http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=WPkCbIa1hmg

Tout ce qui vit, individus et groupes d’individus, considérés au plan de l’éthologie, de la sociologie et de la politique, doit apprendre à vivre.

Zoom sur les individus apprenant à vivre

La philosophie est-elle un bon moyen pour apprendre à vivre aux hommes ?  Si oui, n’y a-t-il pas danger lorsqu’on réduit l’entreprise d’apprentissage à épouser des façons de penser, des jugements moraux et des a priori extérieurs, conçus en dehors de notre biotope civilisationnel ? Lorsqu’on adopte une idée, ne se disqualifie-t-on pas aux yeux de la démarche philosophique qui commande de penser librement et sans contrainte d’aucune sorte ? Mais, in cauda venenum, ce disant ne sommes-nous pas en train de dire qu’avant de penser, nous devons devenir philosophes ? La clé de cette absurdité est assez simple : en fait, on ne charge pas la philosophie du soin de nous apprendre quoi que ce soi, mais au contraire de celui de nous désapprendre. Le philosophe Alain, affirme que ‘’Penser, c’est dire non‘’. Autrement dit, penser, c’est penser par soi-même et refuser les affirmations des autres. Et ‘’dire non’’ c’est ainsi réfuter et repousser le conditionnement dont notre esprit a pu faire l’objet.

Zoom sur les peuples apprenant à vivre.

Il y a vingt ans à peine, autant dire un clignement d’œil à l’échelle de l’histoire, après une guerre mondiale qui fut l’horreur absolue, après une décolonisation qui laissa tous les peuples envahis libres mais désorientés et pauvres, après une guerre froide qui provoqua la folle course aux armements aussi hallucinante qu’inutile, avant de s’achever par la chute de son symbole, le Mur de Berlin, toutes les conditions semblaient réunies pour le couronnement du Peuple Souverain, partout dans le monde, entendez la Démocratie.

Mais depuis, nos enseignants, nos donneurs de leçons – au sens propre- réalisent peu à peu que cette vertu cardinale, cette panacée contre tous  les maux de la terre est en fait un placébo approximatif, pire, un nouvel opium du peuple vis à vis duquel les véritables acteurs se dédouanent. Mille resucées du concept de portion congrue en vogue aux heures les plus noires du catholicisme, qui éloignait du partage le ‘’bas-peuple’’ sont maintenant présentées sous les emballages de bonne gouvernance, de défense des droits humains, etc. et leurs chatoiements vont jusqu’à de comiques devoir d’ingérence, morale internationale et lutte contre le terrorisme, entre autres.

Aujourd’hui pas plus qu’à aucune autre époque de l’histoire, le pouvoir n’appartient réellement au peuple et la prise de conscience fait considérer le discours enchanté et enchanteur chaque jour plus amer.

A l’heure ou elle pointe ‘’enfin’’ ses urnes dans nos pays au son des louanges occidentales, la démocratie serait-elle en vérité une vieille dame mourante ?

La première puissance du monde – chantre intraitable de la chose démocratique, alliée au berceau occidental de la démocratie, auxquelles se joint la patrie des droits de l’homme, suivies par une nuée de pays courtisans plus ou moins libres, se sont constituées en milice justicière pour exécuter de basses œuvres rendues nécessaires par l’application des ordres des commettants de leurs dirigeants. On ne cache même plus cette indécence et il n’est que de consulter par exemple l’article de Wikipédia, encyclopédie accessible à tous et gratuite  sur la guerre d’Iraq pour avoir une idée du cynisme http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27Irak que cache cet effroyable hold-up. Idem pour la guerre d’Afghanistan dans laquelle se sont illustrés tour à tour l’URSS et les USA, aidés comme toujours par leurs satellites respectifs. Toujours sous le prétexte de la mise en place de la démocratie, ils ont créé, financé et armé une organisation extrémiste chargée de semer le désordre, avant de se retourner contre elle et d’appeler la terre entière à la combattre. Ce n’est là qu’un exemple et chaque fois que les ‘’donneurs de leçons’’, les ‘’semeurs de démocratie’’ bougent, c’est pour vérifier, encore et toujours la terrible phrase de Tacite, extraite de son ouvrage ‘’La Vie d’Agricola’’, citée 100 fois et qui dit : ‘’Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant’’, ce qui en français donne : ‘’Partout ou ils sèment la désolation, ils prennent pour prétexte la paix’’…

Ils n’ont pas le choix, c’est ce qu’il faut savoir. Ces gens choisis par le suffrage dans le système démocratique et promus aux commandes de nos institutions ont un pouvoir plus que limité et en tout cas délimité.

Mais qu’est-ce donc qui fait que la démocratie ne conduit pas plus que les autres systèmes de gouvernement au bonheur des peuples ou simplement à la justice et d’abord à la liberté, raison première de toute revendication sociale ?

La démocratie est en fait à usage interne et uniquement interne car dés l’instant ou l’on veut l’appliquer dans des lieux ou elle n’est pas le système adopté, il y a presque inévitablement conflit, car il se trouve toujours un ou plusieurs protagonistes pour en réfuter les raisons et les règles de fonctionnement. Pire, même les ‘’donneurs de leçons’’, démocraties établies de toujours, en appliquent les règles chez eux et en dénient le droit à l’extérieur de chez eux. Le summum est atteint lorsqu’ils créent chez eux-mêmes des ‘’zones de non-démocratie’’ pour être parfaitement à l’aise et fouler aux pieds les principes moraux élémentaires

Au début du XIXème siècle, Benjamin Constant (1767-1830) journaliste, romancier, homme d’Etat et théoricien politique, l’un des apôtres du libéralisme, exilé volontaire en Suisse ou il anime un cénacle de beaux-esprits contre-révolutionnaires, écrivait :

« Nous sommes arrivés à l’époque du commerce, époque qui doit nécessairement remplacer celle de la guerre, comme celle de la guerre a dû nécessairement la précéder.

La guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d’arriver au même but, celui de posséder ce que l’on désire. Le commerce n’est autre chose qu’un hommage rendu à la force du possesseur par l’aspirant à la possession. C’est une tentative pour obtenir de gré à gré ce qu’on n’espère plus conquérir par la violence. […]

La guerre est donc antérieure au commerce. L’une est l’impulsion sauvage, l’autre le calcul civilisé. Il est clair que plus la tendance commerciale domine, plus la tendance guerrière doit s’affaiblir. Le but unique des nations modernes, c’est le repos, avec le repos l’aisance, et comme source de l’aisance, l’industrie. La guerre est chaque jour un moyen plus inefficace d’atteindre ce but. Ses chances n’offrent plus ni aux individus ni aux nations des bénéfices qui égalent les résultats du travail paisible, et des échanges réguliers. »

http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/43/04/98/PDF/Constant_liberalisme_Menissier.pdf

C’est dans cette optique qu’il prononça sa conférence la plus célèbre, connue sous le nom de Discours à l’Athénée royal de Paris en 1819 dans laquelle il fait une comparaison entre la conception de la liberté ‘’chez les modernes’’ et ’’chez les anciens’’. Elle a des accents d’une indéniable sincérité.

La « liberté des modernes » :

« C’est pour chacun le droit de n’être soumis qu’aux lois, de ne pouvoir ni être arrêté, ni détenu, ni mis à mort, ni maltraité d’aucune manière, par l’effet de la volonté arbitraire d’un ou de plusieurs individus. C’est pour chacun le droit de dire son opinion, de choisir son industrie et de l’exercer ; de disposer de sa propriété, d’en abuser même ; d’aller, de venir, sans en obtenir la permission, et sans rendre compte de ses motifs ou de ses démarches. C’est, pour chacun, le droit de se réunir à d’autres individus, soit pour conférer sur ses intérêts, soit pour professer le culte que lui et ses associés préfèrent, soit simplement pour remplir ses jours et ses heures d’une manière plus conforme à ses inclinations, à ses fantaisies. Enfin, c’est le droit, pour chacun, d’influer sur l’administration du gouvernement, soit par la nomination de tous ou de certains fonctionnaires, soit par des représentations, des pétitions, des demandes, que l’autorité est plus ou moins obligée de prendre en considération. »

La « liberté des anciens » consistait :

« à exercer collectivement, mais directement, plusieurs parties de la souveraineté tout entière, à délibérer, sur la place publique, de la guerre et de la paix, à conclure avec les étrangers des traités d’alliance, à voter les lois, à prononcer les jugements, à examiner les comptes, les actes, la gestion des magistrats, à les faire comparaître devant tout un peuple, à les mettre en accusation, à les condamner ou à les absoudre ; mais en même temps que c’était là ce que les anciens nommaient liberté, ils admettaient comme compatible avec cette liberté collective, l’assujettissement complet de l’individu à l’autorité de l’ensemble. Vous ne trouverez chez eux presqu’aucune des jouissances que nous venons de voir faisant partie de la liberté chez les modernes […]. Ainsi chez les anciens, l’individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous ses rapports privés »

Là précisément, Constant fait allusion à la pression de la société sur les comportements individuels. C’est cette liberté individuelle qui a motivé toutes les quêtes de liberté et la paix entre ‘’anciens’’ et ‘’modernes’’ a été possible après obtention de cette liberté individuelle à condition de charger des tiers choisis pour s’occuper des affaires collectives. C’est alors le passage de la démocratie directe à la démocratie représentative.

Les entorses morales

Hélas, la démocratie représentative aboutit, à cause du principe du ‘’scrutin majoritaire’’, à une première impasse. Dans les grandes démocraties, les scores aux élections se jouent dans une fourchette minime. 51% des voix suffisant pour l’emporter, cela permet de gouverner comme si l’on avait obtenu 100% des voix. Que deviennent donc les 49 autres % auxquels on doit ajouter les abstentionnistes ? Ne peut-on affirmer qu’alors, une infime minorité gouverne une immense majorité ?

La seconde impasse est l’acceptation, plus que rarement contestée du ‘’principe de la réélection’’.  Rappelons ce qu’en disait Alexis de Tocqueville il y a deux siècles :

‘’Le principe de la réélection rend donc l’influence corruptrice des gouvernements électifs plus étendue et plus dangereuse. Il tend à dégrader la morale politique du peuple, et à remplacer par l’habileté le patriotisme.’’

Je glisse ici une anecdote personnelle édifiante sur l’abîme qui s’est creusé entre la bonne gouvernance en configuration démocratique et ce qui se pratique réellement :

‘’ Je suis membre d’une importante association qui brille réellement par la rigueur de ses principes, l’exemplarité de sa gestion, et  l’excellence de ses résultats. Cette association emprunte énormément, tant au niveau du Maroc que sur le Marché international, auprès de divers bailleurs de fonds internationaux. Lorsque la crise financière de 2008 a éclaté, la Banque Mondiale nous a offert de procéder à l’audit interne de notre organisation. La maison de verre s’ouvrit et livra tout ses documents. La critique résultant de cet audit était bien mince au niveau des procédures, méthodes et résultats et l’essentiel porta sur … la durée des mandats des dirigeants. Et là, je vous demande de deviner ce que la Banque Mondiale considère actuellement comme la durée maximale d’un mandat dans ses nouvelles règles de bonne gouvernance. La réponse ne manquera pas de vous stupéfaire ! Trois ans ! Pas 4, pas 5, 3, non renouvelables ! Ils nous ont informé que les banques américaines coupables originelles de la débandade actuelle étaient officiellement gérées par des Conseils d’Administration lamentables, constitués de vieillards cacochymes et jamais présents et d’aigrefins intouchables. Mon association, quant à elle s’est empressée de se conformer à ces prescriptions, sans la moindre discussion. A chacun maintenant de rechercher autour de lui, un seul, mais un seul cas de bonne gouvernance observant cette règle des 3 ans …’’

Le troisième principe à honnir parce qu’il est la négation la plus flagrante de la démocratie qui se veut un partage des pouvoirs entre tous, c’est le ‘’cumul des mandats’’. Cette ‘’licence’’ est injuste et même déshonorante car elle fait du dévouement à la chose publique une activité lucrative, elle rabaisse la qualité du travail des élus, favorise le clientélisme et décourage les vocations.

Ainsi donc, si nous comprenons bien, la démocratie, en tant que mode de gouvernement n’est à retenir que dans la mesure où tous les citoyens, sans possibilité d’exception non justifiée, sont impliqués, décident, agissent et contrôlent les actions à mener dans l’intérêt de l’ensemble.

C’est bien évidemment très loin d’être le cas ou que ce soit dans le monde. Prenons l’exemple de notre pays, le Maroc. Aux dernières élections législatives, les premières à n’être pas contestées et même à être saluées partout dans le monde. Le Parti de la Justice et du Développement est arrivé en tête, en obtenant 107 sièges sur un ensemble de 395, soit 27 % des suffrages exprimés. La participation ayant été  de 45,4 %, les nouveaux gouvernants ont été désignés par 27% des 45,4% Marocains en âge et en mesure de voter, ce qui donne 12, 2 % de l’ensemble des citoyens. Si l’on ajoute à ce problème de sous-représentativité des élus au scrutin majoritaire la nécessité pour eux de conclure des alliances pour disposer d’une majorité pour pouvoir gouverner, et les nécessaires concessions que le PJD devra faire pour fédérer l’ensemble, la réponse au choix du peuple ne devient-elle pas infinitésimale ? Mais comparativement, le Maroc est assez bien loti ! Imaginons ce qu’il peut en être dans les pays se réclamant de la démocratie mais ou l’accès au suffrage est un parcours du combattant ou alors où les partis sont censurés à la base !

Les conclusions de ce sombre tableau tenteraient-elles de nous faire accroire qu’en fait, le meilleur gouvernement possible d’un pays n’est jamais que le moins mauvais et ne saurait obéir à rien d’autre qu’à sa capacité d’action et à la recherche de son maintien au pouvoir.

Soit.

Mais les pays étant tous peu ou prou interconnectés, les ‘’flux vitaux’’ de notre monde étant en perpétuel mouvement, les idéologies, les croyances, les obédiences, les choix de vie, la communauté des hommes étant, pour reprendre la phrase de Mirabeau à propos de l’état de la France à la veille de la Révolution de 1789 ‘’ un agrégat inconstitué de peuples désunis’’, qui donc gouverne le monde ?

Le ‘’grand machin’’ dénommé l’ONU ? L’Organisation internationale des Nations Unies a été fondée en 1945, après la Seconde Guerre mondiale, par 51 pays déterminés à maintenir la paix et la sécurité internationales, à développer des relations amicales entre les nations, à promouvoir le progrès social, à instaurer de meilleures conditions de vie et à accroître le respect des droits de l’homme. Elle constitue un forum où ses 193 États aujourd’hui Membres expriment leur opinion par l’intermédiaire de l’Assemblée générale, du Conseil de sécurité, du Conseil économique et social, des autres organes et comités. Son activité couvre toutes les parties du globe. Hélas, en réalité, ces vœux pieux restent la plupart du temps … des vœux pieux et sujets à verbiage inutile. Machine lourde et inefficace, caisse de résonance des frustrations, certes, mais incapable de traduire en actes une décision, si morale soit-elle et dont un certain droit de veto exigé par les puissants mine le principe même de justice ?

La Trilatérale est une organisation privée créée en 1973 à l’initiative des principaux dirigeants du Groupe Bilderberg et du Council on Foreign Relations, lequel est considéré comme l’un des think tanks les plus influents en politique étrangère américaine. Il regroupe 300 à 400 personnalités parmi les plus influentes du monde politique, économique et culturel de l’Europe occidentale, de l’Amérique du Nord et de l’Asie Pacifique. Son but est de promouvoir et construire une coopération politique et économique entre ces trois zones clés du monde. Il s’agit d’un groupe partisan de la doctrine mondialiste, auquel certains attribuent, au moins en partie, l’orchestration de la mondialisation économique. Inutile de dire que nous ne nous situons pas dans ces  »zones importantes »…

http://gunn.co.nz/map/

Le Club Bilderberg, est un rassemblement annuel et informel d’environ 130 membres, essentiellement américains et européens, et dont la plupart sont des personnalités de la diplomatie, des affaires, de la politique et des médias. Ce sommet annuel est au centre de plusieurs controverses du fait de sa non-médiatisation et du caractère confidentiel du bilan des conférences.

Le Forum économique mondial est connu pour sa réunion annuelle à Davos, en Suisse, qui réunit des dirigeants d’entreprise, des responsables politiques du monde entier ainsi que des intellectuels et des journalistes, afin de débattre des problèmes les plus urgents de la planète, y compris dans les domaines de la santé et de l’environnement. Parallèlement aux réunions, le forum publie un certain nombre de rapports économiques et implique ses membres dans différentes initiatives liées à des secteurs spécifiques.

Ces 4 assemblées sont très puissantes et, malgré le ‘’déguisement’’ de certaines en simples réservoirs de réflexion, Think Tanks, très efficaces et efficientes aussi.

Au-delà de l’aspect ‘’médiéval’’, gothique diraient les jeunes, rosicrucien, secret et quelque peu romanesque de certaines, elles sont civiles, privées et apolitiques dans le fond et la forme. La Trilatérale et Bilderberg feraient et déferaient le monde à leur guise, s’amusant de la ‘’puérilité’’ des formes de démocratie existant ici ou là, sachant parfaitement comment les contourner et ce, grâce à leurs liaisons avouées ou non avec ces grandes institutions internationales dont les citoyens lambda qui les financent n’ont pas la moindre idée : OCDE, FMI, BM, OMC, Banques Centrales etc.

Il ne sera difficile pour personne de retrouver leurs traces et de se documenter sur leurs méthodes, leurs approches, leurs exploits. Ce qui est bien plus ardu c’est de décrypter leurs interconnexions et en fin de compte leurs effets perceptibles ou non sur nos vies !

… à suivre …

 mo’

 

Sources :

Ouvrages :

« La démocratie anesthésiée ». Essai sur le nouveau visage du politique. Bernard Vasseur, Professeur de philosophie. Editions de l’Atelier.

« Le Nouvel Esprit de la Démocratie » Actualité de la démocratie participative, Loïc Blondiaux, Editions Le SEUIL, dans la Collection ‘’La République des Idées’’

« De la démocratie en Amérique » Alexis de Tocqueville, http://fr.wikisource.org/wiki/De_la_d%C3%A9mocratie_en_Am%C3%A9rique

«  Nicolas Machiavel » http://classiques.uqac.ca/classiques/machiavel_nicolas/machiavel_nicolas.html

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