En langue arabe, le verbe «carfaça» signifie à l’origine «entraver les pieds d’un chameau» et on en a décliné une série de sens tournant autour de la maltraitance, la gêne, l’entrave et le supplice.

scarface est le titre d’un film américain, titre construit sur la base de face, qui signifie évidemment face et de scary, qui signifie effrayant.

En divers endroits de la Planète Terre, les hommes, je veux dire les humains de sexe masculin, ont eu de grands soucis à se faire pour s’éviter les affres du cocuage – et non cocufiage comme on le dit partout – tellement leurs belles étaient belles. Chaque société, de la plus primitive à la plus évoluée, a mis au point, dans le secret des andronitis (espaces réservés aux hommes, chez les anciens Grecs), des stratégies et pris de terrifiantes décisions qui montrent combien est douloureuse l’idée de se faire chiper sa nana par exemple, et autres avatars de la vie en groupe …

Ces décisions sont tellement honteuses que souventefois, alors qu’elles ne relèvent que d’une volonté aussi simpliste que délibérée de nier le corps de l’autre, on les a déguisées en impératifs religieux, médicaux, héraldiques, sociaux et même administratifs. En vérité, ils ont presque toujours été de l’ordre de la superstition, de l’esthétisme, de l’érotisme, voire d’une volonté délibérée de dénégation d’un droit, d’une capacité à, justement, la liberté, la beauté et l’érotisme !

Les motifs ont aujourd’hui quasiment tous disparus mais la liberté de masse, la grégarité, le diktat de l’identification au groupe – fut-ce en le niant, le désœuvrement, l’ennui et l’agonie de l’aventure humaine en ses péripéties actuelles, font que nombre de ces pratiques perdurent, mieux, reviennent avec force au goût du jour.

Les exemples exposés ci-dessous, ont été délibérément choisis en respectant des limites de décence, à défaut de bon goût.

En haut : A la naissance, l’enfant subit un enveloppement par bandelettes serrées autour de la partie arrière du crâne. A la longue, il se forme une élongation plus ou moins pointue que les mangbetu du nord-est du Congo considèrent comme un canon de beauté.

En bas : bagelheads ou tête de beignets. Cette trouvaille japonaise tire son nom des bagels, sorte de beignets, car les protubérances provoquées en ont souvent la forme. Le processus est simple : on s’injecte sous la peau du sérum physiologique, le plus souvent sur le front, auquel on donne la forme souhaitée ! L’injection prend environ deux heures, et le résultat ne dure qu’une journée ! Intelligent, non ?

L’imagination de l’homme jaloux est sans limite et pour paraphraser Victor Hugo, elle ’’répond à la limite par l’enjambée’’ : Les femmes des tribus Lishous de Thaïlande  portent de lourds colliers de cuivre auxquels elles ajoutent régulièrement des ‘’anneaux’’ afin d’allonger leur cou pour ressembler à des girafes.

Mille explications ont été avancées à cette manie dont l’effet objectif indéniable est de gêner la liberté du cou et d’obliger la porteuse à bouger la tête avec d’infinies précautions sous peine de s’irriter. Mais aucune des explications avancées ne résiste à une analyse sérieuse.

Ce qui est rassurant tout de même c’est que les assertions de fragilisation du cou sont également fausses. Le cou ne s’allonge nullement, mais les lourds anneaux- en fait des spirales, appuient sur les clavicules et tassent l’ensemble du torse, dégageant ainsi la colonne du cou qui ne perd rien de sa résistance.

Cette technique d’esthétique est également pratiquée en d’autres points du globe, dans la Chine voisine, dans d’autres pays asiatiques et aussi en … Afrique du Sud.

Le plus sérieusement du monde, beaucoup de scientifiques, penauds au bout de leurs recherches, ont dû avouer que les Mursis, qui vivent en Éthiopie, lassés par la vilaine habitude de leurs visiteurs, conviés ou envahisseurs d’ ’’emprunter leurs femmes et leurs filles’’, (femmes splendides que j’ai nommées ici même «lianes vivantes»), ont eu l’idée d’en réduire le sex-appeal en en ornant les lèvres de disques de bois pouvant atteindre la taille d’une assiette. Une autre théorie tout aussi scientifique affirme que cette mutilation est opérée dés que la jeune fille est promise à un homme. Ce cadeau de fiançailles est une espèce d’oblitération, comme le poinçon d’un quelconque ticket d’entrée …

http://afrikibouge.com/publications/Femmessaras.pdf

D’autres mâles (ou belles-mères ?) eurent la même idée, sous d’autres cieux et sous d’autres latitudes : les Haïda de Colombie britannique, Canada, qui furent étudiés par Lévi-Strauss par exemple.

De gauche à droite, puis de haut en bas :

  • Guerrier de papouasie avec un piercing de défenses animales
  • Femme yanomami d’Amazonie avec un piercing végétal
  • Femme hindoue avec un piercing de bijouterie précieuse
  • Piercing moderne sur l’aile du nez
  • Piercing moderne SEPTUM dans la cloison nasale centrale
  • Piercing moderne BRIDGE entre les yeux
  • Piercing moderne COOL d’un jeune Moscovite chébran

En psychologie, le nez est l’organe de la clairvoyance par l’intuition, comme l’œil comprend grâce à  la vision et au raisonnement logique. Toutes les sociétés, sans exception, africaines, asiatiques, européennes, américaines, du nord et du sud,  de l’est et de l’ouest, ont réservé un traitement différencié à l’organe du flair. Il était donc normal que cette différenciation touchât également le champ de la symbolique et de l’esthétique.

Les ornements nasaux ont vu le jour probablement en Papouasie, Nouvelle Guinée ou les autochtones, à l’occasion de nombreuses fêtes et cérémonies, se parent de fleurs, d’herbes, de morceaux de bois divers, de plumes d’oiseaux, de poils, de dents, d’os et de défenses d’animaux divers de leur faune. Le nez leur parait être la juste place pour fixer ces ornements.

Les lèvres sont les deux battants de la première porte d’accès à l’intérieur de notre corps. Selon les caractéristiques de notre personnalité, nos attentes, nos fantasmes, nos faiblesses et nos forces, nous allons désirer les modifier, les décorer, les déformer et les transformer de manière à nous sentir mieux, à attirer l’attention, à menacer, à terroriser, à séduire, bref, à nous exprimer !

Les modifications de ‘’l’entrée du corps’’ sont innombrables et permettent à chacun de s’y exprimer.

Le tatouage, l’inclusion, la mutilation et tous les autres changements apportés sont autant ’’d’enseignes’’ publiques qui exposent un point de vue et annoncent ou promettent un certain accueil.

–         Venez en mon corps, je suis juste méfiant(e) et c’est pour cela que j’arbore cette pointe défensive !
–         Venez en mon corps, mais méfiez-vous, je suis barricadé(e) et ces chevalets et labrets vous disent bien que je suis armé(e) !
–         Venez en mon corps mais sachez que vous n’aurez rien de moi, je suis une bouche cousue, ou alors il vous faudra me violenter ! 

Les messages possibles sont innombrables mais tous sont, au sens étymologique, une ’’réclamation’’, à savoir l’expression d’un corps insatisfait qui réclame.

Elle est, a dit le fabuliste grec Esope, la meilleure et la pire des choses. Elle est en tout état de cause une flamme, elle peut détruire mais aussi purifier. Elle peut créer ou anéantir, son pouvoir est immense.

A travers les âges et les pays, on l’a souvent coupée pour punir ou empêcher l’expression.

Aujourd’hui on peut la couper, mais à la recherche d’un effet esthétique et non pour punir. On la décore, la perce, la transperce et l’on y incruste pierres et métaux précieux.

Sans la langue, l’expression est handicapée. Non seulement l’expression, mais aussi la gouvernance de la vie ! Amenemhat, pharaon inspiré de  la XIIème dynastie a d’ailleurs dit que la langue est le gouvernail de la vie. C’est pour cela que dans la très belle civilisation Bambara, on distingue la parole sèche, celle de l’homme et du commandement, de la parole humide, confiée aux  femmes comme l’adaptation à la réalité, à l’action. Dans la pensée de cette ethnie, les quatre organes dont dépend la bonne marche du corps social sont la langue, la jambe, le nez et le sexe. Elle y est parée d’autres qualités, comme la maîtrise de soi, la connaissance et le discernement. Avoir la langue rayée c’est être un menteur et savoir tenir sa langue, c’est avoir atteint l’âge de raison.

Les transformations morphologiques qu’on lui fait subir ne sont-elles pas un lointain écho de ces assertions ? Elèves-ethnologues en mal d’inspiration, à vous ce sujet en … or ou en titane …

Candidats  au piercing des paupières, audace jamais osée dans quelque société que ce soit avant la nôtre, je vous communique ci-dessous quelques adresses utiles que je vous suggère de conserver dans votre portefeuille tout près de votre carte d’identité…

Au Maroc

Association Marocaine Des Psychiatres d’Exercice Privée
201, rue Mostapha El Maani 20000, Casablanca. Téléphone fixe : 0522 27 57 85 FAX : 022 27 63 51

En France

Association Française de Psychiatrie :
6, passage Abel Leblanc, 75012 Paris
Téléphone 01 42 71 41 11
Télécopie 01 42 71 36 60

En Suisse

SGPP/FMPP Postgasse 17, Postfach 686, 3000 Bern 8
Tél. 031 313 88 33 Fax 031 313 88 99

En Belgique

ASSOCIATION PROFESSIONNELLE DES NEUROLOGUES
ET DES PSYCHIATRES BELGES
Avenue de la Couronne, 20 – 1050 Bruxelles
Tél.  (02) 649 21 47
Fax  (02) 649 26 90

Au Canada

Canadian Psychiatry Aujourd’hui 141 Laurier Avenue West Suite 701 Ottawa, ON K1P 5J3 Tel. 613-234-2815 ext. 235 Fax: 613-234-9857
 
Nota : je fournis les coordonnées d’autres Associations à la demande !
 
 

Sans être forcément lacanien, on ne peut pas ne pas être étonné par la similitude phonétique entre scarifier du verbe latin scarificare, signifiant faire une incision dans la peau et sacrifier, de deux mots latins sacra-facere, signifiant faire des choses sacrées.

En fait, la scarification, volontaire ou subie est très souvent opérée au moment de l’adolescence, à l’orée de l’état adulte, comme si l’on ouvrait sa peau, qui est la limite entre soi et le reste du monde, pour essayer de s’approprier ce monde, tout au moins de communiquer, de vivre avec lui.

Dans d’innombrables sociétés traditionnelles la scarification est une des épreuves que l’adolescent doit subir pour pouvoir prétendre au passage à l’état adulte. De nos jours, la scarification est une épreuve que s’imposent d’innombrables jeunes qui agissent dans ce ‘’champ de bataille’’ qu’est le corps en mutation, pour pouvoir y récupérer les rennes de leur existence, perdues lorsqu’ils étaient enfants, c’est-à-dire étymologiquement, in fans, qu’ils n’avaient pas droit à la parole.

Consultez ces deux siteshttp://fr.wikipedia.org/wiki/Scarification_%28incision%29http://seer.psicologia.ufrj.br

Autres cieux, autres motivations, autres méthodes.

En Chine, la pratique des pieds bandés et déformés dans la position d’une main refermée est née avant tout d’une motivation érotique. Plus précisément du fantasme d’un empereur chinois, de la prestigieuse dynastie Tang au Xème siècle : la femme aux pieds bandés chaloupe du bassin et attise le désir. De plus, elle ne peut fuir, contrairement à la biche et au bouquetin. Enfin, les manuels érotiques chinois classent les pieds dans les zones les plus érogènes du corps féminin. Il semblerait d’ailleurs que cette particularité ait traversé bien des mers et se soit essaimée à tous vents.

Regarde-les dans le creux de ta main, si incroyablement petits
Qu’il n’est de mot pour les décrire
Su Shi (1036-1101)
 

Le ’’bijou’’ est là, c’est ce petit soulier de satin de moins de 10 centimètres de long (le bouton de lotus ou idéal du pied est de … 7,5 centimètres !)

Soliloque :

«Le soulier de satin» est le titre d’une pièce de théâtre qui dure onze heures et de ce fait jamais représentée intégralement. L’auteur en est Paul Claudel (1869-1955), dramaturge, poète, essayiste et diplomate français, qui fut en poste en Chine durant 12 années. De cette pièce, il a écrit : «Le sujet du Soulier de satin, c’est en somme celui de la légende chinoise, les deux amants stellaires qui chaque année après de longues pérégrinations arrivent à s’affronter, sans jamais pouvoir se rejoindre, d’un côté et de l’autre de la Voie lactée» Indéniable rapport de l’influence chinoise sur cette pièce d’autres lieux et d’autres temps. Le soulier de satin devient pour le très catholique auteur, le dernier rempart entre la chair et l’esprit, le profane et le sacré…

Je n’aborderai nullement la sauvagerie des exciseurs, des «infibulateurs» et autres négationnistes de la vie quand bien même ils décident calomnieusement d’habiller leurs pratiques criminelles des oripeaux de la religion ou de la morale.

Je ne dirai pas un mot non plus des perceurs, des tatoueurs et autres scribes de l’intimité de la personne humaine, femme ou homme, même si oui, je sais que le phantasme absolu de tous les hommes de la terre est bien l’inscription dans l’éternité de ce moment magique et tragique ou l’on quitte le corps d’une femme pour tenter de se perpétuer en entrant dans celui d’une autre.

Mais il est si belles façons de le dire autrement qu’avec des instruments chirurgicaux. Une simple plume d’oie… un filet de voix    , doux et léger suffit amplement …

La plume d’oie

Cette blessure
Qu’on voudrait coudre au milieu du désir
Comme une couture sur le plaisir
Qu’on voudrait voir se fermer à jamais
Comme une porte ouverte sur la mort
Cette blessure dont je meurs …

http ://www.chansons-paroles.com/Leo-Ferre-630/paroles-9406-Cette-blessure.htm

Le filet de voix

http ://www.youtube.com/watch?v=Cq9MIUaWzDQ&feature=related

 mo’

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