C’était pendant la ’’décade prodigieuse’’, les glorieuses années 60, celles ou, plein d’espérance j’ai littéralement englouti le monde … par la lecture. De Sophocle à Anouilh, d’Aristophane à Marcel Aimé, d’Epicure à Nietzsche, de Khayyâm à Apollinaire, j’ai tout lu ! Je lisais les livres, bien sûr, mais aussi la presse, au sommet de laquelle Le Nouvel Observateur, Le Canard Enchaîné, Actuel, Les Nouvelles Littéraires, et aussi les modestes quotidiens rapportant les échos de ma savane natale, histoire d’accomplir ce qui fut toujours une obsession pour moi, mon devoir de citoyen.

Dans un de ces journaux de province, j’affectionnais particulièrement la page 4. Après la ‘’une’’ et ses titres chocs et gras, après la 2 et ses dormitives histoires politiques sans aucune photographie, après la 3 et ses nouvelles internationales pleines de noms imprononçables, venait cette page consacrée non pas à la rubrique des chiens écrasés, mais à un pot-pourri de nouvelles du monde, présentant un intérêt sociologique évident, car brutes de décoffrage, non traitées, les fameuses ’’dépêches d’agences’’.

Un beau matin de juillet, après avoir récupéré la livraison à domicile du pain croustillant et le fameux quotidien qui l’accompagnait, alors que je plongeais dans mon large bol de café au lait une gargantuesque tartine de pain tout chaud, badigeonné de … lait concentré sucré recouvrant une généreuse couche de confiture d’ipomée (!), je lisais le fameux ’’journal’’ et après m’être donné bonne conscience en parcourant bien vite les 3 premières pages, je confortai mon assise alors que j’arrivai à la quatrième. Et là … ou la la, ce beau matin-là … me sauta aux yeux cet article, coiffé d’un titre accrocheur et complètement surréaliste :

Je courus chez ma douce maman et entrepris de la taquiner et de la faire rire en lui traduisant l’article puisqu’elle ne parlait pas français. Je vis son splendide visage se renfrogner peu à peu, avant qu’elle m’ordonnât de lui éviter la suite, jugeant abominable cette folie qui bafouait la nature et l’ordre divin. Elle implora Dieu d’éviter à sa progéniture pareille calamité. Evidemment, je fis un instant l’intéressant en plaidant pour le pauvre ottoman en manque de lactose. La sainte femme me demanda si je n’avais rien d’autre à faire que de lire des âneries et m’invita à me taire, avant de reprendre sa tâche.

Je suis le concitoyen d’un Monsieur bien sous tous rapports, haut fonctionnaire consciencieux, d’autant plus méritant qu’issu d’une famille d’une modestie extrême. Il a rencontré son épouse à la prestigieuse école d’ingénieurs ou ils faisaient ensemble leurs études supérieures. Ils ont eu, depuis, une vie intelligente et culturellement riche et je les rencontre souvent en des lieux ou ‘’souffle l’esprit’’ et chez des amis dignes d’intérêt.

Ce couple sympathique fut au bord de l’explosion car, durant une décennie, la vieille maman de l’époux vécut avec eux. Une maladie chronique priva la pauvre dame de son autonomie et elle devint  dépendante à 100% … sauf de la langue, organe qui chez elle, peut-être par compensation naturelle, était aussi redoutable qu’une lame de rasoir…

Cette charmante dame refusa totalement l’assistance de qui que ce fut au monde, autre que de son fils ou de sa belle-fille. Elle ne voulut aller chez personne et refusa même d’envisager de se faire hospitaliser. Le couple débattit longtemps du problème et le mari décida de demander à la Fonction Publique une mise en disponibilité pour s’occuper lui-même, physiquement,  de sa maman. L’épouse, la mort dans l’âme mais pleine d’amour, proposa de prendre sa place, étant femme, à la maison pour s’occuper de sa belle-mère. Il finit par accepter l’offre après qu’elle lui jurât que s’il advenait qu’elle fût poussée à bout, elle l’eût dit et qu’ils échangeraient les rôles.

Commença alors un calvaire indicible pour tous deux, car plus l’épouse était gentille et plus la vieille dame était odieuse. Un jour, elle décréta qu’elle ne pouvait même plus se mettre debout seule et exigea que sa bru se mît à la porter, et ce, jusque pour satisfaire ses besoins intimes ! Le pauvre homme avait beau demander pardon à son épouse matin, midi et soir, la combler d’attention et de délicatesses, il n’en demeurait pas moins mortifié. Huit longues années passèrent avant que l’acariâtre maman ne meurt. Ce qu’il faut simplement retenir de ce drame humain, est que le premier jour ou l’épouse porta sur son dos sa belle-mère pour aller aux toilettes, elle reçut en remerciement cette douce promesse :

–         Je sais que je te dégoûte et je sais que tu me détestes, mais je te promets que tu vas en baver ! Je suis sa mère et çà, tu n’y peux rien !

Appuyé au comptoir d’un tailleur sur mesure, je feuilletais les échantillons de draperies récemment reçues, en attendant mon ’’essayage’’. My tailor is not that rich, même s’il habille des gens de haute position, mais il entra dans la salle ou je me trouvais, suivi par  un Monsieur de Belle Apparence qui lui donnait, à ce que je compris facilement, des nouvelles d’un de leurs amis communs.

’’ On peut dire que la vie de notre ami a été saccagée par sa mère, comme souvent dans nos sociétés’’ … Après moult détails sans intérêt ici, il poursuivit : ’’Je ne sais si tu le sais, mais une ethnologue française, Germaine Tillion a écrit en 1966 un livre magistral intitulé ’’Le harem et les cousins’’ dans lequel elle démontre que l’aliénation des femmes dont les machos que nous sommes sont si fiers, nous appauvrit dramatiquement. Nos mères se font, de façon atavique, les zélatrices du maintien de ce culte. L’auteur dit que l’aliénation des femmes dans notre zone géographique ne s’explique pas par les lois religieuses – qu’elles soient juives, chrétiennes ou musulmanes, mais par des pratiques sociales archaïques remontant aux origines de notre race et encore vivaces aujourd’hui.’’

http://www.lecture-ecriture.com/1605-Le-harem-et-les-cousins-Germaine-Tillion

 ’’Pour revenir à notre ami, il a passé 40 années de sa vie à entendre sa mère chanter ses louanges et il a fini par y croire ! Comment aurais-tu voulu qu’il ne finît pas par s’accorder de l’importance et se conduire en snob, c’est-à-dire, étymologiquement, en membre d’une élite autoproclamée, en homme sans noblesse.’’

Le Monsieur de Belle Apparence poursuivit encore : ’’Chez moi, je ne cache pas que la mère de mes enfants n’ayant pas reçu la préparation pédagogique nécessaire pour éduquer notre progéniture, j’ai dû, à mon corps défendant je le jure, récupérer tous les pouvoirs en la matière, de peur de voir mes fils se transformer en miliciens au service d’une morale primaire, et mes filles assujetties à cette morale.’’

Le coup de grâce fut porté par le Monsieur de Belle Apparence qui fit une intrusion imagée et audacieuse en terres psychanalytiques : ’’Le personnage central de la famille n’est ni le père, ni le fils, ni la fille, mais bien la mère ! Sigmund Freud s’est lourdement trompé    lorsqu’il a expliqué que le fils, comme Œdipe, tue le père pour épouser la mère. D’abord Œdipe ignorait l’identité de sa victime de père. Il était alors trop facile de se contenter de reprendre la mythologie grecque ! En fait la mère dresse le fils pour qu’il tue le père et l’épouse !’’

1°) Tant que le fils est dans la phase de dépendance naturelle vis-à-vis de ses parents,  la mère abusive peut commettre d’innombrables erreurs vis-à-vis de lui. Ces erreurs  tournent autour d’attitudes négatives basées sur un ou plusieurs des phénomènes suivants :

  • Le rejet

Le fait de rejeter ou repousser l’enfant, de le laisser croire qu’il est inutile ou qu’il n’a pas de valeur, de dévaloriser ses idées ou ses sentiments.

  • Le mépris

Le fait de dénigrer l’enfant, de l’humilier, de le ridiculiser, de le critiquer, de l’insulter.

  • Le terrorisme

Le fait de menacer physiquement l’enfant, de menacer ses possessions de l’enfant, de lui demander l’impossible.

  • L’isolement

Le fait d’isoler l’enfant, de tolérer ou d’encourager des comportements déviants, de l’exposer à des modèles asociaux.

  • La sécheresse affective

Le fait de rester indifférent envers l’enfant; d’ignorer ses besoins, d’éviter les contacts ou les échanges avec lui; le fait de ne jamais le féliciter.

  • La négligence

Le fait d’ignorer les problèmes de santé de l’enfant ou de les minimiser.

  • L’exposition à la violence conjugale

Le fait d’exposer l’enfant à des paroles ou à des gestes de violence entre ses parents, à des critiques entre eux, à une dévalorisation systématique de l’un des parents par l’autre.

  • La corruption

Le fait d’attirer la pitié et de jouer sur le sens moral du fils pour le retenir.

2°) Lorsque le fils d’une mère abusive entre dans la seconde phase, la phase adulte, d’indépendance, il est déjà ‘’plombé’’ et a déjà développé des complexes qu’il gardera à vie. Les deux principaux sont :

Le Complexe d’Abandon

C’est une peur excessive de la séparation qui correspond à un état dépressif entrainant un sentiment de rejet, d’être mal-aimé.

Le porteur du complexe n’est jamais sûr de l’affection qu’on lui porte, il peut être méchant et agressif. Il a un énorme désir d’amour absolu et de preuves d’affection constantes. Son idéal en amour est le couple fusionnel. Il peut facilement rejeter l’autre par peur d’aimer puis de perdre. Il a tendance à tout  intellectualiser mais en vérité refuse l’engagement avec une personne précise

Une autre réaction possible est de se sacrifier, de toujours aider les autres dans le but d’être aimé. Ces personnes sont souvent envahissantes pour les autres.

Ce complexe provient soit d’une absence d’amour dans l’enfance – absence de contact avec la mère, soit au contraire d’une concentration trop importante de l’amour des parents sur un enfant unique. Ce dernier voudra être le centre des êtres qui l’aimeront. C’est donc un partenaire assez difficile.

Le Complexe de Peter Pan

Le concept en fut développé dans les années 80 pour caractériser les enfants angoissés par l’idée de grandir et les adultes instables dans le monde adulte, sans toutefois être reconnu comme maladie mentale.

Le syndrome apparaît le plus souvent au début de l’âge adulte, lorsque l’individu commence à avoir des responsabilités et qu’il ne les accepte pas toujours.

Le plus souvent il s’agit de célibataires, enfants de pères souvent critiqués à la maison par la mère et réagissant par la passivité au lieu de fournir son point de vue. Il s’agirait dans ce cas d’un mimétisme de la fuite.

Le grand fautif, le père absent

C’est le manque de père qui permet la révélation de la mère abusive et engendre les fils manqués. La mère prend les rennes de la relation et  devient subtilement abusive, dans le sens où elle autorise ou non son fils à exister en dehors d’elle. Toute leur vie, mère et fils apprennent à se séparer. Les vicissitudes de la séparation renvoient par ailleurs à cette « antique terre natale qu’est le ventre maternel », le fameux ’’regressus ad uterum’’.

http://www.entretiens.ch/articles/92/9204/pere_manquant.html

’’ Il est vital que mère et fils sortent de la fusion originelle. Mais la différenciation est un processus lent. Un jour, la mère peut sembler y parvenir.   Le lendemain ses gestes le démentent.  Son fils est son fils, rien que son fils. Il doit devenir autonome, mais comme le petit garçon le comble, chaque jour contrarie ce projet. Quand la mère ne parvient pas à se détacher de son enfant, celui-ci a l’impression de ne pas s’appartenir…’’

http://www.analyse-integrative-re.com/html/ru$t3___.htm

Maman, Papa

Quant à moi, c’est bien à ma mère et à mon père que je dois la grande confiance qu’à tort ou à raison, j’ai en moi. Ni père bourreau, ni mère abusive, intelligents et aimants, exigeants et compréhensifs, ils ont toujours tout fait pour que leur enseignement soit le moins pénalisant possible et ne serait-ce que pour cela, je leur reconnais un talent d’éducateurs infini.

http://www.youtube.com/watch?v=4phwUzKZw_8 

mo’

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