Lorsque j’étais en culottes courtes, je collectionnais ces photos d’animaux sauvages que l’on trouvait dans des friandises diverses, chewing-gum, tablettes de réglisse ou de chocolat. Je considérais très naïvement que la valeur des photographies d’animaux exotiques était plus grande. Ainsi, d’année en année, je reconduisais à la dernière page de mes albums de collection, la plus prestigieuse, les photos du cœlacanthe des Comores, du paresseux et du tatou d’Amazonie.

Le temps a passé et aujourd’hui… le cœlacanthe comme tout autre poisson n’est plus guère, comme dit Coluche, qu’un parallélépipède rectangle fait de sciure compactée, le paresseux, qu’un ouvrier du sud ou un élève indolent, et le tatou, le diminutif de jolies demoiselles slaves se prénommant Tatiana ou Tania, à moins que ce ne soit l’enseigne d’un bazar quelconque qui vend tout, sauf des articles de qualité …

Aujourd’hui, combien d’enfants en culottes courtes connaissent le cœlacanthe et le paresseux ? Probablement aucun. Par contre, lequel d’entre eux ignore le tattoo, ou tatouage dans la langue des seigneurs de l’heure, l’anglais.

Le mot TATOUAGE vient de TATTOW, mot nullement anglais mais d’origine polynésienne – tahitienne exactement, formé des racines TA, dessin, signe, empreinte et ATUA, esprit, divinité. Le tatouage serait donc l’empreinte de l’esprit.

La Polynésie est en réalité un ensemble de 5 archipels d’îles innombrables disséminées dans un territoire, très majoritairement constitué d’eaux territoriales, grand comme l’Europe Occidentale. Elle est habitée par une mosaïque de peuples plus ou moins ouverts les uns aux autres mais qui ont tous le souci de préserver leurs caractères intrinsèques. Le tatouage y est un langage de signes, une médecine et enfin un artifice de beauté.

« Le tatouage a ceci de commun avec la pulsion de se situer à la limite du corps, c’est-à-dire à sa surface, sur la peau qui, source de jouissance, fait d’un bout de corps le lieu possible d’un fantasme. Le tatouage en tant que parure a une fonction érotique. Quelle que soit sa forme plus ou moins signifiante, en s’inscrivant sur la surface du corps, il le comble de sa parure… : il se donne à voir, s’expose au regard…

 … L’érotique du tatouage réside dans la phallicisation de la zone tatouée, mais peut aussi s’instaurer à travers l’acte du tatouage et la relation tatoueur/tatoué. Il s’agit de «se faire faire» une marque, une entaille par un tiers sur le corps…

 Le tatouage se fait sur un support corporel et dans la plupart des cas, son application est douloureuse. Dans la démarche de se faire tatouer, il y a du «se faire objet», c’est-à-dire une position activement passive. Il s’agit d’une pratique où le corps se constitue comme objet, sous une forme plus ou moins passive et douloureuse. Si cette douleur se décline comme plaisir, il s’agit d’une économie pulsionnelle qui s’apparente au masochisme.

En tant que geste d’affranchissement vis-à-vis des ascendants, l’acte de «se faire tatouer» peut manifester le désir de porter atteinte … au corps inentamé donné par la mère. Il peut aussi traduire un substitut d’acte sexuel : se faire pénétrer par l’aiguille du tatoueur. »

… «Dans les études ethnologiques, neuf fonctions ont pu être dégagées de l’utilisation du tatouage : symbole de la survivance dans l’au-delà, signe d’une origine divine,  référence au totem, symbole lié à une étape majeure (puberté, mariage, fertilité…), appartenance à un clan, une tribu, signe du rang social, nombre d’ennemis tués, deuil, amulette de protection. La plupart du temps ces symboles ont une valeur sociale et d’insertion dans le groupe.»…

 … «Lévi-Strauss écrit des Caduevos du Brésil qu’ »il fallait être peint pour être un homme, celui qui restait à l’état de nature ne se distinguait pas de la brute ». Ici l’homme sort de son animalité par une appropriation de son corps par le biais du tatouage, c’est un peu comme si la marque permettait de prendre conscience de soi et de son humanité propre. Dans ces sociétés, la marque fait symboliquement accéder l’homme à la culture.» …

http://www.cairn.info/revue-champ-psychosomatique-2004-4-page-159.htm#s1n4


Les 3 religions monothéistes révélées condamnent le tatouage :

  • Le Judaïsme est opposé au tatouage. L’Ancien Testament (Deutéronome 14.1 ; Lévitique chap.19 verset 28; 21; 5) précise “Vous ne vous ferez pas d’incisions sur le corps à cause d’un mort et vous ne ferez pas dessiner des tatouages sur le corps. Je suis l’Eternel”.
  • Le Christianisme désapprouve également la pratique du tatouage car «le corps est fait à l’image de Dieu et doit demeurer inviolé». Le tatouage est vécu comme une pratique idolâtre, issu de la superstition, donc d’essence démoniaque.
  • L’Islam s’oppose catégoriquement au tatouage, jugé néfaste car disent certaines exégèses, les ablutions purificatrices n’ont aucun effet sur une peau tatouée. Le tatouage est donc un péché. Il est dit dans le Coran : «Allah l’a maudit (le Diable) et celui-ci a dit: «Certainement, je saisirai parmi Tes serviteurs, une partie déterminée. Certes, je ne manquerai pas de les égarer, je leur donnerai de faux espoirs, je leur commanderai, et ils fendront les oreilles aux bestiaux; je leur commanderai, et ils altèreront la création d’Allah. Et quiconque prend le Diable pour allié au lieu d’Allah, sera, certes, voué à une perte évidente.» – Sourate En-Nisa, 118 & 119.

Quels sont les peuples et pays qui ont pratiqué ou pratiquent le tatouage ?

–         En Asie : Japon, Chine, Vietnam, Laos, Cambodge, Malaisie,
–         En Océanie : Toutes les peuplades ont pratiqué le tatouage,
–         En Afrique : Afrique du Nord, Ghana,
–         En Europe : Avant l’Ere Chrétienne, l’Europe Centrale,
–         En Amérique : Les Cherokees, les Chickasaws, les Haidas, les Inuits, les Iroquois, les Natchez, les Sioux, les Timucuas,
–         En Amérique Centrale et du Sud : Les Aztèques, les Incas, les Chimus.
 

Au Japon le tatouage traditionnel, horimono, couvre de larges parties du corps, et peut aller jusqu’au tatouage intégral, les motifs représentant de véritables œuvres d’art au coût astronomique. Il existe des « écoles » artistiques du tatouage, avec leurs maîtres et leurs  disciples, au même titre que pour d’autres formes d’art.

http://escale-japon.com/articles/tatouage/tatouage.php

En dehors des véritables œuvres d’art que l’on peut admirer au Japon et dans quelques autres endroits de la planète, à peu près tous les tatouages ont une haute signification symbolique. Les représentations peuvent être classées en fonction des groupes suivants :

–         Animaux
–         Astres
–         Chiffres
–         Couleurs
–         Eléments
–         Formes
–         Plantes
–         Objets.

http://www.atelier-de-tatouage.ch/?p=styles_symbolique


Commentaire personnel

Quelles influences m’auront-elles bousculé au point de me rendre allergique à toute tentative de modifier mon corps ? Elles sont sans doute nombreuses, ces influences, mais je suis effrayé par ces jeux qui trahissent une pensée incomplète, un besoin magique et tragique dicté par un refus désespéré de soi. Cette convocation indécente et permanente du regard de l’autre, gêne au plus haut point ma pudeur extrême. Non, je ne juge pas et me contente de soliloquer à haute voix. Non, non seulement je ne pourrais admettre qu’on le fasse dans mon entourage immédiat, mais en plus, je suis carrément révulsé par l’idée d’approcher un corps tatoué… Ce n’est pourtant pas, dans mon cas, la découverte fortuite d’une pratique éternelle et somme toute banale, puisque je suis né dans une région ou il y a bien peu de temps que les femmes ont cessé de tatouer leurs  corps. Naguère, quasiment toutes étaient tatouées, au visage, aux mains et aux pieds. Sujet à fouille psychanalytique peut-être???

Je me rappelle avec tendresse une splendide Khalti Tahra, qui portait un tatouage sur le menton, d’une oreille à l’autre, tel un collier de barbe. Ce motif  serait né dans les temps anciens, comme un hommage des veuves à la barbe de leur époux défunt. Mais dans ce cas précis, l’époux, Khali Driss, le caporal de la grande ferme sur les plateaux, au magnifique profil de camée, était lui, bien vivant et en pleine forme. Il était aussi  éperdument amoureux… d’elle ! Un jour, par inadvertance je le jure, je l’entendis appeler son épouse avec une infinie délicatesse, ‘’ma petite colombe’’ (hmiyma diali). On ne se permettait guère ce  genre de ‘’laisser-aller’’ sous mes tropiques. Elle lui répondit cependant par un beau sourire, à la fois pudique et malicieux. Et ce sourire est, depuis, gravé dans ma mémoire comme un signe… comme … un tatouage…

mo’

Nota : Le sujet du tatouage inspire beaucoup et la littérature y relative est abondante, quoique de qualité très inégale. Sur les sites ci-dessous indiqués, vous pouvez trouver réponse à de nombreuses questions.

 Sites consultés :

–         http://fr.wikipedia.org/wiki/Tatouage
–         http://www.tattoo-passion.com/
–         http://www.cairn.info/revue-champ-psychosomatique-2004-4-page-159.htm#s1n4
–         http://www.atelier-de-tatouage.ch/?p=styles_symbolique
–         http://www.atelier-de-tatouage.ch/?p=historique_tatouage
–         http://le-tatouage-au-feminin.skyrock.com/15.html
–         http://escale-japon.com/articles/tatouage/tatouage.php
http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00275245/fr/