Aussi loin que puissent reculer mes souvenirs, ma vie a toujours été enluminée, illuminée, par une théorie de muses. Je l’ai dit 100 fois, ma maman était d’une rare beauté, ma nourrice également, tout comme mes sœurs et mes amies véritables. Dans ma jeunesse, c’étaient mes amantes. Aujourd’hui, je les appelle mes nièces. Elles sont toujours aussi belles, intelligentes et profondes et mon intérêt pour elles – encore plus fort, s’est mué en tendresse sincère, blanc-bleu, dix fois pure à la loupe. Tant de beauté, leurs rires enfantins et leurs touchantes interrogations composent les livrets délicieux d’instants véritablement magiques.

 Mes bonnes dispositions à l’orée de mon voyage parisien et la présence de mon adorable compagnon se sont converties en ondes positives et ont attiré vers moi certaines de ces nièces qui ont été les muses de mon voyage. Elles ont même été les fées de quelques instants privilégiées et mon bonheur fut, parfois, total.

 Au cours de ce voyage, j’ai fait 5 sorties et Ô miracle, ce furent 5 réussites ! Alors, je les partage avec plaisir ! A ma façon, bien sûr !

Le lendemain de notre arrivée en terre lutécienne, celui que nous nommerons définitivement le ‘’bachelier’’ – pour jeune gentilhomme, nous a emmenés au cinéma, et, craignant probablement de m’imposer le spectacle d’un navet qui m’eut endormi encore plus sûrement que de l’opium, il alla voir une première fois seul le film choisi, après en avoir étudié les critiques mitigées.

http://www.allocine.fr/video/emissions/bubbles/episode/?cmedia=19234245

Il s’agit de Midnight in Paris, le dernier film de Woody Allen, réalisateur qu’évidemment j’apprécie beaucoup. C’est une espèce de gentil délire onirique – tout à fait de circonstance dans le cas présent, sur le Paris des années 20, alors  capitale internationale de la culture humaine. Après cette présélection, il nous en offrit le spectacle dans une de ces petites salles flambant neuve, d’un complexe des grands boulevards.

Le synopsis est un simple prétexte au rêve : ’’Un jeune couple d’américains dont le mariage est prévu à l’automne se rend pour quelques jours à Paris. La magie de la capitale ne tarde pas à opérer, tout particulièrement sur le jeune homme amoureux de la Ville-lumière et qui aspire à une autre vie que la sienne.’’

C’est un bon film sans prétention – comme souvent chez Allen, bien fait, bien interprété, agréable et délassant. Il ne faut y chercher aucun message et si vous avez une culture générale et littéraire moyenne, vous ne vous y ennuierez pas et vous ressortirez de là comme de la rencontre avec un vieux copain intéressant et cultivé, lequel vous aura fait part pour la énième fois de sa nostalgie de ce Paris perdu dont il semble dire qu’il ne reste plus guère que les décors… Sacré Woody ! Je l’ai beaucoup aimé, quant à moi.

Après le spectacle, déambulant dans les rues, je vérifiai que le bachelier en avait saisi toutes les allusions, identifié tous les personnages et analysé tous les ’’characters’’. Je lui ai attribué un 17/20 à cette ’’interro-surprise’’ car il a eu une hésitation au moment de l’évocation de l’irrésistible ’’Modi’’, à savoir Amedeo Modigliani. J’ai partiellement comblé la lacune de son savoir pendant les deux heures que dura notre marche nocturne. Je lui ai raconté la vie prodigieuse de ce séducteur de génie qui déclamait Lautréamont en permanence, entre deux beuveries, entre deux violences, entre deux crises de désespoir.

Après cette marche, les pieds en feu, je demandai qu’on hélât un taxi pour le reste du chemin. L’ ‘’aboyeur’’ sollicita son I Phone, et nous procura à l’endroit exact ou nous nous trouvions, un taxi, conduit par un jeune ‘’Staïfi’’ – originaire de Sétif en Algérie, avec lequel je ne tardai pas à identifier des connaissances communes et conclure que le monde est vraiment petit. Il était adorable, jeune et prévenant comme un bon fils. J’eus de la peine à le quitter et l’abreuvai, en guise d’au revoir, d’une généreuse goulée de bénédictions en lui faisant promettre d’avoir toujours une conduite exemplaire hors de ’’chez lui’’.

Avant de me lover dans les bras de Morphée, je regardai par la fenêtre le ciel gris de Paris et me récitai tranquillement, par envie, le poème de Verlaine, Le Ciel est par-dessus le toit :

Ce poème, sous son air de douce élégie, ressemble à mon implacable lucidité concernant la conduite de ma vie et aux choix sans équivoque que j’ai pu y faire. Chaque fois que se posa à moi la question du choix d’un chemin à emprunter, fis-je le bon ? Ne sais ! Par exemple, moi je n’ai pas choisi Paris pour mes études universitaires… J’avais préféré ’’mon petit Lyré au Mont Palatin’’… Là-bas, au pied du Bou Iblane, mon pays devait être construit …

Par la magie de la télécommunication, le lendemain matin, la plus belle fille du monde, première petite nièce parisienne à nous rejoindre, arriva, éblouissante de beauté et de simplicité, et dégageant une impression d’ardeur fragile, comme un coquelicot… Toute fraîche émoulue d’une prestigieuse école de France qui enseigne ’’l’écoute et l’audace’’, la douce enfant chatouille actuellement la vie active, rêvant d’aller quérir un complément de formation en Chine et au Pérou. Bien belle amitié que la nôtre : elle me dit toujours tout et me demande mon avis sur tout, encore un peu gênée par la couronne de reine de beauté dont je l’ai coiffée la première fois que je l’ai vue, à son piano, dans la pénombre d’un studio, droite, appliquée, inspirée, belle et souriante…

Le Bachelier avait prévu une soirée au ’’Caveau de la Huchette’’, le plus célèbre des lieux de jazz de Paris, qui s’auto-définit comme le Temple de cette musique. En été ? Avec quelle affiche ? Nous décidâmes néanmoins d’y aller… Une balade revigorante dans un quartier Saint Michel grouillant de monde à minuit, avec ses originaux, ses jeunes, ses bizuths acnéiques, ses putains déguisées en étudiantes, ses étudiantes déguisées en putains, ses artistes de pacotille et ses vrais nostalgiques, ses Américains en mission anthropologique et sa faune indigène… Plus personne n’appelle l’endroit le Boul’ Mich’, cette appellation date de l’époque des zazous. Avant de descendre dans le Caveau, un coup d’œil à l’étymologie du mot zazou qui a donné dans notre arabe dialectal les mots ‘’zaz’’ – dandysme, élégance, distinction, et ‘’zouizo’’ – frimeur : ce mot provient d’une chanson d’André Hornez, à la mode vers la fin des années 30, intitulé ’’Je suis swing’’, dont voici les deux premiers couplets :

Elle a été chantée – au second degré bien sûr, par Georges Brassens. La voici : http://www.youtube.com/watch?v=xz6yYY2lH-Y . Parenthèse fermée.

Bien évidemment, le ‘’Caveau’’ était plein à craquer et il fallut y user de la contorsion pour se frayer un chemin et se faire une place sur une marche d’escalier. Je récupérai bien vite auprès de moi ‘’La Penseuse’’ de Van Dongen et m’évertuai à faire tinter le cristal de son rire… Le Bachelier, grand jazzman devant l’Eternel, harmoniciste talentueux et saxophoniste en initiation, me força à reconnaître le talent de l’émule de Coleman Hawkins. Je regimbai. Il insista. Enfin nous convînmes de lui accorder un satisfecit que nous nous empressâmes de refuser à l’émule de Charlie Mingus… L’émule de Count Basie, quant à lui, meneur du groupe était, ma foi, comme disent avec humour les Italiens, discreto

Après quelques tunes, une chanteuse arriva et attaqua d’entrée un grand standard pour jauger la salle. Grave erreur ! C’était trop routine et un rien racoleur… ’’on the nose’’ pour parler jazz… Je compris qu’elle été amateur et nullement professionnelle. Somebody called another tune… Ce fut un peu meilleurElle perdit alors son smirk et commença à chanter sérieusement. Ca devint cool, cookin’ même ! To deepen! …

Puis, la scène, vaste comme un mouchoir de poche se transforma en piste de danse et à partir de ce moment-là, not anymore concerned, je demandai au capitaine de faire lever l’ancre.

Retour au bercail. Rendez-vous fut pris pour le lendemain, jour spécial, car nouvelle rencontre exceptionnelle avec une autre nièce. Dans mon lit, un café tardif et imprudent me livra aux mains de Boris Vian qui réussit à me vendre une place à la démentielle master-class de jazz donnée par Miles Davies en 1991 … à Paris justement !  Ou donc conduit l’amère solitude du génie artistique ? A l’anachronisme, à la folie ou à l’extase ? Et dans la réponse quantique à cet imbroglio est probablement la Vérité…

http://www.youtube.com/watch?v=YclDl7dhxHQ&feature=related

C’était il y a une douzaine d’années, dans la salle d’un spectacle monté par des adolescents de Rabat, au Maroc. Sur la scène à peine éclairée, un Arlequin de Derain, assis sur une marche, pinçait tranquillement les cordes de sa guitare, comme pour lui-même, égrenant un air du temps d’alors, lorsque cette douce quiétude fut envahie par le son d’un violon qu’on ne voyait guère. Doucement, la salle s’éclaira… Je connaissais bien Arlequin. Après le spectacle, il me présenta la jeune violoniste qui avait alors 20 ans comme lui et jouait du violon depuis l’âge de 3 ans.

C’était toi, petite Aurore. Tu ne fus pas longue à me faire part de ton projet de vie : Tu voulais continuer à étudier le violon, pour ensuite jouer du violon, te marier avec un violon, avoir des petits violons, bref vivre violon. Ne rien faire d’autre que du violon. Toujours plein de sagesse et de sérieux, je m’inquiétai pour toi et te mis en garde contre un choix hâtif, passionnel et plein de risques. Avec superbe, tu me répondis tout simplement ne pas douter le moins du monde de ces choix de base. Quelques années de concerts à la sauvette après, j’appris que tu vécus l’obtention de l’autorisation officielle de jouer dans les couloirs du métro parisien comme d’autres vivent leur entrée à Saint-Cyr ou Polytechnique.

Je me tins régulièrement informé de ta progression dans la vie, et à ce que je comprenais, tu savais ce que tu faisais et ou tu allais. Alors quand à l’occasion de ce pèlerinage quinquennal à Paris, le Bachelier me dit qu’il entretenait avec toi des relations amicales suivies et me proposa d’aller t’écouter dans une brasserie du IIIème, j’acceptai avec émotion et enthousiasme, sur le champ. Il t’appela et t’annonça ma visite… Enfant bien née, tu nous as réservé la meilleure table, tout près de toi et de tes 3 compagnons. Tu ne ménageas vraiment aucun effort pour que nous prenions le plaisir le plus complet possible. Ce soir-là fut de grâce, car ne fut-il jusqu’à ma sole grillée qui était … incroyable mais vrai, une vraie sole, de l’espèce Solea solea, dite bouclée, d’une fraîcheur extrême de plus, et enfin, remarquablement cuite. J’en plaisantai avec le maître d’hôtel qui fut bluffé par ma science halieutique, lorsque je lui dis sans hésiter que sa sole était vraiment … normande !

Aurore, belle Aurore au violon tour à tour joyeux et soyeux, toujours magistral, communicatif, ma gentille nièce, ce fut court mais intense et j’ai vu avec joie que tu étais heureuse dans la vie d’artiste que tu t’es choisie, une vie de bohème, loin des bureaux, des convenances et des contraintes. Je t’ai rappelé ce que tu m’avais dit il y a longtemps, ton admiration pour Didier Lockwood. Aujourd’hui, tu es son égale, même si toi, tu préfères la chaleur et la gouaille des petits espaces, ce qui ne t’empêche nullement de jouer régulièrement devant plusieurs milliers de personnes. Ton violon est enjôleur et je l’ai vérifié ce soir là car les gens passant devant cette brasserie ou tu te produis, s’arrêtaient et dansaient, spontanément… Tu donnes de la joie…

Nous t’avons alors quittée, surchargés des présents que tu nous as faits – tous tes CDs, de tes sourires de bonheur et de tes gros baisers bien sincères.

Un taxi pour le retour. Cette fois-ci, notre chauffeur était un sympathique  ’’Bœuf Bourguignon’’, d’une politesse extrême qui nous demanda si nous avions une préférence pour l’itinéraire et ponctua l’échange de – ’’Certainement Monsieur’’, ’’Comme il vous plaira Monsieur’’… Le trajet fut bien long, nous passâmes devant la statue équestre de Louis XIV, Place des Victoires, dans le IIème,. Me vint alors l’idée de demander à mes compagnons de route s’ils connaissaient la signification des positions des pattes du cheval dans la statuaire équestre. Personne ne répondit et bien sûr, l’on me demanda la réponse. Je refusai de la donner et encourageai ceux que cela intéressait à la rechercher. Le brave homme qui conduisait le taxi prit alors très courtoisement la parole pour protester gentiment que ce n’était pas juste car cela allait le priver d’un savoir auquel il n’avait pas le temps d’accéder. Alors, magnanime, j’autorisai les I-Phonistes à rechercher la réponse sur leurs drôles de machines. La plus belle fille du monde nous fit lecture de la réponse qu’elle trouva : ’’Lorsque le cheval a les deux jambes avant levées, son cavalier est mort au combat, tandis que lorsque seule une jambe avant est levée, le cavalier est mort à la suite de ses blessures au combat. Si les quatre jambes sont au sol, le personnage est mort de causes naturelles et non pas au combat.’’

Mais ? Que je sache, Louis le Quatorzième – le Roi-Soleil, est mort dans son lit et pas au combat ! Il est mort de la gangrène à la jambe gauche ! Qu’est-ce à dire ? Exception qui confirme la règle ? – Non, juste une présentation élogieuse et même onirico-dithyrambique de la vérité : Louis XIV aurait bien été blessé lors du passage du Rhin – ce qui est tout à fait contesté, mais … chut … Toujours est-il que le cheval de sa statue a les deux pieds avant en l’air et qu’ainsi, Louis XIV est mort … au combat … et le mouton s’envola comme disent les Marocains pour ironiser qu’il ne faut jamais contredire l’assertion d’un puissant, si farfelue soit-elle…

Mes pieds étaient, eux, en compote et un plongeon dans mon lit à baldaquin me paraissait alors la seule chose souhaitable sur la Planète Terre. Le ’’taxi’’ me remercia chaleureusement pour ma leçon et mon pourboire et je m’élançai hardiment vers les draps chiffrés du déjà cité Messire Morphée…

Tu pensais dormir, Mo’ ? Tintin ! Par la fenêtre, entre les toits, je voyais de temps à autre des morceaux de lune, mités de nuages gris, puis reprisés l’instant d’après. Alors bien sûr, la platine imaginaire de mon auditorium personnel fut sollicitée pour m’offrir, en guise de berceuse, ’’Stardust’ par Stéphane Grappelli, le Maître adulé de ma petite Aurore :

http://www.youtube.com/watch?v=JaGobcJLjqQ&feature=related

Les spectacles de magie m’ont toujours fasciné et le métier de ’’Magicien’’ fait partie de la longue liste alphabétique des envies refoulées du petit bourgeois coincé que je suis, entre ‘’Libraire’’ et ’’Médecin’’… La volupté profonde qui entoure pour moi cet art fait que même si par réflexe, je trouve souvent le ’’truc’’ du tour, Dieu m’est témoin que je ne le recherche jamais ! Pourquoi chercher à expliquer le merveilleux ? C’est du gâchis !

http://fr-fr.facebook.com/people/Giorgio-Mentaliste/100001442177791

Giorgio-Mentaliste ! Tout le monde parle des mentalistes mais très peu savent qui ils sont vraiment ! Sont-ils des magiciens ? Des médiums ? Des hyper- sensitifs ? Ou tout simplement des manipulateurs ? Et tout d’abord, y a-t-il une ou des vérités ? Au spectacle étrange de ce Giorgio-là, pendant 60 minutes, on peut se forger sa propre interprétation… Cela se passait dans un théâtre grand comme un minuscule salon marocain, en bien moins luxueux.

Le Bachelier a interrogé sa communauté facebookéenne pour se faire recommander un spectacle susceptible de plaire à son acariâtre invité : moi ! Certains de ses amis, subjugués par le sire Giorgio, lui certifièrent que j’en resterai béat. Effectivement, devant la porte du tout petit théâtre, nous comprîmes que les gens venaient et revenaient. Cela me mit l’eau à la bouche, m’intrigua. Giorgio arriva en moto et nous souhaita le bonsoir en disant que nous attendrions un peu car il était prévu que nous soyons … trente spectateurs … alors que le nombre de personnes présentes ne dépassait pas encore la vingtaine.

 Les ’’redoublants’’ nous donnèrent un avant-goût du spectacle :

 –         Étrange, spécial, vous verrez, peu commun, etc.

La plus belle fille du monde était intriguée, je la regardai. Elle est belle, cette enfant. La maman du Bachelier, très friande de surnaturel, se pourléchait les babines… Le Bachelier se faisait raconter  »Giorgio » et s’assurait une dernière fois qu’il aurait mes remerciements et pas mes reproches, fussent-ils muets…

 Puis, après l’arrivée d’un nouveau groupe qui devait compléter le compte, on nous ouvrit les portes et nous permit de nous couler à l’intérieur aussitôt.

Giorgio est jeune et vif. Vous en saurez plus sur lui en visitant son site dont l’adresse est ci-dessus. Il commença par affirmer que contrairement à ce que nous serions amenés à penser au cours de son spectacle, il n’y avait pas le moindre atome de surnaturel, qu’il s’agissait de science, de travail, d’effort et … rien d’autre. Il fut époustouflant au plan dialectique et poussa la perfection jusqu’à commettre et avouer sans aucune manière, l’échec d’un numéro ou de l’autre. Il sollicita la participation de la maman du Bachelier, puis d’un Brahim assis derrière, puis d’un Karim assis non loin, puis d’une Fadoua assise au second rang, puis de la plus belle fille du monde à laquelle il imposa un calcul cabalistique avec calculatrice, un numéro brillant et impressionnant qui fut une réussite totale. Divination, calcul mental météorique, jonglerie avec les probabilités, harponnage de l’attention … : il maîtrise toutes les techniques du coaching mental. Sans piper mot, je décidai d’entrer en scène et à mon tour, utilisant mes propres techniques de séduction, je l’hameçonnai à lui. A partir de ce moment-là, il me regarda sans arrêt, évita de me solliciter malgré ma place centrale au premier rang et me prit à témoin de l’adhésion du reste de la salle … Nous reparlerons de cela ailleurs, autrement, sérieusement… Je précise tout de même que je n’ai pas bougé d’un poil, ce faisant…

 … Amis cartésiens, je sais que vous êtes mal à l’aise par ce qui précède… Comme dit justement Giorgio dans son flyer, préparez-vous au choc si vous alliez le voir ! Et si vous pensiez que l’esprit est capable de beaucoup, vous êtiez encore loin du compte…

 Le spectacle s’acheva. Je me suis évertué ici à ne rien en dire, tout en en donnant envie. Ce n’est pas innocent et je m’en voudrais de gâcher votre surprise et votre plaisir. Giorgio attendait à la porte et saluait chacun des spectateurs. Arriva mon tour et pour sceller notre complicité et notre échange entre ’’collègues’’, je lui dis comme si nous devions nous revoir peu de temps après : ’’- Avez-vous remarqué que la quasi-totalité des spectateurs sont des Arabo-musulmans ?’’ Il me regarda gravement, confirma et me lança le défi suivant : ’’Oui, oui, ce serait intéressant d’approfondir çà…’’ Bravo, ô notre âme orientale !… Tu reviens en force et tailles des croupières aux froideurs ponantaises.

De retour ’’chez nous’’, silence éloquent, questions innombrables, entendues mais pas même formulées, chacun se promettant de réfléchir à tout cela plus profondément, avant d’échanger sur le sujet… plus tard … Pour l’instant, retrouvons vite notre douillette logique binaire … oui, non … blanc, noir … plein, vide … tic tac, … tic tac … veille, sommeil …

Dimanche après midi, le menu fixé par le maître des cérémonies était un concert en plein air, au Kiosque à musique du splendide Jardin du Luxembourg. Ce concert a été offert par les services culturels de l’Ambassade de Pologne à Paris pour fêter la Présidence polonaise de l’Union Européenne et préparer la candidature de Varsovie au titre convoité de capitale européenne de la culture en 2016.  Qui, mieux que Frédéric Chopin pourrait-il symboliser la richesse des liens franco-polonais ?

J’étais accompagné du Bachelier et de sa maman, laquelle est professeur de piano et je savais que nous allions ’’avoir des mots’’ car elle allait tenter d’exercer sur moi le terrorisme intellectuel de cette honorable confrérie des Profs de musique. J’ai déjà eu l’occasion de lui dire  qu’enseigner Chopin à des enfants est pure folie car tant la forme que le fond de cette musique sont mouvants et en rendent l’approche difficile. Elle n’avait guère apprécié mon point de vue qu’elle avait jugé quelque peu  »anarchiste ». Pourtant … le compositeur lui-même s’y perdait et jouait différemment une œuvre d’une fois à l’autre. La partition était pour lui un guide à partir duquel il partait pour  en donner son interprétation du moment ! Jusque là, rien que de très normal. Mais …

… On sait que Chopin était à moitié autodidacte et avait en fait inventé son propre jeu pianistique ou il entendait ’’faire coller physiquement’’ les mains du pianiste au piano, allant jusqu’à réserver un rôle distinct à chacun des doigts ! Après avoir écrit une partition – qu’il était susceptible de changer plusieurs fois à l’exécution, il se mettait au piano et cherchait alors le meilleur angle d’attaque, la meilleure sortie, la meilleure clef. Il cherchait ce que son amante, la romancière et femme de lettres George Sand, avait baptisé, avec la complicité du peintre Eugène Delacroix … la note bleue (!) … espèce de sésame ayant le pouvoir d’ouvrir le ciel ! Attention, il ne s’agit nullement de la célèbre blue note du jazz, qui a donné son nom au plus prestigieux label de disques et qui est une note de tristesse dont on trouvera la justification technique ici :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Note_bleue. La note bleue de Sand et Delacroix, a été qualifiée par eux d’accès à ’’l’azur de la nuit transparente’’, la grâce en quelque sorte.

Schumann, auditeur privilégié s’il en fut, habitué admiratif de ces concerts privés, rapporte qu’après chaque prestation, Chopin avait la manie de faire glisser rapidement sa main sur le piano de gauche à droite « comme pour effacer le rêve qu’il venait de créer », confirmant, d’après moi, que chaque prestation était unique et devait être détruite après ’’publication’’! Enseigner ’’çà’’ à des enfants babillant ? Bon courage, très chère !

Le pianiste Karol Radziwonowicz, la vedette soliste du concert, http://www.radziwonowicz.com/kr_audio.html  est justement enseignant, mais ses élèves sont déjà des pianistes confirmés, voire des virtuoses, et ses cours, des master-classes qui laissent sûrement aux apprenants le libre choix de l’expression. Sa technique personnelle est évidemment impressionnante et j’ai trouvé son interprétation originale et d’une grande élégance. Le quintette qui l’accompagnait était ’’I Solisti di Varsavia’’, composé de 2 violons, 1 alto, 1 violoncelle et 1 contrebasse.

Le Programme  était bien adapté à ce genre de manifestation :

  • Concerto pour piano et orchestre N° 2 en fa mineur, op. 21
  • Deux Préludes,
    • N° 4 en mi mineur,
    • N° 6 en si mineur, op. 28
  • Etude n° 7, op. 25
  • Fantaisie Impromptu N° 4 en do dièse mineur, op. 66
  • Grande Polonaise brillante, en mi bémol majeur, op. 22

Après le concert, nous quittâmes le jardin du Luxembourg et redescendîmes vers le Boulevard Saint Michel ou nous fîmes une pause technique avant de déambuler encore longtemps au hasard de nos pas, écoutant le délire émotionnel du Bachelier qui disait son amour pour Paris, la seule ville au monde qui ne vous laisse aucun répit au plan de l’émotion esthétique. Après une merveille, une autre merveille arrive et ainsi de suite… Longue balade qui nous conduisit dans le Marais ou l’on retrouve l’ambiance si particulière des quartiers bourgeois de nos latitudes. De copieuses tablées familiales, des bandes de jeunes très sages, des bandes de vieux un peu moins sages, des mamas volubiles… Énormément de touristes Américains… toujours sérieux et comme en mission !… et tout ce que l’on sait du Marais… ses boutiques de luxe, sa population gay, ses hôtels particuliers …

Marcher, marcher encore. Arrivée aux Champs Elysées, right side of the avenue. Les cafés et les restaurants se succèdent, archicombles, occupés par des Moyen-Orientaux bruyants et multicolores, presque tous obèses et visiblement ivres de liberté.  A ma demande, nous avons bifurqué à droite pour une perpendiculaire plus calme et, au bout d’un quart d’heure, complètement épuisés, suppliâmes un taxi de rapporter nos corps fourbus ’’chez nous’’ pour pouvoir dormir.

Non, trop énervé pour demander à l’éblouissant Chopin de me bercer. Je lui préférai une chanson toute simple et bien classique  ’’I love Paris’’ et demandai à Ella de me la chanter :

http://www.youtube.com/watch?v=3ahbE6bcVf8

OOO

Bien entendu, je n’ai pas dit le dixième de ce que j’avais l’intention de dire sur chacune de ces sorties, mais il ne s’agit pas de vous ennuyer avec des rapports de maréchaussée. Rien ne me ferait plus plaisir que vos applaudissements à Aurore ou à Giorgio, jeunes passionnés surdoués qui sont convaincus, comme d’innombrables penseurs, que demain, le spectacle sera la forme la plus aboutie de l’art !

mo’

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