En France, la DILA, Direction de l’information légale et administrative, http://www.dila.premier-ministre.gouv.fr/qui-sommes-nous/dila.html propose sur son site Internet quelques pistes de réflexion pour explorer les « accointances » de la Démocratie avec Internet. Je les résume ci-dessous :

Internet peut être perçu comme un outil de démocratie

  • Internet constitue un lieu de débats et permet, par le courrier électronique et la multiplication des forums, de confronter les points de vue et d’échanger des informations ;
  • Il contribue à une meilleure information des citoyens;
  • Il permet une plus grande transparence de l’action publique ;
  • Il favorise une interaction entre gouvernants et gouvernés ;
  • Il favorise les actions collectives permettant à des individus isolés, mais partageant les mêmes idées, d’entrer en contact et de se mobiliser.

Internet peut être perçu au contraire comme un danger pour la démocratie

  • Son utilisation est encore réservée à une élite, aux niveaux de revenus et de formation élevés, s’y connectant régulièrement. Cette inégalité est ce qu’on appelle la « fracture numérique » ;
  • Internet porte atteinte à la vie privée. Ainsi les cookies, (traces numériques inscrites sur votre disque dur par un correspondant Internet, dans l’intention de mémoriser certaines de vos informations) véritables « mouchards » intégrés dans les sites, livrent des renseignements, concernant l’internaute et ses habitudes ;
  • Internet permet la diffusion d’informations fausses ou diffamantes sans possibilité de contrôle ;
  • Internet peut être le support d’actions ou d’idées non démocratiques. Des sites propageant des idées ségrégationnistes ou racistes y sont accessibles ;
  • Du côté des entrepreneurs privés ou des autorités, il y a le risque d’une société de surveillance.

Mais on ne peut nier que :

  • Internet peut répondre à la crise de la représentation qui se manifeste notamment par une abstention électorale croissante.
  • Internet peut compléter la démocratie représentative en corrigeant ses insuffisances par une dimension plus participative, sans en altérer les fondements.
  • Internet peut être une passerelle entre démocratie représentative et démocratie participative.

Mais Internet, comme tous les outils, doit impérativement être maîtrisé, sinon :

  • Internet pourrait devenir un média sans contrôle démocratique en s’affranchissant des frontières, pose le problème du contrôle des serveurs et des sites. Les juridictions nationales peinent à imposer leur verdict et les législateurs à suivre le rythme des évolutions technologiques ;
  • Internet pourrait s’avérer n’être qu’une illusion démocratique.

En fin de compte, l’offre d’espaces supplémentaires de liberté aux citoyens pourrait ne pas induire de modification des structures de pouvoir.

L’expression ‘’Réseaux Sociaux’’ désigne un site internet qui permet … de ‘’s’y inscrire et d’y créer une carte d’identité virtuelle appelée le plus souvent « profil ». Le réseau est dit social en ce qu’il permet d’échanger avec les autres membres inscrits sur le même réseau : des messages publics ou privés, des liens hypertexte, des vidéos, des photos, des jeux… L’ingrédient fondamental du réseau social reste cependant la possibilité d’ajouter des « amis », et de gérer ainsi une liste de contacts.’’

http://blog.lefigaro.fr/hightech/2008/01/definition-reseau-social.html

 

http://www.webactus.net/actu/7395-cartographie-reseaux-sociaux

Cette carte reprend tous les réseaux sociaux tendus à travers le monde et tente de les inscrire logiquement sur cette planisphère. Certains des réseaux cités  n’existent plus ou fonctionnent au ralenti. On voit se détacher nettement, au centre, Facebook et ses 500 millions d’inscrits.

Internet est … un espace de publication et d’échange incontournable. On y communique, on y valorise et partage ses réflexions, on crée, renforce et dynamise les liens constituant un réseau, formel ou non.

Le projet politique de tout honnête homme ne peut être que d’aider à la formation d’une communauté mondiale à se former, sur la base d’une morale unanimement reconnue, respectée et respectueuse de tout ce qui ne la contredit pas. Pour cela il faut partir bien en amont, structurer son information, échanger ses expériences, construire des savoirs, mettre en place des alliances citoyennes, élaborer des propositions alternatives, bref,  organiser une scène démocratique citoyenne.

http://www.d-p-h.info/article3_fr.html

Le stupéfiant succès d’Avaaz est une parfaite illustration de cette approche.

Avaaz.org est une organisation non-gouvernementale américaine, dont les bureaux sont à New York. Elle a été fondée par le Britannico-Canadien Ricken Patel en 2006, afin de regrouper « des citoyens du monde » pour sensibiliser, mener des actions, et faire « face aux nouveaux défis qui menacent notre avenir, tels que les changements climatiques et la montée des conflits ». Le nom Avaaz signifie « voix » en hindi et en farsi (آواز) et « son » en urdu (آواز).

Avaaz.org a été créé conjointement par Res Publica, un groupe de campagnes civiques transnationales, et par MoveOn, un groupe américain de mobilisation sociale sur internet. Elle revendique plus de 8 millions de membres dans 193 pays du monde en avril 2011.

Leurs actions se font connaître essentiellement par internet, avec la diffusion de pétitions par courriel ou par réseautage social et blogs…

L’idée qui revient souvent dans les campagnes d’Avaaz est que la masse de gens qui agit peut faire pression sur les dirigeants. Chacun peut agir pour ce qu’il considère comme juste pour ainsi conserver la diversité des opinions, et éviter l’unicité des opinions de certaines élites dirigeantes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Avaaz.org

Un mouvement supranational qui est plus démocratique, et qui pourrait être plus efficace que l’ONU.

Suddeutsche Zeitung

« Avaaz a été lancé en Janvier 2007 avec une mission démocratique simple: fédérer les citoyen(ne)s de toutes les nations pour réduire l’écart entre le monde que nous avons et le monde voulu par le plus grand nombre et partout.

Avaaz offre à des millions de personnes venues de tous les horizons la possibilité d’agir sur les questions internationales les plus importantes, de la pauvreté à la crise au Moyen-Orient et au changement climatique.  La mobilisation par Internet permet à des milliers d’efforts individuels, aussi petits soient-ils, de se combiner rapidement pour devenir une puissante force collective … ­

Active dans 14 langues et animée par une équipe professionnelle présente sur quatre continents et des bénévoles partout dans le monde, la communauté Avaaz agit — en signant des pétitions, en finançant des encarts dans les médias, en envoyant des messages et des appels téléphoniques aux dirigeants, en organisant des manifestations et des événements — pour faire en sorte que l’opinion et les valeurs des citoyens du monde influent sur les décisions qui nous concernent tous.

La manière d’Avaaz : Grâce à la technologie, de nouvelles formes de réactivité et de flexibilité sont possibles.

Les précédents mouvements sociaux et organisations citoyennes internationaux ont dû construire une base militante pour chaque thème, année après année et pays par pays, afin d’atteindre une taille leur permettant de faire bouger les choses.

Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies et à l’essor d’une éthique de l’interdépendance mondiale, cette contrainte n’a plus lieu d’être. Alors que les autres organisations de la société civile d’envergure mondiale sont composées de réseaux consacrés à une seule thématique et répartis en antennes nationales, chacune avec ses propres équipe, budget et structure de décision, Avaaz n’a qu’une seule équipe, mondiale, qui a pour mandat d’agir sur toute thématique d’intérêt général – ce qui permet des campagnes extraordinairement réactives, flexibles, précises et touchant un très grand public.

Le mouvement en ligne Avaaz peut alors agir comme un mégaphone pour attirer l’attention sur de nouveaux enjeux; comme un paratonnerre pour canaliser des préoccupations publiques éparses autour d’une campagne spécifique et ciblée; comme un camion de pompiers pour envoyer une réponse efficace en réaction à une crise soudaine; et comme une « cellule souche » du plaidoyer citoyen, capable de se développer et prendre la forme la plus adaptée pour répondre à une situation urgente.

Les priorités et le pouvoir d’Avaaz …

Chaque année, Avaaz définit ses priorités générales à partir d’un sondage proposé à tous ses membres et les idées de campagnes sont soumises par sondage et testées chaque semaine auprès de panels de 10000 membres choisis au hasard. Seules les initiatives qui suscitent une forte réponse sont alors lancées à grande échelle. Les campagnes qui atteignent la totalité de nos membres sont alors alimentées par des centaines de milliers de membres qui se mobilisent en quelques jours, voire en quelques heures seulement.

… leadership au service des gens

L’équipe d’Avaaz rédige les alertes « email » à l’attention du mouvement  comme un conseiller préparant une note à un décideur. Le but est d’apporter en quelques instants l’information vitale dont a besoin le lecteur pour décider si oui ou non il souhaite s’impliquer, et la campagne dépend de cette décision.

Pour que ce moment d’attention compte, tout le travail de l’équipe est de faire en sorte que quelques minutes, multipliées par un très grand nombre de personnes, puissent réellement faire changer les choses sur un enjeu d’importance. L’équipe travaille avec des partenaires et des experts pour à la fois : développer des stratégies de campagne efficaces et fondées sur l’action des membres, les résumer à travers des alertes claires et convaincantes, et, si les membres décident d’agir, s’assurer que la campagne est menée à son terme…

Autrement dit, l’équipe d’Avaaz ne fixe pas l’agenda puis essaie de persuader les membres de la suivre. Il s’agit presque du contraire : l’équipe écoute les membres et leur suggère des actions à entreprendre pour avoir un impact à l’échelle mondiale. Pas étonnant du coup que ‘’les’’ campagnes ayant connu le plus grand succès aient été proposées d’abord par les membres  eux-mêmes. Et la direction donnée par l’équipe fait partie intégrante du service aux membres : il faut une vision claire et une certaine habilité pour trouver et communiquer une action capable de construire un monde meilleur.

… moments charnières entre crise et opportunité

Dans la vie d’un enjeu ou d’une cause, il apparaît parfois un moment où une décision doit être prise, et une mobilisation massive du public peut tout à coup faire bouger les choses. Arriver à ce point de basculement peut prendre des années de travail éprouvant, loin du feu des projecteurs, pour des personnes se concentrant uniquement sur cette question. Mais lorsque ce moment arrive enfin, et que l’attention du public le met brutalement en lumière, les décisions les plus cruciales sont arbitrées par la perception qu’ont les dirigeants des conséquences politiques de chaque option. C’est souvent dans ces très courtes fenêtres de tir, entre une crise et une opportunité immenses, que le mouvement Avaaz imprime sa marque.

Dans chaque pays, pour chaque thématique, ces moments peuvent survenir peut-être une fois ou deux dans l’année. Mais parce qu’Avaaz peut agir dans tous les pays et sur tous les thèmes, ces moments peuvent germer plusieurs fois dans une même semaine.

… indépendance et responsabilité

Parce qu’Avaaz est entièrement financée par ses membres, son caractère démocratique est total. Aucune entreprise de mécénat ou aucun soutien gouvernemental ne sont là pour demander à Avaaz de modifier ses priorités pour répondre à un quelconque agenda extérieur. Les  subventions de gouvernements et d’entreprises sont tout simplement refusées .

… unis par des valeurs

Souvent les mouvements, coalitions, et organisations se fragmentent au fil du temps en de plus petits morceaux — ou passent de plus en plus de leur temps à essayer de maintenir ensemble des fractions opposées. Chez Avaaz, on reconnait que des gens de bonne foi seront souvent en désaccord sur des détails précis; au lieu de s’échiner à obtenir le consensus, chacun décide simplement de participer ou non à chacune des campagnes.

Mais sous chaque campagne d’Avaaz se trouve un ensemble de valeurs — la conviction que nous sommes avant tout des êtres humains, dotés de responsabilités envers chacun, envers les générations futures et la planète… C’est une formidable source d’espoir: … ensemble nous pouvons construire le pont entre le monde que nous avons et le monde que tous, nous voulons ! »

Épilogue

Évidemment, comme tout ce qui bouge, Avaaz dérange et on ne manque pas de le lui dire de mille et une manières, de la plus insultante à la plus insidieuse. Il est effectivement difficile de croire que ce vieux rêve de tous les Spartacus, Karl Marx et Che Guevara, donner une voix prépondérante aux sans-voix soit en fait si facile à réaliser. Les extrémistes de tous bords crient à la supercherie, et les censeurs de tous poils, étourdis par tant de liberté, ajustent leur lorgnette pour y voir de plus près.

Mais là n’est peut-être pas le principal intérêt d’Avaaz dont on peut partager ou non les valeurs, les objectifs, les méthodes. D’innombrables autres initiatives s’appuyant sur Internet existent, tout aussi honorables et efficaces. Leur intérêt est dans la démonstration qu’ils constituent un formidable outil de liberté, grâce à une communication aisée, polymorphe et inattaquable, celle que permet Internet et qui donne réellement pour la première fois de l’histoire de l’homme, une voix aux ‘’sans voix’’

mo’    

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