»C’est nous qui choisissons »

Slogan d’un poster du Ministère de l’Intérieur

L’immobilisme politique est le pire ennemi de la démocratie et c’est lui qui règne actuellement.

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Dans le cadre d’élections législatives anticipées, 13.626.375 électeurs marocains ont été appelés le vendredi 25 novembre 2011, à se rendre aux urnes pour élire les 305 représentants à la nouvelle chambre des représentants. Ils devaient également choisir 90 membres dans le cadre de la liste nationale, dont obligatoirement 60 femmes et 30 jeunes de moins de 40 ans.

Radioscopie des élections législatives

du 25 Novembre 2011 au Maroc :

Les candidats

  • 7 102 candidats
  • 5 478 hommes
  • 1 624 femmes
  • 2 140 ont entre 35 & 45 ans – + 30%
  • 1 960 ont entre 45 & 55 ans – 27,6%
  • 1 924 ont moins de 35 ans – 27,09%
  • 1 077 ont plus de 55 ans- 15,16%
  • 59,43% ont une formation supérieure
  • 29,91% ont une formation secondaire

Les 9 principaux partis politiques présents – sur 31 existants

1.     ISTIQLAL
2.     PJD
3.     USFP
4.     PPS
5.     MP
6.     RNI
7.     PAM
8.     UC
9.     FFD

La tendance

  • 87,57% des 1.521 mandataires de listes se présentent pour la première fois dans une course électorale
  • Seulement 12% des députés sortants se sont représentés.

La toile de fond

Le Parti de l’Istiqlal a été créé sous sa forme actuelle en 1947, de l’éclatement  du vénérable CAM, Comité d’Action Marocaine, créé en 1934 par Allal Fassi, Mohamed El Ouazzani et Abdelkhalek Torres, dans le but de regrouper toutes les volontés nationalistes désireuses de libérer le Maroc du protectorat de la France.

Aujourd’hui, à l’âge de 65 ans – ou de 78 ans, selon la date retenue, il est visiblement usé par l’âge et par l’exercice du pouvoir. Il semble qu’il ait ‘’fini de vivre’’ au sens ‘’biologique’’ de l’expression : il a accompli sa mission naturelle : autour du thème axial et fortement fédérateur de l’Indépendance politique, il s’est décliné en tendances et nuances diverses, idéologiques, culturelles, linguistiques, professionnelles et autres. Ce sont ces nuances qui forment, aujourd’hui, les 31 partis légaux en présence.

Ceci sans  compter les mouvements informels qui ne veulent pas être considérés comme des partis politiques, qui ont quelque audience et dont les deux principaux sont aujourd’hui Al Adl Wal  Ihsane  – Justice et Bienfaisance  (l’organisation traduit Ihsane plutôt par Spiritualité), et le Mouvement du 20 Février 2011.

  • Al Adl Wal Ihsane est l’organisation construite par un homme, nommé par les siens El Morchid, le Guide, de son nom civil Abdessalam Yassine, ancien fonctionnaire de l’Education Nationale qui s’est rendu célèbre par ses prêches intransigeants prônant l’observance stricte des textes fondamentaux de l’Islam et dont la devise est ‘’L’Islam ou le déluge’’. Aujourd’hui, ce mouvement revendique une très large audience que des observateurs spécialisés chiffrent sérieusement à une centaine de milliers de membres.
  • Le Mouvement du 20 Février est né dans le contexte de changements profonds qu’à connu le Monde Arabe, parmi la jeunesse marocaine. Il n’a pas à proprement parler de membres mais ses appels sont suivis par un nombre de sympathisants qui varie d’une semaine à l’autre, d’un thème à l’autre.

o        S’interdisant et se défendant contre toute structuration administrative, il est l’expression claire d’un certain nombre d’exigences quant à l’organisation de la vie sociopolitique au Maroc.

o        Les revendications tournent toutes autour de  plus de libertés et de démocratie, l’égalité sociale, la fin de la corruption ainsi qu’un plus grand respect des droits de l’homme.

o        Le Mouvement organise des marches pacifiques qui sont autant d’occasions de déclarer ses revendications et ses attentes. La décision de procéder à la révision de la Constitution semble être la réponse du Roi à l’expression de ces attentes.

o        La révision proposée est approuvée à plus de 97% des 75,5% d’électeurs, et semble désagréger littéralement le Mouvement, qui pourtant se manifeste à nouveau pour inviter à l’abstention lors des élections législatives.

o        L’inexpérience avouée de ses leaders et l’appétit des forces constituées, partis politiques et autres organisations, font du Mouvement l’objet de convoitises et ses membres se voient proposer un peu partout un accueil alléchant, propositions restées vaines jusqu’à présent.

L’avis unanime est que le mauvais usage de la politique a complètement discrédité les partis politiques depuis belle lurette et les Marocains ont pris l’habitude de voter selon les consignes, ne croyant pas un mot aux discours ésotériques des uns et des autres. L’adhésion aux partis politiques en général et parmi eux, ceux que l’on nomme cocotte-minute est à leur yeux toujours entachée de suspicion et n’y ont sacrifié que ceux qui y avaient un intérêt direct et personnel.

Nous en verrons la preuve ci-dessous.

Le scrutin du 25 Novembre 2011

 »J’aimerais bien voter mais pour qui ?  Aucun des candidats ne va m’aider à résoudre mes problèmes. A quoi bon voter, les élus ne feront rien, à part profiter de leur immunité pour s’enrichir. »

Il ne semble pas que les 4000 observateurs accrédités pour suivre le bon déroulement du scrutin aient signalé d’incident majeur. La présidente de l’OMDH l’a confirmé et à sa suite, une série de pays étrangers ont adressé leurs félicitations au Maroc : USA, France, Grande-Bretagne, Italie notamment.

Taux définitif de participation

 »Moi ? Je n’ai jamais voté ! A quoi ça sert ? Ils promettent des choses et ils ne font jamais rien ! Ils s’enrichissent, vivent entre eux et écrasent les pauvres. Nous, on n’existe pas ! » 

  • 45,4%

C’était l’un des principaux enjeux de ces élections et effectivement, un fort taux de participation aurait dilué la masse des voix en faveur du PJD, en plus de constituer un sérieux revers pour les partis et organisations qui appellent au boycott des élections. Donc, le taux d’abstention relativement élevé a aidé le PJD, qui lui, dispose d’une assise électorale plus stable puisque plus motivée.

Résultats définitifs : Nombre de sièges par parti

’’On va maintenant essayer avec les gens du PJD.’’

1.               PJD 107 sièges, Parti Justice et développement

2.               PI 60 sièges, Parti Istiqlal

3.               RNI 52 sièges, Ras. Nat. des indépendants

4.               PAM 47 sièges, Parti authenticité et modernité

5.               USFP 39 sièges, Union soc. des forces populaires

6.               MP 32 sièges, Mouvement populaire

7.               UC 23 sièges, Union Constitutionnelle

8.               PPS  11 sièges, Parti du Progrès et du socialisme

Les alliances

Le G8 tiendra-t-il longtemps après la victoire du PJD ? Rien n’est moins sur car il sera difficile aux petits partis de refuser de s’allier à la majorité qui est pour eux la seule solution pour accéder aux commandes.

La Koutla, de son coté, a-t-elle encore une raison d’être ? Là encore, rien n’est moins sur car on voit mal le PJD ne pas l’attaquer et se priver de ses ressources tout de même considérables.

Les peurs

Une bonne part de la petite et de la moyenne bourgeoisie, surtout celle qui a cédé aux charmes de la vie à l’occidentale, tremble de peur et envisage de réviser douloureusement sa façon de vivre. Elle s’amuse à se faire peur : Que va faire le PJD quant à mes libertés ?

Or, la position du PJD sur les questions tartes-à-la-crème, à savoir l’égalité des genres, l’héritage, l’avortement, la peine de mort, l’alcool et l’homosexualité, notamment, a été habilement et clairement précisée par le secrétaire général du parti, Lahcen Daoudi.

  • Concernant l’égalité homme-femme face à l’héritage, il précise que si telle est la volonté des Marocains, la question leur sera soumise par voie de référendum et le PJD et tous les autres partis n’auront d’autre choix que de l’accepter.
  • Pour ce qui est du port du voile, M. Daoudi précise qu’il s’agit d’une question relevant du libre-arbitre de chacun et illustre la sincérité totale du PJD sur la question en rappelant que nombre de femmes responsables au sein du parti, et pas des moindres, ne le portent pas.
  • Pour l’avortement, le PJD précise qu’il pourrait être autorisé, mais que les conditions de cette autorisation doivent être fixées par la loi.
  • Pour la peine de mort, le secrétaire général dit que nul ne peut évidemment autoriser ce qui est interdit par le Coran, mais que les responsables pourraient décider systématiquement de ne pas l’appliquer.
  • Concernant la consommation de boissons alcooliques, le PJD dit qu’une interdiction serait inutile, diminuerait les recettes de l’état et serait en contradiction avec l’ouverture sur le monde affichée par le Maroc.
  • En général, concernant les interdits de l’Islam, de l’homosexualité à la non observance du jeûne du Ramadan, le secrétaire général rappelle que la loi ne dit rien tant qu’on est chez soi, mais qu’une fois dans un lieu public, la violation de ces interdits  devient une atteinte aux bonnes mœurs et ne sera par conséquent, pas acceptable.

Pour conclure, M. Daoudi résume, à l’adresse des détracteurs du PJD, l’approche globale de son parti : ‘’La laïcité est chose impossible au Maroc, ne serait-ce que parce qu’elle est incompatible avec la commanderie des croyants’’.

Explication du succès

Dans une population analphabète à 38%, illettrée à … ?%, que sert de finasser en croisant le fer de l’idéologie et en attisant la violence des querelles de personnes en majorité totalement inconnues de cette population ? La démocratie est certes la seule solution souhaitable de gouvernement, mais il faut en fabriquer son propre modèle en prenant garde de ne pas l’importer hors taxes hors douane, de ne pas heurter l’âme du peuple et surtout pas le consensus omnium qui, au Maroc est basé d’abord et avant tout sur l’Islam.

Comment des appareils dirigés par des gens de haute formation, peuvent-ils se tromper à ce point ? Comment ont-ils pu ignorer à ce point justement la véritable nature de l’âme marocaine ? Certains disent avoir froid dans le dos à penser que naguère, nous leur avions confié, à tour de rôle, nos destinées.

 »J’ai voté selon ma conscience. L’essentiel c’est que j’ai voté »

Magnifique, cette photo d’une jeune maman si vraie, visiblement modeste mais sereine et déterminée, quelque peu fière de voter, portant sur son dos un petit bout de chou qui semble là, inspecter le bon déroulement des élections qui désigneront les préparateurs de son avenir !

Le Maroc

Bien malin est celui qui pourra capter l’image actuelle du Maroc et en extrapoler la future …

Est-ce celle de l’étudiant de la Karaouiyine ?
Celle de ces surdoués de M.I.T, Harvard, X, ou Normale Sup’ ?
Celle de ces membres du réseau du 20 Février ?
Celle du chômeur de Sidi Moumen ?
Celle de ces sportifs de top-niveau issus de l’immigration ?
Celle de l’acteur le mieux payé de France qui est un ‘’petit beur’’ ?
Celle de ce Prix Goncourt ?

Un fascinant laboratoire existe, qui pourrait donner des indices : c’est ce média surprenant qui connaît un succès  inespéré et semble convenir en tant qu’expression aux jeunes Marocains : Hit radio.

Hit radio est au Maroc le premier média essentiellement destiné à un public jeune – défini comme les 13-35 ans en marketing- avec une programmation adaptée …

 »J’adore tout, il y a e la bonne musique ca te donne de l’énergie, de la bonne humeur et j’adore aussi la libre antenne avec Momo, Ilham et Ayoub.  Merci hit radio d’exister »

Et bien à l’occasion des élections législatives du 25 novembre, Hit radio a participé à la campagne en encourageant ses auditeurs à participer au scrutin. La station a organisé un concours intitulé « Souwwer ou souwwet », « Filme et vote » consistant en la réalisation de films citoyens sensibilisant à l’importance du vote. Le film gagnant a été visionné plus de 100 000 fois en ligne. Cette station assure également la promotion d’un film documentaire, This is Maroc, sur le mouvement Nayda, équivalent de la Movida espagnole.

Conclusion provisoire

Les Marocains ne sont pas  »islamistes », ou alors s’ils le sont, c’est à leur manière. Tous sont lassés par les éternelles promesses non tenues et des excuses invoquées, par l’échec patent de tous les politiques ex porteurs de leurs espoirs. Ils ont alors décidé ‘’d’essayer’’ le PJD. Les hommes y sont neufs et la morale qui leur sert de crédo idéologique, outre le fait qu’elle soit accessible et compréhensible à tous, est, espèrent-ils, un fort barrage contre la gabegie et les finasseries politiciennes, autant qu’un impératif catégorique pour leur survie même.

mo’

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