Il était une fois, une très jolie princesse phénicienne, fille d’un roi de Tyr, qui se prénommait Europe. Un jour qu’elle se prélassait avec ses amies sur la plage de Sidon, actuelle Saïda au Liban, Zeus roi des dieux dans la mythologie grecque et incorrigible séducteur, l’aperçut. Elle était tellement belle qu’il en tomba immédiatement amoureux. Pour l’approcher sans éveiller les soupçons de sa jalouse épouse, il prit la forme d’un magnifique taureau à la robe claire… La jeune fille, fortement attirée par le bel animal, se mit à lui flatter le col et les flancs. Il l’invita à monter sur son dos, et dés qu’elle répondit à l’invitation, il détala à travers flots vers la Crête, île minoenne ou ils cachèrent des amours passionnées desquelles naquirent 3 enfants.

Cette haute symbolique prétend donc que l’Europe serait un stolon de l’Asie, jailli d’une plage … libanaise … Ô la saveur des arguties sur l’Européanité de la Turquie, pays situé en partie en Asie et en partie en Europe, qui est justement un passage transitaire entre les deux continents.

Fils d’une famille noble d’Athènes, Solon (630 – 560 AC),  fut un poète, un législateur et un homme d’Etat important de la Cité Grecque. Aristote qualifiait cet eupatride «bien-né» de « père de la démocratie athénienne ». Solon fait partie des 7 Sages d’Athènes, juste derrière Thalès, le mathématicien, et devant Chilon, philosophe qui est le véritable auteur de la fameuse phrase « Connais-toi toi-même » Pittacos, homme d’état, Bias, philosophe et législateur, Cléobule, homme d’état sage et pondéré et enfin Périandre, homme d’état, grand bâtisseur. La devise de Solon : Μηδὲν ἄγαν = «Rien de trop»

«Plongées dans le chaos social et politique des VIIème et VIème siècles AC, la plupart des cités grecques étaient gouvernées par des tyrans. Athènes tenta d’éviter ce régime en élisant Solon pour résoudre la crise sociale et économique… ses réformes amorcèrent le mouvement vers la démocratie… Solon n’était pas à proprement parler démocrate. Aristocrate de naissance et de cœur, c’était cependant un humaniste. Il soulagea les pauvres de leurs dettes et établit un code empreint d’humanité. Ses réformes s’attaquèrent au monopole de l’aristocratie sur le pouvoir, et deux de ses institutions : la Boulé (assemblée restreinte de citoyens chargés des lois de la cité) et le jugement par jurés jouèrent un rôle important quand la démocratie triompha»

La démocratie fut mise en place sous la forme ci-dessus en 507 AC, soit un demi siècle après la mort de Solon. C’est ce que l’on appelle la démocratie directe : Les citoyens ayant plus de 20 ans et ayant accompli 2 ans de service militaire peuvent prendre la parole et voter à l’Agora qui est l’assemblée de la Cité. Sont exclus des votants, les femmes, les esclaves et les «métèques», c’est-à-dire les habitants non originaires de la ville. Athènes compte alors 40 000 citoyens pour 250000 habitants, soit 16 % du total de sa population.

Le modèle, pour timoré qu’il puisse nous apparaître aujourd’hui, est  tellement séduisant intellectuellement et moralement, qu’il s’exporte un peu partout car il est particulièrement bien adapté à des espaces restreints, n’étant en fait qu’une magistrature municipale, mâtinée de bonne gouvernance. Mais sa mise en pratique conduit tout naturellement à l’élargissement de son concept.

Peut-être pourrait-on situer là le départ de cet élargissement et conséquemment, celui de l’histoire de l’Europe ?

L’élargissement de cette Europe fut principalement exogène, puisqu’on peut considérer l’installation des Romains en Grèce comme le premier pas vers l’intégration. Il faut se rappeler qu’il y eut entre la Grèce et Rome, avant le sac de Corinthe en 146 AC qui marque le début de l’invasion romaine, de nombreuses actions de coopération militaire mais aussi économique et commerciale, souvent demandées d’ailleurs par les Grecs eux-mêmes.

L’Empire romain vécut huit siècles et son caractère unitaire n’est indiscutable que pour trois siècles environ. Son étendue fut considérable puisqu’il dépassa l’ensemble du pourtour méditerranéen, mais son peuplement fut faible. Il doit son acceptation par tous les peuples visités au fait d’avoir eu l’intelligence d’ intégrer une série d’héritages : celui de la civilisation de la Grèce antique, mais aussi les influences tant celtiques que sémitiques.

Ce socle s’effrita et les raisons de cet effritement font débat encore de nos jours. On ne recense pas moins de 210 théories sur les causes de la chute de l’Empire romain, la plus vraisemblable étant qu’il fut victime de sa démesure et de la difficulté de maîtrise qui en découla.

Quoi qu’il en soit, cet effondrement marque probablement la véritable naissance de l’Europe. C’est en tout cas l’avis de l’historien français Marc Bloch, 1886-1944, qui dit que « L’Europe a surgi très exactement quand l’Empire romain a croulé ».

Cet Empire fut remplacé par l’Empire Byzantin qui en était en fait la partie orientale et qui prépara, d’abord parallèlement, puis directement le large cadre de l’avenir de l’Europe : La Chrétienté qui s’étendit peu à peu de l’Atlantique aux frontières de l’Asie Mineure. Cette préparation minutieuse dota l’espace chrétien d’un gouvernement très puissant, l’Eglise, laquelle était alors la structure administrative et sociale la plus étoffée et la mieux structurée du monde. Elle put mobiliser des foules immenses aux quatre coins du monde : c’est ce qu’elle fit en organisant les grands pèlerinages, les croisades et autres guerres de religion.

 

Les trois étapes du Moyen-âgeHaut, Classique et Bas – reconfigurèrent complètement la carte géopolitique de cette partie du monde. A leur terme, à la veille de l’avènement des Temps Modernes, l’ensemble européen était secoué par une série de crises de croissance très significatives :

–         Une crise morale au sein du Christianisme fondateur, provoqué par la proposition de certains de rejeter tous les écrits postérieurs à la Bible. Cette crise aboutira à la Réforme,

–         Une crise démographique engendrée par des dérèglements climatiques et de terribles épidémies qui provoquèrent une chute  drastique de l’espérance de vie et du taux de natalité,

–         Une crise économique due au dépeuplement conséquent des campagnes,

–         Une crise géostratégique, l’Ensemble Européen étant peu à peu pris en étau entre l’Empire Russe qui se constitue et se structure à l’est, et au sud, héritier de la prestigieuse Byzance, l’Empire Ottoman.

Puis sous l’influence des échanges avec l’Orient, ce fut la Renaissance, une époque illustrée par un mouvement intellectuel, scientifique et artistique, nommé Humanisme, qui marqua l’Europe.

Au plan des idées, cette Europe fut bouleversée par la Réforme protestante qui fit voler en éclats l’unité des Chrétiens. Les idées nouvelles furent largement diffusée, grâce notamment à l’une des plus grandes découvertes de tous les temps : l’imprimerie.

L’espace géographique en question, cimenté par le Christianisme et replâtré de temps à autre par une guerre, commença à se développer. Assez pauvre par lui-même, trop étroit pour satisfaire toutes les ambitions qui s’y manifestaient, il eut besoin de s’étendre. Le Portugal, l’Espagne, l’Angleterre, la France et les Pays-Bas entreprirent alors de confisquer celui des autres. Les processionnaires du Christianisme, portant croix et arborant bannière zébrèrent le monde en tous sens, créant des comptoirs, pillant les richesses, réduisant à l’esclavage les populations ‘’visitées’’, en supprimant purement et simplement d’autres, enrichissant de façon éhontée leurs patries d’origine, leurs commanditaires, leurs rois et leurs personnes.

La révolution française mit fin à la monarchie absolue et provoqua un choc auprès de toutes les autres monarchies européennes. Les Français confisquent les biens de l’Église, imposent l’usage du Code civil français et du système métrique.

Toujours en Europe, parallèlement, au  Royaume-Uni se développa à partir de 1780, une Révolution industrielle permise par des progrès techniques considérables comme l’exploitation des énergies fossiles, la fabrication de l’acier, la voie ferrée et le télégraphe. Cette révolution s’étendit vers tout le reste de l’Europe à partir de 1830. Elle fut accompagnée d’une Révolution agricole qui permet de nourrir une population en augmentation rapide mais provoqua un exode rural exponentiel. A son tour, celui-ci provoqua un développement spectaculaire de la classe ouvrière et l’expansion des idées socialistes.

A la fin du XIXe siècle l’impérialisme européen se lança dans l’établissement d’un second empire colonial, en Afrique, en Asie et en Océanie. En 1885 se tint la Conférence de Berlin sur la colonisation, « pour le bien être moral et matériel des populations indigènes » (sic) et un code fut mis en place pour réguler le dépeçage du monde. En 1914, l’Europe à son apogée dominait alors le monde et les territoires cumulés que contrôlaient les pays européens (y compris la Russie en Sibérie) correspondaient à 66 % de l’espace mondial et 60 % de la population mondiale.

Des conflits bilatéraux s’étendirent à l’ensemble de l’espace européen par le jeu des alliances et débouchèrent sur deux guerres mondiales en moins de 40 ans qui firent véritablement régresser le genre humain. Les bilans en sont  dramatiques. La première (1914-1918) fit près de 10 millions de morts et 6,5 millions d’invalides. La seconde (1939-1945), la guerre la plus meurtrière et la plus barbare de tous les temps fit, elle, plus de 45 millions de morts rien qu’en Europe (URSS incluse), dont 25 millions de civils. Il y eut également 30 millions de personnes déplacées en raison des changements de frontières.

Après la seconde guerre mondiale, l’espace européen devient l’enjeu de la confrontation idéologique, politique, militaire et économique qui a opposé les deux supergrands qu’étaient devenus les États-Unis et l’URSS à l’issue de la deuxième guerre mondiale. Ce fut la guerre froide. Elle se divisa en plusieurs grandes tranches: La montée de la méfiance entre 1945 et 1947, la guerre froide de 1947 à 1956, ensuite la coexistence pacifique entre 1956-1962, puis la détente entre 1962 et 1973 ou encore la paix chaude de 1973 à 1985 et enfin la période contemporaine. Les deux blocs renouèrent le dialogue et signèrent enfin d’importants accords de désarmement en 1989.

L’URSS échoua par contre dans ses réformes économiques et politiques. Cela provoqua la révolte des peuples des pays de l’est de l’Europe : Le mur de Berlin et le rideau de fer tombèrent, l’Allemagne fut réunifiée, l’URSS éclata et disparut. La Guerre froide était terminée !…

Suite la semaine prochaine…

mo’

Sources :


Publicités