Première partie

Nous, Citoyen Mo’ du Bou Iblane, revêtu de notre imperméable, nous appuyant sur notre parapluie et accompagné de notre maisonnée, nous sommes transporté jusques en ville de Lutèce pour adresser nos dévotions aux divinités qui ont, en partie, formé notre âme et éduqué notre esprit. Nous tenons en effet, à ne pas nous montrer ingrats avec nos pédagogues car nos aïeux eux-mêmes nous ordonnent de leur rendre le même hommage que celui dû à nos parents.

Même si notre pesanteur réduit considérablement nos actions de grâce, elle ne saurait les supprimer. Alors, benoîtement, au rythme de vingt fois par siècle, nous nous rendons en Terre de France pour accomplir ce que nous considérons comme un devoir de pèlerinage, pour ressourcer le torrent impétueux de notre culture aux eaux de la Seine, veillant à en être douchés et cinglés, sans pour autant y perdre notre âme.

Ce pèlerinage eut précisément lieu pendant nos longues vacances annuelles de 2011, qui se sont étalées du 18 au 28 juillet.

De retour en nos pénates, nous livrons ici quelques considérations sur la vie des Parisiens à notre époque et sur les plaisirs que nous prîmes au cours de ce séjour.

Après l’épreuve du voyage aérien, véritable punition reçue dans un aéronef surchargé, bruyant et inconfortable, introduits au chausse-pied dans une place millimétrée parmi une faune pas forcément joyeuse et encore moins de bonne éducation, nous arrivâmes à l’Aéroport d’Orly, sonnés et fourbus, pour recevoir les premières images d’une France inquiète, puisque défendue par de terribles soldates et soldats tout de sombre vêtus, armés d’engins effrayants paraissant dérobés à la sainte-barbe de quelque Docteur No. Nous assistâmes à la scène pénible du refoulement d’un pauvre hère qui s’apprêtait à hurler son bonheur d’être enfin là, avant d’être crachés par cette bouche monstrueuse à l’extérieur, sur le trottoir mouillé.

Nous nous empressâmes alors de nous engouffrer dans le premier taxi disponible. Le chauffeur, d’origine exotique, nous fit une brillante démonstration de son assimilation à son milieu d’adoption, passant avec aisance du râlement à la française pour tout et pour rien, à l’admiration pour cette civilisation ’’globalement positive’’ ou, nota-t-il, tout le monde respire un air de liberté et s’exprime sans peur. Le fier cocher nous déposa quelques instants plus tard au centre du XVème Arrondissement, à la porte du studio loué pour nous par l’ange qui prit soin de nous durant tout notre voyage.

Cet ange est un beau damoiseau plein de tact et de délicatesse, au cœur immense et au goût sûr, qui a pris soin de nous en respectant minutieusement mes innombrables ‘’consignes’’, à savoir mes contraintes de toutes sortes et mon caractère peu commode. Il m’accompagna partout et me fit combler l’immense déficit en marche à pied que nous accumulons en nos contrées et que ne peut compenser, hélas, la seule pratique d’un sport.

Le studio loué était sympathique, pratique, bien équipé et propre ! Nous emménageâmes rapidement avec la certitude d’être là, en tout cas, bien mieux que dans les hôtels qui ressemblent au mieux à des cryptes mortuaires, impersonnelles, et sont devenues financièrement inabordables dés qu’ils cessent d’être des sarcophages.

Nos affaires déposées, nous voilà partis vers une brasserie mythique du XVème, ou il est prévu que nous dînions. Elle est née dans les années 20. C’était à l’origine un ’’bouillon’’, c’est-à-dire un lieu de restauration ou l’on servait principalement un copieux et prolétaire pot-au-feu.

Il est déjà tard, alors mon refus total de faire la moindre queue ne pose pas de problème et nous sommes même installés au beau milieu de la magnifique salle Art Déco, ou officie une armée de garçons desquels se détache un sub-saharien d’un certain âge, expert et très digne mais prêtant à sourire pour son accent de titi parisien… Hélas, la qualité de la nourriture ne suit pas cet accueil chaleureux : la carte trop riche trahit l’usage abusif de la cryogénie (traitement par le froid), que je ne condamne certes pas en son principe, mais qui ne souffre pas la médiocrité. Alors certains produits sont caoutchouteux, sans goût, trop mous. Ainsi de mes seiches qui étaient insipides, mollassonnes et d’une navrante banalité. Mais visiblement je suis bien le seul à râler… Addition correcte puisque ’’à peine’’ 40 € par personne pour une entrée, un plat et un dessert.

Les lieux sont intéressants au plan architectural et le personnel, rôdé et même ‘’amorti’’, plein de charme. L’accueil y est tout à fait satisfaisant.

Le lieu a actuellement la réputation d’être un temple de la cuisine authentique et simple, qui s’enorgueillit de maintenir sur sa carte les modestes ’’œufs mayonnaise’’ à l’heure des appellations ronflantes et ridicules. Tu parles ! Je ne pense pas bien sincère cette modestie affichée et affirme que la maison a viré au piège à touristes. Je conclue en disant que je raye l’adresse de mon répertoire. J’en ai gardé tout de même un petit souvenir : une turista carabinée qui m’obligea à retourner à une gestion drastique de mon alimentation durant tout le reste du voyage …

Ainsi, dés le lendemain, j’exigeai qu’on abandonnât la filière restauration ‘’hors foyer’’ et que l’on cuisinât à la maison. Ainsi fut fait et le jeu consista à initier notre beau cicérone aux mystères de l’art culinaire. Nous fîmes les achats dans les meilleures boutiques de Paris, et nous régalâmes ainsi à des prix abordables… Une cure de turbot sauvage, de bar de ligne, d’énormes palourdes et d’autres nanans de la mer, des laitages de toutes sortes, des fromages de légende, du pain, excessivement cher mais délicieux, des fruits rouges à profusion, des jus de fruits frais…

Nous nous sommes restaurés 3 fois à l’extérieur, deux fois dans des restaurants coréens pour leur cuisson exceptionnelle du poisson, et une fois dans un excellent italien pour une envie de vraie salade de poulpe et de pâtes aux palourdes cuites à la perfection. Le premier coréen, dans le 7ème, le plus huppé de Paris parait-il, était exagérément  cher, mais pas le second. Quant à l’italien, star pimpante du XVème, il était abordable.

Toujours au chapitre de la restauration, un thé accompagné d’une pâtisserie chez Mariage Frères, Rue des Grands Augustins dans le VIème, et découverte d’un thé vert du Japon : le Sencha Sayama qui se boit tiède et à peine infusé, et qui vous propulse là ou vous n’avez surement jamais été. Saveur étrange dont seul un sacré palais peut saisir les nuances infinitésimales. Je donne les prix ? Non, c’est vulgaire… Sachez seulement que c’est cher, très cher.

J’ai également pris un thé chez Malongo, Rue du Commerce, autre maison spécialisée. Là, ce fut également un thé vert, mais de Chine, dit des Jardins de l’Himalaya, frais et délicieux, au prix plus abordable, cette maison pratiquant le commerce équitable.

J’ai gouté à la dernière création du barman du Pavillon Lenôtre de l’Elysée : un jus de fruits pressé devant moi, passé au shaker et servi nature qui donne envie de pleurer de bonheur. Ou était le secret ? Aucun secret ! Seulement un savoir faire inouï ! J’eus un aparté avec le créateur-barman, tout heureux d’échanger avec un ‘’passionné’’ et ce fut … passionnant !

Tout le reste de mes repas fut pris à la maison, les produits achetés, préparés et cuisinés par mes soins et ceux de mon jeune marmiton. Après l’adoption de cette formule d’ ’’endocuisine’’, je n’eus plus aucun problème et la perspective du repas cessa d’être empreinte de vague crainte pour devenir une promesse de fête, de véritable plaisir à tout le moins.

Si je ne suis certes pas homme à minimiser les plaisirs de la chère, je restitue à cette dernière sa juste place pour qu’elle reste source de plaisirs ! Sortons, rions, vivons, chantons, gai, gai l’écolier, c’est aujourd’hui les vacances ! Fut-ce sous la pluie !

Empruntée à http://www.randodumercredi.fr/

Le temps ne fut guère clément et oscilla entre la bruine et l’averse, avec de légères séquences sèches. Bien franchement, la pluie ne me gêne pas en général, encore moins à Paris. Je dirais même que cela lui sied bien à la Ville Lumière que ces perlettes d’eau sur son visage magnifique. Alors tant pis pour la plage de sable aménagée sur les berges de la Seine – initiative que j’applaudis en tant que mesure sociale mais trouve un peu ridicule, sinon ! Il ne faisait pas chaud non plus et ce fut parfait ainsi, car malgré mes origines tropicales, je me ramollis sérieusement lorsque le thermomètre grimpe.

Chaque soir, mon adorable compagnon organisait une promenade pédestre interminable et ne me livrait à mes draps, que fourbu et les pieds en capilotade malgré les chaussures affreuses mais commodes achetées d’urgence pour cet usage ! Nous avons sillonné Paris en tous sens !  Merveilleuses balades, tranquilles, calmes, propices à l’échange et aussi à la réflexion, même si quelquefois, épuisés et incapables de rebrousser chemin pedibus, nous prenions un taxi…

Aussi loin que puissent reculer mes souvenirs, ma vie a toujours été enluminée, illuminée, par une théorie de muses. Je l’ai dit 100 fois, ma maman était d’une rare beauté, ma nourrice également, tout comme mes sœurs et mes amies véritables. Dans ma jeunesse, c’étaient mes amantes. Aujourd’hui, je les appelle mes nièces. Elles sont toujours aussi belles, intelligentes et profondes et mon intérêt pour elles, encore plus fort, s’est mué en tendresse sincère, blanc-bleu, dix fois pure à la loupe. Tant de beauté, leurs rires enfantins et leurs touchantes interrogations composent les livrets délicieux d’instants véritablement magiques.

… à suivre …

mo’

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