Bien évidemment, comme chaque année, me voici, comme vous probablement, soumis à la question des vacances, cette  ’’Période légale d’arrêt de travail des salariés, pendant laquelle de nombreuses personnes se déplacent…’’ comme le dit Pierrot (Larousse) dans sa définition très tendancieuse… Tendancieuse est effectivement cette idée de déplacement sournoisement ajoutée, probablement suggérée et appuyée par le puissant lobby des voyagistes ! Pourquoi donc les gens devraient-ils se déplacer pendant les vacances ? Pour réparer la fatigue ? En subissant 1000 et 1 tourments occasionnés par la grégarisation de la société ? N’est-il pas plus sage d’éviter cela au contraire et de vivre sa vie pendant ce temps de pause en en supprimant simplement les contraintes reliées au quotidien des jours ouvrés ? Voyons les arguments !

  • Serait-ce pour ‘’faire le vide’’ dans nos têtes – pour décanter, comme on dit aujourd’hui ? Je laisse Jean-Philippe Blondel, écrivain contemporain français, faire part de son avis sur la question :

’’Je pensais que les vacances me videraient la tête. Mais non, les vacances, ça ne vide qu’une chose: le porte-monnaie.’’

  • Les vacances, celles que je peux prendre en me déplaçant tout au moins, sont de celles qui multiplient tous les désagréments de ma vie par cent. Le hais la foule, je refuse de faire la queue, je refuse de mal manger, je veux vivre à mon rythme biologique très décalé par rapport à celui du vulgum pecus. A toute contrainte ma nature est rétive, je ne goûte aucunement les transports en commun, je ne sais me comporter dans une masse et me montre maladroit à réclamer mon droit élémentaire. Alors pour moi, l’idée de vacances n’a aucun  attrait. Mais j’ai découvert une chose : elle n’a aucun avenir non plus ! Je suis parfaitement d’accord avec l’humoriste français, Philippe Bouvard, lorsqu’il prévoit que :

’’Au train démographique à bord duquel nous sommes embarqués, on peut imaginer les grandes vacances en 2050: dix millions d’enfants qui n’auront pas trouvé de place dans une crèche ne trouveront pas davantage de place sur une plage’’.

  • Bien sincèrement j’ai passé l’âge de la bousculade en plus d’y être allergique de naissance ! Et pour en souffrir, je n’ai guère besoin d’attendre 2050 ! Suis-je si mal dans ma peau qu’il me faille, une fois l’an, en muer comme un serpent vilain et pas beau ? La philosophie qui préside actuellement à ma vie est basée sur un concept non négociable qui me va comme un gant, élaboré durant des décennies, patiemment, comme un chef d’œuvre et qui est devenu une obsession, un impératif, un ’’must’’ etc. etc. Pour nommer la chose, un mot a été ciselé par les carrossiers italiens les plus prestigieux, ceux qui ont créé par la suite les joujoux ornés d’un petit cheval noir cabré, ou d’un taureau méchant et massif… Dans la langue française, c’est Mme de Sévigné qui, la première, en 1676, l’utilisa, dans une lettre à sa fifille, Mme de Grignan, à laquelle elle contait la douceur de son voyage en Italie. Je ne renierais pas un mot de sa phrase :

’’Ne soyez point en peine de mon séjour ici ; je m’y trouve parfaitement bien ; j’y vis à ma mode ; je me promène beaucoup; je lis, je n’ai rien à faire, et, pour n’être point paresseuse de profession, personne n’est plus touchée que moi du farniente des Italiens.’’

  • Fare niente = faire rien ! Attention, n’allez surtout pas mal comprendre, cela ne veut aucunement dire ’’ne rien faire’’. C’est extrêmement précis et concret. C’est faire rien, ce qui n’est pas du tout la même chose ! Alors, permettons-nous de corriger Madame de Sévigné, en lui précisant que contrairement à ce qu’elle a écrit – ’’je n’ai rien à faire’’ – elle aurait dû dire : ‘’j’ai à faire rien’’. Si les rapports de l’industrieuse non-activité qu’est le farniente et l’action sont si troubles, c’est que nous manquons de subtilité. Essayons de bien saisir la nuance avec Pierre Daninos, écrivain humoriste français 1913-2005 :

’’Le farniente est une merveilleuse occupation. Dommage qu’il faille y renoncer pendant les vacances, l’essentiel étant alors de faire quelque chose’’

  • Pour clore cet aparté sémantique, je vous rappelle que la forme verbale ’’farnienter’’ existe et que ce verbe du 1er groupe se conjugue à tous les modes et à tous les temps. Si par aventure Maître Capello vous obligeait à conjuguer ce verbe à l’imparfait du subjonctif, et bien il vous faudrait vous résoudre, pour mériter le point de son jeu, à lui répondre : ’’que nous farnientassions’’… Durante degli Alighieri (Dante, si votre culture est superficielle) se tordrait de rire ou de douleur dans sa tombe, mais peu vous doit chaloir, car ce serait juste !
  • Dans la recherche d’une bonne définition des vacances, Alexandre Vialatte, 1915-1971, romancier français qui avait la particularité de finir tous ses écrits ou presque par la phrase ‘’Et c’est ainsi qu’Allah est grand’’, a richement contribué à l’étude du concept de vacances par cette observation scientifique de prime importance :

’’Les vacances datent de la plus haute antiquité. Elles se composent régulièrement de pluies fines coupées d’orages plus importants.’’

  • Beaucoup croient que les vacances sont la relâche de toutes nos préoccupations et occupations : travail, santé, amour… Et bien pas du tout ! Heureusement que certaines prêtresses de l’amour sont là qui veillent et mettent en garde. Marguerite Duras, 1914 1996, auteure de L’amant, par exemple, rappelle aux égarés que :

’’Il n’y a pas de vacances à l’amour …, ça n’existe pas. L’amour, il faut le vivre complètement avec son ennui et tout, il n’y a pas de vacances possibles à ça.’’

  • Même au camping ? Pas le droit d’aller zyeuter les belles naïades se baignant nues dans la rivière ? Accompagner ses enfants en boîte pour les surveiller ? S’autoriser une session de mise à niveau des capacités de séduction ? Ben figurez-vous que non ! Ah… elles sont gaies, vos vacances ! …
  • Et ce coquin de Philippe Geluck, dessinateur humoriste belge, créateur du personnage du Chat, d’enfoncer le clou en concluant l’audit comptable des vacances à sa manière:

’’Décalage horaire, mal de l’air, coup de soleil, turista, moustiques, méduses; onze mois, ce n’est pas trop pour se remettre de ses vacances.’’

  • Beaucoup prétendent que nous avons besoin de bousculer nos habitudes, au même titre qu’une bonne dispute entretient l’amour, un écart alimentaire conforte la santé, une insolence pousse à la réflexion et une bêtise conforte la morale. Selon ce principe que le feu guérit la brûlure et la glace empêche le gel, encore une fois, la vérité semble se loger dans une chose et son contraire et force nous est de constater que les vacances, c’est épuisant ! Nous voici une nouvelle fois tous proches du théorème d’incomplétude du cher Kurt Gödel … Ann Landers, journaliste américaine, est alors fondée à déclarer que :

’’On n’a jamais autant besoin de vacances que lorsqu’on en revient.’’

Au sein du couple, le choix des vacances est révélateur des besoins, du soulagement des fatigues, des attentes et des réparations diverses. Quelquefois, c’est assez cocasse et cela offre l’occasion à l’un ou l’autre d’émettre des critiques déguisées en souhaits. C’est le cas d’une américaine probablement militante féministe qui a affirmé :

Mon mari m’a dit qu’il voulait passer ses vacances dans un endroit où il n’était jamais allé. J’ai répondu: «Et pourquoi pas la cuisine?»

  • Là, nous sommes toujours dans le registre du bon mot, de la guerre éternelle et tendre entre des époux qui s’adorent au fond mais se martyrisent de peur de s’ennuyer. Mais quelquefois, rarement, heureusement, l’un des deux décide de troquer son statut de candidat aux gémonies et à l’insulte, contre celui d’humain libre de toute amarre conjugale. Cela peut alors susciter des commentaires savoureux et néanmoins exacts comme celui-ci, du cinéaste humoriste américain Woody Allen :

’’Nous avons hésité un moment entre un divorce ou des vacances. Nous avons pensé que des vacances aux Bermudes, c’est fini en deux semaines alors qu’un divorce, ça dure toute la vie.’’

A bon entendeur, Salut !

Epilogue : Je vous laisse, car je dois aller revêtir mon costume des dimanches, me coiffer en marquant bien la raie sur le coté, m’asperger de sent-bon, préparer mon viatique et mes sauf-conduits. En effet, la muse délicieuse qui fait chanter ma vie m’emmène … en vacances ! Ben oui, j’ai refusé 99 fois, alors j’accepte la centième…

Je promets de vous faire part, dans un prochain billet, du cahier des charges et prescriptions spéciales qu’elle a dû s’engager à respecter pour que j’accepte d’être du voyage … Mais non, je ne suis pas cinoque !…

Je promets aussi de rapporter des bonbons aux enfants et des images aux adultes…

Enfin, je vous souhaite de bonnes vacances et vous dis : ’’ A bientôt !’’

mo’

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