRE8IyU/s1600-h/jy09-001.jpg

Ce ‘’flambeur’’ ottoman fut, si je ne m’abuse, le premier propriétaire d’une des plus belles maisons de la corniche tangéroise, petit nid d’aigle amoureux, irréel et magnifique qui me subjugua lorsque je l’ai visitée … Aucune certitude cependant mais ce ne serait que cohérence.

J’en aurai le cœur net, foi de …

mo’

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